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Le Royaume-Uni et l’Union européenne : un présent à l’aune du passé.

Le Royaume Uni est l’un des pays les plus euro-sceptiques de l’Union Européenne. Tout au long de son histoire, elle aura pu faire preuve de périodes de nonchalance vis à vis de ses partenaires.

LE ROYAUME UNI

Le Royaume Uni se compose de la Grande-Bretagne, c’est à dire l’Angleterre, l’Ecosse et le Pays de Galle, ainsi que de l’Irlande du Nord. Il s’agit d’une monarchie constitutionnelle, une démocratie parlementaire. Le chef de l’Etat en l’état actuel des choses est la Reine d’Angleterre Elizabeth II depuis le 6 février 1952. Le chef du gouvernement actuel est, depuis le 13 juillet 2016, Theresa May. Le pays s’étend sur 244 820 km2 et d’une population de 65 648 100 habitants. Le taux d’alphabétisation est de 99%. Il existe deux religions d’Etat : l’anglicanisme en Angleterre et le presbytérianisme en Ecosse.

Selon le UK for National statistics et Eurostat, en 2015, elle était la cinquième économie mondiale et la deuxième économie européenne derrière l’Allemagne et au même niveau que la France avec un PIB de 2577 Millards d’euros. Le PIB par habitant en 2015 était de 39 702€. La part des principaux secteurs d’activités dans le PIB sont l’agriculture, l’industrie et les services qui sont une énorme majorité: plus de 80%. Ses principaux clients ont pu être les Etats-Unis, l’Allemagne, la France, les Pays-Bas, l’Irlande, la Suisse, la Chine. Ses principaux fournisseurs ont été l’Allemagne, la Chine, les Etats-Unis, les Pays-Bas, la France, la Belgique.

Le Royaume Uni était le cinquième client de la France avec 7% des exportations et son huitième fournisseur avec 3,8% des importations. La France était également à l’inverse le 5ème fournisseur du avec 5,8% des importations britanniques et le troisième client du Royaume Uni avec 6,4 de ses exportations. La France était en 2016 le quatrième investisseur au Royaume Uni avec 116 projets selon le ministère du commerce extérieur ou Département for international Trade.

Selon Business France, le Royaume-Uni était le troisième investisseur en France en 2015 en nombre d’emplois créés et le quatrième en nombre de projets.

L’UNION EUROPEENNE

L’Union européenne, regroupe aujourd’hui en 2017, 28 Etats membres tous issus du continent européen. Elle a été fondée en 1992 lors de la mise en oeuvre du Traité de Maastricht par uniquement douze Etats qui constituaient à ce moment la Communauté européenne. L’Union européenne comprend donc cette dernière qui était dénommée auparavant la Communauté économique européenne. Elle ne fait pas que la reprendre car elle la complète également avec deux autres coopérations qui sont la politique étrangère et de sécurité commune, plus communément appelée PESC, et la coopération en matière de justice et d’affaires intérieures, la JAI.

Selon Eurostat, il s’agit de la septième plus grande superficie mondiale, elle s’étend sur 4 493 712 km2 et regroupe 511 805 088 habitants, ce qui la classe troisième mondiale démographiquement. Economiquement, elle est la première puissance mondiale.

UNE RELATION QUI COMMENCE LABORIEUSEMENT…

L’ancien premier ministre britannique et grand homme de la seconde guerre mondiale, Winston Churchill, a prononcé un discours prenant et important à Zurich le 19 septembre 1946 dans lequel il recense les menaces qui pèsent sur l’Europe. Il met en avant une solution : « recréer la famille européenne, cela dans la mesure du possible, puis de l’élever de telle sorte qu’elle puisse se développer dans la paix, la sécurité et la liberté. Il nous faut édifier une sorte d’Etats-Unis d’Europe (a kind of United States of Europe) ». Mais il faut cependant noter que dans ce discours, Churchill n’inclue pas les britanniques. Le Royaume-Uni n’a pas donc forcément pas vocation à y participer car il s’adresse bien à la France et à l’Allemagne. Il avait d’ailleurs confié au général De Gaulle en 1944 : « à chaque fois que nous devrons choisir entre l’Europe et le grand large, nous choisirons le grand large ». La construction européenne relèverait donc totalement de la France et de l’Allemagne, la Grande-Bretagne dans l’esprit de Churchill ne serait qu’un soutien lointain.

discourschurchillWinston Churchill lors de son discours le 19 septembre 1946 à Zurich

 

