La révolution des chemins de fer à l’époque victorienne

Le chemin de fer a totalement révolutionné notre manière de se déplacer, aujourd’hui nous pouvons notamment faire Bordeaux – Paris en 2 heures. Apparaissant en Grande-Bretagne au XIXe siècle, l’économie et la société de son pays d’origine et du reste du monde se voient bouleverser par cette innovation technique. Le chemin de fer est le point clé de la Révolution industrielle, expression utilisée en Angleterre qu’à partir de 1820. Ainsi comment a été créée cette révolution qu’est le chemin de fer et quel a été son impact ?

Les débuts du chemin de fer

Avant la création de la locomotive, des inventions sont créées entre 1800 et 1814. Tout d’abord, en 1800, Richard Trevithick, considéré par certains comme l’inventeur de la locomotive, crée la machine à vapeur à haute pression. En 1804, il expérimente un de ses modèles au Pays de Galles mais à cause du poids de la machine, les rails se brisent. En 1808, il refait un essai infructueux puis décide d’arrêter ses expériences. En 1812, Blenkinsop crée une machine utilisée pour une ligne « minérale » près de Leeds qui peut être considérée comme la première utilisation « commerciale ». Enfin, des locomotives apparaissent en 1813 mais l’inconvénient est qu’elles sont trop lourdes et trop lentes. Grâce à ces inventions, George Stephenson, en les perfectionnant, crée la locomotive en 1814. Ainsi les premières innovations liées aux chemins de fer se font avant 1820 donc avant l’utilisation des termes « Révolution Industrielle » et également avant l’ère victorienne.

La création de la locomotive

Né en 1781, George Stephenson est le créateur de la locomotive et du chemin de fer. Fils d’ouvrier passant par plusieurs métiers (mineur, chauffeur, mécanicien puis ingénieur conseil), c’est un autodidacte ne sachant ni lire ni écrire. Pourtant, il joue un rôle important dans la Révolution industrielle. En 1814, il crée sa première locomotive qui se nomme la Blucher et qui a pour but un transport minier. A ses débuts, George Stephenson fait face au scepticisme mais grâce à deux évènements il va démontrer ses talents. Dans un premier temps en 1821, deux banquiers quakers du nom d’Edmund et Joseph Pease souhaitent construire une ligne de chemin de fer pour le bassin houiller d’Auckland qui se nomme Stockton-Darlington. Stephenson s’en occupe en conseillant les rails de fer de Birkinshaw dont une usine est fondée en 1823 à Newcastle pour les construire, et ses propres locomotives. L’inauguration de la ligne se fait le 27 septembre 1825 et marque l’émergence d’une « ère des chemins de fer ». Ensuite en 1824, des hommes d’affaires de Liverpool demandent à George Stephenson de construire la ligne de chemin de fer Liverpool-Manchester. Projet colossal pour l’ingénieur, les compagnies de canaux et les propriétaires montrent leurs désaccords pour ce projet qui n’est pas avantageux pour eux. De plus, le bill qui autorise cette ligne est refusé par le parlement en 1825 puis finalement accepté en 1826. Puis un débat se crée face au choix de la locomotive, celui-ci aboutit sur les célèbres épreuves de Rainhill en octobre 1829 qui est un concours public pour élire la meilleure locomotive. Evidemment, père et fils Stephenson gagnent ces épreuves avec la Rocket qui, suite à leurs perfectionnements, est plus rapide, simple, légère et puissante. Ainsi, le 15 septembre 1830, en présence du premier ministre, le Duc de Wellington, la ligne Liverpool-Manchester est inaugurée. Elle unit deux grandes métropoles provinciales pour la première fois et est la première ligne régulière. De plus, elle connut un trafic important de voyageurs, de fait, ils prirent conscience que ce n’était pas fait que pour le commerce. Donc la Liverpool-Manchester est un succès financier ce qui déclenche plusieurs projets de lignes.

