Berlin, le microcosme de la Guerre froide.

Lorsque la guerre froide est évoquée, la ville de Berlin apparait presque immédiatement. Dans cette ville, chaque évènement de cette guerre est particulièrement ressenti sans jamais entendre un seul son de canon. Berlin est un théâtre à ciel ouvert, comme le centre d’un conflit entre deux puissances ennemies dont les faits et gestes sont scrutés par le monde entier. Retour sur la guerre froide et la place de Berlin dans ce conflit.

 

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La fin de la Seconde guerre mondiale et le sort de Berlin

Après la seconde guerre mondiale, l’Allemagne est divisée en quatre zones d’occupation. Ce découpage est le résultat des négociations entre les vainqueurs durant les conférences de Yalta et Potsdam. La conférence de Yalta, ayant eu lieu en Crimée du 4 au 11 février 1945, prépare le règlement du conflit. Trois pays et leurs dirigeants sont alors présents : Joseph Staline (URSS), Franklin D.Roosevelt (États-Unis) et Winston Churchill (Royaume-Uni). Cette conférence vise à préparer « l’après-guerre » et est suivie par la conférence de Potsdam, qui se tient du 17 juillet au 2 août 1945, entre les mêmes pays et leurs dirigeants. Roosevelt étant décédé le 12 avril 1945, Harry S. Truman représente à son tour les États-Unis. Cette conférence apporte son lot de désaccords, notamment autour de la démocratisation et la dénazification, chaque vainqueur appliquant donc ses propres règles. La décision du partage de l’Allemagne est alors prise : la mise en place d’une zone d’occupation britannique, américaine, soviétique mais aussi française. Berlin est aussi divisée en deux parties : les soviétique à l’Est et les Occidentaux à l’Ouest. Des voies de circulation relient Berlin Ouest et les zones occidentales.

En 1947, les zones britanniques et américaines fusionnent, créant la Bizone. Leurs motivations étaient économiques mais aussi politiques, la dézanification étant impossible au risque de trop intervenir dans le pays et de créer des tensions nationalistes. Au début de l’année 1948, les zones occidentales fusionnent et la Bizone laisse donc place à la Trizone, mais cette fusion ne sera qu’effective qu’en juin 1948.

Les prémices de la Guerre froide

Le 12 mars 1947, le président des États-Unis Truman présente sa doctrine éponyme devant le Congrès américain. Il décrit alors un monde scindé en deux modèles totalement différents : la démocratie libérale et le totalitarisme. Au vu de la situation dans certains pays d’Europe orientale prêts à tomber dans le « péril rouge », Truman se donne une mission de soutien économique et militaire. Le plan Marshall est lancé en juin 1947 et une protection militaire est assurée pour leurs futurs alliés afin d’endiguer le communisme. La doctrine Truman met donc en lumière une rupture déjà très forte entre l’Ouest et l’Est. La réponse soviétique se fait avec la formation du Kominform en septembre 1947 et la doctrine Jdanov. Le monde est donc divisé en deux idéologies antithétiques représentées par deux grandes puissances désormais ennemies.

Le blocus de Berlin, tournant de la Guerre froide

L’Allemagne, toujours divisée entre quatre zones d’occupation, est au centre du conflit et en particulier Berlin. La ville qui est en pleine zone soviétique est un point stratégique qu’ils aimeraient avoir pour eux seuls. Le 24 juin 1948, les soviétiques coupent les voies terrestres reliant Berlin-Ouest et la Trizone provoquant des épuisements de stocks, des famines, le but étant de les affaiblir au maximum pour qu’ils acceptent de passer sous la domination communiste. Idée inacceptable pour les États-Unis, qui voient en Berlin un symbole de propagande de résistance à l’URSS. Ils ont alors une idée innovante pour l’époque : un pont aérien ravitaillant quotidiennement la ville depuis l’Ouest. Devant l’échec du blocus, les soviétiques n’ont d’autre choix que de rétablir les liaisons terrestres. Cette situation durera presque un an et se finira le 12 mai 1949.

