Révolution de la Femme – La Femme en Révolution.

Olympe de Gouges au cœur de la Révolution Française : de la Déclaration des Droits de la femme et de la citoyenne à l’échafaud.

image2

     La thématique de la femme est un sujet empreint d’actualité. L’histoire a montré, par bien des égards, que la position de la femme dans la société était en constante évolution ; évolution qui ne saurait se limiter à un simple fait de droit ou un simple fait de genre. La Révolution Française, outre la fin de la monarchie absolue de droit divin, fait encore aujourd’hui écho par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen publiée le 26 août 1789, dans un contexte où la « Grande Peur » et la « Nuit du 4 août » semblent sonner le glas de la fin de nombreux privilèges de la société d’ordres.

     La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, rédigée le 5 septembre 1791, marque un tournant dans cette Révolution Française qui peine à s’achever.  Rédigée en vue d’une suggestion auprès de l’Assemblée législative le 28 octobre 1791, ce pastiche a pour but d’inclure la Femme dans un projet révolutionnaire de lutte pour l’égalité pour tous et pour toutes. Elles sont appelées à devenir une entité véritable de la société, pour ne faire plus « qu’une » avec les hommes.  Le texte, bien que publié, ne sera jamais admis comme texte de loi par les instances politiques et la Convention.

     La remise en question de la monarchie, l’émergence des libertés personnelles et des opinions éclairées sont tout autant de motifs qui symbolisent alors la volonté de la population française, ou d’au moins une majorité, d’apparaître comme un corps populaire et social.  Chacun saurait alors se trouver une place qui lui est propre et où les « les droits naturels, inaltérables et sacrés de la femme » (Préambule) se doivent d’être respectés.

     Le choix d’écrire aujourd’hui sur Olympe de Gouges est dicté par la place croissante que prennent les questions de genre dans l’actualité et les différents débats historiques. Révolutionnaire modérée, elle a pris le parti de défendre la cause de son sexe, pour lequel elle souhaite reconnaissance et légitimité. Elle apparaît comme une figure de proue des citoyennes en révolution, par son intégration notable aux sociabilités, tel que le salon où elle s’illustre. Olympe de Gouges trouve écho à ses idées auprès de Condorcet qui, en 1790, s’attelle à l’écriture du texte « Sur l’admission des femmes au droit de cité ». Le parcours d’Olympe de Gouges est en somme celui d’une femme désireuse d’une liberté multiple et nécessaire pour acquérir droits et devoirs égaux à son alter-égo.

De Marie de Gouze à Olympes de Gouges : de fille de maître montalbanais à la femme de lettre parisienne.

     Née le 7 mai 1748 dans une famille de Montauban, elle est la fille légitime de Pierre Gouze, artisan boucher et de Anne Olympe Mouisset, dont elle prendra le deuxième prénom par la suite. Marie de Gouze est élevée dans un milieu modeste, partagée entre ses parents et le parrain de sa mère, Jean-Jacques Lefranc de Pompignan, poète.

sfM6kT7D5yLqdojfI6dEL5A

     image3-2Mariée à 17 ans à Louis-Yves Aubry, son mariage ne dure que quelques mois, pendant lesquels elle devient mère d’un fils Pierre. À la mort de son mari, elle prend alors le chemin de Paris et adopte définitivement le nom d’Olympe de Gouges. Sans fortune mais impatiente de s’introduire dans le milieu des lettres, elle rejoint sa sœur aînée, accompagnée de Jacques Biétrix de Rozières, son compagnon et propriétaire fortuné.  Sa vie à la capitale lui permet alors de débuter une vie libre de toute contrainte, notamment grâce aux revenus de l’homme avec qui elle partage sa vie. Olympe de Gouges accède alors à des sphères qu’elle n’aurait jamais osé convoiter durant sa jeunesse, et qui permettent à son fils d’être éduqué en toute convenance. Grâce aux mondanités et à son immersion dans la langue française, elle développe une passion loin des mœurs légères : l’écriture.

     Sa carrière littéraire et son goût des lettres, peut-être hérités de son père biologique et poète, s’imprègnent de théâtralité. Alors qu’elle monte sa propre troupe de théâtre itinérante, plusieurs de ses pièces trouvent succès à Paris. Avec l’art dramatique, Olympe de Gouges commence à émettre ses premières critiques sur la société de l’époque moderne. Après la pièce Zamore et Mirza ou L’heureux naufrage, inscrite dans le répertoire renommé de la Comédie Française au milieu de l’année 1785, ses Réflexions sur les hommes nègres, en 1788 sont vues comme de virulentes accusations face au Code Noir, édit royal qui avait été promulgué en 1685. Cette pièce suit de près le Mariage inattendu de Chérubin en réponse au Mariage de Figaro de Beaumarchais, Olympe de Gouges s’indigne alors des conditions de mariage des jeunes filles, souvent mariées contre leur gré. Son combat artistique, utilisé à des fins idéologiques lui aura permis d’éviter la censure.

Des premières prise de positions et engagements au cœur de la Révolution Française à La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne : apogée d’une gloire nouvelle

     Dès les premiers mois de la Révolution Française, Olympe de Gouges utilise son nouveau statut mondain et ses talents littéraires afin de développer ses idées politiques. A l’aube de la Révolution, en 1788, ses premières ébauches d’écriture, véritables pamphlets, démontrent encore une fois la ténacité dont elle fait preuve face aux événements et revendications de son temps. Après la Lettre au Peuple (qui évoque un projet fiscal dit patriotique), elle rédige les Remarques patriotiques, par l’auteur de la Lettre au Peuple.