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(Gravure de L. Shaw représentant l’inauguration du chemin de fer de Liverpool à Manchester le 15 septembre 1830 en présence du Duc de Wellington. Source : structurae.info)


Une économie en dents de scie

Le développement du chemin de fer commence et se caractérise par deux grands booms entre 1830 et 1850 qui sont marqués par des crises économiques. En effet, la construction est influencée par le marché financier d’autant plus qu’elle a besoin de capitaux conséquents. Le premier railway boom se produit de 1833 à 1837 en Grande-Bretagne atteignant son sommet en 1836 grâce au Parlement qui donne son approbation pour la construction de 955 milles de nouvelles lignes. A cause d’une crise financière, ce boom se termine à la fin de l’année 1836 et l’année 1837 subit une crise économique générale importante. De fait, les nouveaux projets sont plus rares et entre 1838 et 1841, le Parlement ne vote que six railwayacts. Ainsi le premier railway boom engendre 1 400 milles de lignes et 3 289 km de voies ferrées qui fonctionnent en 1843 au Royaume-Uni. Le deuxième railway boom se produit de 1844 à 1847. L’économie est à son apogée en 1845 puis elle subit de nouveau une crise financière. Ensuite, elle connaît une seconde crise en 1847 qui détermine la fin du boom. Le point culminant de ce boom est en 1846 avec le vote de 225 Acts par le Parlement. Petite précision, ce n’est pas le gouvernement et le Parlement qui réalisent les chemins de fer, ce sont des capitaux privés de groupes de particuliers qui sont des compagnies. Pour construire hors des limites des propriétés privées, ils doivent demander l’autorisation au Parlement qui se traduit par des PrivateActs. De fait, le contrôle de l’Etat sur les chemins de fer est faible et ça ne coûte rien aux contribuables.

Les bouleversements qu’engendrent les chemins de fer en Grande-Bretagne

Tout d’abord, les chemins de fer ont un impact sur le commerce, ils facilitent le transport de marchandises comme par exemple le charbon, produit phare de la Grande-Bretagne. Grâce aux chemins de fer, certaines industries croissent comme par exemple les industries alimentaires puisque grâce à cette révolution ferroviaire, ils transportent des produits qui restent frais tels que le poisson, le lait, la viande et les légumes. Egalement se multiplient les industries mécaniques, de sidérurgie et de charbon pour la construction et la réparation des trains puisqu’ils sont les principaux consommateurs. D’ailleurs, la production de fer double entre 1835 et 1845. En ce qui concerne la Poste, les chemins de fer ont aussi un impact positif sur la transmission des informations qui est liée à la régularité et à la rapidité. En effet, le Royal Mail donne ses sacs de postes à la ligne Liverpool-Manchester le 11 novembre 1830 et en 1846, la totalité de la poste est acheminée par transport ferroviaire de et vers Londres grâce à sa rapidité. Ainsi, les chemins de fer et la Poste se structurent ensemble, cette dernière subventionne le premier et crée des travelling post office. C’est un Anglais du nom de Rowland Hill qui a eut l’idée de distribuer le courrier en triant les lettres par destination en même temps qu’ils les transportent dans le but d’être plus rapide. De fait, en 1838, le premier travelling post office entre Birmingham et Warrington est opérationnel et s’étend petit à petit au reste du pays fort de son succès. Les seuls à voir d’un mauvais œil cette révolution ferroviaire sont notamment le transport qui précède le chemin de fer : les canaux. La capitulation des compagnies de canaux se traduit par leur transformation en compagnies de chemin de fer. Egalement les propriétaires terriens qui sont fréquemment forcés à donner une partie de leur propriété pour la construction.

