Gaspard Gantzer : l’art de communiquer en politique.

Le 13 février dernier, Gaspard Gantzer, conseiller en communication de François Hollande de 2014 à 2017, est venu présenter son dernier ouvrage « La politique est un sport de combat » aux étudiants de Sciences Po Lille.

Diplômé de Sciences Po Paris en 2001 et de l’Ecole Nationale d’Administration en 2004, le jeune « bobo parisien cool, sûr de lui », comme le décrit le journal Libération, se rapproche très vite du monde des Hauts-fonctionnaires et du domaine politique en général.

En 2002, il décide d’intégrer le Parti Socialiste et de soutenir des ténors du parti, tels que Dominique Strauss-Kahn puis Martine Aubry lors des primaires citoyennes de 2011.

La communication : une vocation.

Il choisit cependant la communication comme domaine de prédilection. De 2010 à 2012, il est conseiller en communication à la Mairie de Paris, puis de mai 2012 à janvier 2013, porte-parole du maire de Paris Bertrand Delanoë. Il continue son ascension de communicant en devenant, de janvier 2013 à avril 2014, le conseiller en communication et presse du ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius. C’est au cours de cette fonction que François Hollande, alors Président de la République, le nomme conseiller en communication de l’Elysée.

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« Gaspard Gantzer, l’ouvrier du Président », Stratégies, 2014.

« Dans l’ombre, il tente tout pour améliorer son image auprès des médias et des Français. »

Face à une côte de popularité en déclin, des réformes difficiles qui fragilisent la sympathie de l’opinion publique, la montée du Front National, le retour de Nicolas Sarkozy et les frondeurs du Parti Socialiste, le communicant du « Château » lutte. Dans son ouvrage « La politique est un sport de combat », Gaspard Gantzer revient, en détails, sur chaque instant, sur chaque moment difficile et intense.

« Jour après jour, jusqu’au dernier, il raconte, de l’intérieur et au plus près du président, les trahisons, les coups bas et les épreuves. »

Les « révélations » de Gaspard Gantzer sur le quinquennat Hollande permettent de nous interroger sur les fonctions du chef de la communication de l’Elysée. Au-delà d’être le « fer de lance » de l’image du Président, un chef de la communication dort avec son téléphone sous l’oreiller. La communication politique oblige d’agir à tout instant. Une dérive dans la presse, un évènement national, une rencontre incontournable… Chaque moment est propice à la polémique nécessitant une explication, un communiqué. Le public, les français attendent une réaction du chef de l’Etat. Gaspard Gantzer ne travaille pas seul, mais à la tête d’une véritable équipe de communicants. La force du métier est de savoir agir rapidement, mais surement. Réfléchir à comment expliquer un fait, élaborer une stratégie politique autour de ce fait et savoir atténuer des polémiques. A l’ère des médias de masse et des fake news, le chargé de communication travaille sans relâche.

Quand on lui pose la question « Pourquoi écrire un livre sur sa fonction à l’Elysée ? », le jeune énarque décide de remonter à chaque souvenir au sein de ce métier, de cette tâche, pour expliquer en quoi le métier de chef de la communication influence sa vie publique mais aussi privée.

Gaspard Gantzer livre ses sentiments, ses impressions « de l’intérieur, par-delà les caméras ». De son arrivée surprenante et inédite à son départ du Palais de l’Elysée, sous les yeux de son ex-camarade de la promotion « Léopold Sédar Senghor » : Emmanuel Macron. Il n’hésite pas à revenir sur l’ascension de celui qui deviendra, en mai 2017, le successeur de François Hollande.

Quel avenir en politique ?

L’ascension du mouvement En Marche ! comme parti présidentiel, crée par son ami d’enfance alors devenu président, représente une fenêtre d’opportunité pour Gaspard Gantzer, qui se retrouve propulsé lors des élections législatives. En effet, le 11 mai 2017, la République En Marche demande à l’ex-conseiller en communication de l’Elysée d’être candidat aux élections législatives de 2017 dans la 2ème circonscription d’Ille-et-Vilaine. Celui-ci, malgré une certaine reconnaissance, refuse en soulignant son amour pour la capitale et faisant de Paris « sa vraie ville d’origine ». D’autres diront que ce refus s’explique par le sentiment d’avoir été parachuté pour ces élections.

Et dans la communication ?

En juillet 2017, Gaspard Gantzer crée une société de conseil nommée « 2017 ». Récemment, il se consacre au monde de la radio avec RTL, où il prend place au sein de l’équipe « On refait le monde » de Marc-Olivier Fogiel et France Culture, pour la rubrique « Esprit public ».

Le rôle de la communication en politique

Au-delà de l’expérience de Gaspard Gantzer, nous pouvons nous interroger sur le rôle de la communication politique. Par définition, la communication politique est un ensemble de techniques mises à la disposition des acteurs politiques. A chaque fois qu’un acteur politique s’exprime dans l’espace public, cela relève précisément de la communication politique. Tous les acteurs qui font usage de moyens de communication et utilisent ces moyens dans le domaine politique sont des communicants politiques. Aussi, il existe une certaine ambivalence dans la communication politique.

D’une part, la communication améliore le jeu politique car elle rend le domaine politique visible, à travers des pratiques de communication. Cette dernière sert alors à redorer l’image de la politique comme domaine plus démocratique et plus transparent.

D’autre part, la communication devient un objet de perversion de la politique. L’Etat s’affiche en spectacle, portant l’image noble de répondre à l’intérêt général.

La communication et la politique restent deux domaines distincts, pourtant, nous ne pouvons les distinguer l’un de l’autre. Comment imaginer une action politique sans recours à la communication ? La communication permet d’échanger les idées, d’instaurer des rapports de force constituant le domaine politique. La mise en scène du pouvoir, la communication, sont constitutives de l’activité politique.

Les difficultés de communication rencontrées par Gaspard Gantzer et son équipe représentent des difficultés politiques, telles que le témoignage non contrôlé de François Hollande aux journalistes d’investigation Gérard Davet et Fabrice Lhomme, auteurs de l’ouvrage polémique « Un président ne devrait pas dire ça ». Outre l’aspect « erreur de communication », cet ouvrage peut être considéré comme le K.O final à la popularité de François Hollande, au bilan de son quinquennat, expliquant son retrait face à toute idée de réélection en 2017.

Au final, si « la politique est un sport de combat », la communication est un véritable gant de boxe.

Sarrosquy Aurélien