     C’est grâce aux sociabilités qu’Olympe de Gouges se forge un cercle de connaissances, de réflexion et plus particulièrement au sein du « Cercle Social » ou « Amis de la Vérité ». Le salon, véritable « théâtre mondain » selon Pierre-Yves Beaurepaire (Historien spécialisé dans l’histoire culture de l’Europe des Lumières – Université de Nice) joue un rôle considérable dans la diffusion de ses idées. Ainsi, l’ouvrage Ils ont pensé les droits de l’homme co-écrit par Madeleine Rebérioux, Antoine de Baecque et Dominique Godineau souligne l’idée selon laquelle ce cercle est « le plus attentif et favorable à une éventuelle émancipation de la femme ». Elle se rapproche également de Malesherbes et de la Société d’Anteuil, aux idées plus républicaines. Ses idées l’ont amenée, lors du procès royal de Louis XVI, à se porter volontaire pour le soutenir, se considérant d’un penchant révolutionnaire mesuré. Olympe de Gouges qualifiait Louis XVI de « fautif comme roi », mais « dépouillé de ce titre proscrit, il cesse d’être coupable aux yeux de la République ».

     Le document se conclut par un dix-septième article et un postambule qui interpelle les lecteurs et lectrices « Femme, réveille toi ». Le tutoiement révèle une certaine proximité qu’Olympe de Gouges souhaite créer avec les femmes, pas seulement pour s’en rapprocher, mais dans le but de les convaincre. Sa théorie n’est pas seulement de placer la femme au centre de la société mais de faire coexister hommes et femmes dans une parfaite harmonie et égalité. La femme n’a pas le droit à un traitement de faveur face à l’homme mais à un traitement égal au sien.

« La femme a le droit de monter à l’échafaud, elle doit avoir le droit de monter à la tribune »

Article X.

     Proche des Girondins et « Brissotine » depuis 1792, Olympes de Gouges a manifesté son opposition à plusieurs ténors de la Révolution Française, notamment par sa volonté de soutenir Louis XVI et une possible monarchie constitutionnelle en contradiction complète avec la Terreur imminente. Dans L’Esprit français publié en 1792, elle tente tant bien que mal d’inciter les citoyens à se révolter en évitant tout bain de sang car « Le sang même des coupables, versé avec cruauté et profusion, souille éternellement les Révolutions ». Ainsi, elle voit en Marat un Montagnard peu réfléchi qu’elle qualifie « d’avorton de l’humanité » et en Robespierre un homme avide de pouvoir qui souhaiterai en la Terreur un tremplin pour sa propre dictature. Ce dernier, désigné comme « l’opprobre et l’exécration de la Révolution », un « ambitieux sans génie, sans âme » dénonce les accusations d’Olympe de Gouges par le biais du célèbre Club des Jacobins, farouchement accusateur envers cette dernière.

     Face à ces oppositions, la sans-culotterie demande avant tout que le texte d’août 1789 soit adressé à toute la population, hommes et femmes réunis. Les mois qui précèdent la mort d’Olympes de Gouges ont ravivé ce désir de citoyenneté féminine. Les Républicaines de Beaumont (Sud-ouest) lors du débat à propos de la Constitution affirme leur droit de pouvoir ratifier un texte sur lequel elles ont activement travaillé. Les Citoyennes révolutionnaires sont une véritable « force du mouvement révolutionnaire » comme l’écrit Dominique Godineau dans son ouvrage Les citoyennes tricoteuses – Les femmes du peuple à Paris pendant la Révolution Française.

     Certains hommes en viennent à soutenir également ces demandes. Au printemps 1793, les revendications fusent. Ainsi, Guyomard préfère au mot «homme » le terme « d’individu », et Romme suggère l’idée d’une Déclaration des Droits pour « tout homme, de l’un et de l’autre sexe » (Ils ont pensé les droits de l’homme, 1989).  Tous deux conscients de l’enjeu des mots.

     Alors que les tensions entre Montagnards et Girondins atteignent leur paroxysme, l’éviction des Girondins de l’Assemblée le 2 juin renforce l’opposition d’Olympe des Gouges face à ces premiers. Elle écrit le 4 juin un Testament Politique, décrivant ses opposants comme corrompus et s’exclamant être honorée « d’avoir servi, la première, la cause du peuple ; d’avoir sacrifié ma fortune au triomphe de la liberté ». Olympe de Gouges est arrêtée le 20 juillet alors qu’elle placarde des affiches dans la capitale et est emprisonnée dans les heures qui suivent. Elle se déclare enceinte, mais il s’avère que cette grossesse n’était qu’un simple stratagème pour échapper à l’échafaud (Au pied de l’échafaud, Jacques Bensard 2016). Jugée le 2 novembre par le Tribunal Révolutionnaire, elle est guillotinée le lendemain même, à l’âge de 45 ans, ses derniers mots empreints d’un goût d’inachevé « Enfants de la patrie vous vengerez ma mort ». Elle adresse une dernière lettre à son fils dans lequel elle lui dit mourir «innocente ».

image4

Thomas Margaux