Histoire

La guerre franco-chinoise (1884-1885).

Les premières présences françaises en Chine :

Depuis les expéditions portugaises en Orient au milieu du XVIème siècle, les européens s’intéressèrent à l’instauration de routes maritimes avec la Chine, afin d’en extraire ses richesses exotiques comme le thé, la soie, la porcelaine etc.
L’Empire britannique avait lui aussi, au début du XIXème siècle, tissé des liens commerciaux avec la Chine. Ses nombreuses colonies lui permettaient d’importer en Asie divers produits bruts, tels que l’opium (drogue à l’origine de la morphine). Cela engendra un effet de forte dépendance à ce produit pour une partie de la population chinoise (environ 2 millions sur 403 millions d’habitants en 1835), au grand dam du gouvernement en place. Les autorités chinoises de 1839 ordonnèrent donc la destruction d’une très large quantité d’opium venue des colonies britanniques, ce qui engendra la fureur de ces derniers et l’envoi d’un corps expéditionnaire britannique à Canton (important port de commerce chinois). Cet évènement marque ainsi le début de la première guerre de l’opium, qui se termina en 1842 par une victoire anglaise due en grande partie à leur supériorité technologique.

Cet épisode est important car il marque le début de la défaillance de l’Empire du milieu face aux nations occidentales. Les conditions de paix réclamaient l’ouverture de 5 ports chinois au commerce britannique : Xiamen, Canton, Fuzhou, Ningbo et Shanghai. Les français signèrent en 1844 le traité de Huangpu avec la Chine, recevant ainsi les mêmes privilèges commerciaux que l’Empire Britannique.
Le commerce de l’opium restait cependant illégal, ce qui fut la source de nouveaux troubles entre la Chine et les occidentaux qui désiraient, par la suite, de plus larges avantages commerciaux, tous rejetés par la Chine. Ces troubles amenèrent à la seconde guerre de l’opium en 1856, unissant la France et le Royaume-Uni contre l’Empire de Chine. Quatre ans plus tard, en 1860, la victoire occidentale fut totale. Et les conséquences furent désastreuses pour la Chine, qui se retrouva dans une position économique très délicate car en plus de devoir ouvrir 10 ports supplémentaires aux occidentaux, elle se vit contrainte de payer de lourdes indemnités de guerre.
Sur le plan politique l’Empire était affaibli, d’une part par la rébellion des Taiping (1854-1862), mais également car cette défaite mis grandement à mal le prestige de la Chine et du gouvernement en place. Enfin, sur le plan culturel le bilan était également lourd, d’une part car une villa nommée « palais d’été » située à Pékin fut pillée par les occidentaux, amputant à la Chine une richesse artistique inestimable (Victor Hugo lui-même dénonça la « barbarie » exercée en Chine par la France de Napoléon III), et d’autre part car la convention de Pékin (qui avait mis un terme à la guerre) autorise pour la première fois les occidentaux à pénétrer au sein même du territoire chinois, allant jusqu’à autoriser l’envoi de missions évangélisatrices dans le pays.

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Occupation du Vietnam par la France.

La Chine n’est pas la seule à être touchée par cette défaite. Sur ses frontières sudistes se trouve l’Annam (actuel Vietnam), qui était alors sous protectorat chinois et qui participa donc à la guerre. L’Annam, dirigé par l’Empereur Tự Đức, fut contraint de signer en 1862 le traité de Saigon, cédant ainsi toute la Cochinchine (sud du pays ayant un accès direct aux ports) à la France et plaçant le Cambodge sous protectorat français. La France obtient aussi un droit de commerce et d’évangélisation fort sur Annam. Néanmoins, la Chine ne reconnaît pas la validité de ce traité.

La chute de Napoléon III et la défaite française contre la Prusse stoppèrent quelques temps les ambitions coloniales du pays. La troisième République prit finalement, en 1873, l’initiative de conquérir quelques villes supplémentaires en Annam, sans aucune déclaration de guerre officielle. Sur le territoire du Tonkin (nord du Vietnam actuel) se trouvait d’anciens rebelles opposés au gouvernement chinois 10 ans plus tôt (rébellion des Taiping), désormais convertis en mercenaires. Ils se nommaient les « pavillons noirs ».
Sous couvert de protéger le commerce français, alors mis à mal par les pavillons noirs, l’officier de marine Francis Garnier fut envoyé au Tonkin, à la tête de 200 hommes, et il parvint à capturer la citadelle d’Hanoï contre 7 000 défenseurs. Un mois plus tard, les troupes françaises furent attaquées par une alliance entre les pavillons noirs et des troupes anames, et l’officier Garnier y trouva la mort.

