Regard sur les écoles alternatives et leur pédagogie.

EXTRA, école alternative…, extra !

En mai 2017, j’ai eu l’occasion d’assister à une réunion concernant l’ouverture d’une école dite « alternative ». Dénommée « EXTRA », cette école privée est située dans le nord de la France, dans la ville de Dunkerque.

S’inspirant de diverses pédagogies telles que celles de Freinet, Montessori, ou encore des pays nordiques, cette pépite a pour but de mettre en pratique la théorie des intelligences multiples, notamment développées par Howard Gardner. L’existence de cette école est née de la volonté des parents eux-mêmes, souhaitant « que l’école s’adapte à l’enfant et pas l’inverse », selon la fondatrice Angèle Barroy.

Afin que l’apprentissage soit le plus efficace possible, les enseignants, ici dénommés « facilitateurs », ont la tâche de déceler et d’accompagner la principale intelligence de chaque enfant. En accord avec l’éducation nationale, cette école a tout de même l’obligation de suivre le programme scolaire des écoles dites « classiques », afin que les élèves ne soient pas en décalage avec leurs homologues.

La méthode de cette pédagogie s’étend du cycle 1 (Maternelle – CP) au cycle 4 (5ème – 3ème), comporte un effectif réduit de 70 élèves au sein de toute l’école, véritable lieu de vie des enfants et adolescents.

La théorie des intelligences multiples (H.Gardner)

La théorie des intelligences multiples a été mise en avant en 1983 par Howard Gardner, psychologue de développement américain. Ces intelligences, présentées lors de la publication de son livre Frames of Mind : the Theory of Multiple Intelligence, seraient selon lui retrouvées chez l’enfant mais également chez l’adulte en rapport avec l’orientation scolaire. Elles permettraient une meilleure résolution de problèmes et une analyse bien plus accrue.

Au nombre de huit au total, ces intelligences se distinguent telles quelles : verbo – linguistique, logique – mathématique, visuelle spatiale, corporelle kinesthésique, musique – rythmique, interpersonnelle (non cognitive), intrapersonnelle (non cognitive), naturaliste-écologique.

De nombreuses critiques ont été apportées à son approche, jugeant que la preuve de l’existence de ces intelligences souffrait de vérifications empiriquement scientifiques. Il le reconnaît lui-même en 1997, que « ces intelligences sont des fictions –  des fictions utiles ».  De plus, il apparaîtrait que la théorie des intelligences multiples souffre d’un manque de hiérarchisation et de lien avec les neuro-sciences.

L’histoire de la pédagogie Freinet

Célestin Freinet est né en 1896 à Gars, dans les Alpes Maritimes, et s’est éteint à l’âge de 80 ans en 1966 à Valence. Il a été connu en tant que pédagogue grâce à l’invention d’une nouvelle pédagogie porteuse de son nom. Profondément marqué par Première Guerre mondiale, il a été blessé durant la bataille du Chemin des Dames de 1917. Ce traumatisme sera pour lui l’un des deux moteurs principaux de sa volonté de réformer la pédagogie de la République Française en voulant lui offrir une société plus humaniste. Lassé par la violence de la guerre et du colonialisme, à l’aube du XXème siècle rencontrant « l’éducation nouvelle » qui se fait de plus en plus connaître dans les milieux pédagogues en Europe, Freinet sera porteur d’une pédagogie innovante.

Celle-ci consiste à développer une méthode dite « naturelle » de la pédagogie de l’élève afin qu’il soit le moteur de sa propre formation. Il est donc actif mais se voit tout de même encadré par l’enseignant afin que ce dernier puisse lui donner les outils nécessaires pour qu’il puisse orienter ses recherches. Il n’y a pas de conception « verticale » dans cette relation pédagogique, où traditionnellement, le maître tient une position de domination sur ses élèves, bien souvent subordonnés.

Au contraire, ici Freinet encourage fortement la libre expérimentation afin que les enfants puissent rendre compte eux même de leur expérience via leur propre ressenti. L’estrade est abandonnée au profit des chaises d’écoles où le maître se tient à leur hauteur.