Le Royaume-Uni avait été invité au cours des années 1950 à la table des négociations avec les six que sont la France, l’Allemagne, l’Italie, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg pour mettre en place le Marché commun et auparavant même pour la CECA. Cependant, il avait choisi de décliner poliment l’offre car il jugeait ces projets trop attentatoire à la souveraineté nationale. Poliment, ce n’est pas totalement vrai… car en effet, il avait tenté de saborder le projet communautaire et ce à plusieurs reprises. Le Royaume-Uni avait pour idée de créer un projet alternatif au projet communautaire. Au moment où au sein des six Etats fondateurs des communautés européennes germent une idée d’union douanière, il proposera alors la création d’une zone de libre échange aux Etats membres de l’Organisation Européenne de Coopération Economique qui sont au nombre de seize : la France, le Royaume-Uni forcément, l’Irlande, les pays du Benelux, l’Italie, la Norvège, la Suède, l’Autriche, le Portugal, la Grèce et la Turquie. Cette idée n’est pas étonnante venant du Royaume-Uni car en effet, dans une zone de libre échange les Etats restent maitre de leur politique commerciale, ils ne font que bannir les barrières douanières aux échanges entre eux. Ce qui est, on le remarquera, très ressemblant à l’habitude britannique qui tient grandement à sa souveraineté. L’argument utilisé sera qu’un projet économique de telle ampleur ne peut se mettre en place qu’au sein de l’OECE et non pas au sein des communautés européennes puisque ce serait faire preuve de discrimination envers les membres de l’OECE. Cette tentative de sabordage n’a pas réussi à diviser les six fondateurs.

Le Royaume-Uni, sortant perdant de ce premier bras de fer, passe à une étape supérieure. Il décide de menacer les six en ébruitant qu’il quitterait l’OECE mais aussi qu’il retirerait ses troupes en Allemagne… Rien n’y fait, cela n’a pas d’effet sur les six.

Le Royaume-Uni use d’une troisième mesure qui cette fois-ci ira au bout de sa mise en place. Il s’agit de la création d’une coopération économique alternative au marché commun, à l’union douanière des six. L’association européenne de libre échange, AELE ou EFTA en anglais pour European Free Trade Association, est donc créée dans le but de dissuader d’autres Etats de rejoindre les six. L’AELE est instituée par la convention de Stockholm du 4 janvier 1960 qui crée alors une zone de libre échange au sein de laquelle sont éliminés les droits de douane uniquement pour les produits industriels. Cette association est très respectueuse des souverainetés nationales, principal critère des britanniques, car l’organe intergouvernemental statue évidemment à l’unanimité. Elle comportera sept Etats membres qui sont donc le Royaume-Uni, le Danemark, la Norvège, la Suisse, la Suède, l’Autriche et le Portugal. Cependant cette stratégie de torpiller le projet communautaire des six fut un échec, c’est pourquoi en 1961 le Royaume-Uni candidate pour se joindre aux communautés.

UN REVIREMENT TOTAL MAIS UN AVAL DELICAT…

Le Royaume-Uni, comme précédemment énoncé, candidate donc en 1961. C’est un revirement de politique qui parait pour le moins étonnant mais il faut prendre en considération plusieurs choses. En effet, il y a l’accession à la présidence de la République française du général De Gaulle qui a vocation à rassurer Londres car ce dernier s’affilie aux thèses britanniques concernant la méthode de construction de l’Europe.

Il y a également le fait que les Etats-Unis incitent les britanniques à participer à l’aventure communautaire. Mais pourquoi ? Ceci pour des raisons de politique étrangère américaine. Contrairement à Londres, Washington redoute l’accession au pouvoir en France du général De Gaulle qui développe une politique étrangère fondée sur l’indépendance nationale. Les Etats-Unis craignent que sous l’influence de la France, les communautés européennes s’éloignent des positions américaines et développent une politique d’indépendance voire protectionniste. L’adhésion du Royaume-Uni, qui se rapproche d’une politique atlantiste, rassurerait Washington.

Le Royaume-Uni reste cependant très sceptique à l’égard de son adhésion aux communautés. Il la subordonne à toute une série de dérogations aux principes posés par les traités initiaux. Cependant, il existe un fondement important : il s’agit du « principe de l’acquis communautaire ». C’est le principe selon lequel un Etat qui adhère aux communautés, adhère à celles-ci dans l’état dans lequel elles se trouvent. Il n’est pas question de négocier le principe même qui a été mis en place jusque-là par la communauté. Pourtant, le Royaume-Uni le fait en particulier concernant ses liens avec le Commonwealth. On peut dire que le Royaume-Uni souhaite une adhésion sur mesure.

