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Le foot féminin, un défi majeur porté par les associations sportives

En 2011, le Président de la FFF, Noël Le Graët, a impulsé un plan de féminisation de la pratique sportive qu’est le football. Alors qu’elle comptait un total de 81 153 licenciées en 2011, la FFF a dépassé la barre des 200 000 licenciées durant la saison 2019-2020, avec une augmentation remarquable du nombre de joueuses, mais également d’éducatrices, de dirigeantes et d’arbitres. Le rôle des associations sportives est majeur dans l’augmentation du nombre de joueuses. Nous avons donc réalisé une interview avec un cadre du club de foot « les Enfants de la Goutte D’Or », Nasser Hamici.

Depuis quand la pratique du foot féminin existe-t-elle au sein du club ? 

La première équipe EGDO en compétition a été engagée en championnat féminines 16 ans lors de la saison 2007/2008. Toutefois, nous avons accueilli des filles depuis 2000 en mixte. Nous avons gagné la coupe de Paris en U15 en 2020 (nous avons gagné en 2002, la coupe de Paris masculin en U15, nous étions la seule équipe mixte).

Quelles ont été les raisons qui ont poussé le club à faire une section féminine ? 

Début 2000, on avait dans nos effectifs deux jeunes sœurs Iméne et Shaira qui ont joué toutes les catégories garçons. Elles étaient les meilleures de l’effectif et surclassaient les joueurs des autres équipes. Elles ont joué ainsi en mixte jusqu’à 15 ans, car dans le règlement, c’est permis. Ensuite, on a décidé de constituer une équipe féminine autour d’elles. Il a fallu communiquer dans le quartier, se battre contre les idées préconçues, et mettre en place une organisation interne assez solide et expérimentée pour mener à bien ce projet.

Très vite, grâce aux résultats et au sérieux de l’accompagnement, l’équipe a grimpé dans les classements et les divisions. Après quelques années, elles ont été les mieux classées du club. Avoir une équipe féminine a toujours été une priorité au club, car on voulait faire comme avec les garçons, utiliser les leviers du sport pour les rassembler et travailler sur l’éducation, le positionnement, l’insertion pro. Dépasser les stéréotypes sur cette question était également un enjeu prioritaire.

Aujourd’hui, combien de licenciées y a-t-il au sein du club ? 

Aujourd’hui, nous avons très peu de licenciées, 15 filles toutes catégories confondues.  Nous avons dans un premier temps été impactés par l’arrêt de l’activité pour des raisons liées à la sécurité de nos adhérentes. Depuis 2016 et jusqu’à l’année dernière, l’accès au stade de la porte des fillettes était devenu très dangereux du fait de la concentration de migrants sur ce lieu et des usagers de drogues. Le trajet jusqu’au stade était devenu périlleux.

Est-il compliqué de mobiliser les filles et les femmes du quartier pour venir jouer au foot ? 

Lors de la saison 2019/2020, nous avons mis en place, en partenariat avec Nike, un plan de développement de la pratique féminine du football en club. L’approche de recrutement des joueuses est différente de celle des garçons. Nous avons mis en place un plan de communication via les réseaux sociaux en nous appuyant sur une jeune femme, Iméne Slimani, qui a été joueuse au club durant plusieurs années. Il était important que les jeunes filles du quartier aient un modèle. Nous avons également créé divers événements sur le quartier afin de mobiliser les jeunes filles et de les sensibiliser à la pratique. Le constat est que beaucoup de jeunes filles répondent présentes lors de ces rassemblements, mais qu’il est difficile de les intégrer et de les fidéliser. Avant la Covid, nous avions une pratique régulière encadrée par 3 jeunes femmes coachs du club. La progression en termes d’inscription était positive. Malheureusement, un manque de motivation de la part des joueuses et d’anticipation sur l’organisation de la part du club a vu cet élan retomber du fait de la crise sanitaire.

Quels sont les objectifs à venir pour le foot féminin au sein du club ?

Aujourd’hui, nous sommes toujours décidés à développer cette pratique féminine. Nous nous appuyons sur ce qui s’est passé pour réorganiser autrement notre démarche. Nous avons créé 2 postes service civique pour nous aider dans cette mission. Dans un premier temps, on va mobiliser une équipe de volontaires en interne afin d’améliorer la qualité d’accueil au club. Établir un plan de communication centré sur le territoire goutte d’or pour commencer et l’étendre par la suite. Nos premiers contacts seront les familles du quartier, les associations accueillant des jeunes filles, les écoles et collèges…

L’idée est de mettre en avant les bienfaits de la pratique en club, de proposer des séances gratuites et encadrées par des éducateurs diplômés, et d’impliquer les parents dans le projet de développement. Notre objectif à court terme est de constituer des groupes de joueuses dans les catégories U8 à U12 et U12 à U15. Et de proposer aux mamans du quartier une activité foot détente afin de les impliquer dans le projet et de créer un comité de Maman du Club sur la question de la place des femmes dans le quartier.

Mehdi KERROUCHE

Les stéréotypes de genre dans le sport : le Vovinam Viet Vo Dao

J’ai rencontré Éva au sport, le même que je pratiquais avec sa sœur Anna. Quand j’ai parlé à Anna de la série d’articles que je voulais réaliser sur les stéréotypes de genre dans le sport, elle m’a tout de suite parlé de sa sœur et du sport de combat qu’elle pratiquait.  Alors, pour ce deuxième article sur le sport à l’épreuve du genre, j’ai choisi de parler d’un sport de combat qui est très peu connu : le Vovinam Viet Vo Dao. Dans le premier article, il était question de la boxe avec Lucie. (Vous pouvez le retrouver ici.) Les stéréotypes de genre ont toujours la vie dure : pour rappel, un stéréotype est défini comme étant une « idée, opinion toute faite, acceptée sans réflexion et répétée sans avoir été soumise à un examen critique, par une personne ou un groupe, et qui détermine, à un degré plus ou moins élevé, ses manières de penser, de sentir et d’agir ». Le genre, quant à lui, est défini comme « le concept qui désigne l’ensemble des caractéristiques relatives à la masculinité et à la féminité ne relevant pas de la biologie, mais de la construction sociale ». Un stéréotype de genre c’est donc un préjugé qui se base sur le sexe de la personne. « Les sports de combat, ce n’est pas pour les filles » est un stéréotype de genre. Bref, l’objectif de cette série d’articles est de s’interroger sur nos rapports aux sports et surtout sur nos stéréotypes. 

Éva, 17 ans, en Terminale S

Aujourd’hui, c’est Éva qui a bien voulu répondre à mes questions. Éva, c’est une jeune fille de 17 ans qui est actuellement en Terminale scientifique à Bordeaux. Elle a pour ambition de devenir médecin militaire. Éva a commencé le Vovinam Viet Vo Dao avec sa sœur en Seconde et a poursuivi la pratique de ce sport toute seule. « Je fais ce sport depuis ma Seconde, parce que même si on m’y avait emmenée petite, y voir des hommes de 1m80 à tout juste 10 ans m’avait fait une impression assez mémorable. Mais en Seconde, j’ai accroché. J’ai donc pu passer deux grades, ce qui pourrait être l’équivalent de deux ceintures. Je ne suis pas mauvaise dans ce sport, mais il me reste beaucoup de chemin à parcourir ». Le Vovinam Viet Vo Dao est un art martial vietnamien. Il a été créé en 1938 par le maître Nguyễn Lộc. Il existe dix principes qui régissent la pratique de cet art martial. La tenue du pratiquant se compose d’une veste et d’un pantalon en toile bleu clair. En France, la Fédération Française de Karaté (FFK) recense 12 000 pratiquants de cet art martial vietnamien. 

Pour Éva, ça a été très facile d’exprimer sa volonté de pratiquer ce sport. Elle écrit : « Ça a été pour moi très simple, j’ai toujours voulu faire un sport de combat, alors en Seconde, j’ai franchi le cap. Depuis toute petite j’ai un fort caractère et mes proches sont très ouverts, alors pour eux cela a été très simple de l’accepter. Après tout, il n’y a rien de choquant ». En effet, il n’y a rien de choquant à être une femme qui pratique un sport de combat, et aucune étude scientifique n’a de nos jours indiqué qu’une personne de sexe féminin était moins compétente qu’une personne de sexe masculin pour pratiquer n’importe quel sport. Malgré cela, les femmes sont toujours sous-représentées dans les sports à connotation masculine. Le ministère chargé des Sports a pourtant lancé depuis 2012 une campagne  pour « réaffirmer une politique volontariste en faveur du développement du sport féminin – dans l’accès au sport sur tout le territoire français –, d’un égal traitement des femmes et des hommes dans le sport de haut niveau, dans les médias, mais aussi dans l’accès aux fonctions d’encadrement technique et dirigeant des fédérations sportives ». Toutefois, les femmes sont toujours sous-représentées dans le sport. « En France, les femmes ont deux fois moins accès que les hommes à la pratique sportive dans certains territoires. Le taux de licenciées féminines dans certaines fédérations sportives très populaires est de seulement 4%. Et seules 20% des femmes qui font du sport le font dans un club ». (Lire ici  la politique du ministère des Sports). Les sports pratiqués par les Françaises en 2016 montrent que les femmes ne sont que 2% à pratiquer des sports de combat contre 44% à faire de la marche.

Pratiques sportives régulières des Françaises en 2016. Publié par Statista Research Department, 23 juin 2016.

