Histoire Moyen-Orient et Afrique du Nord

La question palestinienne (1/2)

« Après la formation d’une grande armée à la suite de l’établissement de l’État, nous
abolirons la partition et nous nous étendrons sur l’ensemble de la Palestine. L’acceptation de la partition ne nous engage pas à renoncer à la Cisjordanie . On ne demande pas à quelqu’un de renoncer à sa vision. Nous accepterons un État dans les frontières fixées aujourd’hui – mais les frontières des aspirations sionistes sont les affaires des Juifs et aucun facteur externe ne pourra les limiter. » Extrait du Journal 1947-1948 : les secrets de la création d’Israël de David Ben Gourion, homme politique juif et militant sioniste.
Le sionisme est un mouvement créé à la fin du XIXème siècle. Il s’agit de l’expression politique de la volonté des juifs d’Europe de créer un État pour le peuple juif en Palestine, la « Terre sainte ». Ces revendications sur la Palestine avaient été encouragées par la déclaration Balfour, prononcée par le ministre des Affaires étrangères britannique en 1917 en faveur d’un foyer de peuplement juif en Palestine. C’est ce sionisme qui va pousser à la création de l’État d’Israël sur le territoire palestinien le 14 mai 1948. La question palestinienne peut donc se résumer par la formule « un peuple sans Etat ». Dès lors, un conflit durable d’envergure internationale se déclenche dans la région du Proche et du Moyen-Orient. Les palestiniens vont se battre par tous les moyens pour obtenir une reconnaissance de leur droit à une patrie. Leur lutte aboutira à la création de l’Organisation de libération de la Palestine (O.L.P.) en 1964, qui sera dirigée par Yasser Arafat à partir de 1969.

L’idée de la Palestine comme terre d’accueil du peuple juif

Suite à la découverte des camps de concentration se pose la question du devenir de tous
ces prisonniers juifs libérés en 1945, étant donné que la plupart d’entre eux ne veulent pas rester en Europe. Les juifs souhaitent effectivement retourner vers leurs origines.
Le mouvement sioniste s’attache à obtenir une terre pour le peuple juif. Les britanniques, qui avaient obtenu un mandat sur la Palestine en 1920 lors du traité de Sèvres, n’avaient jusque 1945 pas fait « grand-chose » pour réaliser les souhaits de la déclaration Balfour et du mouvement sioniste, mis à part une première proposition de partage en 1937 à la suite d’une insurrection. Néanmoins, ce partage se noya durant la seconde guerre mondiale et vu l’ampleur de la diaspora juive en 1946 en Palestine (700 000 juifs sur une population totale de 1,8 millions d’habitants), les britanniques inquiets saisirent l’ONU du dossier.

Celle-ci proposa un plan de partage en novembre 1947.

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Le mandat britannique fut ainsi révoqué et donna naissance à deux États, l’un juif, Israël qui couvrirait 55% du territoire palestinien et un État arabe, la Palestine. Deux États liés par une union économique et Jérusalem et Bethléem forment une enclave internationalisée.

Un plan de partage de l’ONU qui suscite des controverses et le début d’un conflit

Bien que les juifs soient plutôt favorables au projet, ils n’ont pas immédiatement accepté ce plan de partage car malgré leur possession de plus de la moitié du territoire, l’État juif
serait majoritairement peuplé d’arabes. Or David Ben Gourion réclame que la population de l’État juif soit peuplée de plus de 60% de juifs. Du côté des palestiniens et des États arabes, le partage est vécu comme une véritable injustice et une violation du droit à
l’autodétermination donc ces derniers rejetèrent le plan lors du sommet du Caire de
décembre 1947, afin de réclamer un État unitaire et indépendant. Finalement, David Ben Gourion déclara la veille de l’expiration du mandat britannique sur la Palestine, le 14 mai 1948, l’indépendance d’Israël, immédiatement reconnue par les États-Unis et l’URSS. Pourquoi cette reconnaissance soviétique ? Car le but premier de Moscou était d’éliminer la présence britannique au Moyen-Orient et d’y étendre le communisme et il n’avait pas de réel point d’appui dans le Moyen-Orient. Ainsi, ce nouvel Etat représentait une opportunité. Il faut savoir que la logique de Guerre froide se matérialise après la première guerre israélo-arabe, lorsque Israël se rapproche plus étroitement des États-Unis et que l’URSS décida donc de soutenir les pays arabes.
La réplique ne se fait pas attendre : le lendemain, les armées des pays arabes voisins (Égypte, Transjordanie, Irak, Liban et Syrie) attaquèrent le nouvel État et une guerre se déroula jusqu’en février 1949, par une victoire de l’armée israélienne, notamment grâce aux armes fournies par l’URSS via la Tchécoslovaquie. Trois armistices furent signés entre février et juillet 1949 (israélo-égyptien, israélo-libanais et israélo-syrien), mais le problème du statut des palestiniens dans le nouvel État n’est toujours pas résolu. L’État d’Israël s’agrandit par rapport aux frontières prévues dans le plan de 1947, Jérusalem est partagée entre les Israéliens et les Transjordaniens, qui annexent la rive droite du Jourdain et constituent ainsi la Jordanie en 1950. L’Egypte s’empare, quant à elle, de la bande de Gaza. Cet Etat de fait n’empêche pas l’admission d’Israël à l’ONU en mai 1949. De leur côté, les membres de la Ligue Arabe (fondée en 1945 par l’Egypte, l’Irak, le Yémen, le Liban, l’Arabie saoudite, la Syrie et la Transjordanie) refusent de reconnaître le fait accompli et organisent un pacte de défense entre pays arabes en 1950.

