Mindhunter élève son niveau dans une saison 2 exceptionnelle

Après une première saison qui avait dépassé les espérances, Mindhunter revient enfin près de deux ans après pour une deuxième saison sur Netflix. L’attente valait le coup, cette saison 2 est tout à fait remarquable

Une technique et un scénario toujours irréprochables


Un montage lent, une caméra qui glisse aux côtés des personnages, des couleurs sombres et une ambiance angoissante accentuée par une musique de fond souvent identique, Mindhunter revient techniquement comme elle nous avait quitté. Le savoir-faire de David Fincher se fait sentir, lui qui a prouvé par son passé au cinéma qu’il savait gérer ce suspens haletant. L’apogée se situe lors des scènes d’entretien qui relèvent de la perfection. Sa réalisation est parfaite, dirigeant d’une main de maître un casting toujours aussi intéressant et dont les personnages se développent. Encore plus que la saison 1, la saison 2 de Mindhunter plonge dans l’intimité du trio de protagonistes, que ce soit à travers les crises de panique de Holden, la difficulté pour Bill d’allier vie professionnelle et vie familiale et Wendy, qui cherche de la stabilité dans sa vie sentimentale. 

Le scénario trouve ici de quoi faire évoluer des personnages qui, s’ils arrivent à se tirer chacun vers le haut, parviennent à devenir encore plus intéressants lorsqu’ils ne sont pas face à des tueurs en série ou leurs responsabilités professionnelles. Et là où la vie privée de Holden était plus mise en avant dans la saison 1, la saison 2 s’attache à développer de manière conséquente les vies privées de Bill et Wendy. Les personnages secondaires, de Nancy, la femme de Bill, à l’agent Jim Barney, entraperçu le temps d’un entretien d’embauche dans la saison 1, trouvent quant à eux matière à embellir une série qui ne manquait déjà pas de qualité dans l’écriture. 


Quand la réalité vient bousculer les théoriciens

Après la théorie, la pratique. S’ils continuent à interviewer des tueurs en série, comme Berkowitz ou Speck, les protagonistes sont de plus en plus soumis à la réalité. Après avoir passé du temps à théoriser et à vouloir classifier les premiers tueurs qu’ils avaient interrogés, ils se retrouvent à devoir produire des résultats par le nouveau chef de l’Unité des sciences comportementales de Quantico, Ted Gunn, qui, s’il est très intéressé par le travail de Holden, Bill et Wendy, s’attache à les prévenir de délivrer du concret, c’est-à-dire, à ne pas rester que dans la théorie. Toutes les affaires rencontrées dans la saison 2 ne sont pas du même niveau que l’affaire Devier dans la saison 1. La pratique s’avère beaucoup plus complexe et les informations captées grâce à des tueurs déjà emprisonnés ne sont pas toujours en accord avec les profils des tueurs qui courent toujours. 

L’affaire des infanticides d’Atlanta devient le point d’orgue de la saison 2, Holden et Bill étant rapidement dépêchés sur place pour résoudre une enquête qui piétine. Atlanta devient alors le centre de la saison et de la mise en pratique des théories que les protagonistes ont déjà pu mettre en place grâce à l’aide des interviews et des analyses pertinentes de Wendy. Cette affaire concentre toutes les difficultés que ces nouveaux profilers peuvent rencontrer: les entraves administratives, mais aussi la difficulté pour eux d’expliquer à des policiers leurs nouvelles théories. 

Une série bien plus importante qu’une simple série criminelle 

Si vous pensez que Mindhunter est une simple série criminelle comme Les Experts, vous vous trompez. Mindhunter rend hommage à l’incroyable entreprise de quelques personnes ayant révolutionné la criminologie. Dans une Amérique très puritaine croyant au Bien et au Mal, ils ont montré que les pires meurtriers du pays n’étaient pas nés ainsi mais que des facteurs avaient entraîné leur escalade vers la violence et la folie meurtrières. Loin de vouloir facilement se contenter de trouver des suspects, les agents cherchent des motifs. “Pourquoi ?” devient plus important que “qui ?”. En cherchant à établir des portraits types, ils parviennent à dresser des profils facilitant les prochaines enquêtes. Les profilers d’Esprits criminels ne sont que les dignes héritiers de ces pionniers de la science criminelle. 

Au final, il n’y a pas de Bien ou de Mal, tout est plus complexe et c’est ce que Mindhunter cherche à mettre en évidence, à savoir les zones grises dans des profils que l’on penserait par réflexe forcément mauvais. Pour simplifier, on ne naît pas meurtrier mais on le devient. Au-delà du travail psychologique, la série s’inscrit dans une profonde démarche sociologique qui lui permet de s’élever au-dessus de la mêlée. Elle est clairement l’une des plus belles productions de Netflix et sans aucun doute l’une des plus belles réalisations de la décennie. Cinq saisons seraient prévues mais pour la troisième, il faudra sans doute attendre encore un intervalle de deux ans. Si c’est pour la même qualité voire encore une meilleure facture, David Fincher peut même prendre trois ans, on ne lui en voudra pas.    

Nicolas Mudry