Vous en conviendrez, c’est un écart assez important. Les femmes font majoritairement des sports dits féminins. Pour Éva, il n’y a aucune différence entre les femmes et les hommes dans le sport. « Au contraire, c’en est presque avantageux. Moi, je peux frapper ; eux, moins. Mais c’est vrai que si l’on pratique un sport comme celui-ci avec des personnes peu ouvertes, cela pourrait être compliqué. Cependant, je pense déjà qu’on ne devrait qualifier aucun sport de masculin : certes, pour des raisons physiologiques, une femme demeure plus limitée, mais elle peut totalement effectuer les mêmes pratiques physiques qu’un homme. À l’armée, par exemple, on ne trouve aucune différence entre les hommes et les femmes, alors que l’armée, « c’est un truc d’hommes », comme disent les gens. Alors non, être une femme dans ce genre de sport, c’est exactement la même chose, et pas question d’arrêter un exercice pour qui que ce soit chez moi ! Et puis on se bat tous les uns contre les autres, tout le monde est logé à la même enseigne ».

Aujourd’hui, la grande majorité des personnes que vous pouvez interroger sur la place des femmes dans le sport ne vous répondront jamais ouvertement que certains sports doivent être réservés aux femmes ou au contraire aux hommes. Malgré cela, les stéréotypes et les préjugés demeurent sur la capacité des femmes à faire tel ou tel sport. Les petites filles ne sont pas nombreuses à vouloir s’inscrire aux sports de combat, pourtant l’offre des sports existe et il n’y a nulle part mention que les personnes dotées d’organes génitaux féminins doivent passer leur chemin. Pour que les mentalités évoluent et que les petites filles comme les petits garçons aient accès au sport qui leur plaît, il faut qu’ils aient connaissance que ces sports existent, et que s’ils veulent essayer, ils sont les bienvenus : pour faire simple, il faut les encourager. Pour Éva, la réponse est simple quand je lui demande ce qu’elle dirait à une jeune fille qui veut pratiquer un sport de combat : « Je lui dirais de ne pas avoir peur. Alors oui, au départ, quand on voit 10 mecs de 1m75 minimum en kimono, tout transpirants, ça peut être flippant, mais nous on transpire autant qu’eux, et on se bat comme eux. Il ne faut pas avoir peur de s’affirmer : de toute façon, dans notre société, il faut ouvrir la bouche sinon on ne va nulle part, alors autant ouvrir la bouche et savoir se battre. Il faut se lancer, parce qu’une fois parti on ne s’arrête plus ».

Alors qu’est-ce que vous attendez pour prendre votre kimono et mettre au tapis les stéréotypes de genre ? 

Anne-Laure Querré

Merci à Éva qui a bien voulu répondre à mes questions. 

L’âge d’or du football soviétique pendant la guerre froide : une vitrine prestigieuse pour la Mère Patrie

Durant l’ère qui fut marquée par le dualisme URSS/ États-Unis, le soft power possédait une place prépondérante dans ce conflit. En effet, le combat des idées représentait une bataille tout aussi primordiale que les opérations militaires. Le gouvernement de Staline et surtout celui de Khrouchtchev l’avaient bien compris. Ainsi, le football connut une hausse de popularité et un gain d’intérêt impressionnant dans les années 1950/1960 grâce aux exploits de ses héros tels que Lev Yashin, Igor Netto ou encore Valentin Ivanov. Un retour dans le temps s’impose afin de retracer cette épopée qui dépassa le cadre sportif.

Des innombrables penaltys arrêtés par le portier de légende Lev Yashin, encore à ce jour seul gardien de but vainqueur du prestigieux ballon d’or en 1963. Preuve de son influence, il se verra décerner la distinction de héros du travail socialiste en 1990

Le sport comme étendard du modèle communiste

A l’instar du secteur industriel, il est question à l’époque d’égaler voire de dépasser les puissances sportives capitalistes, la réussite sportive pouvant être liée aux moyens qu’implémentent les nations pour former leurs élites sportives et ainsi rayonner sur la scène internationale. Par exemple, le processus de formation d’un athlète de haut niveau s’avère particulièrement coûteux en termes d’infrastructures, d’encadrement et de recherche, etc.

En outre, le sport possède une audience très large qu’il convient de conquérir. Ce raisonnement s’applique d’autant plus avec le football étant donné son statut de sport le plus populaire du monde depuis ses débuts.

Les articles de presse et les biographies permettent d’accentuer ce processus d’héroïsation.

 Sylvain Dufraisse, maître de conférence à l’Université de Nantes évoque une « internationalisation du sport ». Ce terme démontre une intention de pousser les athlètes vers le haut en maximisant leur potentiel via une modernisation des entraînements ou bien une prise en compte croissante du bien-être physique et psychologique des athlètes. Pour inciter les athlètes à se dépasser, plusieurs systèmes de récompenses sont établis parallèlement, dont le titre de maître émérite de sport.

 Ce paradigme est un tournant majeur dans la pensée soviétique. En effet, avant, la compétition était vue comme une construction bourgeoise prônant l’individualisme. Toutefois, la Guerre Froide marqua une rupture avec cette lignée et exacerba une optique de confrontation avec les autres pays. 

1956-1958 : Des premiers pas sur la scène internationale très prometteurs

Les Jeux Olympiques de 1956 constituent une des premières occasions pour le football soviétique d’affronter des autres sélections. Bien que réservée aux amateurs, cette compétition pourrait faire figure d’une première épopée relative au ballon rond et permettre les prémices de la professionnalisation du football. 

C’est donc déterminée que l’URSS se déplace en terre Australienne (plus précisément à Melbourne) sans objectif particulier puisque la Coupe Du Monde qui a lieu 2 ans plus tard demeure l’échéance la plus importante.

Les matchs passent et l’équipe enchaîne les victoires jusqu’à affronter en finale son petit cousin Yougoslave (dont le président Tito entretenait des relations tendues avec Staline du fait de la tutelle soviétique ; cette tension diminue lors de la mort de Staline en 1953).

Cette opposition 100% communiste voit l’URSS sortir vainqueur par la plus petite des marges sur le score de 1-0. La bande d’Anatoli Ilyin, de Lev Yashin et d’Igor Netto repart avec la médaille d’or autour du cou, nourrissant ainsi les espérances de toute une nation en vue de la prochaine Coupe du Monde…

Néanmoins, avant d’espérer réussir leur parcours, les hommes de Gavriil Katchaline doivent surmonter l’obstacle des éliminatoires.

A un match de la fin, ils sont leaders avec 3 points d’avance sur le dauphin polonais. Toutefois, une défaite les contraindrait à disputer un match d’appui ! Poussée par plus de 100000 supporters, la Pologne défait l’URSS qui est dans l’obligation de l’emporter dans le match d’appui. Au bout du suspense, la Mère Patrie s’impose 2-0 et obtient son billet pour la Coupe du Monde 1958.

La 1ère participation à une Coupe du Monde implique une découverte du haut niveau, ici face à l’équipe légendaire du Brésil menée par le roi Pelé, Garrincha ou encore Vavà.

L’URSS parvient à se hisser jusqu’en quart de finale malgré un parcours en dents de scie marqué par une victoire contre l’Autriche, une défaite contre l’intouchable Brésil et un nul ainsi qu’une victoire en match d’appui contre les Britanniques.

Le pays hôte Suédois se dresse sur leur route. L’avant match est précédé par quelques déconvenues : 1 seul jour de repos contre 4 pour les Suédois ! De plus, ils apprennent que leur vol pour  Stockholm est annulé. De ce fait, s’ensuit un long trajet en bus qui impactera fortement leur performance. La Suède, portée par un public de folie s’impose 2-0. L’URSS est renvoyée chez elle et fustigée par la presse locale en dépit d’un résultat encourageant pour une première participation.

Cet épisode douloureux permet à l’équipe de gagner en expérience et en pragmatisme. Reste à savoir s’il lui reste assez de ressources mentales pour performer à l’euro 1960.

1960 : l’URSS au sommet de l’Europe.

Cette année là, les Soviétiques écrivent la plus belle page de leur histoire. Pourtant, tout n’est pas au beau fixe au moment d’entamer l’Euro en France. La Mère Patrie se voit privée de son génie Eduard Stretsolv déporté dans un goulag. La cause ? Le viol présumé (et au final inexistant de la sœur d’un des colonels de l’armée). La perte de l’un des meilleurs éléments de l’équipe va fortement impacter le moral de chacun. Néanmoins, la volonté d’aller de l’avant s’imprègne dans la tête de tous les joueurs pour se concentrer sur le terrain. De plus, le nouveau sélectionneur Nikolaï Boulganine symbolise un nouveau cycle induisant un rafraîchissement de l’effectif tout en préservant ses fondations.

Les éliminatoires ne sont qu’une formalité puisque l’URSS ne joue que 2 petits matchs. Le 1er contre une Hongrie amputée de son ballon d’or Ferenc Puskas exilé en Espagne. L’équipe ne force pas son talent et s’impose sans appel sur le score de 3-1. La tâche s’avère plus ardue au match retour mais le résultat est le même : victoire soviétique.

Reste à surmonter l’obstacle espagnol, c’était sans compter sur le dictateur Franco qui refuse catégoriquement d’envoyer ses joueurs en URSS. Ainsi, ces derniers obtiennent leur qualification après une victoire sur tapis vert. Les choses sérieuses peuvent commencer.

Cette fois-ci, les ambitions de titres sont clairement affichées. Il n’est plus question de se cacher derrière un statut d’outsider mais bien de monter sur la première marche du podium.

