L’orthophonie, une profession encore méconnue

L’orthophonie est une profession récente en France puisqu’elle est reconnue officiellement depuis 1964. Appelé « orthophoniste » en France, « logopède » en Belgique et « logopédiste » en Suisse, le professionnel de l’orthophonie fait partie du domaine du paramédical et est formé en 5 années d’études depuis 2013.

Suzanne Borel-Maisonny est le nom qui revient le plus dans l’historique de la profession. En effet, elle a joué un grand rôle dans la reconnaissance de l’orthophonie en France et on l’associe aussi beaucoup à sa méthode qui permet l’apprentissage des sons associés à des gestes (encore utilisée de nos jours).

Les clichés

Dans la société actuelle, l’orthophonie est remplie de clichés. Revenons sur ces clichés pour éclaircir le vrai du faux.

On entend souvent : « L’orthophonie, c’est pour les dyslexiques… » ou encore « L’orthophonie, c’est pour les enfants qui zozotent ».

Effectivement, cela fait partie du champ de compétences des orthophonistes mais celui-ci est bien plus vaste. Tout d’abord, les patients qui viennent pour une consultation ne sont pas seulement des enfants mais aussi des adultes, des personnes âgées, et même des nouveau-nés ! Il serait long d’évoquer tous les troubles et les pathologies rentrant dans le champ de compétences de l’orthophoniste mais essayons d’en faire une liste plus ou moins exhaustive…

Les orthophonistes rééduquent les troubles des apprentissages qui regroupent ce qu’on appelle les troubles « dys » dont la dyslexie (trouble spécifique de la lecture), la dyscalculie (trouble de la cognition mathématique) et la dysphasie (trouble spécifique du langage oral), etc.

D’autre part, ils peuvent être amenés à prendre en charge des enfants ou adultes porteurs de maladies génétiques (trisomie 21…), ayant des atteintes neurologiques ou encore des patients ayant un trouble du neurodéveloppement tel que l’autisme.

Dans le décret de compétences de l’orthophoniste, on retrouve aussi les troubles de la voix, de la parole (bégaiement), de la déglutition (du nouveau-né à la personne âgée), de l’oralité (liés à l’alimentation, la ventilation, le cri, l’exploration tactile et gustative et le langage) ainsi que des troubles spécifiques à l’adulte comme les maladies neurodégénératives (Alzheimer, Parkinson…). Ici, l’orthophoniste a pour rôle de maintenir la communication.

« L’orthophonie, c’est pour les pieds ? »

A ne pas confondre avec l’orthopédie qui évoque une spécialité chirurgicale ou encore la podologie qui est l’étude du pied, l’orthophonie veille « principalement » à pallier les troubles qui peuvent empêcher une communication efficiente.

« L’orthophoniste, elle… »

Malheureusement, ici, ce cliché n’est pas vraiment faux. Environ 96% des orthophonistes sont des femmes mais n’oublions pas les 4% restants… Ce métier en grande partie féminin l’est peut-être à cause des clichés véhiculés autour du champ de compétences des orthophonistes notamment sur l’unique prise en charge pédiatrique…

« L’orthophoniste ne fait que jouer toute la journée, ce n’est pas un vrai métier… »

Beaucoup d’orthophonistes peuvent utiliser le jeu durant les séances mais toujours avec des objectifs orthophoniques derrière. Le jeu permet avant tout la communication et l’échange qui est au cœur de l’orthophonie mais permet aussi le développement du langage, des fonctions cognitives, le désir d’apprendre (ou réapprendre) et une meilleure estime de soi pour le patient. Mais le jeu a une kyrielle d’autres fonctions…

« L’orthophoniste fait du soutien scolaire »

L’orthophoniste est un soutien pour la scolarité puisque le handicap du patient enfant va toucher essentiellement la scolarité mais le rôle de l’orthophoniste n’est pas de faire apprendre le français ou même d’aider l’enfant à faire ses devoirs. Son rôle est d’apporter à l’enfant des clés pour qu’il pallie son handicap au quotidien.

« L’orthophoniste gagne bien sa vie… »

En libéral, le salaire moyen des orthophonistes est de 2486€ net soit 29830€ par an mais les salaires sont très variables…

En tant que salarié, l’orthophoniste gagne en moyenne l’équivalent d’un SMIC + environ 50€ soit une reconnaissance Bac + 2 pour 5 ans d’études…

Les revendications

Aujourd’hui, l’orthophoniste peut travailler à son compte en libéral mais aussi en tant que salarié. A l’hôpital, l’orthophoniste peut intervenir dans un grand panel de services tels que la gériatrie, la néonatologie, la neurologie, la pédiatrie, la psychiatrie, le service ORL (oto-rhino-laryngologique) et bien d’autres… Comme écrit ci-dessus, l’orthophoniste en salariat gagne un peu plus du SMIC. Ainsi, beaucoup d’orthophonistes désertent les hôpitaux au profit du libéral. Or, au vu des services dans lesquels l’orthophoniste peut intervenir, ce professionnel est indispensable dans un hôpital. La désertion de la profession vers le libéral a des conséquences délétères pour les patients : prise en charge moindre, mais également pour les étudiants pour lesquels ces lieux de stage se font rares.  

C’est pourquoi, l’intersyndicale des orthophonistes dont la FNO (Fédération Nationale des Orthophonistes) et la FNEO (Fédération Nationale des Etudiants en Orthophonie) revendiquent depuis plusieurs années une juste reconnaissance de leurs compétences, induisant leur droit à un salaire en accord avec le nombre d’années d’études.

Depuis des années, l’intersyndicale se voit proposer par le Ministère de la Santé et des Solidarités de nouveaux décrets, toujours refusés en bloc car jugés insuffisants pour rendre de nouveau attractif l’exercice salarié. A l’été 2017, un décret est toutefois passé sans le soutien de l’intersyndicale, reclassant les orthophonistes sur une rémunération à hauteur d’un bac +3, dont la mise en place doit se faire en 3 étapes. La rémunération à bac +3 ne sera donc pas effective avant janvier 2021.

La différence avec les autres professions à bac +5 de l’hôpital reste de plusieurs centaines d’euros.

Pour finir : « L’orthophonie est un beau métier… »

Bon, j’avoue… c’est moi qui l’ai rajouté mais c’est vrai ! L’orthophonie est un métier passionnant dans lequel aucune journée n’est la même de par les pathologies diverses et variées ainsi que par la diversité de la patientèle. Enfin, l’orthophoniste exerce un métier indissociable de sa dimension humaine parce qu’on n’exerce jamais seul, on travaille toujours pour un patient et avec lui…

Alors ? Connaissiez-vous l’orthophonie aussi bien que vous le pensiez ?

Constance MERY

Etudiante en orthophonie

Bibliographie :

Source 1 sur le reclassement : https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000035401494&dateTexte=&categorieLien=id

Source 2 sur le décalage d’effet https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexteArticle.do;jsessionid=A6B63E57A4CE81BCE6B779A7AFE34DB8.tplgfr34s_3?idArticle=JORFARTI000036250445&cidTexte=JORFTEXT000036250090&dateTexte=29990101&categorieLien=id