Les coalitions politiques de la IVème République.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la France, meurtrie, doit se reconstruire politiquement. Ainsi, de nouvelles institutions et systèmes apparaissent, mais aussi des coalitions.

Le départ de De Gaulle

Après l’élection de la première Assemblée Nationale constituante, le général de Gaulle fut reconduit dans ses fonctions le 13 novembre 1945. Très vite, des tensions apparaissent. En effet, il ne souhaitait pas donner accès aux communistes aux postes clés du gouvernement (Armée, Affaires Etrangères et Intérieur) alors qu’ils en faisaient partie. Les pressions s’accentuaient, et finalement Maurice Thorez, secrétaire général du Parti Communiste français, fut nommé ministre d’État chargé de la fonction publique le 21 novembre 1945. Le 30 décembre suivant, André Philip, membre de la Section Française de l’Internationale Ouvrière (SFIO) qui ne faisait pas partie du gouvernement, demande une réduction de 20% des dépenses durant le vote des crédits militaires. De Gaulle, en profond désaccord, déclara à ses ministres lors de sa démission le 20 janvier 1946 : « le régime exclusif des partis a reparu. Je le réprouve ».

La mise en place du tripartisme

Le 23 janvier 1946, les trois principaux partis politiques de l’époque – SFIO, PCF et Mouvement Républicain Populaire (MRP) – signent la « Charte du tripartisme », qui s’apparentait à un pacte de non-agression. De ce fait, ils s’engageaient à ne pas se provoquer et à défendre ensemble les mesures du gouvernement. Félix Gouin (SFIO) et Georges Bidault (MRP) vont alors se succéder à la tête du gouvernement, avec, par conséquent, un tiers de chacun des trois partis. Le tripartisme a su tenir quelques temps malgré des oppositions idéologiques très fortes, le MRP étant à droite, la SFIO à gauche et le PCF à l’extrême gauche, et ce grâce à cette Charte. Mais cette dernière n’a pas empêché l’apparition de profondes divergences.

Les référendums sur les assemblées et le gouvernement tripartiste Ramadier

Le MRP était hostile au projet du référendum du 5 mai 1946 qui prévoyait la création d’une assemblée unique. Les communistes et socialistes étaient, quant à eux, favorables à ce projet. Un référendum fut alors soumis aux français, qui ont majoritairement voté pour le « non » à la création d’une seule assemblée. Il fallait donc modifier ce projet, ce qui a été réalisé grâce à la création d’une seconde assemblée, et un nouveau projet fut soumis au référendum le 13 octobre 1946. Projet où certes le « oui » l’a remporté, mais à seulement 36% des inscrits. Ainsi, un premier terrain de désaccords apparaît mais le tripartisme résiste néanmoins.
Ensuite, les premières élections législatives de la IVème République eurent lieues un mois après. Le PCF, la SFIO et le MRP sont tous trois arrivés en tête, confortant encore une fois ce tripartisme. Il en est de même après l’élection de Vincent Auriol (SFIO) à la présidence de la République le 16 janvier 1947, qui marque véritablement le début de la IVème République. Il nomme Paul Ramadier (SFIO) à la présidence du Conseil et des ministres des différents partis travaillent ensemble. Par exemple François Billoux, (PCF) devient ministre de la Défense et Robert Schuman (MRP) obtient les Finances.

La guerre d’Indochine et l’échec du tripartisme

En janvier 1947, la guerre d’Indochine a débuté depuis peu. Le PCF était farouchement opposé à cette guerre et par conséquent, le 22 mars 1947, les membres du parti votent contre les crédits militaires pour l’Indochine. Le tripartisme était déjà fragilisé, mais cette rupture va s’accentuer le 25 avril. La situation économique de la France étant compliquée, les salaires et les prix étaient bloqués. De ce fait, ce 25 avril 1947, une grève survient au sein de Renault. Ramadier souhaite poursuivre cette politique, mais les éléments communistes du gouvernement votent contre. Après cette deuxième confrontation, le 4 mai 1947, Ramadier décide de renvoyer les ministres communistes. Cet acte marque donc la fin du tripartisme, coalition qui aura duré presque seize mois.

