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CRISPR/Cas 9 : une technique révolutionnaire soulevant de multiples problématiques biologiques, juridiques et éthiques

Depuis la découverte de la double hélice de l’ADN par James WATSON et Francis CRICK en 1953 (Prix Nobel de médecine de 1962), les progrès en biologie moléculaire ne cessent de se développer. En l’espèce, Emmanuelle CHARPENTIER et Jennifer DOUDNA révolutionnèrent le génie génique en 2012 grâce à une collaboration franco-américaine. 

Tout a commencé en 1987 lorsque le chercheur japonais Atsuo NAKATA découvre des séquences particulières dites palindromiques dans le génome de la bactérie Escherichia Coli. Ces séquences seront dénommées CRISPR en 2002 (Clurested Reguarly Interspaced Plalindromic Repeats). Plus tard, d’autres scientifiques découvriront que les séquences génomiques se trouvant entre les palindromes sont des morceaux d’ADN correspondant à une partie du génome de bactériophage (virus bactérien). Cet agencement permet notamment à la bactérie de se protéger. 

C’est par la suite qu’Emmanuelle CHARPENTIER et Jennifer DOUDNA découvrirent le mécanisme lié à ces séquences CRISPR et son association à l’enzyme Cas9 (nucléase) permettant de mettre au point une technique en génie génétique pouvant modifier n’importe quel type d’ADN. Le but premier de la technique utilisant le système CRISPR/Cas9 est donc de modifier un gène afin de produire des ruptures du double brin d’ADN cible. En effet, grâce à un ARN guide (CRISPR) qui reconnaîtra la séquence cible, l’enzyme Cas9 sera en mesure de la cliver précisément. 

Mécanisme de l’outil CRISPR/Cas9

Ces cassures peuvent conduire à l’inactivation ou à l’introduction de gènes grâce à l’action de systèmes de réparation propre à la cellule. Grâce à cette technique, nous pouvons donc créer de nouvelles variétés de plantes, introduire une nouvelle compétence dans un organisme donné ou soigner de nombreuses maladies telles que la β- thalassémie. Chez l’Homme, de nombreux essais et expérimentations sont en cours de réalisation et pourront être à l’origine de thérapie innovante (SIDA, cancer, hémophilie, etc.). 

C’est en 1975 que les premières questions concernant la manipulation génétique prirent racine. À l’époque, la modification du génome humain était impensable. En effet, la conférence d’Asilomar organisé par Paul Berg (Prix Nobel de chimie en 1980) faisait d’avantage référence aux bactéries génétiquement modifiées qu’à une quelconque édition humaine. Il a notamment permis l’édiction d’un moratoire pour éviter leur dispersion dans l’environnement. 

Puis vînt en 1997 la convention d’Oviedo, plus générale que la précédente, centrée sur la protection des droits de l’Homme et de la dignité de l’être humain vis-à-vis des applications de la biologie et de la médecine. Cette convention abordait les thèmes de transplantation d’organe, de consentement éclairé mais également de génétique, incluant donc le sujet de la modification du génome humain. Aujourd’hui, dans le domaine biomédical, il s’agit du seul instrument juridique international contraignant pour la protection des droits de l’Homme. 

En France, la loi bioéthique adoptée en 1994, révisée en 2004 puis en 2011 et actuellement au parlement, régit la recherche biomédicale. En l’espèce, l’article L. 2151-2 du code de la santé publique alinéa 2 (article 40 de la loi bioéthique de 2011) dispose que « la création d’embryons transgéniques ou chimériques est interdite ». Ce passage nous informe de façon explicite qu’il est interdit de modifier tout embryon. Implicitement, il interdit également la modification de toute cellule germinale de façon pérenne. De ce fait, et selon les traités internationaux, il est interdit de modifier un gène humain s’il est transmissible à la descendance. Il est donc permis d’utiliser une thérapie génique dans le cas d’une maladie hématologique de type hémophilie car les cellules cibles, cellules souches multipotentes (qui ne peut se différencier qu’en un type cellulaire), se trouve dans la moelle osseuse. 

Au niveau européen, la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) constate l’absence de définition consensuelle, scientifique et juridique, des débuts de la vie entre tous les pays européens, rendant toute action normative coutumière impossible (Affaire Vo c/ France », 8 juillet 2004).

D’un point de vue international, du fait de nombreux facteurs tels que les mœurs, la religion, ou encore les différences culturelles, les questions de bioéthiques n’ont pas encore trouvé de consensus et, questions d’autant plus complexes sur le plan embryonnaire. En l’espèce, la déclaration universelle sur la bioéthique et les droits de l’homme adoptée par la conférence générale de l’UNESCO, le 19 octobre 2005, est l’unique convention internationale à portée universelle mentionnant dans son titre le concept de bioéthique. 

Cependant, en 2018, HE Jiankui, chercheur chinois en biophysique et professeur associé au département de biologie de l’Université des sciences et de la technologie du Sud à Shenzhen, aurait amené à terme une grossesse de jumelles génétiquement modifiées par CRISPR/Cas9. 

Le corps humain est composé de deux types de cellules : les cellules somatiques, qui concernent toutes les cellules du corps non sexuelles, et les cellules germinales (ovule et spermatozoïde). De ce fait, lors de la formation d’une cellule-œuf, et donc la fusion de deux cellules germinales, un nouvel organisme se forme. À ce stade de développement, une simple modification génétique affecterait l’entièreté du futur organisme. 

En l’espèce, en modifiant, le zygote (cellule-œuf), HE Jiankui, a été le premier à modifier artificiellement et de façon pérenne le génome humain. La mutation induite affectera donc la descendance des jumelles. 

Le chercheur aurait modifié le gène CCR5 responsable des récepteurs permettant la liaison avec le VIH en CCRdelta5, permettant une immunité contre ce virus. Néanmoins, dû à des phénomènes biologiques de développement embryonnaire, notamment le développement mosaïque, ainsi que l’inexactitude de cette technique, CRISPR/Cas9 a pu affecter d’autres séquences et ne pas modifier le gène cible. 

He Jiankui justifie son acte en indiquant que le père est contaminé par le VIH, subissant de fait de nombreuses discriminations au sein de la société. De plus, il indique qu’une « chirurgie des gènes » permettant de sauver un enfant d’une maladie génétique mortelle ou de prévenir une maladie telle que le VIH, permet non seulement une égalité des chances dans la vie mais la possibilité de fonder une famille.