Le général De Gaulle dans sa conférence de presse du 14 janvier 1963 va s’opposer à l’adhésion du Royaume-Uni : https://www.youtube.com/watch?v=faIWhXoam7Y (en voici un extrait tiré des archives de l’INA).

généraldegaulle          Le général De Gaulle lors de sa conférence de presse du 14 janvier 1963 sur l’entrée de la Grande-Bretagne dans la CEE 

La France exerce donc son droit de veto pour plusieurs raisons qu’énonce le général De Gaulle dans sa conférence de presse. Malgré une convergence sur la méthode de construction des communautés, il y a clairement une divergence de politique étrangère. Le France du général De Gaulle n’est pas du tout atlantiste et ne peut donc accepter l’adhésion du Royaume-Uni.

Le Royaume-Uni présentera tout de même une seconde candidature en 1967 et se montrera plus conciliante concernant le principe de l’acquis communautaire. La France de De Gaulle exercera une nouvelle fois son droit de veto pour des raisons économiques qui cacheront en réalité des oppositions politiques. Cependant, les positions parfois outrancières de la France gaullienne vont conduire à des divergences au sein des communautés. En effet, les petits pays du Benelux souhaitent voir adhérer le Royaume-Uni car c’est tout à fait dans leur intérêt. Il s’agirait pour eux d’un allié potentiel de nature à réguler un possible « directoire » des autres trois grands Etats. Cependant cette volonté d’adhésion n’est pas dans l’intérêt général de l’ensemble de la communauté, mais seulement dans un intérêt privé de certains Etats membres. Est-ce donc réellement une volonté d’adhésion pour des bonnes raisons ? La question se posera…

C’est la démission du général De Gaulle en 1969 suite à l’échec du référendum sur « le projet de loi relatif à la création de régions et à la rénovation du Sénat » du 27 avril 1969 qui va permettre de débloquer la situation car Georges Pompidou, qui succédera au général et qui est proche du Premier ministre britannique de l’époque Edward Heath, ne s’opposera pas à l’adhésion britannique. Les négociations s’achèveront donc le 22 janvier 1972 et en sortira le traité d’adhésion du Royaume-Uni qui entrera en vigueur le 1er janvier 1973.

UN PREMIER CHANGEMENT POLITIQUE AVEC WILSON…

Voilà le Royaume-Uni membre à part entière des communautés européennes. L’adhésion britannique a-t-elle fait disparaitre le problème britannique ? La réponse est ici négative. En effet, le Royaume-Uni va développer très rapidement une rhétorique sur la nécessaire renégociation des conditions de son adhésion. Après une alternance politique, ce sont les travaillistes qui sont revenus au pouvoir. Ces derniers étaient favorables à l’adhésion car ils étaient à l’origine de la candidature mais ils contestent la manière dont les conservateurs ont géré et négocié le traité d’adhésion. Les travaillistes décident donc, encore une fois, de se lancer dans un bras de fer contre leurs nouveaux partenaires communautaires. Ils vont mettre la pression à ces derniers en indiquant qu’au terme de cette renégociation, le résultat de celle-ci sera soumise au référendum. Ce qui peut paraitre étonnant, c’est que le Royaume-Uni contrairement à d’autres Etats européens n’a jamais été de tradition référendaire. Elle n’avait même pas soumis au référendum son traité d’adhésion. Finalement dans cette situation, le Royaume-Uni use du référendum comme d’une menace. Les partenaires européens du Royaume-Uni résistent, mais politiquement, ils acceptent d’entendre les revendications britanniques afin d’éventuellement agir au mieux.

Le Royaume-Uni estime tout d’abord que le budget est trop déséquilibré entre ce qu’il verse et ce qu’il reçoit. Par exemple, l’un des plus gros problèmes du Royaume-Uni est le coût de la Politique Agricole Commune, PAC, qu’il juge trop onéreux. Il demande donc des compensations financières. Il s’agit de la thèse du juste retour. Un mécanisme sera alors mise en place pour compenser ce déséquilibre prétendu par le Royaume-Uni. Il obtiendra un certain nombre de compromis. Sera donc mis en place au Royaume-Uni un référendum en 1975 qui sera positif à 67%.

UN SECOND CHANGEMENT POLITIQUE AVEC THATCHER…

Un premier arrangement, un second changement politique. Après les travaillistes, reviennent au pouvoir les conservateurs avec à leur tête Margaret Thatcher. Elle considère que les compromis négociés par les travaillistes ne sont pas suffisants. Le Royaume-Uni se lance donc dans un second bras de fer avec ses partenaires communautaires au début des années 1980 pour obtenir la correction britannique. C’est le fameux « I want my money back » de Margaret Thatcher face au journaliste du Guardian en 1979. Sûrs d’eux, le président de la République française de l’époque Valéry Giscard d’Estaing et le chancelier allemand Helmut Schmidt ont sous-estimé Margaret Thatcher qui participait tout juste à son premier sommet européen. Ce qui leur aura été préjudiciable car cette crise aura duré cinq années. La correction britannique sera obtenue à l’occasion du conseil européen de Fontainebleau en 1984. C’est une victoire de Thatcher contre Valéry Giscard d’Estaing qui aura quitté le pouvoir en 1981 et Helmut Schmidt qui aura lui aussi quitté le pouvoir en 1982.