Il faut savoir que le 1er championnat d’Europe se déroule en France en hommage à Henry Delaunay, décédé quelque temps auparavant et créateur de la compétition. Le choix du lieu ne fait pas du tout l’unanimité et prend même une dimension politique quand la RFA, l’Angleterre et l’Italie font le  choix de boycotter l’événement. Ainsi,  le niveau est moins élevé et seulement 17 équipes y prennent part ce qui renforce la probabilité de surprises.

Les 18 guerriers assument ostensiblement leur statut et supportent le poids grandissant sur leurs épaules. C’est dans un dernier carré composé du pays hôte français et d’un trio communiste (URSS, Tchécoslovaquie et encore une fois la Yougoslavie) que Lev Yashin et consorts prennent la mesure de l’enjeu. 

C’est un véritable récital que livre l’URSS face à son petit frère tchécoslovaque : une victoire écrasante 3-0 et une opportunité de monter sur le toit de l’Europe face aux Yougoslaves pour un remake de la finale des JO 1956. 

C’est au Parc des Princes sous le regard de 18000 fans que l’épilogue de cette saga dorée se déroule.

La tension est palpable, les 2 camps se connaissent par cœur et s’appréhendent. Cette nervosité se transcrit sur le terrain avec de nombreux contacts qui hachent le jeu. La Yougoslavie ouvre le score juste avant la mi-temps, de quoi asséner un coup de massue sur les esprits adverses. Toutefois, le second souffle insufflé par les parades héroïques de Lev Yashin finit par sourire aux Soviétiques qui égalisent par l’intermédiaire de Metreveli dès la 49ème minute. Le score se fige et les 2 équipes sont  envoyées en prolongation. Le sort de la rencontre ne tient qu’à un fil. La perspective d’un tirage au sort en cas de score nul à l’issue des prolongations rajoute de la dramaturgie supplémentaire à ce match légendaire.

Cependant, il n’est pas question de laisser le hasard ternir la destinée de la sélection. C’est pourquoi, 7 minutes avant l’issue fatidique, Viktor Ponedelnik enterre les espoirs yougoslaves et se hisse au rang de sauveur de la nation. Seul joueur appelé évoluant en deuxième division russe, il symbolise l’unité d’un groupe homogène prêt à suppléer ses individualités habituelles.

Les héros retournent presque immédiatement à Moscou pour être en communion avec un peuple impatient de célébrer ses légendes. Le titre a une énorme résonance comme le témoigne la foule présente au Stade Central Lénine. S’ensuivent plusieurs campagnes marquées par des éliminations précoces en Coupe du Monde ou des non qualifications aux championnats d’Europe, preuve que l’apogée aura été éphémère certes, mais elle a permis d’introniser les 18 guerriers au panthéon du football et du sport soviétique. 

La consécration

Lev Yashin, un gardien légendaire en avance sur son temps

 Lev Yashin, c’est l’histoire d’un homme aux capacités tellement extraordinaires que son nom est toujours associé à celui des plus grands joueurs de tous les temps. Il est nommé par l’IFFHS « meilleur gardien du siècle » à la fois en Europe et au niveau mondial. Seul gardien à remporter le ballon d’or en 1963, celui qu’on surnommait « l’araignée noire » en raison de sa tenue couplée à son agilité a écœuré plus d’un attaquant. Les chiffres sont stratosphériques : les spécialistes recensent plus de 270 matchs sans encaisser de buts ainsi que 150 pénaltys arrêtés ! Ces statistiques quasiment au-delà du réel impressionnent encore plus quand on connaît la philosophie de jeu de l’époque : les équipes misaient tout sur l’attaque en jouant avec 1 ou 2 défenseurs seulement.

Toutefois, sa carrière valait plus qu’un agrégat d’accomplissements individuels, le portier soviétique changea radicalement le style de jeu du gardien de but dans les années 50/60. Fini le piquet devant rester cramponné à sa ligne de but en attendant passivement les offensives adverses, Yashin n’hésitait pas à sortir à plusieurs dizaines de mètres de ses cages pour boucher l’angle de frappe à l’instar d’un Manuel Neuer aujourd’hui. Il était aussi le précurseur  de la tendance à boxer les ballons en cas de frappes flottantes ou difficiles à capter. Cette révolution pour le poste dépeint un homme prêt à bousculer les conventions, doté d’une aura et d’un charisme à en faire rougir de nombreux acteurs Hollywoodiens.

Yashin n’était pas un personnage comme les autres, il a par exemple déclaré qu’avant chaque match, son rituel était de fumer des cigarettes « pour détendre les muscles » tout en prenant un verre de vodka « pour les vivifier ». Rapidement, le régime communiste a compris que censurer Yashin était inutile et qu’il valait mieux l’utiliser en tant que porte étendard du prestige soviétique. En effet, son enfance difficile dans les quartiers populaires de Moscou le rendait crédible et identifiable pour les foules. Né dans une famille ouvrière, l’adolescent devient apprenti serrurier pendant la guerre. A seize ans, en 1945, il est récompensé pour « son travail valeureux dans la grande guerre patriotique » par une médaille. L’URSS avait donc trouvé son héros quasi parfait.

Comme tout héros, il a utilisé ce charisme pour fédérer ses coéquipiers autour de lui. Même quand l’équipe était mal embarquée, il sonnait le premier vent de révolte via des parades décisives ou simplement par sa titularisation malgré un traumatisme crânien lors de la Coupe du Monde 1962 au Chili.

A ses 50 ans, sa santé se dégrade, il est atteint d’une gangrène à la jambe. Cet épisode malheureux demeure le début d’une longue descente aux enfers comprenant une amputation et dont la dernière marche est celle d’un décès en raison d’un cancer de l’estomac le 20 Mars 1990.

Ainsi, ce monument du football et du sport aura inspiré des millions de personnes par ses exploits et sa singularité. Chapeau l’artiste, les héros et légendes sont intemporelles et éternelles.

Pour aller plus loin: https://footballski.fr/lev-yashin-grand-monsieur-football-sovietique

https://fr.wikipedia.org/wiki/Union_sovi%C3%A9tique_aux_Jeux_olympiques_d%27%C3%A9t%C3%A9_de_1956

https://www.youtube.com/results?search_query=contes+de+foot

https://www.iris-france.org/wp-content/uploads/2018/04/Obs-sport-Itw-Sport-sovietique-avril-2018.pdf


Milan Busignies

Les stéréotypes de genre dans le sport : la boxe (1)

Quand j’ai rencontré Lucie en licence d’histoire, c’était une étudiante studieuse, celle qu’on voit finir major de promo, à fond dans les livres et pas vraiment dans le sport. Lucie, c’est la bonne copine : compétitrice, ambitieuse, intelligente, jolie et au rire contagieux. Quand on la rencontre dans la rue ou qu’on la croise à l’université, on n’imagine pas que Lucie a fait de la boxe anglaise pendant plusieurs années. J’avais l’image d’une boxeuse avec un physique nécessairement bodybuildé, à qui on n’aurait pas vraiment envie de se frotter. C’était un préjugé qui, comme tous les préjugés, s’est avéré faux. Je me suis alors interrogée sur la place des femmes dans le sport et plus particulièrement dans les sports dits « masculins ». Et quand j’ai proposé à Lucie de se voir pour discuter de ses années de boxe, elle a tout de suite accepté.

Les stéréotypes de genre ont la vie dure. Mais qu’est-ce qu’un stéréotype de genre ? Un stéréotype est définit comme une « idée, opinion toute faite, acceptée sans réflexion et répétée sans avoir été soumise à un examen critique, par une personne ou un groupe, et qui détermine, à un degré plus ou moins élevé, ses manières de penser, de sentir et d’agir ». Le genre est quant à lui définit comme « le concept qui désigne l’ensemble des caractéristiques relatives à la masculinité et à la féminité ne relevant pas de la biologie, mais de la construction sociale ». Un stéréotype de genre est donc un préjugé qui se base sur le sexe de la personne. « La boxe est un sport d’homme » est un stéréotype de genre, par exemple. Mais on ne fait pas du sport avec ses organes génitaux. Le bleu n’est pas la couleur des garçons et le rose celle des filles. Alors pourquoi pense-t-on encore aujourd’hui que tel ou tel sport est réservé à un genre ? La société évolue et une certaine ouverture d’esprit à fait son apparition. Toutefois, celle-ci est à nuancer : ce n’est pas seulement vos grands-parents ou vos parents qui sont soumis à ces stéréotypes mais bien toutes les catégories socioprofessionnelles et toutes les tranches d’âges. L’objectif de cette série d’articles est de donner la parole aux femmes et aux hommes qui pratiquent ces sports auxquels on ne pense pas inscrire son enfant ou même s’inscrire soit même, par honte, par conditionnement.