Rôle la mutation du gène CCR5 lors de l’infection par le VIH

Dans sa vidéo, le professeur compare son acte à celui de la naissance de Louise Brown (première naissance d’une fécondation in vitro) et rappelle que la communauté internationale avait paniqué, mais qu’aujourd’hui, quarante ans plus tard, la FIV a permis la naissance de plus de huit millions d’enfants. Il certifie que « la chirurgie des gènes » est non seulement l’avancée (logique) d’une FIV mais également celle destinée à éviter des souffrances inutiles. Pour finir, il demande la compréhension de son acte et indique que le but de cette technique n’est pas de faire des bébés à la carte mais de l’utiliser à des fins thérapeutiques. Il a conscience de la controverse qu’il va déclencher mais il pense que l’humanité a besoin de cette technologie. 

Emmanuelle CHARPENTIER, inventrice de la technique, explique que « bien que nous n’ayons pas encore de preuve scientifique, sous la forme d’un article publié dans un journal relu par les pairs, He Jiankui a clairement franchi une ligne rouge, principalement parce qu’il a conduit ses recherches en ignorant les inquiétudes de la communauté scientifique internationale concernant la sûreté de l’édition des lignées germinales humaines. Je suis persuadée que l’édition génétique sur des cellules embryonnaires humaines est cruciale pour des raisons de recherche, car elle bénéficie à notre compréhension des premiers développements de la vie et pourrait aider à élucider des mécanismes sous-tendant le développement de certaines maladies ». Elle ajoute que « la technologie a un grand potentiel pour de possibles traitements de maladies génétiques graves, ce qu’explorent actuellement des chercheurs à travers le monde. Les premiers essais cliniques ont débuté cette année. Ces traitements sont destinés à des patients qui souffrent déjà de la maladie ciblée. […] Nous n’en sommes encore qu’aux prémices de la compréhension de toutes les implications de l’édition génétique des cellules humaines, et il serait irresponsable de l’appliquer à la lignée germinale humaine. […] Pour prévenir ce genre de message, j’appuie fortement une régulation stricte des recherches sur les cellules embryonnaires, et je suis clairement opposée à l’usage de Crispr/Cas9 dans un but d’amélioration de l’espèce humaine ». 

Aujourd’hui, grâce à l’avancée de la médecine, nous pouvons éviter la naissance d’un individu ayant une quelconque pathologie génétique. En l’espèce, grâce à l’antécédent familial, nous pouvons effectuer un Diagnostic Pré-Implantatoire (DPI) qui consiste à une fécondation in vitro de plusieurs cellules-œuf afin de réaliser un « screaning » et de choisir l’embryon n’ayant pas de pathologie caryotipique. Cette technique, nous permet d’éviter la modification génétique de l’espèce humaine. De plus, bon nombre de thérapies géniques ont eu lieu, notamment pour traiter des maladies sanguines via les cellules somatiques. 

Hervé CHNEIWEISS, médecin neurologue et neurobiologiste s’interroge : « si une thérapie génique de l’embryon était possible dans les années qui viennent, serait-il vraiment éthique de rester avec des maladies terribles comme la mucoviscidose, la maladie de Huntington, certaines formes de bêta-thalassémies qui tuent encore des enfants et pour lesquelles on utilise une technique qui est le diagnostic pré-implantatoire qui permet d’écarter les embryons atteints et de ne faire naître que des embryons sains ? ». 

Est-il moralement éthique de ne pas utiliser cette technologie pour sauver bon nombre d’enfants ? La question reste entière. 

Le sujet éthique de la thérapie génique est ainsi un sujet délicat auquel de nombreuses personnes essayent de faire face.

Ayman ZTOUTI

Le Maroc, modèle d’une gestion exemplaire de la crise sanitaire ?

Le 5 mai, à 10h, le ministère marocain de la santé a annoncé 100 nouveaux cas de contaminations Covid-19, portant le nombre total de malades confirmés à 5153… Le royaume pleure ses 180 morts tandis que notre France déplore, de son côté, plus de 131 000 cas confirmés et 25 200 décès recensés à cette même date.AP. D Connaissances vous propose aujourd’hui de découvrir le modèle de gestion de cette épidémie par le Maroc.

Si le Maroc a déclaré l’état d’urgence sanitaire et le confinement obligatoire le vendredi 20 mars à 18 heures (soit 5 jours après la France), afin de contenir la propagation du Covid-19, le pays semble se démarquer des autres territoires touchés par le Coronavirus.  Car le Royaume ne s’est visiblement jamais laissé dépasser par la crise sanitaire.  Et il impressionne, à l’international, mais aussi ses propres citoyens.  Le pays aurait eu le temps de se préparer, d’observer ses voisins malades, tels que la France ou avant elle, l’Italie. 

Rappelons que le Maroc n’étant pas membre de l’Union Européenne, fermer ses frontières et contrôler des vols en provenance, ou à destination de ces territoires durement touchés, lui est possible voire facile (moins de 10 aéroports internationaux et un seul port d’entrée pour les passagers). A ce sujet, le site marocain d’informations Yabiladi (qui tire ses sources du ministère marocain des Affaires étrangères) nous apprend qu’au 3 mai, on recensait 387 Marocains morts à l’étranger des suites de la maladie à Coronavirus, contre 174 décès enregistrés sur le territoire national… Adaptation, stratégies, et organisation : quels facteurs ont permis cette incroyable résistance du Royaume chérifien ? 

D’un point de vue économique, le pays a mis en place un fond exceptionnel de 10 milliards de Dirhams (soit presque 1 milliard d’euros) : fond financé par des entreprises privées, des particuliers, mais aussi par le souverain Mohammed VI lui-même. C’est notamment grâce à ce fond que le Royaume a été capable de proposer des masques bon marché à ses citoyens. Le port du masque est obligatoire depuis le 7 avril : et chaque jour, près de 7 millions de masques sont produits dans le pays. Les entreprises ont transformé leurs activités pour subvenir aux besoins nationaux. Vendus à des prix très bas, parfois même inférieurs à 1 dirham, (soit 1 centime d’euro), les masques sont disponibles aussi bien dans les épiceries de quartier, dans les grandes surfaces et les pharmacies. 