thatcher

Ce conseil européen concrétise donc la prévention au juste retour du Royaume-Uni. L’Union européenne rembourse tous les ans 66% de sa contribution nette au budget de l’Union au Royaume-Uni. Autrement dit, à l’instigation du Royaume-Uni la Commission européenne va procéder à un calcul entre ce que le Royaume-Uni verse au budget de l’Union européenne et ce qui est reversé au profit du Royaume-Uni. Sera donc calculé le montant de sa contribution nette et lui sera remboursé les deux tiers de celle-ci. Il faut cependant noter que ce n’est pas réellement l’Union européenne qui rembourse mais tous les autres Etats membres qui financent à peu près 4 à 5 milliards d’euro par an de correction britannique. Les partenaires du Royaume-Uni acquittent donc leur part théorique au sein de l’Union mais financent également la correction britannique. Ceci est toujours d’actualité, ce qui met en avant la spécificité du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne.

Le Royaume-Uni n’a pas seulement obtenu un statut dérogatoire, il est aussi parvenu par la force de son action à modifier les esprits voire à les pervertir. Il a introduit l’idée qu’au sein même de l’Union, il y avait ce type de déséquilibre et qu’il était totalement illégitime. Certains Etats ont fini par se convertir à ce calcul au point d’en oublier parfois que dans ces négociations européennes, il y a plus que des dimensions comptables. Certes, le Royaume-Uni envisage de quitter l’Union européenne mais il y laissera une empreinte. Il y aura eu des apports mutuels, et pour le Royaume-Uni et pour l’Union européenne.

LES TROUBLES AUTOUR DU TRAITE DE MAASTRICHT AVEC MAJOR…

John Major, clairement plus européen que Margaret Thatcher, prend la succession de cette dernière en 1990. Tout va donc dans le sens de l’Union européenne. On s’imagine donc que le Royaume-Uni ratifiera sans difficulté le traité de Maastricht censé entrer en vigueur en 1992 et destiné à donner une vraie dimension politique et l’instauration d’une monnaie commune à la Communauté économique européenne. C’était sans penser que les Tories rejettent totalement l’idée d’un « super-Etat européen » mais aussi tout abandon de souveraineté dans plusieurs domaines dont l’économique, le financier et le social.

Les conservateurs au pouvoir sont donc très divisés sur la question de cette ratification. Accepter la ratification du traité de Maastricht reviendrait à accepter un énorme degré d’intégration européenne… En étaient-ils capables ? Pas tellement, c’est pourquoi John Major négocie et obtient une clause d’opt-out dite clause de retrait concernant l’adhésion à la monnaie commune ou à la charte sociale européenne. En échange de quoi, ce dernier ratifie le traité de Maastricht.

John Major sera combattu par la part la plus eurosceptique de son parti qui exigera la tenue d’un référendum que le Premier ministre veut absolument éviter car elle est jugée trop risquée. Il passe au dessus de cela en menaçant de démissionner. C’est plus ou moins une victoire pour l’Union européenne et John Major mais cela ne fera qu’accentuer la division des conservateurs au sein du Royaume-Uni sur la question de l’Europe. Cela se révélera encore une fois au retour au pouvoir des Tories en 2010, mêlé à la popularité du UKIP qui est le parti pour l’indépendance du Royaume-Uni, qui conduira David Cameron à consulter le peuple britannique.

LE RETOUR DES TRAVAILLISTES AVEC BLAIR…

La politique du New Labour en 1997 rencontre un énorme succès avec 43,2% des voix sous l’égide de Tony Blair et de Gordon Brown. Le Royaume-Uni décide donc de se mettre sur une marche d’égalité avec l’Allemagne et la France au sein de l’Union européenne. Le Royaume- Uni se montrera pour l’élargissement et étonnamment envisage même l’idée de se soumettre à la monnaie unique qui est censée entrer en vigueur en 1999. En effet, Robin Cook ministre des Affaires étrangères britannique déclarera en 1997 au journal Le Monde que « si la monnaie unique est lancée et si c’est un succès alors dans le long terme, la Grande Bretagne devra s’y joindre ». Ce grand pas vers l’intégration de la part du Royaume-Uni ne verra jamais le jour. Et aujourd’hui, plus que jamais, l’idée de renoncer à la livre sterling pour l’euro parait invraisemblable.