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Tu Duc, craignant de voir la France déclarer une guerre ouverte à l’Empire d’Anam, se vit contraint d’accepter la signature du second traité de Saigon en 1874, afin de préserver la paix. Ce traité renforce les positions de la France sur le territoire de manière officielle. Malgré ce statut officiel, ni la Chine ni Annam ne souhaitent voir le Tonkin passer sous autorité française. Le gouvernement chinois demande donc aux pavillons noirs d’investir la zone et de continuer à lutter contre la présence française.
La troisième République estima alors que le traité de Saigon n’était pas respecté, et le gouvernement de Jules Ferry décida d’investir 2,5 Millions de francs dans l’envoi d’une nouvelle expédition française, dans le but de mettre un terme aux ravages causés par les pavillons noirs sur le commerce français au Tonkin. Cette décision fut prise en 1881.
La région du Tonkin était une région économiquement intéressante car regorgeant de ressources et de richesses. Dès 1882, les habitants de la région réagirent au débarquement français et une rébellion, soutenue par la Chine, éclata pour obtenir l’indépendance d’Annam. Estimant que le traité de 1874 n’était pas appliqué, la France décida d’investir la ville d’Hanoï (port commercial, Tonkin) d’une petite garnison française sous les ordres du commandant Rivière. En 1883, l’empereur Tu Duc usa de son lien de vassalité vis-à-vis de la Chine (pourtant devenu fragile suite aux traités français) afin d’implorer une intervention de cette dernière. Aussitôt, alors qu’elle était encore officiellement en paix avec la France, la Chine envahit le Tonkin avec des troupes régulières et le support des pavillons noirs. En mai, les forces de Rivière furent encerclées à Hanoï par les pavillons noirs et Rivière fut tué lors d’une tentative de sortie. Cela causa la fureur du gouvernement français, et le retour du ministère Ferry au pouvoir relança les entreprises coloniales, faisant passer le corps expéditionnaire à 4 puis 9 000 hommes. Le 20 août, grâce à une offensive française à Hué (port situé au cœur de l’Empire d’Annam), les annamites furent contraints de signer le traité de Hué. Ce traité place l’entièreté du territoire d’Annam sous protectorat français, et la France obtient la souveraineté directe du Tonkin. La colonie française d’Indochine est alors créée. Hué fut un traité inégal en faveur des français, et la population locale resta farouchement hostile à l’occupation occidentale. Néanmoins, elle était impuissante face aux fusils et surtout contre l’artillerie française.

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Guerre franco-chinoise, 1884-1885 :

Le traité de Hué ne fut pas reconnu par la Chine. Officiellement, la France et la Chine étaient toujours sous l’autorité du traité de Tianjin de 1858, assurant la neutralité entre les pays et l’ouverture de la Chine au commerce français. Cela n’empêche pas des batailles non déclarées entre français et chinois pour le contrôle du Tonkin. En décembre 1883, les français parviennent à gagner une victoire décisive contre les pavillons noirs. Puis, en mars 1884, la ville stratégique de Bac Ninh est prise aux mains des chinois. Cette défaite mandarine augmenta en Chine le désir de paix avec la France, et l’impératrice Cixi signa en mai 1884 l’accord de Tientsin. La Chine s’engage ainsi à retirer l’entièreté de ses troupes du Tonkin, devenue française, et cet accord démarque les frontières de chaque nation.
Le problème de ce traité est, d’une part, qu’il fut très mal accueilli par l’opinion publique chinoise, faisant pencher l’influence politique vers les « anti-français », et d’autre part que l’accord ne stipulait pas le délai accordé aux troupes chinoises pour leur retraite. Par conséquent, les positions fortes chinoises du Tonkin ne reçurent pas d’ordre immédiat de quitter les lieux. Les français, en revanche, se mirent rapidement en marche d’Hanoï, vers les frontières voisines avec la Chine. Très vite, une colonne française se retrouva face à un fort chinois non dégarni. Après quelques voyages de messagers, la situation n’était toujours pas claire pour le chef de colonne, doté d’un modeste niveau A1 en chinois et ne parvenant donc pas à expliquer ses intentions aux chinois. Il décida malgré cela de poursuivre son avancée, tout en ordonnant à ses hommes de n’ouvrir le feu que sur son ordre, étant bien conscient que la tension pouvait rapidement tourner au massacre.
Et c’est ce qui se produisit. Une fois à portée des fusils chinois, les troupes françaises reçurent un intense feu ennemi. La colonne, étant dans une position très inconfortable, ne put que fuir la bataille et échapper de peu à un encerclement total. Les pertes étaient élevées malgré une retraite réussie, et c’est ce que l’on nomma l’embuscade de Bac Lé, le 23 juin 1884. Le gouvernement de Ferry demanda aussitôt réparation, à hauteur de 250 millions de francs, « Autrement, le gouvernement français serait dans la nécessité de s’assurer directement les garanties et les réparations qui lui étaient dues » : les chinois s’y refusèrent. La paix était ainsi fortement mise à mal, et l’amiral Courbet fut chargé de mener sa flotte vers le port de Fuzhou, idéalement placé au sud de la Chine et très proche du Nord de Formose (actuelle Taiwan).
La France lança un ultimatum à la Chine, ultimatum qui resta sans réponse jusqu’à son expiration le 22 août.
Le 23 août 1884, l’amiral Courbet anéantit la flotte chinoise à Fuzhou, et s’empara du port.