Lucie, 22 ans, étudiante en master d’Histoire moderne

« Je suis originaire d’un milieu rural, je n’ai pas choisi la boxe comme une évidence, c’était plus par dépit ». La raison : le manque de diversité des sports proposés. Lucie savait néanmoins que les sports de contact lui plaisaient, mais pas forcément les sports d’équipe. Ses parents n’étaient pas du même avis car la distance pour se rendre à la salle de boxe était de vingt minutes et parce qu’ils considéraient la boxe comme un sport masculin. Ils avaient peur que leur fille se fasse mal ou qu’elle casse sa dent une nouvelle fois. En classe de 4e, la mère de Lucie avait un ami dont le fils pratiquait la boxe. Lucie et sa mère se sont rendues à son gala et ce fut le coup de cœur pour Lucie. Elle commence les entraînements, qu’elle trouve physiquement difficiles. La persévérance la fait continuer, mais son amie qui avait commencé avec elle s’arrête pour des raisons de santé. À la fin de l’année scolaire, l’entraîneur principal lui propose de faire des combats, mais par peur de ne pas y arriver, Lucie décide de refuser. Elle me confie que « quand quelqu’un voit en toi du talent ça fait plaisir ». C’est pendant son année de 3e qu’elle fera son premier combat en championnat de Gironde. Elle le gagnera et repartira avec son trophée. A cette occasion, elle est interviewée par une journaliste de sud-ouest, mais elle n’aime pas le portrait qui est fait d’elle. Elle voulait paraître effrayante pour ses adversaires, mais le portrait qui est dépeint est celui d’une jeune fille timide.

La timidité ne l’arrête pas et elle continue la boxe jusqu’en terminale. C’est pendant cette dernière année de lycée, en 2015, qu’elle participe aux interrégionaux. Ce fut une année difficile, parce que dans la boxe comme dans d’autres sports de combat, il faut respecter un certain poids. Si vous le dépassez de quelques grammes, vous ne pouvez pas participer à la compétition. C’étaient des conditions difficiles qui ont créé des tensions entre les entraîneurs et le père de Lucie. Malgré cela, Lucie gagne pour la première fois par K.O. lors du championnat et ce fut une fierté pour elle, « j’ai perdu au premier round, mais au deuxième mon entraîneur me dit qu’elle commence à chanceler et que je peux lui mettre un K.O. ce que je fais au troisième round ». Les compétitions continuent et Lucie tombe sur une adversaire de taille. « En février-mars, je suis tombée sur une fille de l’équipe de France. Elle avait plus de combats que moi, mais mes entraîneurs ne me l’avaient pas dit, pour éviter que je panique ». Elle n’a pas gagné le combat, mais elle n’a pas eu de K.O. et n’a perdu au point, ce qui reste quand même une victoire. À la fin de l’année scolaire, elle fait son dernier combat à domicile et le gagne. Puis, après avoir obtenu son baccalauréat, Lucie quitte sa ville natale pour continuer ses études à Bordeaux.


© Sylvie Florès


© Boxing Club du Bourgeais

Ne pouvant plus rester dans son club à cause de ses études supérieures, Lucie reprend la boxe dans un nouveau club à Bordeaux, et ça a été « le début de la fin ». Pour elle, changer de club a été difficile « parce qu’on a une relation très fusionnelle avec mon coach ». Dans le club de Bordeaux, il y a beaucoup de professionnels et elle se sent vite exclue. Les entraînements sont plus intensifs, quatre par semaine, et le niveau est plus élevé. Au moment de s’inscrire pour les championnats, Lucie préfère s’arrêter, « j’ai arrêté avant les championnats, car je n’accrochais pas avec le club et mon adversaire était très redoutable, j’ai eu peur, alors j’ai arrêté ». Pendant plusieurs années, elle n’a pas repris la boxe. « Pendant quatre ans j’ai eu un blocage, je pouvais plus entendre parler de la boxe, ça me dégoutait. J’ai pris du poids en arrêtant la boxe, c’était le contrecoup. Je ne voulais plus faire aucun sport ». Ce n’est que l’année dernière qu’elle reprend la boxe dans un club près de chez elle, même si elle a toujours un peu d’appréhension avant d’y aller. L’ambiance y est différente de son premier club bordelais, plus familial. Elle y fait ses entraînements deux fois par semaine pendant deux heures. « Quand je suis arrivée dans le club pour la séance d’essai, je n’ai pas dit que j’avais déjà pratiqué la boxe, je voulais vraiment recommencer de zéro. L’entraîneur a bien vu que j’en avais déjà fait et il m’a même dit : « je te connais, tu as déjà fait de la boxe toi ? » Je lui ai finalement avoué que oui j’avais bien fait de la boxe et quand je lui ai dit mon nom, il m’a dit qu’il se souvenait de moi ». Malgré son emploi du temps difficile entre la fac et son travail à Décathlon, Lucie continue ses entraînements. Les quatre années sans pratiquer la boxe ne lui ont pas enlevé tout ce qu’elle avait appris à travers la pratique de ce sport. La persévérance et le self-control qu’elle développé avec la boxe lui ont servi pendant ses études. Pour elle, elle n’aurait jamais pu arriver jusqu’en master sans la boxe, « ça m’a donné confiance en moi et ça m’a permis d’être persévérante dans les études ».

 

© Boxing Club du Bourgeais

 

         Lucie se décrit comme un « garçon manqué », avec un style très « masculin » au lycée, « je devais m’endurcir, je ne pouvais pas me permettre de pleurer ». Au cours des compétitions, les filles sont tournées au ridicule si elles sont maquillées. « Pendant un championnat, une fille est arrivée un peu maquillée et elle a été tournée en ridicule, on s’est moqué d’elle. Aujourd’hui, je trouve ça nul, on te dit que tu dois t’endurcir, que tu ne dois pas pleurer, etc. C’est un milieu qui t’impose tellement, les femmes, elles doivent être des bonshommes. Dès que tu es un peu féminine, on dit que tu es une « pétasse » et que tu ne vas pas gagner ». Aujourd’hui, dans son nouveau club, l’ambiance est tout autre. Les filles sont plus nombreuses et elles ne ressemblent pas à l’image de la femme « masculinisée » pour faire peur à son adversaire, « les filles qui sont dans le club, elles sont très féminines, elles portent du maquillage et ça ne les empêchent pas d’être redoutable sur le ring ».

Pour la majorité des personnes, Lucie n’a pas le physique pour faire de la boxe, et quand ils l’apprennent, les réactions sont souvent les mêmes. « En général, les gens sont plutôt choqués, ils disent « on dirait pas », je porte des talons, je me maquille et je suis une personne sensible alors pour eux, je ne peux pas faire de la boxe, comme si ce n’était pas compatible. »

Finalement, qu’est-ce que tu dirais aux jeunes filles qui veulent pratiquer la boxe, mais qui n’osent pas ? « Je dirais aux jeunes filles qui veulent faire de la boxe d’y aller, de foncer ! ». C’est un sport qui, au-delà des qualités physiques qu’il apporte, a permis à Lucie de ne plus être timide, d’avoir confiance en elle et qui lui a donné une certaine persévérance dans le domaine professionnel. Aujourd’hui, elle ne regrette pas du tout ses années de boxe. « J’ai eu des cocards, dont un récemment, et j’ai toujours était fière d’en avoir. Je n’ai jamais voulu les cacher avec du maquillage ». Pour la petite anecdote, la dent de Lucie ne se sera jamais cassée durant ses années de boxe.

Querré Anne-Laure

Merci à Lucie qui a bien voulu se prêter au jeu de l’interview. 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Genre_(sciences_sociales)

https://www.cnrtl.fr/definition/stéréotype

Décès de Kobe Bryant : hommage au Black Mamba

C’est une onde de choc qui a traversé ce dimanche 26 janvier le monde de la balle orange, et toute la sphère sportive. 

Kobe Bryant est décédé des suites d’un accident d’hélicoptère avec sa fille Gianna Bryant âgée de 13 ans au dessus de Calabasas en Californie. Elle suivait les traces de son père et était promise à un avenir sur les parquets des plus radieux, ils se rendaient d’ailleurs à un match de son équipe la “mamba team”. Avec eux, c’est sept autres personnes qui perdent la vie, dont des coéquipières de Gianna et leurs parents. John Altobelli, Keri Altobelli, Alyssa Altobelli, Christina Mauser, Sarah Chester, Payton Chester et Ara Zobayan le pilote.

Fait très rare en NBA, le derby opposant les Clippers aux Lakers prévu ce mardi au Staples Center sera reporté. La NBA n’avait pas annulé de match depuis 2013 avec l’attentat du marathon de Boston, et les faits antérieurs remontent à 1963 après l’assassinat de Kennedy.

Lors d’une interview, “Black mamba” avait avoué que ce qu’il lui manquait le plus depuis sa retraite, outre le fait de jouer, c’était le bruit du parquet et le filet légèrement penché après un panier. Cette âme de poète le grand public la connaissait depuis 2018, lorsqu’il a reçu un oscar pour le meilleur court métrage d’animation “Dear Basket-ball” réalisé par Glen Keane.

Accessible en ligne gratuitement, on peut y entendre la voix de Kobe en narrateur qui retrace son histoire d’amour avec le basket, comme un hommage écrit beaucoup trop tôt par la légende lui-même.

Un palmarès long comme le bras

5 fois champion NBA, 18 fois ALL STAR, double MVP des finals,1 fois MVP, double champion olympique avec la team USA, 11 fois dans la All Nba 1st team, 2 double meilleur marqueur de la NBA et meilleur marqueur des Lakers avec 33 643 points en carrière et auteur d’un match à 81 points…Affirmer que les accomplissements du Black Mamba sont nombreux est un euphémisme.

Pendant 2 décennies soit 20 saisons, il a su emmener son équipe vers les sommets de la ligue aussi bien avec l’aide de son compère Shaquille O’Neal que de son ami Pau Gasol. Grâce à une longévité impressionnante qui relève de l’exploit, Kobe a su remettre les Lakers sur le devant de la scène après une période post Magic Johnson assez compliquée pour les Angelinos.