LE CONTEXTE POLITIQUE DU BREXIT AVEC CAMERON…

Il s’agit d’abord d’une démarche politique du premier ministre britannique David Cameron qui dans le cadre du parti conservateur britannique et des élections législatives de 2015 avait inscrit dans son programme une idée. Cette idée était celle qu’il fallait encore une fois renégocier les conditions d’appartenance du Royaume-Uni à l’Union européenne. A l’issue de cela, un référendum serait organisé. On voulait encore une fois peser dans le rapport de force avec les partenaires communautaires du Royaume-Uni en mêlant le peuple britannique à l’affaire. Ce bras de fer lancé cette fois par David Cameron a visiblement fonctionné car un accord a été obtenu entre les 27 Etats membres de l’Union et le Royaume-Uni. Cet accord a été scellé au tout début de l’année 2016 mais les Vingt-Sept n’ont pas entendu engager une procédure formelle de révision des traités. L’accord est donc conclu sous forme simplifiée mais ne pouvait pas s’analyser comme une révision d’un traité d’un point de vue juridique.

Dans cet accord, les Vingt-Sept ont fait une concession de conséquence. En effet, ils s’engageaient à profiter de la prochaine révision des traités pour indiquer que la référence dans les traités actuels à une « union sans cesse plus étroite » entre les peuples d’Europe, qui marque clairement le dynamisme de l’intégration européenne, ne concerne plus le Royaume-Uni. Il s’agit d’une clause d’opt-out de poids ici. C’était admettre qu’au sein même de l’Union européenne, on avait désormais deux sortes d’Etats: ceux qui continuent de considérer que l’Union s’inscrit dans un mouvement d’intégration et ceux qui ne poursuivent pas ce dessein, c’est le cas du Royaume- Uni. Ces concessions ont ravi le Premier ministre britannique qui a appelé à voter en faveur du maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne lors du référendum organisé le 23 juin 2016. C’est un échec pour David Cameron qui voit que le peuple britannique a, dans des proportions majoritaires (51,89%), décidé de se prononcer en faveur du « out ».

wereoutLa une du London Evening Standard au lendemain du référendum en faveur du « out » au Royaume-Uni, le 24 juin 2016

LA VICTOIRE DU CAMP DU « LEAVE » : UN ROYAUME-UNI SUR LE DEPART AVEC MAY…

David Cameron, après l’échec de sa campagne pour le maintien du pays dans l’Union européenne, décide de démissionner peu après le jour du scrutin. Ce dernier a été remplacé par Theresa May, ancienne ministre de l’Intérieur. Elle a été reconduite en juin 2017, c’est donc la Première ministre Theresa May qui négociera la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne.

L’article 50 du Traité sur l’Union européenne a donc été déclenché conformément aux traités institutifs. Il encadre les conditions de sortie d’un Etat membre de l’Union européenne. Le représentant permanent du Royaume-Uni auprès de l’Union européenne a officiellement remis la lettre mettant en place le déclenchement de l’article 50 à Donald Tusk qui est le président du Conseil européen le 29 mars 2017. L’Union européenne le 21 mars 2017, se dit ouverte à des négociations rapides sur le futur partenariat avec le Royaume-Uni mais une fois seulement que des « progrès suffisants » auront été effectués sur le montant qui sera versé au budget européen par le Royaume-Uni avant de partir, mais également sur le statut des citoyens européens résidant au Royaume-Uni et aussi le statut de la frontière avec l’Irlande.

Les négociations officielles entre la Grande-Bretagne et l’Union européenne ont commencé le 19 juin de manière évidente à Bruxelles. Comme le prévoient les traités, on devrait mettre fin à ces négociations dans deux ans : le 29 mars 2019.

Un « Groupe de travail article 50 » a été créé en septembre 2016. Il est issu de la Commission européenne et se doit de préparer et conduire les négociations avec le Royaume-Uni. C’est le français Michel Barnier, ancien ministre et ancien commissaire, qui en est choisi le négociateur en chef par Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne. Donald Tusk lui, président du Conseil européen, a nommé le diplomate belge Didier Seeuws à la tête de la task force « Brexit » du Conseil. Seeuws et son équipe se doivent de préparer et réfléchir aux futurs scénarios possibles. Il ne faut pas oublier que Theresa May également dispose d’un comité de négociateur qui est composé de douze ministres conservateurs parmi lesquels on peut trouver le secrétaire d’Etat au Brexit David Davis.

Il y a de nombreux enjeux notamment politiques à cette sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Mais les conséquences de celles-ci sont assez aléatoires.

