L’action de ce groupe de jeunes roubaisiens est incroyable et d’une solidarité rare.

En ce dimanche 1er Juillet où le soleil illumine la ville de Lille, un événement anime la Grand Place : de la musique, des personnes de tout âge et de tous milieux qui dansent sur toutes musiques, un énorme goûter collaboratif, ainsi que des stands de coiffure et de barbier … pour les SDF !

Qu’est-ce donc que ce groupe de personnes plein de joie de vivre et au grand cœur ?

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Crédit photo : Mehdi Kerrouche

Ce groupe, c’est le mouvement OPPOA, un mouvement solidaire composé d’adultes et de jeunes de Roubaix qui, main dans la main, font des actions de solidarité basées sur l’entrepreneuriat. Le principe de l’événement consiste à apporter de la joie aux SDF sous cette grande chaleur.

Au programme : Maraude (distribution d’eau, de nourriture et de vêtements), coupe de cheveux gratuite pour les sans-abris, danse, musique, goûter et bonne humeur !

« On en Parle Pas On Agit » #OPPOA ! Comment ça ?

Ce message, qui s’adresse à tous et à toutes, est originaire de Roubaix, non loin de Lille. Cette ville avec un grand patrimoine culturel est aussi réputée pour être une ville avec beaucoup de déviance, de délinquance, et qui souffre d’une extrême pauvreté. Mais ce que j’ai vu dimanche de ces jeunes issus de Roubaix est loin de l’image stéréotypée que l’on se fait: des jeunes solidaires, consciencieux d’aider, ouverts d’esprit, drôles, motivés et j’en passe…

L’histoire de cette association née avec son fondateur, Mheri Saher qui, après avoir parcouru de nombreux pays et travaillé dans de nombreux domaines, a développé diverses connaissances et compétences qui l’ont poussé à se lancer dans une action de solidarité. Saher est un homme très altruiste, impliqué, qui s’est lancé dans son association corps et âme. Il vit depuis 2016 entre La France et le Canada, entre Roubaix et Montréal, là où il a étendu son association.

L’idée du mouvement vient en fait d’une histoire personnelle. En 2015, il part aux Etats Unis à titre d’expérience, notamment sportive pour le basket-ball. Ainsi, quand il sort du métro alors qu’il arrive à New York la première fois et aperçoit la grandeur des buildings, il a un déclic. Il se plonge dans une grande introspection et se demande « Pourquoi tout le monde voit aussi grand ici ? Tous les jeunes, de tous milieux et de toutes cultures, sont dans un mode entrepreneurial ! Pourquoi je ne pourrai pas le faire ? »

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Crédit photo : Mehdi Kerrouche

Ainsi commence l’aventure. A partir de là, Saher Mheri se remet en question, il ne veut plus travailler mais se concentrer sur la reprise de ses études. Il travaille sur ses talents d’orateur, sur lui-même, sur ses compétences. Après l’obtention de son diplôme, il décide de se lancer.

Pour lui, OPPOA, c’est un état d’esprit avant tout : c’est se relever, trouver des solutions, agir pour avancer dans le monde professionnel. Partir de rien et aller très haut. L’importance c’est la remise en question, puis l’action.

Pour l’événement Barber Street, l’idée lui est venue par un collègue qui lui proposa de faire des maraudes. Saher Mheri s’est dit qu’il allait proposer ça aux jeunes, afin qu’ils aient des prises de conscience. Il met un point d’honneur à ce que les jeunes s’expriment et à ce que les adultes qui les accompagnent ne fassent pas les choses à leur place. Il laisse les jeunes agir et s’exprimer, donner des idées et les appliquer, dans le but de transmettre cette envie d’entreprendre dans leur vie personnelle comme professionnelle. Idéalement, Saher Mheri souhaite que chaque jeune ait conscience de son propre talent et ait envie d’entreprendre, de construire quelque chose avec ce qu’il sait faire et ce qu’il a appris, qu’il agisse et ait envie d’agir. 