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Bataille de Fuzhou, 23 Août 1884.
Peinture de Vignaud, XIXe siècle.

Cette victoire est décisive, car elle permet l’application d’un blocus maritime français sur le nord de Formose qui durera jusqu’à la fin de la guerre. Sur terre, dans le Tonkin, le commandant Dominé, à la tête de 600 fusiliers, des vétérans de la légion étrangères pour la plupart, fut attaqué à la citadelle de Tuyan-Quan par 15 000 chinois réguliers et mercenaires du pavillon noir. Malgré cette écrasante infériorité numérique, Dominé et ses hommes parvinrent à tenir 3 mois leur position (décembre 1884-mars 1885), et les chinois ne prendront finalement jamais possession du fort. La supériorité française est majoritairement navale, car ses sous-effectifs terrestres rendent toute progression terrestre difficile. L’exemple flagrant est Formose où, après la capture de points clés, les français se virent incapable de poursuivre leur avancée car ils étaient trop peu nombreux pour défendre les positions récemment prises. L’occupation de Formose était un des objectifs centraux de l’expédition française, car l’île était chargée de charbon, ressource stratégique indispensable à cette époque. Le 28 mars 1885, le général Négrier, accompagné de ses 4000 hommes, reçut l’objectif de porter secours aux français de Tuyan Quan. Sur le chemin, les français rencontrèrent 20 000 chinois à Lang-Son. Négrier parvint à les repousser mais il fut fatalement touché durant l’affrontement. Dans la panique, son second commit la faute d’ordonner une retraite générale à l’ensemble des hommes. Or cette retraite n’était pas justifiée et se déroula dans un tel désordre que toutes les descriptions qui en furent faites faisaient mention d’un désastre. Pourtant, les pertes françaises n’étaient pas si élevées, mais des messages de détresses furent envoyés vers les autorités. Cette « défaite » entraîna la chute du gouvernement Ferry, jugé responsable du désastre.
Malgré cet épisode humiliant pour l’armée française, la Chine entama les préparatifs de la paix, et l’armistice fut signée le 13 avril 1885, en faveur de la France. Les français rendirent alors le contrôle de Formose à la Chine.
Le traité de Tien-Tsin marqua officiellement la fin de la guerre franco-chinoise, le 9 juin 1885. L’Indochine française est ainsi assurée, et le commerce français en Orient obtient de solides bases. Cependant, la victoire française n’est pas totale : d’une part à cause du renversement du ministère Ferry, mais également car l’objectif français de contrôler Formose n’aura pas été atteint.

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Drapeau des Pavillons noirs, capturé au Tonkin en 1885. Musée de l’Armée (Paris).
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Mercenaires du pavillon noir au service de la France, Tonkin, 1884.
Photographie du docteur Charles Edouard-Hocquard.

Notons que cette guerre marqua durablement la Chine et modifia son histoire à tout jamais. Les documents utilisés pour cette recherche émanent principalement de sources françaises, donc leur objectivité est à remettre en question sur quelques points de détails de l’Histoire.
On constate également que beaucoup de sources sur cette guerre sont disponibles en chinois et présentent parfois des points de vue différents. Cet épisode est très peu connu en France, mais connaît bien plus de notoriété en Chine.

Morfin Corentin

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