Lettre ouverte à Simone Veil.

Lettre ouverte à Simone Veil

Madame,

Je vous écris de la chambre de mon appartement en sachant pertinemment que vous ne lirez jamais mes mots, que je tenais tout de même à vous énoncer.

J’ai lu, pendant l’été qui s’achève doucement pour laisser place à l’automne, votre livre Une vie, ainsi que beaucoup de discours que vous avez écrit dans le courant de votre carrière politique, et je tiens à vous exprimer mon profond respect, ainsi que ma sincère gratitude, pour tout ce que vous avez fait.

Plus que de permettre aux femmes d’avorter dans la légalité et la sécurité, vous avez permis à nombreuses d’entre nous de retrouver des conditions de vie et d’hygiène pérennes. Bien que l’égalité entre les femmes et les hommes ne soit pas encore acquise aujourd’hui, que dans de nombreux endroits sur Terre les droits des femmes soient toujours bafoués, et que certains Etats régressent même dans ce domaine, je peux vous assurer, après avoir lu vos mots et constaté vos actions, que vous n’avez non pas seulement permis aux femmes de devenir indépendantes, mais que vous êtes l’une des principales responsable aujourd’hui des progrès sociaux d’après-guerre ayant concerné la situation de la gente féminine.

Je tiens aussi à vous dire que ne pas vous avoir rencontré dans mon existence sera un regret certain et éternel. Bien que nos positions politiques ne soient pas proches et auraient pu être un sujet de conflit, vous auriez pu m’apporter le courage, la volonté et la sagesse dont il m’arrive de douter, voire de manquer. Mais rassurez-vous, malgré cela, je continuerai à mener ce combat dans lequel vous vous êtes engagé la première, pour parvenir enfin à une égalité des droits et des chances entre les deux sexes, en France comme dans le reste du monde.

Je voudrais aussi saluer votre force immense d’être parvenue, si jeune, et pourtant si consciente de la vie et de la mort, à surmonter non pas seulement l’antisémitisme nazi, mais également les séquelles psychologiques comme physiques que vous avez dû subir, comme tous les autres, lors de la libération du camp de Bergen-Belsen en mars 45. Vous avez réussi, malgré l’horreur vécue dans ses camps, non seulement à construire une vie étonnante mais également à vous engager pour le bien des autres, pour ne finalement que vous éteindre 72 ans plus tard. Ce que vous avez bâti est admirable.

Dans ma bibliothèque, votre ouvrage rejoint ceux des plus grands, Camus, Sartre, bien que je croie comprendre que vous ne l’aimiez que peu, mais également Gaudé et Schmitt qui ont, plus tard et avec plus de recul, interrogé comme s’ils pouvaient y trouver une réponse, le pourquoi de l’existence des camps, de la haine et de la mort. Entourée de ces grandes âmes littéraires qui ont marqué ou marqueront pour longtemps le monde artistique français, je peux vous assurer que vous êtes à votre place.

Je termine cet écrit en vous faisant la promesse de continuer le combat féministe dans lequel vous vous êtes engagé bien avant moi, mais également de ne jamais oublier que la Shoah reste comme vous le dites si bien “[votre] mémoire et [notre] héritage”. Je veillerai, comme tous les autres humanistes indignés par le sort qui vous a été réservé, à ce que jamais l’oubli ne comble les plaines allemandes et polonaises, sur lesquelles vous avez connu l’enfer.

Merci, madame Veil.

Charvet Eva