Des 5 titres qu’il a gagnés, le plus symbolique est sûrement le dernier en date, obtenu en 7 matchs en 2010 contre ses rivaux historiques : Les Boston Celtics. Dans une série étriquée, les Lakers parviennent à vaincre leurs ennemis au terme d’un match ultra défensif et prennent leur revanche sur ceux qui les avaient étrillés 2 ans plus tôt, le Staples center explose.

Un mental d’acier 

17 ans, c’est l’âge qu’avait Kobe au moment de sa saison rookie en NBA. Drafté en 13ème position par les Charlotte Hornets en 1996, ses droits sont directement transférés chez les Lakers dans la cité des anges. Fraîchement sorti de son cursus high school (le lycée), l’arrière d’1m98 essuie d’abord une vague de critiques suite à une série de 3 airballs consécutifs face aux Jazz d’Utah durant les playoffs 1996. Loin d’être vu comme un futur MVP, le natif de Philadelphie ne désespère pas et se réfugie dans le travail pour doubler sa moyenne de points par match l’année suivante. Cette réaction ne constituait que l’une des innombrables preuves de la «mamba mentality. » Dès son adolescence, le jeune Bryant s’amusait déjà à défier les partenaires de son père, alors basketteur professionnel en Europe. Toujours en avançant et en prenant ses responsabilités, Kobe n’a jamais reculé devant aucune adversité. Dès que la fin de match se tendait et que le score se resserrait, la balle résidait dans les mains du numéro 24 (et ancien numéro 8) pour prendre le dernier shoot, celui qui allait transpercer les filets du panier adverse pour sceller la victoire des siens.

Le 12 Avril 2013, il se rompt le tendon d’Achille. Malgré sa blessure, il va faire preuve d’une pugnacité absolument incroyable et va réussir en boitant, à inscrire ses 2 lancers francs avant de laisser ses coéquipiers terminer le match sur une victoire. C’est ça, la mamba mentality et l’exemple que représentait Bryant.

Une éthique de travail incroyable

L’histoire de Kobe, c’est celle d’un bourreau de travail. Des dizaines d’heures passées par jour à la salle d’entraînement, une obsession presque sociopathe pour le jeu. Pour lui, se lever à 3h chaque jour pour enchaîner les tirs et s’infliger des exercices supplémentaires n’était pas une contrainte. Selon les dires de Jamal Crawford (ancien adversaire de Kobe), « Il répétait chaque shoot une heure entière. Savez-vous quelle concentration mentale est nécessaire pour cela ? » Au contraire, c’était comme s’attaquer à la construction d’un puzzle de plusieurs millions de pièces. Chaque jour, il apportait une pièce au puzzle, minutieusement. De manière métaphorique, on pourrait dire qu’il l’a achevé en devenant l’un des meilleurs joueurs de l’histoire et en entrant au panthéon de sa franchise de toujours : celle des Los Angeles Lakers. 

60 points pour son dernier match : un scénario lunaire

En Avril 2016, le monument des Lakers entame la dernière étape de son farewell tour (sa tournée d’adieu ndlr) à domicile dans l’antre du Staples Center. On retrouve beaucoup de grands noms comme Snoop Dog, Jay Z ou Jack Nicholson venus assister à un moment d’anthologie. Kobe va inscrire la bagatelle de 60 points avec des mooves et des tirs tous plus compliqués les uns que les autres. Menés de plus de 10 points avant le dernier quart temps, les Lakers vont compter sur leur héros pour revenir dans le match et passer devant sur un tir de Kobe sur un .. fadeway (tir à reculons) qui a fait figure de signature pendant toute sa carrière. Il est à 58 points et se retrouve sur la ligne des lancers pour inscrire ses 2 derniers points. Rien n’est fait mais en cas de sans faute, le futur retraité finira avec 60 unités au compteur. Acclamé par la foule qui scande « MVP, MVP », il transforme ses 2 tirs et sort du terrain ovationné à l’occasion d’un temps mort et prononce au micro un discours s’achevant par «Mamba out.»

Quelques mots au nom de tous les fans de basket

Bien que je ne sois pas son plus grand fan, j’ai un nombre important de souvenirs qui me lient à Kobe Bryant, à l’instar d’un grand nombre de passionnés. Je m’étais levé durant la nuit pour assister à son dernier match, épilogue d’une carrière magnifique et couronnée de succès. Son style de jeu élégant lui a valu durant mon adolescence un poster de lui dans ma chambre ainsi que de nombreuses parties endiablées sur NBA 2K. Déjà, au moment de sa retraite, j’avais eu un léger pincement au cœur étant donné le vide que cela représentait pour la planète basket. Alors, le moment de son accident ne m’a clairement pas laissé indifférent. Preuve de son aura, sa disparition a fait émerger un consensus sur son impact et son importance dans le monde de la NBA. Joueurs, entraîneurs, fans, tous ont senti un bouleversement dans le paysage sportif américain et mondial.

Kobe dégageait tant de sang-froid qu’il semblait presque invincible et jamais dépassé par les

événements. Malheureusement, le pragmatisme de l’histoire donne une fin dotée d’une autre version. Je voudrais donc le remercier pour avoir contribué à me faire aimer le basket. Quel basketteur n’a jamais tenté de reprendre ses mimiques ou ses tirs en suspension sur le playground ou à l’entraînement ? (sans le même succès évidemment) Qui n’a jamais crié « Kobe » quand il parvenait à mettre une boule de papier à la poubelle depuis un endroit éloigné ? Ce décès nous montre la portée infinie du sport qui décuple les émotions, aussi bien par les exploits héroïques de ses protagonistes que par ses incidents tragiques.

Alors, merci Kobe, merci d’avoir été notre Michael Jordan moderne, nous la nouvelle génération qui n’avons pas eu la chance de le voir jouer. Merci d’avoir inspiré des millions de personnes par ta mentalité qui a mis en valeur notre sport, merci d’avoir fait partie du paysage de la NBA, merci pour tous ces souvenirs.

Comme tu l’as déjà dit « Mamba out » pour toujours cette fois. Mais ta place se trouve au panthéon des légendes, tu rejoins là-haut le club des Wilt Chamberlain, Moses Malone ou encore Drazen Petrovic. Ciao l’artiste, repose en paix champion.

Milan Busignies

Leïla Léa Bensafia

Moto E et Formula E, quand les sports mécaniques se mettent à l’électrique

Du 23 au 24 novembre se tenait en Arabie Saoudite la première manche du championnat 2019/2020 de Formula E, un sport mécanique d’un nouveau genre.

Apparus au début des années 30, et avec une véritable institutionnalisation en Europe et aux Etats-Unis durant les années 50, les sports mécaniques ont depuis leur existence sans cesse repoussé les limites de la technologie, en lien avec leur époque, mais également de l’innovation. Ils produisent des sensations et une expérience à vivre.

Aujourd’hui, peu importe la discipline, aller assister à un grand prix est une expérience à vivre, un éveil pour nos sens. On y ressent les vibrations du sol, l’odeur du carburant ou encore le bruit des moteurs.

Mais depuis maintenant 5 ans, une révolution tend à bousculer le schéma actuel. A l’heure où le développement durable et l’écologie sont la priorité, la Fédération Internationale Automobile (FIA) et la Fédération Internationale Motocycliste réfléchissent à œuvrer dans ce sens. 

Elles ont chacune lancé un championnat ayant recours à l’énergie électrique, le premier la Formula E en 2014, et le second la Moto E en 2019.

Les deux championnats cherchent à bousculer les codes établis, mais ils ne sont là qu’aux prémices, sont-ils le futur du sport mécanique ?

L’histoire récente de ces deux disciplines

L’histoire de la Formula E débute à l’aube des années 2010, plus précisément en 2011. La FIA à cette époque réfléchit à l’organisation d’ici 5 ou 6 ans d’un championnat de monoplace entièrement propulsé à l’électricité. L’idée est simple, développer un nouveau championnat précurseur et pour qu’il fasse également entrer les sports mécaniques dans le XXIème siècle. 

Mais le championnat voit le jour avec la volonté d’un homme Alejandro Agag. Dès les premières réflexions de la FIA sur le projet de championnat, il décide de créer l’année suivante en 2012, la Formula E Holdings. Après maintes et maintes négociations, un accord est trouvé entre les deux partis et le championnat voit le jour en 2014.

Une image contenant clôture, intérieur, bâtiment

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Source : Premier E-Prix de Paris 2016 – Hugo Renart

La première course a lieu en septembre 2014 à Pékin, elle marque une première mondiale et une véritable révolution dans une discipline où se faire une place est difficile. Le championnat ne se déroule que sur des circuits urbains, avec la particularité de tout concentrer sur la journée. Pendant les premières années du championnat, les pilotes sont obligés de changer de voiture au milieu du grand prix, les batteries n’étant pas assez longues. La saison 2018/2019 marque un tournant dans l’évolution où désormais les voitures tiennent toute la course.

Pour sa part, la Moto E n’est qu’à ses débuts, la première saison s’est tenue en 2019 avec 5 courses. Avec les 5 courses, il est difficile de pleinement historiciser le championnat, mais une chose est sûre, il est déjà reconduit pour l’année 2020.

La FIM souhaite également travailler l’aspect environnemental, et concilier course et environnement. Le dimanche 17 novembre, Matteo Ferrari s’est vu sacré premier champion de Moto E, ce qui restera un titre historique.