Le Maroc a aussi été l’un des premiers à tester les effets sur les cas confirmés, de la chloroquine qui fait débat en France. En avril, le pays a en effet décidé de généraliser la molécule de chloroquine comme traitement du Coronavirus, en l’associant à un antibiotique. En France, le professeur Raoult, célèbre infectiologue, est l’un des rares à prôner l’efficacité du traitement des patients atteints du Covid-19 par les molécules de chloroquine et azithromycine, et ce, dès l’apparition des premiers symptômes du virus.  Peut-être est-ce donc la composition des traitements qui joue sur l’importante différence des statistiques de mortalité entre le territoire marocain et les autres pays touchés (sans oublier les expatriés marocains) ? Bonne initiative, produit miracle ou danger liquide ? Précisons que si la chloroquine semble prouver de son efficacité dans certains cas, l’effet secondaire le plus marquant à son utilisation est la bradycardie (rythme cardiaque très lent). Une de nos sources, travaillant en réanimation dans un hôpital français, précise qu’à Lille par exemple, la chloroquine est utilisée dans certains protocoles, mais est encore soumise à des essais cliniques. Son efficacité n’a pas été prouvée scientifiquement.

Au Maroc toujours, des hangars militaires ont été transformés en hôpitaux de campagne. Les hôpitaux militaires ont eux-mêmes étés réquisitionnés. L’armée s’est préparée  à un éventuel afflux massif de patients. On observe une réelle réorganisation au sein des hôpitaux marocains, mais pas uniquement : Le Dr Chafik El Kettani, anesthésiste-réanimateur, expliquait au micro de LCI qu’une fois les patients guéris cliniquement, ils avaient le choix de rester jusqu’à leur guérison biologique, ou de rejoindre des structures “tampon” .  Celles-ci, principalement des hôtels, ont été mises en place pour faciliter le flux de patients, et veiller au mieux à leur bien-être : en effet, les enceintes tampon sont désinfectées plusieurs fois par jour et les patients reçoivent la visite de médecins garantissant le suivi de leur rémission.

Au-delà du simple apport purement technique et sanitaire que ces structures permettent (le désengorgement des hôpitaux notamment), elles constituent une zone de transit et d’accompagnement pour les malades, avant leur retour chez eux. D’un point de vue social, là encore, le royaume a su brillamment s’adapter : dès le début, confinement strict et couvre-feu ont été imposés par le gouvernement. Et il faut bien avouer que les images de rues (totalement) vides de différentes villes marocaines suscitent une certaine admiration quant au civisme des citoyens marocains. Il faut dire qu’un individu déambulant sans attestation valable n’est pas simplement puni d’une amende, mais risque une mise en garde à vue immédiate.

Le domaine de l’éducation n’a pas été mis de côté dans la gestion de la crise : des cours à distance s’organisent et l’on peut même remarquer une prise en compte des inégalités entre les élèves, puisque certains cours sont même diffusés sur une chaîne publique de télévision.

L’épidémie semble épargner les campagnes, mais la gestion apparemment exemplaire de cette crise sanitaire accentue d’autres inégalités dans les villes marocaines les plus touchées : notamment la situation critique des plus fragiles, réel problème dans les quartiers populaires. Alors, les associations s’activent : des paniers alimentaires sont distribués à domicile. Le gouvernement quant à lui, verse une pension de 1000 dirhams environ (soit une centaine d’euros) aux travailleurs non déclarés.

Selon le Prince Moulay Hicham, politologue, les citoyens peuvent être reconnaissants quant à la gestion de “la crise sanitaire, des mesures de confinement, de la quarantaine, des fonds, et des ressources”. Certes, le Prince n’est peut-être pas totalement objectif, puisqu’il est le cousin germain du Roi, mais on doit reconnaître que le Maroc semble effectivement avoir su faire face aux défis sanitaires, économiques et sociaux liés à la pandémie du Coronavirus,  chiffres à l’appui.

Si le Maroc redoute désormais un été sans touristes, ce pays du Maghreb a su imposer son savoir-être et son savoir-faire, suscitant l’admiration des grandes puissances qui préfèrent danser dans les rues, faire du kayak, boire de la javel* ou attendre l’immunité collective. 

Khalid Ait Taleb, ministre de la Santé, a pourtant appelé les marocains à la vigilance, car il affirme que ‘l’épidémie pourrait redoubler d’intensité’.

Clara Bousquet

*Boire de la javel est fortement déconseillé par la rédaction d’APD Connaissances

Danger des armes nucléaires : l’IPPNW tire la sonnette d’alarme

« Devant les perspectives terrifiantes qui s’ouvrent à l’humanité, nous apercevons encore mieux que la paix est le seul combat qui vaille d’être mené. Ce n’est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l’ordre de choisir définitivement entre l’enfer et la raison ».

De tels mots, écrits par Albert Camus dans le journal Combat en réaction à l’attaque nucléaire d’Hiroshima du 6 août 1945 trouvent encore écho aujourd’hui. Après le retrait des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire Iranien le 8 mai 2018 et la constante modernisation des armes nucléaires par les pays dits proliférants, la course aux armements atomiques ne cesse d’inquiéter.

Lors d’une interview, une étudiante en médecine, représentante étudiante de la branche française de l’IPPNW, nous a alarmés sur les risques de l’utilisation de telles armes.

Peux-tu nous expliquer ce qu’est l’IPPNW ?

L’IPPNW est l’association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire (International Physicians for the Prevention of Nuclear Weapon). En France, elle est appelée AMFPGN. Cette association est présente dans toute la France, pas seulement à Lille. Il n’y a pas beaucoup d’étudiants mobilisés en France sur ce sujet, nous ne sommes que deux, alors qu’en Allemagne, le nombre d’étudiants est beaucoup plus conséquent, ils sont au moins 100.

Comment as-tu été amenée à rejoindre cette association ? 

Après un congrès international en Angleterre, il y a trois ans, j’ai découvert le travail fourni par l’IPPNW et j’ai rencontré des étudiants de la branche allemande et d’autres pays, qui sont très actifs sur ce sujet. J’ai beaucoup apprécié le thème de ce congrès qui portait, non seulement sur les problématiques liées aux armes nucléaires, mais également sur les questions de climat, d’inégalités hommes-femmes, etc. Ces sujets ramenaient tous à la question des violences de l’Homme sur les autres et des dominations sociales ou genrées.

