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La Villa Cavrois, inchangée au fil du temps.

Autrefois symbole de la bourgeoisie du nord, aujourd’hui œuvre du patrimoine culturel français, la Villa Cavrois est l’œuvre de deux esprits. Paul Cavrois un industriel du textile roubaisien qui passe la commande, et Robert Mallet-Stevens jeune architecte parisien. Lorsque Paul Cavrois passe commande à l’architecte, celui-ci n’est pas à son premier coup d’essai.

Aux origines du projet
Au début des années 1920 Paul Cavrois, homme socialement élevé et père de famille nombreuse, décide de faire construire une demeure. Dans un premier temps, c’est Jacques Gréber qui a pour mission de piloter le projet, mais le style néo-régionaliste proposé ne convient pas. C’est l’architecte Robert Mallet-Stevens qui sera choisi. Durant le début des années 1920, la famille Cavrois vit à Roubaix mais désire une élévation de son confort. Durant l’année 1923 Paul Cavrois décide d’acheter des terrains sur la commune voisine de Croix, et plus particulièrement au sommet de la colline de Beaumont (aujourd’hui quartier pavillonnaire). Le choix de ce lieu encore vierge n’est pas anodin, la future résidence se trouve à la campagne pour l’époque.
En choisissant la campagne Paul Cavrois rêve grand, des pièces spacieuses et une capacité de loger à la fois sa famille et ses domestiques.

C’est lors de l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de 1925 que les deux hommes se rencontrent. Robert Mallet-Stevens termine tout juste la Villa Noailles à Hyères et se penche déjà sur d’autres projets. L’entente du duo sera parfaite, en engageant un architecte parisien Paul Cavrois se démarque, et pour Robert Mallet-Stevens c’est une opportunité, celle de la carte blanche à la fois au niveau économique et stylistique.

La construction de l’édifice
C’est au début de l’année 1929 que le projet commence véritablement. Les premiers plans et documents voient le jour et sont discutés entre les deux hommes. Une partie de l’influence de Mallet-Stevens pour la maison provient d’un voyage entrepris en Belgique et aux Pays-Bas en compagnie de Paul Cavrois, où l’architecte y découvre l’hôtel de ville d’Hilversum. C’est de ce bâtiment que l’idée des briques jaunes recouvrant la maison provient, elles représentent le modernisme voulu par Mallet-Stevens.
L’ensemble des documents de la maison sont terminés dans les débuts de l’année 1931, mais les travaux ont débuté en juin de l’année 1930 et la résidence sera définitivement achevée en 1932. En construisant la maison, Robert Mallet-Stevens se veut visionnaire, la maison offre tout ce dont une famille moderne de l’époque peu avoir besoin, l’organisation des volumes est travaillée, le mobilier est épuré, les plafonds de chaque pièce disposent d’enceintes radio, et la lumière n’est pas composée d’ampoule mais d’un système évitant d’être éblouit.

La fuite de la famille Cavrois
Jusqu’au début de l’année 1939, Paul Cavrois et sa famille résident dans leur demeure, mais la guerre se fait sentir. Comme l’ensemble des familles industrielles du Nord de la France, les Cavrois partent et ils décident de se réfugier dans leur manoir normand. Pendant leur absence, les usines continuent de tourner et la maison est occupée par l’armée Allemande qui décide de la transformer en caserne qui accueille près de 200 militaires.

Le retour au bercail et la dégradation progressive
Une fois la guerre terminée, Paul Cavrois et sa femme Lucie reviennent y vivre. Pierre Barbe, architecte, se voit confier une mission, moderniser la maison pour qu’elle puisse accueillir les familles des fils Paul et Francis. Les travaux se terminent en 1959.
Mais en 1965, Paul Cavrois décède. Sa femme Lucie continue d’y vivre, mais les familles des fils Paul et Francis ne souhaitent plus vivre dans la demeure. Durant cette même décennie l’industrie du textile est en berne, et les ressources pour entretenir la maison sont de plus en plus faibles.
En avril 1985, c’est Lucie Cavrois qui décède à son tour et le mobilier de la maison est alors vendu à un antiquaire. En 1987 c’est la Villa à son tour qui est cédée dans le but de réaliser une opération immobilière de grande ampleur : raser la Villa au profit de six immeubles.