L’état actuel des championnats 

Même si ces championnats sont jeunes, et encore à leurs prémices, ils sont attrayants. Dès le départ, la Formule E attire des grands noms en termes de pilotes. Pour les plus fins connaisseurs, il est possible de suivre Jean-Éric Vergne (champion du monde de FE), Bruno Senna ou encore Nelson Piquet Jr. 

La saison 2018/2019 fut un franc succès avec la présence de nombreux anciens pilotes de F1, certains avec des carrières rapides et d’autres avec des carrières impressionnantes comme Felipe Massa (vice-champion du monde 2008).

De même, bon nombre de constructeurs et d’équipes clientes s’intéressent à la discipline. Nissan, BMW, Jaguar et l’arrivée prévue de Mercedes pour la saison 2019/2020. Présente également en F1, cette dernière a pour objectif clair de vendre des voitures, et si dans le domaine du moteur thermique elle a fait ses preuves depuis 2014 en raflant tous les titres de F1, le constructeur s’attaque désormais aux véhicules électriques et quoi de plus logique que de gagner dans un championnat pour se bâtir une réputation.

En Moto E, les choses sont différentes puisqu’il ne s’agit là que de la première saison, encore expérimentale et sous forme de test. Parmi la grille de départ, l’on retrouve des pilotes provenant des différentes antichambres de la Moto GP (championnat le plus important) comme Matteo Ferrari le premier champion du monde, ou encore de Maria Herrera. Mais l’on retrouve également le vice-champion du monde de Moto GP Sete Gibernau, ainsi que des pilotes retraités.

Malgré des courses rapides avec une moyenne de 7 tours, le championnat est un succès.

Dans un futur proche

Tout d’abord, du côté de la Formula E, un monopole pour l’organisation d’un championnat électrique de monoplace a été accordé à Alejandro Agag et sa société, 25 ans. Le premier concurrent accrédité par la FIA ne pourrait donc organiser son championnat qu’en 2039 au plus tôt. Quid de voir les Formula E rouler un jour sur des circuits routiers, et non plus sur des circuits uniquement urbains. Celles-ci réalisent déjà leurs essais hivernaux sur des circuits routiers, pourquoi ne pas essayer d’en introduire au championnat.

Pour la Moto E, l’année 2020 va être déterminante. Si les spectateurs sont au rendez-vous et que la grille de pilote est de qualité, le championnat sera certainement reconduit pour plusieurs années encore. Mais la question de l’autonomie des batteries est encore à travailler, 7 tours de courses c’est moins d’un quart d’heure… et les spectateurs viennent pour voir des performances mais aussi du spectacle.

Enfin, la FIA de son côté réfléchit à lancer un second championnat électrique, dans le domaine des voitures de tourisme, celles que les particuliers peuvent acquérir. Son nom est « Electric GT » et un partenariat conclut avec le géant du secteur Tesla pour la fourniture des véhicules a lieu. Mais le championnat qui devait voir le jour en 2018 a pris du retard, la faute au manque d’investisseurs intéressés par le projet.

Des courses de sports mécaniques avec des véhicules et motos électriques seraient un non-sens. Désormais, la mécanique n’inspirerait plus et seule l’électronique aurait sa place. Cependant, une chose est sûre, les courses doivent évoluer et les constructeurs l’ont bien compris, mais serait-il plus judicieux d’œuvrer pour des courses avec des moteurs hybrides ?

Les puristes, pour leur part, risquent de se détacher des disciplines s’ils ne retrouvent plus les sensations qu’ils ont connues par le passé.

Hugo Renart

Retour sur deux des plus belles compétitions équestres d’Europe

En l’espace de deux semaines en mars, deux des plus grands prestigieux concours de saut d’obstacles se sont tenus en Europe : la première étape du Rolex Grand Slam à ‘s-Hertogenbosch aux Pays-Bas et le Saut Hermès à Paris. Dans deux ambiances distinctes et aux enjeux totalement différents, les meilleurs cavaliers du monde du jumping se sont réunis pour s’affronter.

Rolex Grand Slam : Henrik von Eckermann s’impose

Le Rolex Grand Slam, circuit mythique du saut d’obstacles a débuté 2019 aux Pays-Bas pour sa deuxième édition, cette étape indoor ayant été rajoutée l’an passé. Pour remporter le Grand Slam, un cavalier doit s’imposer dans les quatre compétitions, qu’importe l’ordre du moment que ces victoires sont successives. Les quatre principaux tournois ont lieu en Europe et en Amérique du Nord : le CHIO d’Aix-la-Chapelle en Allemagne, le CSIO de Spruce Meadows à Calgary au Canada, le CHI de Genève en Suisse et enfin les Dutch Masters à ‘s-Hertogenbosch aux Pays-Bas. Le seul à avoir réussi cet exploit est le Britannique Scott Brash sur Hello Sanctos, à l’époque où l’étape néerlandaise n’avait pas encore été ajoutée, remportant Genève en 2014 puis Aix et Spruce Meadows en 2015.

L’aspect financier est évidemment à prendre en compte, des dotations de plusieurs millions étant en jeu, avec au total plus de 3 millions d’euros en cas de Grand Slam. À cela s’ajoutent divers bonus :

  • Bonus de deux millions d’euros en cas de victoire du circuit
  • Bonus d’un million d’euros en cas de trois victoires successives
  • Bonus de cinq cent mille euros en cas de deux victoires successives
  • Bonus de deux cent cinquante mille euros en cas de deux victoires dans un même cycle.

L’Egyptien Sameh El Dalah, vainqueur à Calgary et l’Allemand Marcus Ehning, vainqueur à Aix et Genève avaient fait le déplacement, et tous les regards étaient tournés vers eux, ces deux athlètes ayant le plus à jouer. Cependant aucun des deux ne se qualifiera pour le barrage, le centaure laissant une barre à terre et prenant un point de temps dépassé, tandis que le premier a malheureusement été éliminé suite à une chute.

Gagnant du Grand Prix Coupe du Monde d’Amsterdam en janvier dernier, le Suédois accompagnée de sa fidèle jument Toveks Mary Lou semble être en grande forme en ce premier quart de l’année de 2019. Parti à Den Bosch avec sa baie de treize ans pour un dernier 5* avant la finale Coupe du Monde qui aura lieu la première semaine d’avril, cet évènement “préparatoire” s’est soldé par un énorme succès.

Le couple n’avait couru que la grosse épreuve du vendredi soir, qualificative pour le Grand Prix Rolex et réalisant un précieux sans-faute, avait finalement décidé de ne pas participer au barrage, le ticket pour le Grand Prix étant décroché. Côté tricolore, Kévin Staut et Simon Delestre ont tous deux aussi participé à l’épreuve phare du dimanche. Leader du circuit Coupe du Monde, Daniel Deusser était aussi au départ, ainsi que le numéro un mondial Steve Guerdat, le champion d’Europe en titre Peder Fredricson, le tenant du titre Niels Bruynseels, ou encore le cavalier Rolex Kent Farrington.

Au grand désespoir du public local, aucun cavalier à la veste orange n’est parvenu à réaliser de parcours sans-faute dans le Grand Prix Rolex. Pourtant, Maikel van der Vleuten et Marc Houtzager, respectivement en selle sur Verdi TN et Sterrehof’s Calimero n’ont fait tomber aucune barre, mais piégés par le temps, ont terminé avec un point de pénalité, les privant de la finale à vitesse.

Au final, cinq hommes représentants quatre nations étaient au barrage : Henrik von Eckermann et Peder Fredricson pour la Suède, Daniel Deusser pour l’Allemagne, Niels Bruynseels pour la Belgique et Steve Guerdat pour la Suisse. Malheureusement pour le gagnant de l’édition 2018, une grosse faute a poussé le Belge à retirer sa Gancia de Muze, et donc de terminer à la cinquième place. Parcours difficile également pour Daniel Deusser et Scuderia Tobago Z qui ont laissé une barre à terre et un temps de 44”38 les menant à la quatrième place.

Carton plein donc pour la Suède qui figure deux fois sur le podium : à la première place grâce à Henrik von Eckermann et Toveks Mary Lou, double sans-faute en 40”45, mais aussi Peder Fredricson et H&M Christian K, quatre points en 41”60 à la troisième place. Se sont intercalés entre les deux, Steve Guerdat et Bianca, double sans-faute également mais avec une demi-seconde de retard sur le vainqueur. Après avoir également terminé deuxième à Genève, il n’y a pas de doute que le Suisse voudra prendre sa revanche à Aix et enfin décrocher la victoire !

Saut Hermès : le doublé pour Simon Delestre et Hermès Ryan des Hayettes

Alors que quelques jours avant le début des hostilités les doutes planaient encore quant au maintien de la compétition, GL events, organisateurs du Saut Hermès ont assuré le bon déroulement de l’évènement, malgré quelques perturbations le samedi suite à la mise en place d’un large périmètre de sécurité autour du Grand Palais.

La France a triomphé à domicile, sous la nef du Grand Palais, s’imposant chaque jour dans les épreuves 5*. Effectivement, le vice-champion du monde individuel et par équipe des Jeux Équestres Mondiaux de 2014, Patrice Delaveau, a remporté la Vitesse d’ouverture le vendredi, en selle sur Vestale de Mazure, avant que son compatriote Julien Epaillard ne s’impose à son tour quelques heures plus tard dans la grosse épreuve à 1.50m avec Usual Suspect d’Auge.