Au sein de la classe s’organise donc une coopérative des élèves dans le but de les responsabiliser davantage et de favoriser l’entraide. Ainsi, par cette forme d’autorégulation, chaque élève se doit d’être à l’écoute de l’autre quand celui-ci prend la parole, lorsqu’il échange des idées, propose des « plans de travail » etc.

Quant aux examens, ils s’effectuent par contrôle continu tout au long de l’année et s’intitulent « brevets de spécialité ».

L’ICEM est l’Institut Coopératif de l’Ecole Moderne qui comporte l’ensemble des enseignants à travers le monde et qui continue de perpétrer les aspects pédagogiques et sociaux mis en place par Freinet, son épouse Elise et leurs continuateurs.

Cet institut a recensé à l’automne 2016 plus de vingt écoles et collèges, composés d’au moins une équipe Freinet. La plupart sont localisés dans le Sud de la France (Marseille, Aix en Provence…) mais l’une des écoles se trouve à Mons-en-Baroeul, une petite commune dans le Nord de la France. Il s’agit de l’école maternelle A.Frank et de l’école élémentaire H.Boucher, formant à elles deux le groupe scolaire « Concorde ».

 

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Célestin FREINET donnant classe, années 1950

 

Les écoles Montessori

Maria Montessori est née en 1870 à Chiaravalle dans les Marches (Italie) et s’est éteinte à l’âge de 81 ans en 1952 à Noordwijk aan Zee (Pays-Bas). Elle a été connue en tant que médecin et pédagogue. A l’instar de Freinet, elle a mis en place une pédagogie porteuse de son nom, la pédagogie Montessori.

En théorie uniquement réservé aux hommes, elle obtient en 1897 son diplôme de médecin et devient donc la première femme italienne diplômée de médecine. Après de nombreux désaccords avec son père, elle s’intéresse aux enfants dits « attardés » dans des centres psychiatriques. Grâce à l’influence des travaux d’autres médecins tels que J.Itard (étude sur des enfants sourds et muets, inventeur de « l‘otorhinolaryngologie ») et du pédagogue français E.Seguin (à l’initiative de l’éducation des personnes handicapées mentales), Maria se penche désormais sur l’aspect pédagogique en ce début du XXème siècle. Au fur et à mesure de ses analyses, la future pédagogue orientera ses recherches sur des enfants qui ne souffrent pas d’handicaps.

Après quatre années d’enseignement, sur son initiative est fondée en 1907 la « Casa dei Bambini », littéralement la Maison des Enfants, dans le quartier ouvrier romain de San Lorenzo. Les années passent et la fondation de diverses écoles se fait connaître dans toute l’Italie. Cependant, avec la montée du fascisme dans les années 1930, et confrontée aux mauvaises intentions de Franco désireux de façonner un « homme nouveau » à travers ces écoles, Montessori tient tête au dessein du dictateur. C’est ainsi que de nombreuses écoles se sont vues définitivement fermées en raison du pouvoir fasciste.

Concernant sa méthode pédagogique, elle est basée sur l’observation et non le jugement des enfants qui préconise ici une éducation sensorielle et kinesthésique. Tout comme la pédagogie Freinet, l’enfant est ici à son rythme et évolue en toute sérénité, il n’y a pas de transmission verticale du savoir. La libre expérimentation de son environnement, ceci à son rythme lui permet de découvrir l’extérieur qui l’entoure.

De plus, dans cette éducation, la notion de bilinguisme est un point important : en France l’intervention d’un enseignant anglophone est appliquée dès la maternelle, ce qui permet à l’enfant de pouvoir davantage s’ouvrir sur le monde. Selon Montessori, grâce à ces méthodes, l’élève est en mesure de s’auto-discipliner et de faire preuve d’une capacité de concentration relativement peu commune pour des personnes âgées de 3 ans.

A l’heure actuelle, il existe plus de 22.000 écoles Montessori dans le monde, dont 5000 aux États-Unis et plus de 600 en Grande Bretagne.

 

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Casa dei Bambini, San Lorenzo, Roma

« L’enfant qui naît n’entre pas dans une ambiance naturelle : il entre dans la civilisation où se développe la vie des hommes. C’est une ambiance fabriquée en marge de la nature, dans la fièvre de faciliter la vie de l’homme et son adaptation. »

Maria MONTESSORI – L’enfant, 1935

Beckrich Yaëlle