Certains voient ce départ comme une calamité. En effet, l’Union perd l’une de ses plus grandes puissances, le premier partenaire diplomatique des Etats-Unis en Europe, l’un des seuls Etats qui entretient une armée régulière importante ainsi qu’une des plus grandes places financières du monde. D’autres estiment que ce départ ne peut être que bénéfique pour l’Union. En effet, il permettrait de renforcer l’intégration: le Royaume-Uni n’étant pas dans l’objectif d’une Europe intégré mais faisant plutôt l’usage d’une Europe à la carte.

Il y a donc des conséquences qui doivent être méticuleusement étudiées durant ces deux années de négociations. On peut citer notamment la facture que le Royaume-Uni devra payer pour sa sortie de l’Union Européenne qui pourrait s’élever jusqu’à 60 milliards d’euros. Ces négociations pourront porter aussi sur la libre circulation des personnes entre les ressortissants de l’Union européenne et ceux du Royaume-Uni. Sachant que le Royaume-Uni veut limiter de manière conséquente l’immigration sur son territoire. Il faudra donc inclure une réflexion concernant un statut des Européens résidant au Royaume Uni mais également a contrario les Britanniques résidant au sein des Etats membres de l’Union européenne.

La question polémique et source de désaccord entre l’Espagne et le Royaume-Uni concernant le statut du territoire de Gibraltar devra être mise sur la table des négociations également. Mais aussi les relations commerciales entre les deux parties à l’accord de retrait, et les conséquences économiques que ce retrait engendrera pour le Royaume-Uni. Tout ceci est estimable mais parait totalement fortuit car les experts étudiant sur le sujet n’arrive pas à se mettre d’accord. On a observé une chute de la livre sterling dans les mois qui ont suivi le référendum de 2016 mais cela n’a pas eu grandement de répercussions sur l’économie britannique, en effet la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne n’étant pas encore effective. Mais quid lorsque celle-ci sera effective ?

                                 Amrabti Nasséra 

 

L’immigration en France depuis 1918.

L’immigration durant les deux Guerres Mondiales et la décolonisation (1918 à 1962)

Avant la fin de la Première Guerre mondiale, les immigrés sont originaires des pays limitrophes de la France. Mais à la fin de cette guerre, la France fait appel à la main d’œuvre étrangère, provenant souvent des colonies. Ainsi, le ministère de l’Armement recrute des Nord-Africains, des Indochinois. Une carte de séjour sera instituée en 1917. Durant l’Entre-deux-guerres, nous constatons qu’une immigration provient de pays subissant une crise économique et politique. C’est l’exemple de l’Italie ayant à sa tête un dictateur, Mussolini. Mais aussi le cas de l’Espagne, ou encore des Arméniens fuyant le génocide. La plupart des immigrés sont donc des réfugiés politiques. Ces flux migratoires se sont intensifiés après la crise de 1929 selon un article d’Alternatives économiques. En effet, en 1921, les immigrés sont environ 1.4 million. Dix ans plus tard, ils sont 2.7 millions, soit 7% de la population française. Ainsi, si on rapporte le nombre d’immigrés à la population totale, la France est devenue le premier pays d’immigration du monde. Débute la Seconde Guerre mondiale en 1939, durant cette terrible guerre, de nombreux étrangers quittent la France, environ 300.000 individus. Mais après la Seconde Guerre mondiale, l’immigration en provenance du Portugal, du Maghreb ainsi que de l’Afrique noire s’intensifie. L’immigration maghrébine va connaître une forte croissance durant les années 1960, jusqu’à représenter 25% de l’immigration en France en 1975. Une immigration qui est due aux décolonisations. Par exemple, à la suite de l’indépendance de l’Algérie en 1962, de milliers de pieds noirs et d’harkis vont quitter l’Algérie pour rejoindre la France. D’ailleurs, à la fin du film Ce que le jour doit à la nuit d’Alexandre Arcady adapté du roman éponyme de Yasmina Khadra, nous voyons un bateau quittant l’Algérie pour rejoindre la ville de Marseille. Même chose après la défaite française à Dien Bien Phû en 1954, donnant l’indépendance au Vietnam communiste. De milliers de Vietnamiens ayant soutenu la France vont quitter l’Indochine pour rejoindre la Métropole. Durant les deux Guerres mondiales, l’entre deux-guerres, ainsi que les décolonisations, la grande majorité des immigrés viennent en France afin de quitter des pays connaissant des problèmes économiques et politiques. Durant les Trente Glorieuses, un autre type d’immigration se met en place. Il s’agit d’une immigration qui servira à la main d’œuvre en France.

L’immigration durant les Trente Glorieuses (1946 à 1975)

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Un immigré travaillant dans une usine Renault.