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Aucun État arabe palestinien ne voit le jour et les Palestiniens se réfugient dans les pays voisins. On appelle cela la « Naqba » qui signifie « catastrophe » et qui fait référence à l’exode de la population arabe palestinienne.

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On compte environ 700 000 hommes et femmes qui partent vivre dans des camps de réfugiés à Gaza, en Syrie, en Jordanie et pour la majeure partie en Égypte. La « question » palestinienne est alors défendue sur la scène régionale par certains dirigeants arabes, notamment Nasser (président égyptien), qui l’intègre à des revendications panarabes plus larges (le panarabisme est une doctrine politique tendant à regrouper les nations de langue et de civilisation arabe). Mais après la guerre des Six jours, une grande partie des réfugiés palestiniens doivent quitter l’Égypte. En effet, ils étaient réfugiés dans le Sinaï or Israël en prend le contrôle, et ils vont donc partir vers le Liban. Après 1967, Israël occupe la Cisjordanie et 1,7 millions de palestiniens vivent sous la domination israélienne. 1967 et la défaite des armées arabes marque donc un tournant dans la question palestinienne, Palestine qui voudrait devenir plus autonome vis-à-vis du nationalisme arabe.

L’internationalisation du conflit

Après la crise du Canal de Suez en 1956, qui inscrit le conflit dans la guerre froide avec
l’URSS qui soutient l’Egypte de Nasser et la Syrie, alors que les États-Unis font d’Israël un point d’ancrage de leur diplomatie dans la région, Israël est confronté à deux adversaires. La cause palestinienne s’affirme plus nettement avec une résistance qui se développe et qui opère depuis l’Égypte, la Syrie et la Jordanie et on a également la menace de l’apparition d’un leader de la libération palestinienne, Yasser Arafat.
D’un autre côté, Nasser (Égypte) a établi un blocus au débouché du golfe d’Aqaba et
développe une alliance militaire anti-Israël. Tous ces faits réunis déclenchent donc, le 5 juin 1967, une guerre éclair appelée la « guerre des Six jours », qui a pour but de faire tomber les adversaires d’Israël et de conquérir du territoire. Au bout de ces 6 jours, la victoire des israéliens est complète et ils occupent désormais le Sinaï, une partie du plateau syrien du Golan, la Cisjordanie et ils en profitent pour annexer la ville de Jérusalem, afin de quadrupler leur territoire.

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La résolution du conflit rencontre le problème de la résolution 242 de l’ONU. Il y a des tensions entre les Etats soutenant Israël (USA) et les États arabes (soutenus par l’URSS), à propos du statut des territoires conquis par Israël. Lord Caradon (ambassadeur britannique) soumet finalement au vote un texte maintenant un certain flou, permettant à chacun de l’interpréter dans son sens. Ce texte fut rédigé en anglais et en français, deux textes qui n’ayant pas les mêmes expressions. Le texte sur lequel s’appuie le gouvernement israélien est celui rédigé en anglais, qui dit : « from occupied territories » avec aucune précision tandis que le texte en français est beaucoup plus précis et contraignant : « des territoires occupés par Israël lors du récent conflit ». Finalement, le conflit n’est pas résolu, Israël garde ses positions et le conflit israélo-arabe se trouve donc dans une impasse. Les années qui suivent la guerre des Six Jours sont alors marquées par une guerre d’usure israélo-arabe.
La guerre du Kippour et ses conséquences ont marqué la scène internationale. En effet, cette guerre d’usure Israélo-arabe aboutit à la guerre du Kippour en 1973. Cette
guerre se déroula en deux étapes distinctes : le 6 octobre 1973, jour de la fête juive du
Kippour, les troupes égyptiennes et syriennes lancent une offensive contre Israël, qui subit de graves revers. Les États-Unis établissent alors un pont aérien pour livrer des armes aux israéliens, ce qui leur permet de mener une contre-offensive vigoureuse et d’obliger l’armée égyptienne à battre en retraite. Après une brusque montée des tensions causée par l’intervention des deux Grands – les soviétiques s’étant déclarés prêts à intervenir aux côtés des égyptiens et les américains ayant placé leurs bases nucléaires en état d’alerte – Nixon et Brejnev s’entendent finalement pour mettre fin au conflit. Ils rédigèrent donc la résolution 338 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui demande un cessez-le-feu immédiat, l’application de la résolution 242 et une ouverture des négociations entre les belligérants. Le bilan diplomatique de ce conflit est mitigé. Les deux grandes puissances ont pu montrer au reste du monde que, dans des situations graves, leurs décisions sont celles qui comptent le plus. Cependant, ce conflit a également souligné que ces deux puissances ont de plus en plus de mal à contrôler le jeu des acteurs secondaires. En effet cette crise aboutit à la décision de l’OPEP (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole créée en 1960) d’augmenter unilatéralement les prix du pétrole de 70%, ce qui fut donc l’origine du choc pétrolier de 1973.

 

Ozdemir Biken

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