Bis repetita samedi après-midi, puisqu’Olivier Perreau s’offre sa toute première victoire en 5*, et pas des moindres puisqu’il s’agit d’une épreuve à 1.60m à barrage. En selle sur Venizia d’Aiguilly, il s’est imposé avec presque quatre secondes d’avance sur ses poursuivants. Les deuxième et troisième places sont occupés par les Irlandais : Mark McAuley deuxième avec Miebello, et Denis Lynch troisième grâce à Gun Powder.

Cependant, le clou du spectacle avait lieu dimanche : le Grand Prix Hermès. L’an dernier, en 2018, Simon Delestre et Hermès Ryan des Hayettes, couple Hermès, s’imposait et permettait à un Français de remporter l’épreuve pour la première fois depuis la création de la compétition. Le duo était évidemment le binôme favori pour cette dixième édition.

Avec près d’un tiers de parcours parfaits (quinze sur quarante-quatre), une belle finale à vitesse était attendue pour départager les meilleurs couples, une seule femme étant parvenue à se qualifier : Edwina Tops-Alexander (Australie), et trois tricolores : Simon Delestre, Kévin Staut et Patrice Delaveau.

Parmi les premiers à s’élancer au barrage, l’Espagnol Eduardo Alvarez Aznar et son fils de Chef Rouge, Seringat, ont réalisé un beau double sans-faute en 36”15. Pour son premier Grand Prix 5*, l’exceptionnel Dominator 2000 Z, monture de l’Allemand Christian Ahlmann, a débuté sa carrière au plus haut niveau de la plus belle des manières : l’étalon noir de neuf ans s’est offert une superbe deuxième place. Les tenants du titre, Simon Delestre et Hermès Ryan des Hayettes, ont ravi le public français et la maison Hermès : à domicile, le cavalier Hermès s’est imposé royalement avec son petit cheval alezan !

Marie-Juliette Michel

Jumping International de Bordeaux 2019

Ce sont quatre jours pleins de tensions qui se sont achevés la semaine dernière à Bordeaux. Entre Finale Coupe du Monde d’attelage, dernière étape qualificative pour la Finale Coupe du Monde de saut d’obstacles du circuit d’Europe de l’Ouest, cross indoor et Super As Poney Elite, le beau sport était au rendez-vous !

Des victoires spectaculaires en Grand Prix

Les deux épreuves phares du week-end, outre la Finale Coupe du Monde d’attelage, étaient sans aucun doute les Grands Prix Coupe du Monde et Land Rover. Venu en masse, le public qui aura rempli les gradins n’a certainement pas été déçu de faire le déplacement au Parc des Expositions.

Daniel Deusser : jamais deux sans trois !

Déjà vainqueur à Vérone et Madrid, Daniel Deusser s’est adjugé une troisième victoire dans un Grand Prix Coupe du Monde et clôture le circuit 2018-2019 en beauté, étant leader de la ligue d’Europe de l’Ouest avec quatre-vingt-dix-neuf points ! Associé à Tobago Z, un étalon de onze ans, c’est avec plus d’une seconde d’avance qu’il s’est royalement emparé de la victoire en 46”37 à l’issue d’un barrage à six.

Si trois Belges figuraient parmi la finale à vitesse, seul Grégory Wathelet sur Iron Man van de Padenborre termine sur le podium en 47”72. A la troisième marche se trouvent l’Espagnol Eduardo Alvarez Aznar avec Rokfeller de Pleville Bois Margot en 49”16. S’il repart avec la médaille en chocolat, François Jr Mathy peut tout de même être satisfait de son week-end bordelais : en n’ayant amené qu’une seule monture, Uno de la Roque, cette quatrième place lui permet de décrocher les points nécessaires pour se qualifier pour la finale Coupe du Monde à Göteborg.

Seuls deux Français sont qualifiés pour cette finale en Suisse : Kévin Staut et Olivier Robert, et à la vue du classement général, il semble presque impossible pour d’autres tricolores de rejoindre le top dix-huit, même en cas de désistement de cavaliers qualifiés.

La Marseillaise résonne dans le Grand Prix dominical

Une victoire historique a eu lieu le dimanche, puisque pour la première fois de sa carrière, Félicie Bertrand s’est offert son premier Grand Prix 5* ! Celle qui repartait avec deux médailles lors des derniers Jeux Méditerranéens en juin dernier (or individuel et argent en équipe), s’est imposée de façon magnifique avec sa Sultane des Ibis.

Vainqueur du Grand Prix Coupe du Monde à Bordeaux en 2015, l’Irlandais Bertram Allen s’offre cette fois-ci une deuxième place avec GK Casper en 36”11. Dernier à s’élancer lors du barrage, Simon Delestre qui réalisait la meilleure performance tricolore lors du Grand Prix Coupe du Monde avec Hermès Ryan la veille, est cette fois-ci monté sur la troisième marche du podium grâce à son Chesall Zimequest et un temps de 36”61.

Les poneys à l’honneur

Le Jumping International de Bordeaux était également l’hôte de compétition de poney de haut niveau. En effet, pour la deuxième année était organisée une étape du circuit Super As, où seuls les meilleurs couples évoluant en As Poney Elite pouvaient participer. Cette année, ils étaient ainsi douze à prendre le départ.

Épreuve de vitesse : Emma vs Emma

Le moins que l’on puisse dire, est que les “Emma” ont trusté le podium de l’épreuve de Vitesse du vendredi, puisqu’Emma Meric en selle sur Venise des Islots remporte l’épreuve avec plus d’une seconde d’avance sur le deuxième couple, avec un chronomètre imbattable de 63”76. En effet, c’est cette fois Emma Koltz qui se place juste derrière avec Baluche de la Bauche en 64”83. Sur la troisième marche du podium se trouvent Lola Brionne et Valiant des Charmes qui ont terminé en 69”76. Le couple repartant avec la médaille en chocolat n’aura pas démérité, avec un temps de 76”74, faisant partie des seuls quatre parcours sans pénalités.

Si les favorites, Romane Ohrant et Ilona Mezzadri, membres de l’équipe de France en 2018, juchées respectivement sur Quabar des Monceaux et Ken van Orchid, étaient bien parties pour s’imposer, elles ont toutes deux essuyé d’un refus, les pénalisant de quatre points. Elles terminent tout de même aux huitième et septième places.

Grand Prix : un unique sans-faute pour la victoire

Comme cela a l’air d’être fréquent chez les poneys, réaliser un seul sans-faute semble dorénavant suffir pour remporter le Grand Prix de l’As Poney Elite Excellence. En effet, ce scénario s’est de nouveau déroulé ce week-end puisque seules Jeanne Hirel et Armene du Costilg parviennent à ne faire tomber aucune barre et s’imposent sans barrage.

Le podium de ce Grand Prix est très similaire à l’épreuve de vitesse, puisque les deux premières classées de la veille prennent les deuxième et troisième places. En effet, en selle sur Venise des Islots, Emma Meric est de nouveau la plus rapide malgré un quatre points. Juste derrière se trouvent Emma Koltz et Baluche de la Bauche.

La domination du concours complet

S’il n’y avait en soi qu’une seule épreuve spécifique au concours complet, le derby indoor, on ne peut nier que la discipline a été mise aux honneurs. Cela se doit à Michael Jung, trois fois champion olympique et champion du monde et six fois champion d’Europe (titres individuels et par équipe inclus), sans compter ses nombreuses médailles d’argent ou de bronze en complet.

En effet, l’Allemand âgé de trente-six ans concourrait à la fois en saut d’obstacles pour la Coupe du Monde, mais également dans le cross indoor. La journée de vendredi aurait difficilement être plus belle pour lui (peut-être une victoire dans la grosse épreuve du jour), puisqu’il s’est imposé non seulement dans l’épreuve d’ouverture du CSI-W 5* à 1.40m avec fischerDaily Impressed, mais aussi dans le derby avec Corazon.

Ne comptant pas s’arrêter là, le complétiste s’offre un nouveau podium dans la vitesse 1.45m du samedi matin, avec à peine plus d’une demi seconde de retard sur le vainqueur. Pour couronner le tout, il termine septième du Grand Prix Land Rover 1.60m du dimanche. Une option qu’aucun autre couple n’aura réalisé le pousse malheureusement à la faute, mais il réalise tout de même le quatre points le plus rapide sur fischerChelsea.

Finale Coupe du Monde d’attelage : un dénouement inattendu

Grand favori, l’Australien Boyd Excell, celui que l’on surnomme le roi de l’attelage et qui domine la discipline depuis presque dix ans maintenant, a sûrement réalisé l’une des plus grosses contre performance de sa carrière. Champion du monde indoor en 2012, 2014, 2015, 2017 et 2018, celui qui abordait cette finale en tête du classement général termine à la sixième place, fautant à de nombreuses reprises lors de la première manche du samedi soir.

Profitant de ces erreurs, les Pays-Bas s’emparent des deux premières marches du podium, Bram Chardon remportant pour la première fois une finale Coupe du Monde, et de bien belle manière puisqu’il ne réalise aucune faute sur ses quatre parcours ! Derrière lui se trouve son compatriote Koos de Ronde qui n’aura fauté qu’à une seule reprise. Enfin, la Belgique s’empare elle de la troisième place grâce à Glenn Geerts qui aura malheureusement cédé sous la pression en réalisant deux fautes lors de la finale des finales.

Marie-Juliette Michel

Jumping Amsterdam 2019 : une édition en diamant

Soixante : le nombre de bougies que soufflait le Jumping Amsterdam lors du dernier week-end de janvier. L’évènement a été un énorme succès, pouvant compter sur un nouveau hall pour son salon du cheval, mais également le retour de la Coupe du Monde de saut d’obstacles. Sport, divertissement, Amsterdam : voilà ce que représentait le Jumping Amsterdam. Faisons le bilan de cette Edition de Diamant.