Quelques jours plus tard, le 23 mai, la République fédérale d’Allemagne (RFA) est créée avec comme capitale Bonn. La République démocratique allemande (RDA) dont la capitale est Berlin-Est nait en octobre 1949 et est reconnue rapidement par l’URSS.

La crise de Berlin et la construction du mur

Après la fin du blocus, des milliers d’Allemands de l’Est passent par Berlin pour fuir vers l’Ouest car la ville est le seul point de passage libre depuis le rideau de fer. Cela est leur moyen de protester contre la politique de la RDA et en fuyant, ils « votent avec leurs pieds » à défaut d’avoir de réelles élections, ce qui est idéologiquement insupportable pour l’Est. Ainsi, une crise débute le 27 novembre 1958 avec « l’ultimatum de Khrouchtchev ». En effet l’URSS requiert un nouveau statut pour Berlin : son intégration à la RDA ou le contrôle de la ville par l’ONU. Les deux grandes puissances et leurs représentants entament donc des négociations sans aucun débouché. A l’été 1961, près de deux mille personnes par jour fuient l’Est. Khrouchtchev va donc prendre la décision d’ériger un mur encerclant Berlin-Ouest. Les bases sont posées durant la nuit du 12 au 13 août 1961. Le matin la ville entière est surprise et de très nombreux Berlinois de l’Est tentent de fuir tant qu’il est encore possible. Les Berlinois de l’Ouest, eux, se réunissent porte de Brandebourg afin de protester mais personne ne les entend et la foule est dispersée par des canons à eau. Les raisons officielles des Soviétiques pour la construction du mur est la soi-disant présence d’espions de l’Ouest dans l’Est.

La vie durant le mur

La vie pour les Berlinois des deux côtés est difficile pour plusieurs raisons. Tout d’abord, les familles et les amis sont séparés, le surnom du mur est alors « le monstre ». Des deux côtés aussi, la propagande est légion. À l’Ouest, avec l’importation du cinéma américain, l’URSS est vue comme le mal incarné. À l’Est, la pression du bloc communisme et l’anti-capitalisme sont omniprésents. Les rues adjacentes au mur sont, quant à elles, totalement différentes. A l’Ouest le mur est sur le trottoir tandis que de l’autre côté, il y a un double mur, des barbelés, un « no man’s land » surveillé par des miradors et de nombreux gardes. Le mur mesure jusqu’à 3,60 mètres. La RDA prévoit même pour 2000 un « mur High-tech 2000 ». Si un Berlinois de l’Est tente de rejoindre l’Ouest, il peut se faire tirer dessus. En tout, plus de 3000 personnes ont été arrêtées et 140 sont mortes. Les Berlinois des deux camps sont résignés face à ce mur. La vie en fonction du côté est radicalement différente. Les deux idéologies des deux grandes puissances étaient réunies en une seule ville mais séparées par un mur. Cela illustre la guerre froide : les puissances sont stables malgré une très forte tension entre elles.

La détente à Berlin

En 1972 et 1973 les rencontres entre Brejdnev et Nixon font entrer la guerre froide dans une nouvelle phase : celle de la détente. Les stratégies des deux grandes puissances ont évolué dans le conflit et désormais des accords vont se mettre en place, à grande échelle forcément mais aussi à Berlin. En RFA, le Parti Social-Démocrate allemand et le parti libéral, avec le chancelier Willy Brandt (ancien maire de Berlin-Ouest), font créer l’Ostpolitik. Politique visant à se normaliser avec l’Est, elle veut aussi une reconnaissance des frontières et une meilleure gestion de Berlin. Un traité est signé entre la RFA et l’URSS en août 1970 et ils reconnaissent les frontières issues de la Seconde guerre mondiale. Pour Berlin, le problème reste entier. Le 3 septembre 1971, un accord quadripartite est signé sur la ville après une négociation de dix-sept mois clarifiant certains désaccords, dont la circulation entre les Berlinois des deux côtés. Ponctuellement, des visas étaient accordés aux Berlinois de l’Ouest pour qu’ils aillent voir leurs familles à l’Est. Pendant quelques heures ou quelques jours, elles se réunissaient pour partager un peu de vie. Le 21 décembre 1972, le traité fondamental a été signé entre RDA et RFA, aboutissant à la reconnaissance mutuelle de leurs frontières. De nombreux progrès dans les relations entre les deux Allemagne ont donc été réalisés mais l’Ostpolitik ne veut pas une réunification immédiate mais plutôt sur le long terme.