Est-ce que la question du danger des armes nucléaires a toujours été une évidence pour toi ou as-tu vécu une sorte de déclic sur le sujet ? 

Je ne m’étais jamais trop posé de questions sur ce sujet avant, ce n’est pas un sujet de débat en famille ou entre amis. Mais en m’y intéressant de plus près, j’ai constaté que c’était surtout un raisonnement logique, on est forcé de constater l’immensité du danger et les preuves irréfutables de l’impact que provoquerait l’utilisation d’armes nucléaires. 

L’ensemble des scientifiques s’accordent pour dire que l’emploi d’une arme nucléaire entraînerait des dégâts humains irréversibles, mais aurait également des conséquences désastreuses sur le climat et l’environnement. 

Peux-tu nous expliquer l’impact concret que produirait l’utilisation d’une arme nucléaire ? 

Sur Lille, par exemple, si une bombe était lancée comme la W39 (une bombe américaine de 4 méga-tonnes), elle produirait au moment de son exposition des effets extrêmes et distincts à plusieurs niveaux.

La première échelle de destruction se produirait sur une superficie de 9 km2. La bombe produirait un effet de « boule de feu », appelé fire ball, qui détruit absolument tout, que ce soit l’environnement ou les humains sur cette superficie de 9 km2. Autrement dit, si cela touchait l’épicentre de Lille, cela tuerait tout le monde dans un rayon de 10 kilomètres, tous les immeubles exploseraient et il n’y aurait plus rien à faire pour revenir en arrière. 

Au-delà de cette superficie soumise à l’effet du fire ball, à une seconde échelle plus éloignée, l’explosion est dite « modérée » et rayonne sur une distance de 11 kilomètres. L’explosion modérée s’étendrait alors sur une superficie de 400 km2, c’est-à-dire à l’agglomération lilloise sur des villes comme Roubaix, Tourcoing, etc. Les immeubles s’effondreraient, des incendies se propageraient si rapidement qu’il serait impossible d’intervenir, d’autant plus que les casernes de pompiers auraient sûrement explosé aussi. 

À une troisième échelle, plus étendue, les personnes présentes au-delà des périmètres d’explosion modérée auraient des brûlures du 3ème degré. Ces brûlures sont des atteintes profondes de l’épiderme qui détruisent les vaisseaux, les nerfs et qui engendrent des conséquences irréversibles. La seule solution, dans ce cas, serait une greffe mais dans le cas présent, il n’y aurait rien à sauver. Il faudrait alors amputer, mais jusqu’à quelle distance ? C’est toujours la question…

À une quatrième échelle, dans un rayon de 34 kilomètres, qui correspond à une superficie de 3000km2, la bombe nucléaire provoquerait un effet de Flash, c’est-à-dire une explosion qui briserait toutes les vitres des bâtiments, blessant certainement les personnes qui s’y trouvent. Si la bombe atomique était utilisée en plein centre de Lille, elle atteindrait donc des villes plus lointaines comme Douai ou encore des villes Belges.

Au total, en une journée, il y aurait 500.000 morts qui seraient tués à l’instant même où la bombe exploserait, 800.000 blessés et plus de 2 millions de personnes touchées. En sachant que les effets indésirables que produirait l’utilisation d’une telle arme sur les 20 ou 30 années à suivre sont difficiles à prédire puisque cela dépend notamment des mesures qui seraient mises en place par l’Etat, mais de nombreux cas de cancers, leucémies, ou malformations surviendraient sûrement. 

À ton avis, les hôpitaux et services publics pourraient-ils être préparés aux conséquences d’une telle attaque ? 

Non, c’est justement le problème. Ou alors, il faudrait des abris anti-nucléaires dans tous les hôpitaux, mais cela ne paraît pas réalisable. En Suisse, il y a un abri anti-nucléaire dans chaque quartier. Encore faut-il avoir le temps de rejoindre ces abris. En plus de cela, une bonne partie des soignants seraient sûrement morts, que ce soit les infirmiers, les médecins ou les pompiers en ce qui concerne les incendies. 

En plus de cela, les hôpitaux ne sont pas assez équipés pour faire face à une telle attaque. Il n’y a qu’une vingtaine de lits disponibles au C.H.U. pour accueillir les personnes brûlées au 3e degré, donc sur 800.000 blessés, il serait difficile de faire face à un tel flux de patients. 

Quel serait, en ton sens, la solution pour lutter contre l’utilisation de ce type d’armes ? 

Les solutions ne sont pas nombreuses et il paraît difficile de sensibiliser ou de faire changer l’opinion publique sur ce sujet, notamment en France. La seule solution qui paraît viable, pour l’AMFPGN, est la ratification du Traité d’Interdiction des Armes Nucléaires (TIAN). Il faudrait que 45 pays le ratifient pour qu’il entre en vigueur, il obligerait alors les pays détenteurs de l’arme nucléaire à les supprimer et à s’en débarrasser. Mais, de nombreuses questions se poseraient alors sur comment donner effet aux obligations d’un tel traité, à savoir est-ce que les Etats qui ne s’y soumettraient pas pourraient être traduits devant un tribunal international ou être soumis à des sanctions économiques. Cela apparaît très difficile à mettre en place sur le long terme, mais pour ratifier, il faudrait déjà sensibiliser l’opinion publique sur le sujet pour faire évoluer les mentalités et générer une prise de conscience des risques de telles armes.  

Qu’est-ce qui, selon toi, explique la difficulté à convaincre les Etats d’interdire ce type d’armes ? 

En France, l’argument souvent utilisé est celui de la force de dissuasion. L’idée étant que si l’on possède une telle arme, on ne sera pas attaqué. Mais cette idée n’est pas crédible puisque même si un autre Etat était touché par une telle arme, que cela soit en Inde ou aux Etats-Unis, l’humanité entière en souffrira. Un hiver nucléaire aurait pour conséquence qu’il n’y ait plus de nourriture, ni d’espace agricole cultivable et plus d’animaux. Se prémunir contre l’utilisation de ce type d’armes est nécessaire à la survie de l’humanité. 

Nous avions espéré que les pays scandinaves, en tant que « modèles européens » ratifient ce Traité, mais cela n’a pas été le cas. La Suède par exemple, avait émis la possibilité de ratifier le TIAN mais s’était ravisée. Ce pays est, en quelque sorte, protégé par la Norvège, qui détient elle-même un dispositif anti-nucléaire. La Suède subit également des pressions des autres pays proliférants qui la « protège » si elle ne ratifie pas le traité. 