L’immigration durant les Trente Glorieuses, nommée également l’immigration de masse, est celle qui doit reconstruire la France après les dégâts causés par la Seconde Guerre mondiale. Le 2 novembre 1945, le gouvernement français crée l’Office National d’immigration qui a pour but de recruter des travailleurs immigrés et d’organiser le regroupement des familles. Une immigration qui est voulue par le gouvernement. Cette immigration provient souvent d’Afrique, mais aussi d’Italie, d’Espagne ou du Portugal. Cette immigration va s’accélérer à la fois avec la décolonisation, mais aussi le principe de libre circulation instaurée par le Traité de Rome au 1er janvier 1958. Suite à une forte arrivée de migrants en France, les bidonvilles seront petit à petit détruits, et à la place, la construction des Grands Ensembles se met en place. Cette construction est visible au début du film Le Chat avec pour acteur principal Jean Gabin qui se balade dans les ruelles de la banlieue parisienne, passant devant des immigrés construisant des appartements. En effet, cette immigration a pour but de construire les routes, les immeubles, ou même de pouvoir effectuer le travail à la chaîne dans les usines, souvent délaissé par les Français. Dans une vidéo de l’Ina (Institut national de l’audiovisuel), certains entrepreneurs expliquent que ces immigrés ont du courage, la force pour pouvoir effectuer ce travail dur. Mais suite aux chocs pétroliers de 1973 et 1979, ainsi que la montée du racisme dans les années 1980, rendent d’un point de vue politique, l’immigration en France plus difficile. L’immigration durant les Trente Glorieuses ou l’immigration de masse a servi à la reconstruction de la France, donnant ainsi aux immigrés les travaux les plus compliqués, et les moins demandés par la population française. Néanmoins, débute la mondialisation, et de nouvelles formes d’immigrations émergent.

L’immigration durant la mondialisation (dès les années 1980)

D’après un article de RFI, publié le 21 juin 2000, la mondialisation favorise les migrations. En effet, il est dit dans l’article qu’en 1965, on comptait, dans le monde, 75 millions de migrants. Ils sont, en 2000, plus de 120 millions. Une augmentation visible notamment en France. Les facteurs de la mondialisation poussant à favoriser les flux migratoires sont multiples. Dans un article de Grotius International, publié le 28 décembre 2009, la sociologue française, Catherine Wihtol de Wenden, exprime six facteurs favorisant ces flux. Dans ces six facteurs, elle évoque le développement de migrations pendulaires d’allers-retours d’Est en Ouest de l’Europe, liées à la chute du mur de Berlin. Mais aussi la généralisation progressive des passeports qui est un facteur, entraînant une généralisation du droit de sortie. Enfin, l’un des six facteurs est que les migrants ont l’envie de réaliser leurs rêves en Occident, dont en France. Par exemple les étudiants africains qui viennent en France étudier, c’est la fuite des cerveaux. Néanmoins, une explosion de la demande d’asile est visible. Aujourd’hui, ce sont les habitants du Moyen-Orient mais aussi d’Afrique de l’Est qui font cette demande, suite à la menace de Daech. Dans un article de 20 minutes, publié le 4 mars 2016, on estime plus de 70.570 demandes d’asile en France. Depuis les années 2000, nous remarquons deux types d’immigrations. Une, qui est choisie, et une autre qui est subie. Des lois se mettent en place pour la maîtrise de l’immigration et de l’intégration. Ainsi, les lois de 2003 et 2006, sont initiées en vue de favoriser l’immigration choisie, c’est-à-dire l’immigration de travailleurs hautement qualifiés, à l’exclusion autant qu’il est possible des autres formes de migrations.

 

Kerrouche Mehdi

 

La Villa Cavrois, inchangée au fil du temps.

Autrefois symbole de la bourgeoisie du nord, aujourd’hui œuvre du patrimoine culturel français, la Villa Cavrois est l’œuvre de deux esprits. Paul Cavrois un industriel du textile roubaisien qui passe la commande, et Robert Mallet-Stevens jeune architecte parisien. Lorsque Paul Cavrois passe commande à l’architecte, celui-ci n’est pas à son premier coup d’essai.

Aux origines du projet
Au début des années 1920 Paul Cavrois, homme socialement élevé et père de famille nombreuse, décide de faire construire une demeure. Dans un premier temps, c’est Jacques Gréber qui a pour mission de piloter le projet, mais le style néo-régionaliste proposé ne convient pas. C’est l’architecte Robert Mallet-Stevens qui sera choisi. Durant le début des années 1920, la famille Cavrois vit à Roubaix mais désire une élévation de son confort. Durant l’année 1923 Paul Cavrois décide d’acheter des terrains sur la commune voisine de Croix, et plus particulièrement au sommet de la colline de Beaumont (aujourd’hui quartier pavillonnaire). Le choix de ce lieu encore vierge n’est pas anodin, la future résidence se trouve à la campagne pour l’époque.
En choisissant la campagne Paul Cavrois rêve grand, des pièces spacieuses et une capacité de loger à la fois sa famille et ses domestiques.

