Société

Le fact-checking: le journalisme efficace ?

Le 13 janvier dernier, une étude menée par IFOP estime que 8 français sur 10 croient au moins à une théorie du complot. Face à cette tendance, plusieurs journaux ont décidé d’y faire face.

Le Fact-Checking se traduit littéralement par « vérification des faits ». Ce terme, de plus en plus employé dans le monde journalistique ou au sein même de la société, se voit acquérir une importance notoire depuis une dizaine d’années. Ce mode de traitement consiste à vérifier des affirmations de responsables politiques ou des éléments du débat public.

« Une Fake News est une fausse info qui a été créé dans le but de tromper. C’est une action volontaire. »

Les origines

Bien que l’on en parle beaucoup depuis l’élection du président des États-Unis, les fake news ne sont pas un phénomène nouveau. En France, depuis le XIXe siècle, des lois sont votées pour les éviter. L’article 27 de la loi sur la liberté de la presse du 29 juillet 1881 faisait déjà état de cette constatation : « La publication, la diffusion ou la reproduction, par quelque moyen que ce soit, de nouvelles fausses, de pièces fabriquées, falsifiées ou mensongèrement attribuées à des tiers lorsque, faite de mauvaise foi, elle aura troublé la paix publique, ou aura été susceptible de la troubler, sera punie d’une amende de 45 000 euros. », tout comme l’article 97 du code électoral : « Ceux qui, à l’aide de fausses nouvelles, bruits calomnieux ou autres manœuvres frauduleuses, auront surpris ou détourné des suffrages, déterminé un ou plusieurs électeurs à s’abstenir de voter, seront punis d’un emprisonnement d’un an et d’une amende de 15 000 euros ».

 Le fact-checking est né aux États-Unis. A ses débuts, cette pratique était un processus de vérification des informations internes aux journaux. Des équipes étaient chargées de vérifier l’exactitude des données et des faits rapportés par les journalistes. Arrivé en France depuis une dizaine d’années, le fact-checking s’intéressait d’abord aux discours politiques, notamment en période électorale, puis s’est élargi au débat public en général.

Avec l’émergence d’internet et des réseaux sociaux, le fact-checking prend une ampleur grandissante en débusquant les fausses rumeurs. Dans le même temps, Internet a montré une certaine exigence de réactivité de la part des internautes vis-à-vis des médias.  « Ainsi, des expériences de vérification en live ont été tentées dans des émissions politiques à la télé, des journalistes étant en charge de vérifier en direct les déclarations des invités. De leur côté, les journalistes en charge du fact-checking dans les médias ont désormais coutume de procéder sur le réseau Twitter, en direct, à des vérifications des propos énoncés lors de ces mêmes émissions ou débats politiques. »

Faire face aux fake news

En France, depuis 10 ans, plusieurs rédactions ont décidé de mettre en place des équipes spécialisées en fact-checking. Le quotidien Libération a ainsi lancé « Checknews ». La journaliste Pauline Moullot fait partie de ce service, qui consiste à choisir des questions posées par des internautes sur des informations dont ils souhaitent être certains de la fiabilité. Le Monde, de son coté, a lancé « Les Décodeurs ». Samuel Laurent « l’hyperactif de Twitter » est à l’origine de ce projet, et il est accompagné de plusieurs journalistes dont Maxime Vaudanot.

Dans leur travail, ces journalistes considèrent la « théorie du complot » comme leur meilleur ennemi. Ils tentent de reconvaincre l’opinion publique face à cette remise en cause de la parole officielle.

« Être dans la transparence, c’est ce qui s’est avéré le plus payant, malgré la méfiance envers les médias »

Les théories du complot, mais aussi les fake news, ont été multipliées durant les campagnes présidentielles américaines et françaises. Cependant, selon les journalistes, les Fake News sont inévitables et les réseaux sociaux changent le rapport aux médias : il y a une désintermédiation.

L’importance de l’éducation aux médias

Le Fact Check est un outil récent du journalisme. Il a su davantage s’adapter, et c’est pourquoi il fait preuve de plus de pédagogie qu’un article classique.

La vérification et l’explication d’une information peut passer par du texte, par une infographie, une vidéo… Le format s’adapte en fonction du public visé.

Avec un certain déni de l’information, les journalistes ont senti que la société exigeait un besoin de réponse personnalisée : « on ne peut plus être journaliste vertical, la clé est le dialogue ».

Mais pour ces professionnels, la diffusion et la croyance en ces fake news prouvent un problème de fond auquel nous devons faire face : celui de l’éducation à l’esprit critique, et cela concerne tous les âges.

Lors de ces vœux à la presse, le 3 janvier 2018, Emmanuel Macron a fait part du prochain lancement d’une loi sur les fake news : « En cas de propagation d’une fausse nouvelle, un juge pourrait être saisi en référé, qui est une procédure d’urgence. Le magistrat pourrait ordonner la suppression d’un contenu, la désactivation d’un compte utilisateur, la suspension d’un service ou son interdiction d’accès en France. Par ailleurs, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) verrait ses pouvoirs accrus. S’ajouterait vraisemblablement une obligation renforcée de surveillance et de transparence des plates-formes hébergeant les réseaux sociaux. » explique France Soir.

Cette loi, qui entrerait en vigueur en 2019, n’enchante guère les trois journalistes. Selon eux, il y aurait une difficulté de distinction entre un média et un blog d’information, le but étant d’éviter les fausses informations répétées et volontaires.

Les limites du fact-checking

Dans le fact-checking, le débat entre journalisme engagé et presse neutre est relancé. En effet, un journaliste qui prend position lors de l’explication d’un fait peut nuire à la neutralité de l’information donnée. Si l’on prend l’exemple du projet d’aéroport de Notre Dames des Landes, il y aura toujours une lutte de consentement.

De plus, « le fact check est un outil dans une boite à outil ». C’est un élément de journalisme que l’on peut utiliser dans certains cas mais pas dans tous. C’est ce qui constitue sa limite.

Le fact -checking fait face à de nombreuses critiques. Beaucoup d’enjeux sont attendus dans cette pratique, au point de lui demander de résoudre un problème de représentation idéologique et politique, dont ce n’est pourtant pas le rôle initial.

Vulliet Margaux

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