Du saut d’obstacles historique

Une Coupe du Monde spectaculaire

2019 signait le retour de la Coupe du Monde de saut d’obstacles à Amsterdam, qui avait eu lieu pour la dernière fois en 2008 avec la victoire du Finlandais Mikael Forsten sur Isaac du Jonquet. Pour cette avant-dernière étape qualificative du circuit d’Europe de l’Ouest, trente-neuf couples s’étaient donnés rendez-vous pour s’affronter et gagner des points afin de se qualifier pour la finale à Göteborg (Suède) en avril prochain.

Le parcours était digne d’une étape Coupe du Monde, et a posé de nombreuses difficultés puisque pas moins de sept couples ont décidé d’abandonner, dont l’Egyptien Sameh El Dahan avec Suma’s Zorro, vainqueur du Grand Prix du Paris Longines Eiffel Jumping et du Grand Prix du Rolex Grand Slame de Spruce Meadows en 2018. Un nom encore peu connu réalisait le premier parcours sans-faute : Rodrigo Giesteira Almeida en selle sur GC Chopin’s Bushi. Le local Eric van der Vleuten associé à Wunschkind le rejoignait ensuite, ce qui signifiait qu’un barrage allait avoir lieu afin de déterminer le vainqueur. Au final, huit couples se qualifiaient pour la finale au chronomètre.

Vite, plus vite, encore plus vite : voilà comment résumer ce barrage historique et des plus spectaculaires. En effet, chaque cavalier n’a fait qu’aller plus vite que le précédent, tenant le public en haleine qui n’a pu en revenir de voir un tel spectacle se dérouler devant ses yeux ! Le très talentueux Niels Bruynseels, élu récemment cavalier belge de l’année, était associé à sa merveilleuse Gancia de Muze avec qui il avait remporté le Grand Prix du Rolex Grand Slam de ‘s-Hertogenbosch, réalisait un beau parcours sans-faute en 35’09, prenant la tête du classement provisoire. Leader très provisoire puisque le tricolore Kévin Staut abaissait le chronomètre à 34’67 sur For Joy van’t Zorgvliet*HDC.

Alors que le temps du Français semblait imbattable, Daniel Deusser et Tobago Z étaient encore plus rapides et venaient s’imposer temporairement avec plus d’une seconde d’avance (33’54). Donnant tout ce qu’ils avaient le Suisse Pius Schwizer et Cortney Cox bouclaient eux leurs parcours en 33’34. Ne restait donc plus que le Suédois Henrik von Eckermann sur sa fidèle Toveks Mary Lou, jument avec qui il a pu remporter médailles aux derniers championnats d’Europe et Jeux Equestres Mondiaux, mais également avec qui il participait à la finale Coupe du Monde en 2018. Sachant qu’il fallait tout risque pour remporter l’épreuve, il n’a pas hésité à retirer une foulée entre le premier et le deuxième obstacle. Si cela peut paraître insignifiant, il a cependant pu économiser trois dixièmes de seconde : finissant en 33’01, il s’est ainsi emparé royalement de la victoire.

Il s’est d’ailleurs exprimé à ce sujet en conférence de presse : « Je ne pense pas qu’espérer suffise, il faut croire que vous pouvez le faire pour gagner. C’était une course, tout ou rien et au final ça a été tout pour moi aujourd’hui ». L’Allemand Daniel Deusser a également pris la parole, lui aussi surpris par ce barrage extraordinaire : « Aujourd’hui Tobago Z a fait un très bon barrage et pour être honnête, je ne pensais pas terminer troisième alors qu’il ne restait que deux couples à passer après moi, mais c’est le sport. C’était un très beau barrage et le public nous a motivés pour gagner. C’était certainement l’un des plus beaux concours pour notre sport ».

Interviewé plus tôt dans la journée, Henrik von Eckermann nous laissait savoir qu’il devait absolument prendre des points sur cette étape afin de se qualifier pour la finale. Chose faite puisque dans le classement général du circuit Coupe du Monde, il passe de la dix-neuvième à la septième place, s’offrant son billet pour la Suède. Grâce à sa performance, Daniel Deusser s’est lui emparé de la tête du classement. La dernière étape a eu lieu à Bordeaux du 7 au 10 février où nous étions également pour voir les cavaliers européens tout faire pour figurer parmi les dix-huit qualifiés pour la grande finale !

Grand Prix de la ville : le retour d’un avion de chasse français*

Le Grand Prix d’Amsterdam a lui signé le retour fracassant de Hermès Ryan, le petit alezan retrouvant ses ailes après une saison 2018 en dents de scie pour s’envoler vers la victoire. Simon Delestre a ainsi permis à la Marseillaise de résonner avec un double sans-faute en 30’62, succédant à Marc Houtzagaer et Sterrehof’s Calimero, vainqueurs de la même épreuve en 2018. Les Français semblent bien se plaire à Amsterdam, puisque la dernière victoire tricolore était celle de Patrice Delaveau et Lacrimoso 3*HDC en 2017. Derrière lui se trouvait encore une fois à la deuxième place Daniel Deusser en selle sur Jasmien van den Bisschop (34’94), lui-même devant Rolf-Göran Bengtsson et Oak Grove’s Carlyle en 32’03.

Dressage : Isabell Werth impériale

2016, 2017, 2018, 2019 : on pourrait dit « jamais trois sans quatre » pour l’Allemande Isabell Werth que rien ne semble arrêter ! Elle a en effet remporté pour la quatrième année d’affilée le Grand Prix Coupe du Monde avec Weihegold OLD. Avec une reprise à 86.810%, c’est à l’unanimité que les cinq juges l’ont placée en tête, autant au niveau artistique que technique. Le podium était plutôt uniforme puisque derrière elles se sont battues Dorothee Schneider et Helen Langehanenberg respectivement sur Sammy Davis Jr et Damsey FRH pour les deuxième et troisième place, toutes deux courant également pour le drapeau allemand. Tandis que l’une terminait avec 82.675%, l’autre scorait 82.440%. Ce résultat vient confirmer la domination allemande dans la discipline, les Germaniques étant champions d’Europe et du Monde en titre en individuel et par équipe.

Saluons cependant la très belle performance de l’Irlandaise Judy Reynolds et son hongre de dix-sept ans, Vancouver K. Le couple terminait avec 80.290%, réalisant non seulement un record personnel mais également historique pour l’Irlande dans une Reprise Libre en Musique. A l’inverse, note négative pour le Suédois Patrik Kittel. Associé à Delaunay OLD, il n’a terminé qu’à la quatrième place avec 82.290%, un score qui a déçu le public qui ne semblait pas être d’accord avec les notes des juges. Les spectateurs se sont en effet exprimés à l’annonce des résultats, des sifflets pouvant être entendus à travers le silence pesant.

Retrouvez les réactions des cavaliers lors de la conférence de presse :

Isabell Werth : « Nous avions un peu trop d’énergie hier et pendant les changements de pieds nous allions un peu trop en avant, mais rien de grave. Au final, je pense que ma jument a vraiment aimé ce qu’elle a fait et elle est très motivée. »

Dorothee Schneider : « Je suis très heureuse parce que mon cheval était très concentré, il était très frais et motivé : il voulait danser avec moi et la musique. Nous n’avons pas fait de grosse erreur, j’avais un très bon feeling et je suis très fière de lui. Monter sur cette grande piste avec un super public était extraordinaire ! »

Helen Langehanenberg : « Amsterdam est un concours génial et quand j’avais lu les noms des cavaliers qui venaient ici, je m’étais dit que la compétition allait être rude mais nous avons quand même tout donné. J’ai changé des petites choses dans ma kür parce que je pensais que nous pouvions faire mieux dans le score artistique et je n’ai eu que ma musique la veille de la freestyle. Mon cheval était très motivé pour la dérouler et nous nous sommes battus. »

Hans Pieter Minderhoud, meilleur cavalier néerlandais : « Je suis très content de ma reprise. J’ai essayé d’être dans le top trois de nouveau, mais mon cheval a trébuché et cela m’a coûté très cher. Je suis très satisfait de mon cheval qui ne fait que s’améliorer à chaque concours, il continue à progresser et grandir, et il adore la musique de notre reprise libre ! »

Championne du monde en titre, Isabell Werth est qualifiée d’office pour la finale et n’a donc pas pris de point à Amsterdam, permettant à sa compatriote Dorothee Schneider de s’emparer des vingt précieux points, la propulsant à la tête du classement général et lui assurant son ticket pour Göteborg. La dernière étape qualificative se tiendra à ‘s-Hertogenbosch, où nous serons présents.

Un spectacle réussi

La Police Métropolitaine de Londres montée avait fait le déplacement et traversé la manche en l’honneur du Jumping Amsterdam, dix ans exactement après leur dernière prestation dans la capitale néerlandaise, lors de la cinquantième édition de la compétition. Le Jumping Amsterdam a pu compter depuis 2010 sur des spectacles de prestige, avec entre autres les Français Jean-François Pignon, Lorenzo le Français volant, Mario Luraschi, les Horseman ou bien encore Alizée Froment.

Les Future Guys ont eux aussi fait le show : mélangez six casse-cous, des chevaux de western, du courage, de l’audace et de la vitesse : voilà le résumé du spectacle ! Entre cascades de vieux films westerns et rodéos, le public en a eu le souffle coupé !

Marie-Juliette Michel