Le chemin de fer dans la vie des britanniques

Le train permet le transport de voyageurs, tout type de classe sociale confondu. Par exemple, un ticket en deuxième classe coûte environ de 37p  à 80p, 50% moins cher que l’autocar donc même les pauvres et les ouvriers peuvent prendre le train. De plus, 300 000 emplois sont créés dans les années 1800 (agents d’entretien, ingénieurs, gardiens …) et des emplois connexes comme mineur de charbon. En 1847, les compagnies de chemins de fer emploient directement 4% des ouvriers. Pour plus de chiffres exacts : 56 000 emplois en 1850, 250 000 en 1875, 350 000 en 1890 et plus de 600 000 emplois en 1910 sont créés par les chemins de fer. En outre, le confort et la sécurité des trains sont améliorés pour la clientèle tels que la suppression des sièges en bois, l’installation de toilettes, de wagons-lits et de wagons restaurants, le développement de l’éclairage passant de la lampe à huile à l’éclairage au gaz en 1881 puis à l’éclairage électrique en 1882 et l’amélioration du chauffage dans les wagons avec aussi des bouillottes d’eau chaude et des couvertures mises à disposition. La sécurité est améliorée grâce à l’installation de freins « continus » mais il y a quand même de plus en plus d’accidents sur les rails (collisions, ponts qui s’effondrent, déraillements …). Entre 1830 et 1835, on passe de 3 morts à 97 morts et 255 blessés et 111 morts entre 1861 et 1865.

En revanche dans les villes, la construction de chemin de fer et de gares créent la destruction des logements, ce sont en particulier les bidonvilles qui sont visés et des cimetières sont déplacés. Ainsi, 38 000 personnes deviennent sans abris en 1859-67 et 4 000 maisons sont démolies en 1866 pour construire la gare de St. Pancras à Londres. Cela aggrave grandement le problème du logement qui était déjà présent dans les grandes villes. D’ailleurs, Charles Dickens (1812-1870) dans son texte intitulé Dombey and Son (chap 6, 1847-48) fait état de cette situation où il voit le paysage londonien perturbé par cette révolution ferroviaire mais aussi plusieurs maisons de son quartier d’enfance à Camden qui sont détruites.

L’expansion des chemins de fer dans le reste du monde

L’expansion des chemins de fer dans l’Empire britannique se fait notamment grâce au Lord Dalhousie (James Broun Ransay) qui est alors gouverneur général de l’Inde et qui va pousser la construction des chemins de fer en 1850. Avec l’aide de l’ingénieur britannique Robert Maitland Brereton qui construit et réinvente technologiquement parlant de nombreux viaducs, tunnels et voies d’évitement, une ligne de chemin de fer est construite et officiellement ouverte entre Calcutta et Rujmehal le 7 mars 1870. Elle devient alors la plus longue et la plus exploitée des lignes de tout l’Empire britannique. Cette révolution ferroviaire a un impact sur plusieurs autres pays dans le monde. Ainsi, Robert Stephenson & Co fournissent des locomotives et possèdent plusieurs contacts en France, en Allemagne, en Autriche, en Belgique, en Italie, en Russie, en Argentine et en Amérique du Nord. C’est donc pour cela que nos trains en France roulent à gauche puisqu’ils ont été créés en Grande-Bretagne !

En conclusion, le chemin de fer a été créé et construit en Grande Bretagne au XIXe siècle et s’élargit petit à petit au reste du monde. Il possède une ascendance à la fois sur le commerce et sur le transport de voyageurs, ce n’est donc pas qu’une révolution, le chemin de fer domine et est au cœur de la Révolution industrielle. Le célèbre romancier victorien W.M. Thackeray (1811-1863) décrit le chemin de fer comme une frontière entre le vieux monde et le monde moderne. Il est vrai qu’il joue un rôle important dans l’évolution du monde et dans l’avancée technique. Cependant, lorsque la guerre éclate en 1914, le rôle du chemin de fer va être reconsidéré par le gouvernement, lui donnant peut-être plus ou moins d’importance.

Sarah Dieu

Sources :

Bibliographie :

CROUZET, François, L’économie de la Grande-Bretagne victorienne, Paris, Coll. Regards sur l’histoire, SEDES, 1978, 370p.

JUMEAU, Alain, L’Angleterre victorienne. Documents de civilisation britannique du XIXe siècle, Vendôme, Coll. Perspectives anglo-saxonnes, PUF, 2001, 238p.

Sitographie :

http://www.persee.fr/doc/geo_0003-4010_1912_num_21_115_7289