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Fabrice, sans abri. Les jeunes sont venus vers lui le proposer une coupe de cheveux, avant cette photo il avait les cheveux jusqu’aux épaules! Crédit photo : Mehdi Kerrouche

Aujourd’hui, au sein de l’association, on constate que les adultes ne bougent plus le petit doigt et que ce sont les jeunes qui font tout. Les adultes sont juste là pour apprendre, former et accompagner.

Mais chez OPPOA, pas de discrimination : toutes celles et tout ceux qui veulent aider, peu importe le milieu social, sont les bienvenus. Le mouvement, sans locaux, ne se débrouille avec rien et organise pourtant des actions de grande envergure. Chaque appel au don est un succès. Roubaix est certes la ville la plus pauvre de France, mais la capitale de la solidarité.

Qui sont donc ces jeunes ?

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Crédit photo : Mehdi Kerrouche

J’ai interrogé trois jeunes de l’association, chacun avec son caractère, son ambition, sa personnalité – trois jeunes au grand cœur qui ont l’envie d’aider les autres.

Ines, étudiante pour devenir infirmière, a 19 ans. C’est une personne ouverte qui aime prendre soin des autres. Elle a connu le mouvement via les réseaux et par des connaissances dans l’association, ce qui lui a fait franchir le pas.  Le concept des maraudes lui a particulièrement plu. Elle est donc allée les voir, a été très bien accueillie, et est devenue membre de cette association fin mars. Depuis, elle a fait des maraudes, des réunions, des récoltes de dons, des préparations de repas. Ses motivations sont variées : venir en aide aux gens, parler avec eux, les aider à surmonter la solitude. Elle trouve qu’il y a une bonne ambiance dans l’équipe. D’après elle, les adultes sont derrière mais c’est surtout les jeunes qui sont mis en avant. Quand je lui demande si elle envisage une carrière dans l’asso, elle me répond qu’elle a envie de creuser la possibilité d’agir dans des établissements de santé, ce qui serait lié à ses études. Ines aimerait développer la prévention de manière généralisée, sensibiliser, donner des cadeaux aux enfants.

Redouane est un étudiant travaillant à Tourcoing. Il est en service civique en tant qu’entraineur de foot pour les enfants. Il a connu OPPOA sur les réseaux sociaux, puis y est allé de lui-même car il y connaissait des membres. Son but est de venir en aide aux gens et de proposer un soutien moral. Il est dans l’asso depuis quelques heures, me dit-il en riant. Pourtant il s’y sent déjà bien. Il décrit ses motivations personnelles de la manière suivante : « Pourquoi ne rien faire plutôt que d’aller bouger dans les rues aider les gens ? » Comme Inès, il aimerait lui aussi un jour pourquoi pas monter en grade dans l’asso, dans le domaine sportif.

Nourdine, étudiant en BTS commercial, est dans le mouvement depuis 1 an et demi. Maraude avec les jeunes, Barber street, récolte de dons… Il touche à tout ! Mais son action préférée fut un voyage humanitaire en Algérie, pendant 2 semaines. Les jeunes y ont distribué les fournitures scolaires et même des bonbons. Il a connu le mouvement par les réseaux et par des connaissances dans l’asso. Les différentes actions, et les clips réalisés par l’asso lui ont donné envie de venir. Sa motivation principale ? Aider les plus démunis. Nourdine aimerait bien développer le secteur de l’humanitaire de l’asso, créer des voyages, aider les plus démunis à l’étranger. Il envisage donc plus de responsabilités et aimerait que le mouvement se développe le plus possible, ce qu’il envisage comme un objectif tant personnel que professionnel.

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Crédit photo : Mehdi Kerrouche

Pour finir, cette après-midi fut extrêmement enrichissante. J’ai pu rencontrer des personnes exceptionnelles, pleines de vie et d’ambitions mais aussi une asso qui s’occupe vraiment de ses membres, qui se montrent soucieux de son avenir. Un mouvement qui donne espoir pour la génération future, une génération souvent taclée d’égoïsme, alors qu’elle peut faire preuve d’une grande solidarité. Si vous voulez vous aussi aidez les sans-abris, n’hésitez pas à contacter l’association via Facebook, elle vous renseignera et vous accueillera à bras ouverts.

Reztrop Solène