Es-tu plutôt optimiste sur la possibilité d’interdire de telles armes ? 

À long terme, je pense que ce sera possible, mais cela prendra beaucoup de temps. Je pense que l’opinion publique devra faire pression sur la politique pour ne serait-ce que lancer la discussion sur le sujet. 

Il y a encore peu de temps, le président Emmanuel Macron parlait encore de dissuasion nucléaire. Mais il serait dans l’intérêt des Etats eux-mêmes d’interdire l’arme nucléaire. En France, des milliards d’euros sont investis dans le nucléaire militaire, alors qu’une telle somme pourrait être utilisée pour d’autres services publics. 

Que pouvons-nous faire, à notre niveau, pour lutter contre l’utilisation de ce type d’armes ? 

L’idée de l’AMFPGN était de sensibiliser sur ces questions. Les populations les plus jeunes doivent surtout être alertées d’une telle situation, en discuter, faire évoluer le débat, qui est pour l’instant inexistant alors qu’il pourrait être abordé comme un autre sujet de conversation. 

Il s’agit également d’un débat social, l’idée étant de convaincre des municipalités françaises, comme la ville de Lille, de se prononcer en faveur du Traité d’interdiction des armes nucléaires et de faire remonter cette question jusqu’aux plus hautes autorités de la politique. Plusieurs lettres ont été envoyées par l’AMFPGN au président de la République qui sont d’ailleurs restées sans réponse. 

Si l’IPPNW ne cesse d’alarmer sur les risques de l’utilisation des armes nucléaires et a d’ailleurs reçu en 198,4 le prix Unesco de l’éducation pour la paix et en 1985, le prix Nobel de la paix en raison des efforts fournis par ses campagnes d’information et de sensibilisation. La question de l’utilisation des armes nucléaires reste encore un tabou aujourd’hui et gagnerait à être discutée par chacun d’entre nous, sans ignorer les conséquences de l’utilisation de telles armes. 

Clara MATHIS

Et finalement, personne ne sait : le vaccin du papillomavirus

Si le site internet officiel (1) français de la Vaccination contre le papillomavirus (aussi appelé HPV) nous affirme que “comme tous les vaccins, les vaccins anti-papillomavirus font l’objet d’un suivi régulier par les autorités de santé françaises, européennes et internationales qui ont confirmé la sécurité de ces vaccins”, il fait aujourd’hui encore l’objet de nombreuses controverses.

Mais, pour commencer, que sont les HPV et que font-ils concrètement sur notre corps ?


Nous avons interrogé un médecin lillois, le Dr Xavier Velut :

papillomavirus humain au microscope / Source Wikipedia Commons

–> Qu’est-ce que le papillomavirus ?
« C’est un virus qui, s’il pénètre dans notre corps, peut détruire les cellules des muqueuses génitales, qui vont rapidement se multiplier et qui peuvent se cancériser. »

–> Qui est potentiellement concerné par ce virus ?
« Hommes et femmes sexuellement actifs sont concernés. »

   –> Comment se transmet-il ?
« Il se transmet par voie sexuelle, comme une IST  »

–> Mais le vaccin est-il sûr ? Il n’y a pas de doute ? Qu’est-ce que vous répondez à ceux qui pensent qu’il est davantage dangereux qu’efficace ?
« Les premières études nous ont permis d’affirmer que, malgré les doutes de certains patients ou de certains de mes collègues, les effets indésirables sont très rares et je n’ai moi-même jamais connu de patientes touchées par d’éventuels graves effets secondaires. »


Si, comme moi, vous avez choisi la voie d’un baccalauréat scientifique, vous avez sûrement dû apprendre lors de votre cursus que la vaccination permet de par l’injection d’une infime portion de virus (rendu inoffensif !), de préparer nos anticorps à combattre le corps étranger s’il se présente une nouvelle fois.

Mais dans ce cas, est-ce raisonnable de ne pas se faire vacciner ?

Pour ce qui est du cas du vaccin contre les Papillomavirus, il est intéressant de constater que sur les 10 filles interrogées au hasard dans l’Université Lille 2, cette vaccination ne fait pas l’unanimité. En effet, pour six des jeunes filles, ce vaccin en particulier présente un véritable danger, et elles refusent catégoriquement de se le procurer. Deux autres n’étaient pas réellement informées sur le virus.
Quant à Alice, son médecin lui a conseillé de se faire vacciner, mais sa mère l’en a dissuadée. Il n’y a qu’Océane qui a accepté la vaccination.



Si le Haut Conseil de la Santé Publique (2) recommande la vaccination anti-HPV pour les jeunes filles dès 11 ans, le vaccin aussi appelé Gardasil®️, est accusé d’engendrer de graves effets secondaires dans certains cas.
En 2010, la vie de Marie-Océane Bourguignon bascule après qu’elle se soit fait administrer les deux injections conseillées de Gardasil®️. La jeune fille de 15 ans fut rapidement victime de troubles neurologiques, liés à une attaque du système nerveux central.
Elle doit, aujourd’hui encore et après plusieurs années de combat, faire face « à la fatigue, à des douleurs articulaires, des troubles de la concentration. « 
Marie-Océane Bourguignon a lancé une pétition en 2014, qui compte aujourd’hui plus de 43 500 signatures, dans le but de suspendre la généralisation du vaccin Gardasil®️ (on parle de « moratoire »).
Marqueur de l’état dubitatif de la population face à ce vaccin, la pétition permet également de sensibiliser les jeunes sur les risques de l’injection (3).


L’Organisation Mondiale de la Santé, sur son site web (4), propose quant à elle une vision bien plus rassurante des effets du vaccin polémique :
« 4 ans après le dernier examen de l’innocuité du vaccin anti-HPV, avec plus de 175 millions de doses distribuées dans le monde et un nombre accru de pays proposant le vaccin par le biais de leur programme de vaccination national, le Comité continue d’être rassuré par le profil d’innocuité des produits disponibles […]. Les manifestations indésirables graves rapportées comme des signaux potentiels ont été investiguées plus en détail, y compris le syndrome de Guillain-Barré, les convulsions, les AVC, les thromboembolies veineuses, les réactions anaphylactiques et autres réactions allergiques – dans nombre de cas par une analyse à cycle rapide pratiquée par le VSD aux Etats-Unis. »



Alors, est-il dangereux, est-il nécessaire, est-il réellement efficace ? Ces questions font clivage, dans la sphère privée mais également dans la sphère médicale, les médecins eux-mêmes ne parvenant pas à s’accorder sur l’efficacité ou la dangerosité du traitement.

