Stonewall Inn, 50 ans après

Quand on évoque les années 60 aux États-Unis, l’on pense rapidement à l’année 1967 et au « summer of love » qui signa le début d’une lente libération des mœurs. Malheureusement ce vent de progressisme n’a pas soufflé sur la totalité du pays, à l’extrême opposé de San Francisco, sur la côte Est, les new-yorkais doivent composer avec une répression policière violente envers les homosexuels. 

Être homosexuel dans les 1960’s

À l’époque les interdits envers la communauté LGBT sont nombreux et sources d’arrestations quotidiennes. Sur l’année 1966 on recense une centaine d’arrestations par semaine sur les seuls motifs d’avoir embrassé ou dansé avec quelqu’un du même sexe, voire même d’arborer une tenue jugée inappropriée (drag queens et trans sont visés). La loi va jusqu’à interdire aux bars de servir de l’alcool aux gays.
Relégués aux rangs de malades mentaux, ils peuvent se voir refuser un travail, un logement et dans certains cas heureusement peu nombreux, se  voir internés, castrés ou emprisonnés à vie. Les autorités vont jusqu’à faire paraître dans les journaux les identités et adresses des interpellés comme si la honte et la douleur d’une arrestation n’était pas suffisante, afin d’encourager le harcèlement.
Dans ce climat extrêmement tendu, la mafia en profite : le fameux « Fat Tony » a ouvert en 1967 le Stonewall Inn, un bar miteux sans eau courante, contournant la loi en le présentant comme un club privé, c’est surtout la mainmise de la mafia sur Greenwich Village (et les pots-de-vin) qui tiennent les forces de l’ordre à l’écart et permettent d’être prévenu des descentes. La communauté considère alors le Stonewall comme un quartier général.

Là où tout a commencé 

Dans un climat électoral, le maire de New-York souhaite se faire réélire et durcit encore un peu plus la répression. Le soir du 28 juin 1969 peu après 1h du matin, une énième descente de police a lieu au Stonewall, mais celle-ci est différente. Les personnes arrêtées protestent, un attroupement se forme devant le bar, les habitués lancent des pierres et tout ce qu’il leur passe sous leur main sur les voitures des forces de l’ordre qui doivent trouver refuge dans le bar en attendant les renforts. Les nuits suivantes seront troublées par des émeutes spontanées, la police ne parviendra jamais à disperser la foule et treize personnes seront arrêtées.

L’année suivante se tient la Christopher Street Gay Libération March l’ancêtre de la Gay Pride (aujourd’hui la Pride) sous l’impulsion de Brenda Howard, en souvenir de ces nuits de violences. Et même si des évènements similaires ont eu lieu les années précédentes en Californie, c’est en réalité cette semaine à New-York qui marque le début de l’histoire de ce qu’on appelle désormais la marche des fiertés. Pour la première fois en 1970, des gays, des lesbiennes, des transgenres et des travailleurs du sexe se tiennent la main dans les rues de la Grosse pomme, ils s’embrassent librement sous les yeux des militants de gauche venus en soutien.

En 1973, l’homosexualité est retirée de la liste des maladies mentales par l’American Psychiatric Association et les États un à un modifient leur législation. L’Organisation Mondiale de la Santé n’a retiré l’homosexualité de sa liste de maladies mentales qu’en 1990 et la Cour Suprême statue définitivement en 2003, invalidant de fait les lois discriminantes toujours en vigueur dans certains États.

Les années Obama font encore un peu évoluer les choses : en effet depuis le 26 juin 2015 le mariage homosexuel est reconnu sur la totalité du territoire et le pub est érigé en 2016 comme monument national. Pub qui avait d’ailleurs fermé quelques mois après les événements de juin 1969 et a rouvert en 2007, bien qu’il ne ressemble plus en rien à ce qu’il était. 

Il faut attendre le 6 juin 2019 pour que le chef de la police de New York présente ses excuses officiellement lors d’une conférence de presse invoquant des actions et des lois discriminatoires et tyranniques. Autant d’évènements qui pourraient faire croire que le combat est terminé pour la communauté LGBT+, malheureusement les discriminations et agressions sont toujours présentes et dans onze pays à travers le monde la peine de mort est toujours appliquée.

50 ans après, qu’en est-il de la situation outre atlantique ?

Depuis quelques années la marche historique de New York est controversée car plusieurs multinationales sponsorisent l’événement et ce n’est pas au goût de tous les militants : les récupérations commerciales sont nombreuses et desservent les intérêts des militants selon leur propre dires. Une marche alternative « Reclaim Pride » a donc eu lieu. 

Selon Sarah McBride, militante transgenre pour Human Rights Compaign, le travail n’est pas fini, les violences continuent et particulièrement envers les femmes transgenres de couleur qui cumulent les faits d’être une femme, racisée et d’appartenir à la communauté LGBT. Elle rappelle dans « Libération » que le Sénat américain, à majorité républicaine, n’a toujours pas soumis au vote l’Equality Act, une proposition déjà votée par la Chambre des représentants et rendant illégale toutes discriminations sur l’orientation sexuelle ou l’identité du genre. Cette forme de discrimination n’est illégale que dans une vingtaine d’États.

Pour la première fois dans l’Histoire, la campagne de 2020 comptera un candidat démocrate gay, Pete Buttigieg le maire d’une bourgade en Indiana. 

La marche des fiertés en France

Chez nous, François Hollande a mis en place le Mariage pour tous en 2013 mais, la France ne fait pas pour autant figure d’exemple dans la protection de ses minorités, notamment transgenre, contrairement à l’Argentine par exemple qui autorise ses citoyens à changer de sexe sur l’état civil sans chirurgie ou autorisation judiciaire. 

Cette année les associations qui organisent la marche en France rappellent le combat des personnes intersexes. Cela fait plusieurs années que la tête de cortège leur est réservée. L’intersexuation désigne non pas une orientation sexuelle mais plutôt une identité de genre, certaines personnes naissent avec des caractéristiques des deux sexes. Cela peut être, entre autres; les hormones, les organes génitaux et cela concernerait environ 2% de la population mondiale.

Elles dénoncent les violences et les mutilations imposées à la naissance pour déterminer un sexe. Mutilations considérées par l’ONU comme une torture pure et simple, ce qui a conduit l’organisation mondiale à condamner la France à trois reprises en 2016. Elles réclament également la possibilité d’un sexe neutre sur l’état civil, ce que la Cour de cassation refuse toujours alors même que cela existe outre-manche et chez plusieurs de nos voisins européens. 

Bien évidemment les marcheurs, pas ceux de Macron cette fois, n’oublient jamais les droits pour les femmes d’avoir un enfant en demandant la procréation médicalement assistée pour toutes, et trois minutes de silence sont respectées en soutien aux séropositifs.

Ce combat perpétuel d’une minorité nous rappelle le chemin parcouru depuis cette nuit d’été 1969 et nous ouvre les yeux sur ce qu’il reste à accomplir, pour que les lesbiennes, les gays, bisexuels, transgenres et transexuels, queers, intersexes, asexuels, pansexuels, puissent enfin vivre librement à l’instar du reste de la population.

Leïla Léa Bensafia

Sources 

Films 

  • “Stonewall 50 ans après” Arte
  • “Stonewall” Roland Emmerich 2015 

Articles et reportages

  • “Stonewall” Liberation 29 juin 2019
  • “Des émeutes de 1969 à la Gay Pride, le Stonewall, un monument de fierté » Le monde 21 juin 2019

Livre 

  • “Stonewall, The Riots That Sparked the Gay Revolution” David Carter 2004