Le retour De Gaulle au sein de l’échiquier politique

Parallèlement, le général De Gaulle lance son nouveau parti, le Rassemblement du Peuple Français (RPF), le 14 avril 1947. Le RPF ne participera à aucun gouvernement, mais il est largement opposé à la IVème République et à ses institutions, critiquant le régime « exclusif » des partis.

La Troisième force, une coalition fragile dès le départ

Après la démission de Paul Ramadier le 19 novembre 1947, Schuman prend les rênes du gouvernement. Sans communistes, les socialisent incarnent la gauche à eux seuls. Le gouvernement Schuman est un gouvernement de « Troisième force », formule inventée par Guy Mollet. Il s’agit d’une coalition entre la SFIO, le MRP, les radicaux et l’Union démocratique et socialiste de la Résistance (UDSR) contre les communistes et les gaullistes. Cet accord est fragile car pour les membres du MRP, l’antigaullisme est beaucoup moins fort que chez les socialistes. Les deux partis se rejoignent cependant sur l’anticommunisme. De plus, à la vue de cette fragilité, les partis se doivent se s’allier avec la droite modérée. Durant cette période, la Troisième force devra affronter les griefs violents du PCF et du RPF. Mais grâce au plan Marshall et aux premiers résultats de la planification économique dirigée par Jean Monnet (un des précurseurs de l’Europe avec Schuman), la situation de la France va rapidement s’améliorer.

Le système des apparentements

La Troisième force était menacée à cause du système électif en place depuis 1945 : les élections à la proportionnelle. Si les élections de 1951, les premières depuis le début de la Troisième force, se déroulaient sous ce système, cette coalition risquait de ne pas avoir de majorité à l’Assemblée. En effet, nulle entente n’était possible avec le RPF et le PCF. C’est Henri Cueille, président du Conseil et radical, qui trouva la solution avec la loi des apparentements. Votée le 7 mai 1951 par l’Assemblée Nationale, cette loi maintenait la proportionnelle mais désormais deux listes distinctes pouvaient s’apparenter. Quand, dans un département, des listes apparentées remportaient la majorité absolue des suffrages, elles obtenaient alors la majorité des sièges. Par conséquent, le PCF ne pouvait s’apparenter avec quiconque donc l’influence communiste fut largement réduite.

L’éclatement de la Troisième force

La Troisième force se détériora sous le gouvernement de René Pléven (UDSR). Le rapporteur de la commission des finances à l’Assemblée Nationale, Charles Barangé (MRP), a donné son nom à une loi qui prévoyait le versement d’une allocation scolaire de 300 francs pour tous les enfants scolarisés, que ce soit dans le public ou dans le privé. Adoptée le 21 septembre 1951, elle suscite de vives tensions avec les socialistes, qui voyaient dans cette loi un problème de laïcité. Cela marqua la fin de la Troisième force.

L’apparition d’une autre coalition : le Front Républicain

La Troisième force ne pouvant plus se maintenir, une autre coalition s’est mise en place quelques années plus tard : le Front républicain. Cette coalition électorale de centre gauche fut instaurée pour contrer le mouvement d’extrême-droite poujadiste durant les élections législatives du 2 janvier 1956. Elle fut dirigée par Pierre Mendès France et elle était composée de la SFIO, du parti radical, de l’UDSR et des Républicains sociaux. Le Front républicain obtint 29,2% des suffrages exprimés, remportant ainsi 192 sièges sur 595 à l’Assemblée Nationale. Les poujadistes, quant à eux, recueillirent 11.6% des suffrages et 52 sièges. Parmi ces députés se trouvait Jean-Marie Le Pen, âgé de 27 ans et débutant en politique. À la suite de ces élections, le président de la République René Coty nomma Guy Mollet en tant que président du Conseil.

La IVème République est ainsi une république riche en rebondissements et relativement mal connue. De nombreuses coalitions y furent formées, chacune ayant des longueurs et des efficacités différentes. Cette république s’est achevée en 1958, avec le retour du général De Gaulle au pouvoir et la création de la Vème République, qui est toujours d’actualité.

Lefebvre Anaïs