Clara Bousquet

sources  :

articles

  1. https://papillomavirus.fr/tout-savoir/papillomavirus-interet-vaccination#!
  2. https://www.change.org/p/agnesbuzyn-stop-à-la-généralisation-du-vaccin-gardasil
  3. https://www.hcsp.fr/explore.cgi/avisrapportsdomaine?clefr=302
  4. https://www.who.int/vaccine_safety/committee/topics/hpv/Jun_2013/fr/

images :

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/c/c3/Gardasil_vaccine_and_box.jpg https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/c/c4/Papilloma_Virus_%28HPV%29_EM.jpg

Maladies mortelles : aux origines des fléaux de l’Histoire

  • La vie est courte, la science interminable, l’opportunité fugace, l’expérimentation faillible, le jugement difficile » – Hippocrate dans son oeuvre « Aphorismes »

Ce sont les dires d’Hippocrate, médecin et philosophe grec de l’Antiquité que l’on considère comme le précurseur de la médecine et qui vécut au cours du Vème siècle av J.C. Bien que l’ensemble de la phrase soit digne d’interêt, les trois derniers mots peuvent illustrer avec pertinence le difficile combat auquel se livrèrent les médecins au cours de l’histoire. Ainsi, de tous temps, ils cherchèrent à comprendre le fonctionnement des maladies dont ils étaient contemporains, parfois en menant des recherches dans les ouvrages de leurs illustres aïeux, ou en observant les manifestations parfois tragiques causées par ses fléaux. Toutefois, certaines pathologies n’avaient tout simplement jamais été observées, et leur apparition soudaine a provoqué des bouleversements démographiques et sociaux conséquents, les médecins se retrouvèrent impuissants face à ces nouvelles calamités que l’on imputa constamment à la colère divine. Mais alors que nous vivons à une époque où les termes de « peste » et de « variole » ne représentent plus qu’un lointain souvenir et que les cas et risques avérés d’atteinte sont moindres voire nuls, qu’en était-il par le passé ?


La peste, une pandémie européenne.

La « peste » telle qu’elle est perçue par les hommes de l’Antiquité ou du Moyen-âge ne correspond pas forcément à celle que nous connaissons aujourd’hui. En effet, au cours de l’histoire, le terme a souvent désigné un concept qui représente une crise avec de graves conséquences sanitaires comme lorsque qu’un évènement catastrophique survient et que les médecins et la foi sont impuissants, ou tout simplement lorsqu’une maladie mortelle sévit à très grande échelle décimant un très grand nombre d’individus. Cependant, dans le cas de la peste contemporaine, de nombreuses théories suggèrent un foyer initial en Asie centrale il y a 2600 ans de cela. La peste
est transmise par une puce qui constitue le principal vecteur de la maladie , la « Xenopsylla Cheopis » ou « puce du rat » qui, comme son nom l’indique, se loge sur les rongeurs avant d’être transmise par divers moyens aux hommes. Le rôle du rat est d’ailleurs déterminant dans l’apparition d’une « pandémie » dont la première est connue autour du VIème siècle.

Ils sont souvent présents dans les cales des bateaux qui voguent à travers les mers et océans et s’arrêtent de port en port à travers l’Europe. Il faut attendre le XVème siècle pour que les médecins soient en mesure de l’identifier et 1894 pour qu’Alexandre Yersin isole la bacille de la maladie, il déclare d’ailleurs à ce sujet : « Il y a beaucoup de chances pour que mon microbe soit celui de la peste, mais je n’ai pas encore le droit de l’affirmer. ». Toutefois, il peine à comprendre la logique de transmission du microbe qui ne le sera qu’en 1898. Pourtant, les plus grandes crises de peste ont lieu avant le XVème siècle, la plus célèbre d’entre elles reste sans doute la « peste noire » au milieu du XIVème siècle qui, selon les estimations, décima entre 30 et 50 % de la population européenne en cinq ans de 1347 à 1352. Les sources dont disposent les historiens révèlent des descriptions similaires de symptômes à diverses époques qui suggèrent la réapparition successive de la maladie à plusieurs siècles d’intervalle.

Au VIe siècle, Grégoire de Tours, évêque de Tours, historien de l’Église et des Francs écrit « La mort était subite ; il naissait dans l’aine ou dans l’aisselle une plaie semblable à la morsure d’un serpent ; et ce venin agissait tellement sur les hommes qu’ils rendaient l’esprit le lendemain ou le troisième jour… »

Plus tard , au XIVème siècle , Guy de Chauliac, médecin et père de la chirurgie médicale conte ses observations : « La première dura deux mois avec fièvre continue et crachement de sang ; et on en mourait en trois jours. »

Face à l’impuissance de la médecine, les hommes du Moyen-âge se livrent à
des interprétations diverses sur les causes de la maladie, certains pensèrent à une punition divine, d’autres qu’elle fut répandue volontairement par les Juifs et les lépreux ; on assiste à la création d’un imaginaire populaire autour du fléau. Même si les premières épidémies de peste ont pu être observées dans l’Antiquité chez les Grecs ou les Egyptiens, le statut de « pandémie » n’est vraisemblablement atteint qu’au cours du Moyen-Âge qui connaît les deux crises les plus importantes. La dernière pandémie connue remonte au milieu du XIXème siècle autour de l’Inde et de la Chine, les années suivantes voient le développement de nombreux remèdes et traitements qui améliorent le taux de survie. Selon l’OMS, de 2010 à 2015, 3 248 cas de peste humaine ayant causé 584 décès ont été répertoriés à travers le monde. On constate ainsi un recul significatif de maladie qui semble aujourd’hui uniquement présente dans certaines zones de la planète aux conditions sanitaires précaires.

La variole, de l’Egypte aux confins du monde.