C’est lors de l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de 1925 que les deux hommes se rencontrent. Robert Mallet-Stevens termine tout juste la Villa Noailles à Hyères et se penche déjà sur d’autres projets. L’entente du duo sera parfaite, en engageant un architecte parisien Paul Cavrois se démarque, et pour Robert Mallet-Stevens c’est une opportunité, celle de la carte blanche à la fois au niveau économique et stylistique.

La construction de l’édifice
C’est au début de l’année 1929 que le projet commence véritablement. Les premiers plans et documents voient le jour et sont discutés entre les deux hommes. Une partie de l’influence de Mallet-Stevens pour la maison provient d’un voyage entrepris en Belgique et aux Pays-Bas en compagnie de Paul Cavrois, où l’architecte y découvre l’hôtel de ville d’Hilversum. C’est de ce bâtiment que l’idée des briques jaunes recouvrant la maison provient, elles représentent le modernisme voulu par Mallet-Stevens.
L’ensemble des documents de la maison sont terminés dans les débuts de l’année 1931, mais les travaux ont débuté en juin de l’année 1930 et la résidence sera définitivement achevée en 1932. En construisant la maison, Robert Mallet-Stevens se veut visionnaire, la maison offre tout ce dont une famille moderne de l’époque peu avoir besoin, l’organisation des volumes est travaillée, le mobilier est épuré, les plafonds de chaque pièce disposent d’enceintes radio, et la lumière n’est pas composée d’ampoule mais d’un système évitant d’être éblouit.

La fuite de la famille Cavrois
Jusqu’au début de l’année 1939, Paul Cavrois et sa famille résident dans leur demeure, mais la guerre se fait sentir. Comme l’ensemble des familles industrielles du Nord de la France, les Cavrois partent et ils décident de se réfugier dans leur manoir normand. Pendant leur absence, les usines continuent de tourner et la maison est occupée par l’armée Allemande qui décide de la transformer en caserne qui accueille près de 200 militaires.

Le retour au bercail et la dégradation progressive
Une fois la guerre terminée, Paul Cavrois et sa femme Lucie reviennent y vivre. Pierre Barbe, architecte, se voit confier une mission, moderniser la maison pour qu’elle puisse accueillir les familles des fils Paul et Francis. Les travaux se terminent en 1959.
Mais en 1965, Paul Cavrois décède. Sa femme Lucie continue d’y vivre, mais les familles des fils Paul et Francis ne souhaitent plus vivre dans la demeure. Durant cette même décennie l’industrie du textile est en berne, et les ressources pour entretenir la maison sont de plus en plus faibles.
En avril 1985, c’est Lucie Cavrois qui décède à son tour et le mobilier de la maison est alors vendu à un antiquaire. En 1987 c’est la Villa à son tour qui est cédée dans le but de réaliser une opération immobilière de grande ampleur : raser la Villa au profit de six immeubles.

La renaissance 
Alors que le projet immobilier commence à prendre forme, une association de sauvegarde composée des voisins de la villa voit le jour. L’Association de Sauvegarde de la Villa Cavrois s’oppose fermement à la délivrance de permis de construire et en décembre 1990 le premier ministre de l’époque Michel Rocard, par décret, classe la villa comme monument.
Au cours des années 1993–1994 le propriétaire laisse l’édifice aux mains des pillages et autres actes de vandalisme entrainant la forte dégradation du bâtiment.
Alors qu’en 1996 une procédure d’expropriation est lancée, le propriétaire argumente et se défend et l’expropriation ne pourra avoir lieu dans un premier temps.
C’est au début de l’année 2001 qu’une discussion entre l’Etat et le propriétaire a lieu pour une vente du bien, la vente est conclue mais avec une partie du terrain amputé. La villa est un fantôme architectural en ruine et à l’abandon. Un urgent programme de sauvetage par l’Etat voit le jour en 2003, il s’achèvera en 2015. Le programme mené a pour ambition de faire retrouver au bâtiment son état d’origine aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur. Un chantier titanesque et complexe dû a la disparition de nombreux plans de l’époque et c’est à l’aide de photos datant des années 1930 que la réhabilitation voit le jour.

En 2015, après plus d’une décennie de travaux la Villa Cavrois a repris de sa superbe, elle est désormais ouverte au public qui peut venir admirer son architecture avant-gardiste. Elle ne finit pas de désemplir et propose désormais des visites en nocturne. Le bâtiment a su résister aux époques mais sa conservation n’a tenu qu’à la volonté d’amoureux et de passionnés du patrimoine.

 

Renart Hugo