La fin de la Guerre froide

Au début des années 1980, les deux grandes puissances ne considèrent plus la détente comme une bonne stratégie. Aux États-Unis, cette stratégie est décriée car elle est vue comme un moyen pour l’URSS de se répandre et de se durcir avec certains pays européens, comme le montre l’instauration de la loi martiale en Pologne en 1981. Pour l’URSS, la détente est considérée comme une mise en concurrence avec la Chine dans le monde communiste et une diminution de son pouvoir. La crise des euromissiles vient définitivement stopper la détente. En 1985, Mikhaïl Gorbatchev arrive au pouvoir avec des mesures impliquant la fin de la réelle course aux armements. En mettant en place la perestroïka (réformes économiques) et la glasnot (promotion des droits fondamentaux) Gorbatchev veut moderniser le pays qui est en très grande difficulté économique. Ces politiques sont inconnues en RDA et le gouvernement d’Erich Honecker, président du Conseil d’État, ne suit pas. Ces problèmes de positions mènent à l’affaiblissement des démocraties populaires.

La chute du mur

Les citoyens de la RDA ressentent cette crise politique et durant l’été 1989, pendant un « pique-nique paneuropéen » en Hongrie, ils sont 661 à passer à l’Ouest. Ce ne sont pas les seuls à agir ainsi, et des centaines d’individus tentent eux aussi de passer de l’autre côté. A la même période, la Hongrie ouvre sa frontière avec l’Autriche, faisant ainsi tomber le rideau de fer. De plus, la RDA fait face à de nombreuses oppositions. À partir de septembre 1989, des manifestations ont lieu dans la ville de Leipzig puis à Berlin-Est. Tous les lundis soir, des personnes manifestent pour organiser des réformes afin d’avoir plus de droits. Un mois plus tard, en octobre, plus de 120 000 personnes sont dans les rues de Leipzig. A la suite de cet événement, Honecker démissionne, laissant place à Egon Krenz. L’URSS ne voulant plus intervenir, la RDA doit agir. Le 9 novembre, Günter Schabowski, membre du bureau politique autorise lors d’une conférence de presse « chaque citoyen de la RDA à se rendre à l’étranger par les postes-frontières est-allemands » et cette décision est immédiatement effective. Tous les médias ouest-allemands retransmettent cette mesure et des milliers de Berlinois des deux côtés se précipitent aux postes-frontières. Devant tant de monde, les gardes sont débordés et laissent tout le monde passer. Vient ensuite la destruction physique du mur, qui se poursuit dans la nuit.

L’après mur et la réunification

La chute du mur est le symbole de l’aveu de l’échec du communisme et de la fin du rideau de fer. Par la suite, la RFA prend les devants de la réunification. Helmut Kohl, chancelier allemand, est convaincu que la réunification est inévitable et nécessaire. Le 28 novembre 1989, il propose un programme en dix points pour réunir les pays. Forcément, de nombreux arrangements doivent être trouvés, comme pour la monnaie commune. Après de nombreuses négociations, la réunification est effective le 3 octobre 1990. Ainsi, Berlin est un réel théâtre à ciel ouvert de la guerre froide. Tous les événements entre les deux grands se rejoignent dans cette ville. Divisée pendant 28 ans par un mur symbolique et violent, elle retrouve à la fin du conflit son unicité et sa force, même si les années de séparation tendent toujours à se ressentir quelque peu. Berlin restera à jamais le lieu emblématique de la guerre froide.

Lefebvre Anaïs