Selon certains historiens et scientifiques, le virus de la variole pourrait être très ancien, avec possiblement une première apparition au Néolithique, aux environs du IVème millénaire av J.C. Il nécessiterait une population assez importante pour continuer à circuler, qu’il aurait pu trouver dans les civilisations antiques grecques et égyptiennes. Même si deux foyers d’origines sont
possibles, le plus probable est sans doute l’Egypte. En effet de nombreuses cicatrices pouvant évoquer les manifestations de la maladie ont été retrouvées sur certaines momies. Comme la plupart des virus, elle se serait exportée par l’intermédiaire des voies commerciales à la fois en Inde, mais aussi plus tard en Chine, de nombreux auteurs chinois relatent d’ailleurs des descriptions d’éruptions pustuleuses qui correspondent aux symptômes de la variole. Quoi qu’il en soit, certains épisodes épidémiques, comme
ceux du IIème et IVème siècle dans l’Empire Romain sont sans doute associés à la variole, comme de nombreux autres en Europe à partir du Vème siècle. C’est au Moyen-Âge que la variole connaît une ascension, notamment au sein du monde musulman où elle aurait été présente durant les conquêtes d’Afrique du Nord et de la péninsule ibérique, en particulier chez les enfants. C’est la multiplication des routes de commerce qui va permettre son établissement dans plusieurs zones géographiques en Eurasie notamment, mais elle atteint également quelques régions d’Europe centrale après le retour des croisés autour de l’an 1000. Dans certains cas, la variole se révèle extrêmement meurtrière en raison de son arrivée dans des régions isolées, souvent insulaires, comme l’Islande qui voit 1/3 de sa population disparaître en 1241. Pourtant, certaines régions du globe plus éloignées, comme l’Amérique du Sud, vont, elles aussi, observer l’arrivée du virus à partir du XVIème siècle. Elle parvient à Haïti en 1516 par l’intermédiaire des navires portugais, et au Mexique en 1520, par l’intermédiaire d’esclaves noirs amenés par les conquistadors espagnols.


Ces derniers vont contribuer indirectement à sa propagation dans l’Empire Inca, mais aussi au Brésil en 1562. De plus, le mode de vie des amérindiens étant propice au développement de la maladie, des populations importantes vont périr (18 millions au Mexique avant l’arrivée des conquistadors contre un peu plus d’1 million en 1600), un certain nombre d’historiens qualifient d’ailleurs cette période « d’holocauste ». Durant toute l’époque moderne, la variole provoque de nombreux décès, pas uniquement au niveau des populations mais aussi chez les familles royales qui ne sont pas épargnées, la maladie tue notamment le roi Louis XV, mais aussi Joseph Ier l’Empereur d’Autriche.

Les Empires coloniaux vont permettre son expansion sur la quasi-totalité des continents, mais d’autres moyens de transmission comme le pèlerinage à la Mecque ou le commerce d’esclaves est aussi avéré. Les solutions pour traiter la maladie apparaissent généralement en deux temps, une première phase qualifiée de « variolisation » très peu efficace et qui suscite le scepticisme des milieux médicaux, puis l’apparition d’un vaccin à partir de 1796 dont l’utilisation va se répandre tout au long du XIXème siècle. La dernière épidémie en date remonte à l’hiver 1954-1955 à Vannes avec 16 morts sur 73 cas. L’éradication globale de la variole a été certifiée par une commission d’experts le 9 décembre 1979 et déclarée officiellement par l’OMS le 8 mai 1980.

La tuberculose, la rage et le tétanos : des souches parfois « très » anciennes.

Il est intéressant d’observer que toutes les maladies contemporaines n’ont pas nécessairement une origine ancienne comme les deux cas abordés précédemment. Toutefois, certaines d’entre elles sont aussi vieilles que l’humanité :

  • c’est le cas de la tuberculose, dont la souche originelle serait apparue il y a environ trois millions d’années en Afrique de l’Est et qui se serait étendue parallèlement à l’expansion des hommes. L’infection se manifeste sous plusieurs formes, dont l’une des plus connues est sans doute la tuberculose pulmonaire, et présente un taux de mortalité variable en fonction de la zone initialement touchée. Lors de l’Antiquité, elle est décrite à plusieurs reprises sous sa forme pulmonaire par Hippocrate, mais aussi par Galien au IIème siècle, comme une « maladie amaigrissante ». Jusqu’au XIXème siècle, aucune avancée significative n’est constatée dans l’identification de la maladie. Ainsi, pendant environ deux millénaires, les observations restent les mêmes. Cependant, son mode de transmission est largement débattu au cours de l’Antiquité, l’objectif fut de savoir si la maladie était héréditaire ou contagieuse, il faudra attendre quelques siècles pour qu’elle soit décrite comme vraisemblablement contagieuse par Avicenne, médecin persan du Moyen-Âge. En 1882, ce sont les travaux de Louis Pasteur qui mettent en évidence le bacille tuberculeux, mais il faudra attendre 1943 pour que la découverte d’une molécule antibiotique efficace par Waksman permette la guérison d’un patient gravement atteint. Selon les derniers chiffres de l’OMS, en 2015, 10,4 millions de personnes ont été atteintes par cette maladie, et 1,8 million en sont mortes.

  • La rage quant à elle, bien que plus récente, est probablement connue depuis environ 2000 av J.C avec une première trace avérée en Mésopotamie aux alentours de 1930 av J.C (évocation du danger des morsures de chien enragés). Les premières véritables épidémies chez les animaux surviennent au cours du XVIIIème siècle, aux Etats Unis notamment, la maladie est rapidement considérée comme un fléau dont on ne peut guérir… Il n’est d’ailleurs pas rare que des patients ayant été mordus par des animaux possiblement enragés soient tués par les autres, ou tout simplement prennent la décision de se suicider. La maladie se développe généralement assez rapidement, avec des symptômes variés comme des problèmes de déglutition et paralysies notoires, ce qui conduit souvent à un décès dans les 12 jours. Il faut attendre une fois de plus Pasteur et sa découverte d’un vaccin contre la rage pour les humains en 1885, pour que le traitement de la maladie soit efficace, celui pour les animaux ayant été découverts quelques années plus tôt