La renaissance 
Alors que le projet immobilier commence à prendre forme, une association de sauvegarde composée des voisins de la villa voit le jour. L’Association de Sauvegarde de la Villa Cavrois s’oppose fermement à la délivrance de permis de construire et en décembre 1990 le premier ministre de l’époque Michel Rocard, par décret, classe la villa comme monument.
Au cours des années 1993–1994 le propriétaire laisse l’édifice aux mains des pillages et autres actes de vandalisme entrainant la forte dégradation du bâtiment.
Alors qu’en 1996 une procédure d’expropriation est lancée, le propriétaire argumente et se défend et l’expropriation ne pourra avoir lieu dans un premier temps.
C’est au début de l’année 2001 qu’une discussion entre l’Etat et le propriétaire a lieu pour une vente du bien, la vente est conclue mais avec une partie du terrain amputé. La villa est un fantôme architectural en ruine et à l’abandon. Un urgent programme de sauvetage par l’Etat voit le jour en 2003, il s’achèvera en 2015. Le programme mené a pour ambition de faire retrouver au bâtiment son état d’origine aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur. Un chantier titanesque et complexe dû a la disparition de nombreux plans de l’époque et c’est à l’aide de photos datant des années 1930 que la réhabilitation voit le jour.

En 2015, après plus d’une décennie de travaux la Villa Cavrois a repris de sa superbe, elle est désormais ouverte au public qui peut venir admirer son architecture avant-gardiste. Elle ne finit pas de désemplir et propose désormais des visites en nocturne. Le bâtiment a su résister aux époques mais sa conservation n’a tenu qu’à la volonté d’amoureux et de passionnés du patrimoine.

 

Renart Hugo

Les Occidentaux à la découverte de la beauté orientale.

Au XIXe siècle, de nombreux peintres Occidentaux sont à la recherche de l’exotisme. Et cette fois-ci, il s’agit des magnifiques décors d’Afrique du Nord ainsi que du Moyen-Orient. Parmi ces peintres, nous retrouvons Etienne Dinet, Eugène Delacroix, qui effectua un voyage au Maroc en 1832 dans une mission diplomatique menée par Louis-Philippe, ainsi que Jean-Léon Gérôme qui lui, a effectué plusieurs voyages en Égypte, dont le premier en 1856.

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Jean-Léon Gérôme  – La prière au Caire
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Eugène Delacroix  – Cavalier de la garde du sultan

D’autres peintres orientalistes, méconnus du public ont peint de très beaux tableaux. Nous pouvons citer le peintre américain, Edwin Lord Weeks, né à Boston en 1849. Il fut l’élève de Jean-Léon Gérôme à Paris. Contrairement aux peintres français Eugène Delacroix et son maître, il ira voyager jusqu’en Inde.

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Edwin Lord Weeks  – Éléphant royal à l’entrée de Jami Masjid

Cette tendance artistique a-t-elle eu une influence sur les sociétés Occidentales?
La réponse est oui. En effet, de nombreux bourgeois et nobles donnèrent réceptions et bals costumés tout en prenant exemple du modèle des cours d’Orient. Certains ont même fait leur portrait tout en essayant de ressembler à un émir.

Est-ce que les tableaux ont été peints directement du lieu d’origine?
La plupart du temps, les peintres orientalistes qui faisaient des voyages en Orient, revenaient en Occident avec de nombreux carnets de croquis. Ainsi, ils se servirent des croquis pour composer leurs peintures une fois de retour dans leur pays d’origine. C’est l’exemple d’Eugène Delacroix, après avoir effectué des croquis lors de son voyage au Maroc, il peignait les tableaux en France à l’aide de ces croquis.

Les Occidentaux n’ont-ils commencé à avoir de l’intérêt pour l’Orient qu’à partir du XIXe siècle?
Bien avant. Au XVIIIe siècle, l’Orient et le goût des voyages sont à la mode. Ainsi, Montesquieu a voulu faire sentir le charme de l’Orient dans son roman, Lettres persanes, publié en 1721. Cette tendance littéraire du XVIIIe siècle faisait partie de l’orientalisme pré-moderne.

Quelles sont les causes historiques de cet intérêt pour l’Orient?
D’une part, l’amélioration des moyens de transport, et notamment l’arrivée du bateau à vapeur qui facilita les allers-retours entre l’Occident et l’Orient. Mais une cause historique majeure donnera un intérêt aux régions orientales. Il s’agit de l’expansion coloniale des puissances européennes dans ces régions. L’un des fondateurs de l’orientalisme, Vivant Denon, qui était le ministre des Arts, a accompagné le général Bonaparte lors de l’expédition d’Égypte entre 1798 et 1801. Bonaparte ne voulait pas mener qu’une campagne militaire, mais une véritable expédition culturelle et scientifique.

Après cet orientalisme qu’on pourrait qualifier de classique, l’orientalisme moderne, qui est le prolongement de l’orientalisme classique, fait son entrée. La création de la villa Abd-el-Tif, qui se situe en Algérie, en sera sa source. En effet, cette villa hébergera de nombreux peintres orientalistes venus de métropole entre 1907 (date de sa création) à 1962 (indépendance de l’Algérie). Aujourd’hui, la plupart des orientalistes sont originaires directement du pays d’origine, et dont souvent du Maroc.

 

Kerrouche Mehdi