La téléréalité, un danger pour les jeunes ?

Récemment, Morgane Enselme s’est livrée sur son expérience de la téléréalité. Participante à la saison 4 de Secret Story, elle était encore liée par un contrat de confidentialité avec la société de production de l’émission, Endemol. Dans la vidéo de sa chaine You Tube, elle révèle des conditions de vie anormales, des conditions d’hygiène déplorables et des mises en scène malhonnêtes. Les candidats ne peuvent en effet pas avoir accès à l’heure et sont donc complètement décalés dans leur rythme biologique, ne sachant quand  ils doivent dormir et manger. Ils n’ont pas droit à un aspirateur qui cacherait le son de leur voix et ne disposent que d’un balai et de quelques chiffons. Ils n’ont droit qu’à trente minutes d’eau chaude par jour et se précipitent donc tous sous la douche au même moment. Quant à la malhonnêteté, on nous présente certaines situations sorties de leur contexte, qui tendent à faire croire que les candidats développent certains traits de caractère alors qu’il ne s’agit que d’une mise en scène. Le but de cette émission serait donc de “dérégler” complètement les candidats afin qu’ils aient des comportements anormaux, exagérés pour faire monter l’audience. Même si ces révélations ont tendance à adoucir l’opinion que l’on peut se faire des candidats de la téléréalité, il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’un business qui fonctionne : certains candidats en redemandent afin d’avoir accès à une notoriété superflue, quant aux spectateurs, ils ne manquent pas non plus.

Qu’est-ce que la téléréalité ?

En 2011, une étude menée par la Commission de réflexion sur l’évolution des programmes a tenté de donner une définition à la téléréalité: « principe d’enfermement et d’élimination, et prise d’images quasiment continue. La notion d’enfermement peut être prise au sens strict (dans un espace unique et clos) ou au sens plus large d’isolement ».

Pourquoi la téléréalité fonctionne-t-elle ?

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il n’y a pas que les jeunes qui regardent ces émissions et le public que l’on appelle couramment « la ménagère de moins de 50 ans » fait également partie des cibles des sociétés de production en raison de son pouvoir d’achat. Les jeunes restent néanmoins le public phare de ce genre de programme. Pourquoi sont-ils attirés par ces émissions de téléréalité ? Il semblerait qu’elles constituent pour eux un reflet de la vraie vie. Les candidats sont des personnes qu’ils peuvent rencontrer, contrairement à des acteurs qui appartient au monde fermé du cinéma. Les jeunes téléspectateurs peuvent ainsi s’identifier à des personnes accessibles. Ils ressentent une proximité avec les candidats, augmentée par les sujets que les émissions abordent et qui concernent quotidiennement les jeunes : les relations entre jeunes du même âge, l’amour, la sexualité, etc. La téléréalité devient également un élément de sociabilité puisque les émissions alimentent les conversations pendant les récrés et que ne pas les regarder peut parfois exclure d’un groupe.

La téléréalité a un atout principal pour attirer du public : ses horaires de diffusion stratégiques. Les émissions passent quand les jeunes rentrent de l’école et quand les adultes finissent leur journée de travail. C’est l’heure de la détente de la journée. Les adolescents préfèrent se mettre devant la télé plutôt que d’ouvrir un livre ou de faire leurs devoirs. Pour certains qui en témoignent, la téléréalité est considérée comme une « drogue » dont ils ne peuvent plus se passer et les émissions sont religieusement entrées dans leur quotidien. Le deuxième succès de ces émissions tient au message qu’elles véhiculent : celui d’une réussite, pourtant biaisée. Les candidats semblent accéder à une forme de notoriété. Ils sont reconnus dans la rue, on parle d’eux dans les journaux people et sur les réseaux sociaux. L’envers du décor, comme l’explique Morgane Enselme dans sa vidéo, est compliqué à gérer pour quelqu’un qui est lâché dans la nature avec l’ampleur d’une popularité qu’il ne pouvait pas soupçonner. Les jeunes téléspectateurs imaginent que c’est simplement l’occasion d’être connu et d’avoir une reconnaissance dont presque tous les ados de 15 ans rêvent.

Quels impacts la téléréalité peut-elle avoir ?

Les adolescents qui regardent des émissions de téléréalité auraient une perte d’un tiers de leurs connaissances en comparaison à ceux qui n’en regardent pas. Les 15 à 17 ans représentent 37% de l’audience, et les 18 à 29 ans, 20% de l’audience.

Alain Lieury, chercheur en psychologie cognitive à l’Université européenne de Bretagne – Rennes 2 et spécialiste de la mémoire, a réalisé une étude, laquelle n’a pas attaché d’importance aux niveaux scolaires ou aux milieux socioculturels, avec 27 000 collégiens de 3ème. Grâce à des QCM sur leurs loisirs, l’étude a démontré que les jeunes qui regardent régulièrement des émissions de téléréalité ont des notes moins élevées que ceux qui n’en regardent pas, jusqu’à 11 points de moins en mathématiques et une diminution de 16% de l’acquisition des connaissances.

Les parents sont-ils impuissants ?

Pour certains parents, la téléréalité pourrait être l’un des éléments explicatifs de la multiplication des violences et harcèlements scolaires. En effet, le jeune public, naïf, prend les situations des émissions de téléréalité au premier degré, alors qu’il faudrait être conscient que c’est un spectacle qui est donné.

Certains parents désireraient que ces émissions ne soient plus diffusées en journée ou quelles soient interdites aux enfants de moins de 12 ans. Notons toutefois qu’il est possible de bloquer les télévisions avec un code, tout comme d’installer une sécurité enfant sur les tablettes et ordinateurs…

Ludivine PASCUAL