  • Enfin, le tétanos est observé lui aussi au cours de l’Antiquité chez les Romains, Arétée de Cappadoce, médecin de l’Antiquité romaine, auteur d’un traité d’observations cliniques, livre une description précise des symptômes de la maladie qui occasionnerait une souffrance terrible face à laquelle il se retrouve impuissant, « Il ne lui reste donc qu’à s’affliger sur le sort de son malade, qu’il voit aux prises avec un mal auquel il ne peut remédier, et certes, il n’y a point de situation plus pénible et plus malheureuse pour un médecin. » La maladie se transmet souvent par l’intermédiaire d’une plaie à l’intérieur de laquelle le virus pénètre, et libère une toxine qui remonte le long des nerfs pour bloquer la contraction des muscles. C’est au XIXème siècle que les premiers tests de sérums sont utilisés, parfois concluants, ils sont cependant réservés aux animaux et ne sont pas efficaces sur l’homme ; des vaccins fonctionnels deviennent possibles au début du XXème siècle mais ce sont surtout les progrès médicaux des soins intensifs comme l’assistance respiratoire ou la sédation qui permettent de maintenir le patient en vie jusqu’à ce que la toxine s’épuise. Aujourd’hui, la maladie est mortelle dans 20 à 30% des cas et reste présente dans quelques zones de la planète, particulièrement en Afrique noire.

VIH et fièvre Ebola, des nouveaux arrivants.

La fin du XXème siècle a été le théâtre de nouvelles découvertes dans le domaine médical,

  • Les années 80 voient l’apparition d’une nouvelle épidémie dans des grandes villes américaines telles que San Francisco ou Los Angeles, la maladie en question touche à chaque fois des hommes homosexuels, c’est pourquoi on l’appelle d’abord le « syndrome gay ». Au fil du temps, de nombreux toxicomanes se mettent à tomber malade, ce qui implique l’existence probable d’un agent infectieux. Les premiers cas français apparaissent au cours de l’année 1982 et les recherches pour isoler le virus se multiplient. Toutefois, encore aujourd’hui, la découverte du VIH reste controversée en raison de conflits entre l’Institut Pasteur et certains chercheurs américains. Quoiqu’il en soit, c’est une fois le virus isolé que les modalités du traitement commencent à être envisagé, il faut toutefois rappeler que le VIH reste incurable de nos jours et que les médicaments utilisés ne servent qu’à prolonger la vie du malade dans des conditions plus ou moins optimales. Bien que le VIH (Sida) ait été découvert dans les années 80, des traces anciennes permettent aujourd’hui de supposer que la maladie est longtemps restée inconnue. Les premières preuves tangibles remontent à 1950 (mort d’un homme congolais dans des circonstances similaires). On peut donc penser que le virus a toujours existé mais s’est manifesté sous différentes formes sans pouvoir être clairement identifié.

  • La fièvre Ebola, quant à elle, est une fièvre hémorragique qui touche les humains mais aussi les primates. Assez récente, elle est découverte par un médecin belge en 1976, après des prélèvements effectués en République Démocratique du Congo. Mabalo Lokela est le premier homme mort du virus. Le 1er septembre, il est admis à l’hôpital pour une fièvre persistante, avec une température de 39,2°C. Il présente rapidement d’autres symptômes et est hospitalisé à l’hôpital de la Mission de Yambuku où il meurt une semaine plus tard. Après sa mort, une foule nombreuse assiste à ses funérailles. Les jours qui suivent, l’hôpital de la Mission accueille de nouveaux malades dont la femme de Mabalo Lokela. Les malades se plaignent de fortes douleurs de la gorge, d’une éruption cutanée, de douleurs abdominales et le personnel soignant est lui aussi sévèrement touché avec la mort d’une infirmière mais aussi d’une religieuse, le taux de létalité est alors estimé à 88%. L’hôpital qui voit se déclarer les premiers cas du nouveau virus se situe tout près de la rivière Ebola, ce qui lui donnera son actuelle dénomination. Des épidémies se déclarent dans plusieurs pays d’Afrique comme le Soudan alors que Karl Johnson, chef de la division des Pathogènes Spéciaux au Centre de contrôle et de prévention des maladies (CDC), rapporte avoir isolé un nouveau virus dans des échantillons de sang provenant d’une religieuse flamande de Kinshasa. Cinq mois plus tard, le 12 mars 1977, la revue médicale britannique The Lancet publie trois articles relatant l’isolement d’un nouveau virus responsable d’une fièvre hémorragique au Zaïre, ce qui marque la découverte officielle du virus. On constate d’ailleurs que le virus Ebola est tragiquement revenu sur le devant de la scène entre 2014 et 2016 avec environ 11 000 morts durant la nouvelle épidémie. À l’heure actuelle, il n’existe aucun traitement contre la fièvre Ebola. Les patients reçoivent des traitements pour soulager leurs symptômes. Certaines personnes infectées par le virus se rétablissent d’elles-mêmes, sans avoir obtenu un traitement. Néanmoins, jusqu’à 90 % des personnes infectées en meurent.

Ainsi, il convient de remarquer qu’un certain nombre de pathologies contemporaines sont caractérisées par des origines très diverses ; certaines sont parfois très anciennes, d’autres ont été identifiées bien plus tard et restent pour l’heure incurables. Toutefois, on constate que les dégâts qu’elles ont occasionnés ont souvent eu un impact important sur les sociétés et sur l’Histoire en général. Les hommes se sont livrés à de nombreuses interprétations, parfois farfelues, pour essayer d’expliquer l’origine de ces fléaux, qui furent certes décrits par les précurseurs de la médecine moderne, mais sans réelle compréhension de leur fonctionnement et de leur mode d’action. Quoi qu’il en soit, il est évident qu’au vu des éléments apportés par l’Histoire, tout laisse à penser que de nombreux virus n’ont pas encore été découverts, leurs effets sur notre société et plus globalement notre civilisation demeurant ainsi inconnus. En 2018, L’OMS évoque la prochaine apparition d’une « maladie X », qui n’existe pas encore, « L’histoire nous dit que la prochaine grande pandémie sera quelque chose de jamais vu », a prévenu John-Arme Rottinger, directeur général du Conseil norvégien de la recherche et conseiller scientifique à l’OMS. George Santayana, écrivain américano-hispanique du XIXème siècle disait « Ceux qui ne peuvent se rappeler le passé sont condamnés à le répéter. ». Il faut ainsi espérer que si une éventuelle crise sanitaire intervenait dans le futur, notre gestion de celle-ci devra se dérouler dans des conditions optimales afin de ne pas mettre en péril les populations, et ainsi veiller à préserver le monde que nous connaissons de ces ennemis mortels et invisibles.

Naim Merzouki