Archives pour la catégorie Politique

L’accord du Vendredi saint : son passé, son présent et son avenir

Le 10 avril 1998, le Vendredi saint de cette année-là, un accord historique fut signé. Il y a 23 ans, l’accord du Vendredi saint mit fin à plus de 30 ans de conflit entre l’Irlande, l’Irlande du Nord et la
Grande-Bretagne ; une période qui s’appelle « les Troubles », et pendant laquelle presque 3 500 personnes moururent. A présent, l’accord, qui est crédité du maintien de paix en Irlande du Nord, se trouve à un carrefour ; certains soutiennent que les conditions de l’accord ne sont plus en vigueur à cause du Brexit, et que le protocole sur l’Irlande et l’Irlande du Nord n’est pas suffisant pour maintenir les termes négociés à cette époque-là. On peut alors se demander quel est l’avenir de l’accord du Vendredi saint, et quel impact cet avenir aura sur le reste de l’Union Européenne.

Le passé : les Troubles et le besoin d’une solution
Les origines de la période des Troubles remontent au 17 ème siècle, mais on peut dire que le conflit commença bel et bien pendant les années 1920, quand l’Irlande du Nord se sépara de la République d’Irlande. Jusqu’à ce moment-là, le Royaume-Uni avait contrôlé l’Irlande, mais cette partition fut le début d’une situation différente : l’Irlande du Nord faisait partie du Royaume-Uni, tandis que la République d’Irlande devint un pays indépendant.

Ce ne fut pas uniquement le pays qui se trouva divisé, mais aussi la population. En Irlande du Nord, on voyait l’émergence de deux groupes : les unionistes (ou les loyalistes), qui voulaient continuer à faire partie du Royaume-Uni, et les nationalistes, qui voulaient que l’Irlande du Nord fît partie de la République d’Irlande et qu’elle se séparât du Royaume-Uni. Il y avait aussi une division religieuse, les unionistes étant principalement protestants et les nationalistes étant principalement catholiques. Les manifestations des deux groupes (contre les difficultés à trouver un emploi) devinrent violentes pendant la fin des années 60. Ce fut le début des Troubles.

A partir des années 1970, la violence entre les deux groupes fut sans répit ; elle mena finalement à plus de 3 000 morts. De plus, la violence ne fut pas confinée à l’Irlande du Nord. L’armée républicaine irlandaise provisoire (le PIRA), un groupe républicain paramilitaire, et dissident de l’IRA, effectua des bombardements au Royaume-Uni, dans les pubs et dans les centres-villes, qui visèrent même les leaders politiques comme Margaret Thatcher, alors Premier Ministre. Une des pires journées pendant le conflit entier fut le 31 janvier 1972, qui devint connu comme « Bloody Sunday » (Dimanche sanglant), lorsque 14 personnes furent tuées lors d’une marche non-violente à Londonderry. Après une journée aussi sanglante et aussi désastreuse, il était difficile de voir une solution au problème de la violence continue.

Cependant, à la fin des années 80 et au début des années 90, les efforts politiques redoublèrent pour chercher à mettre fin au conflit. Après plusieurs années de négociations et de compromis entre le Royaume-Uni et la République d’Irlande, et plusieurs cessez-le-feu ratés, le moment était venu pour un vrai traité de paix : ainsi fut signé l’accord du Vendredi saint.

L’accord : de quoi s’agit-il ?
L’accord du Vendredi saint est en réalité constitué de deux accords : un accord signé par la plupart des partis politiques en Irlande du Nord, et un accord bilatéral entre les gouvernements du Royaume-Uni et de l’Irlande. Les signataires furent le Premier ministre du Royaume-Uni et le Taoiseach (Premier ministre) de l’Irlande, Tony Blair et Bertie Ahern, ainsi que les représentants des groupes nationalistes et unionistes en Irlande du Nord.
L’accord reconnut les tensions entre les deux groupes en Irlande du Nord, affirmant que la majorité des personnes en Irlande du Nord voulaient continuer à faire partie du Royaume-Uni, tandis qu’un groupe plus petit voulait voir leur pays unifié avec l’Irlande. Ces deux points de vue furent légitimisés par l’accord.

Principalement, l’accord consistait en trois éléments. Le premier élément établit une Assemblée de 108 membres, ce qui suspendit temporairement le pouvoir du Bureau pour l’Irlande du Nord. Puis, la deuxième partie créa le Conseil ministériel Nord/Sud, qui s’occupa de la coopération transfrontalière.
Enfin, le troisième élément forma le Conseil britannico-irlandais (British-Irish Council). Ce conseil avait des membres de tous les pays constituants et les partis politiques des Îles britanniques, et cherchait à encourager la coopération et la discussion.

Au début, le PIRA affirma que l’accord n’était pas suffisant, et qu’il ne désarmerait pas. Cependant, au début du mois de mai 1998, Sinn Féin (un important parti politique unioniste en Irlande du Nord qui luttait pour l’unification de l’Irlande et de l’Irlande du Nord) demanda aux sympathisants de soutenir l’accord.
Le PIRA accepta de désarmer et de mettre fin à la violence qui s’était répandue en Irlande du Nord durant les trente dernières années.

Entre autres, l’accord établit une situation de démilitarisation à la frontière entre l’Irlande et l’Irlande du Nord. Le mouvement et le commerce entre les deux pays devait être libre, ce qui était très important à la fois économiquement et symboliquement.

L’accord du Vendredi saint ne constitua pas une solution parfaite. Tout le monde ne fut pas d’accord, et les deux gouvernements durent toujours gérer la violence (quoique beaucoup réduite) pendant une décennie après la signature de l’accord. Malgré cela, l’accord fit son travail dans l’ensemble : il commença à y avoir de la coopération entre les deux pays, la frontière fut démilitarisée, et les tensions semblèrent devenir moins évidentes.

Quel avenir pour l’accord du Vendredi saint ?
Comme nous l’avons évoqué, la liberté aux frontières est une partie intégrale de l’accord du Vendredi saint. Le libre mouvement de commerce et de marchandises dépendait de la capacité de traverser la frontière sans difficultés et sans contrôles de douane. Cependant, le Brexit mit alors en péril cette liberté, en retirant le Royaume-Uni du marché unique. Il fallait ainsi trouver une solution qui ne sacrifierait pas cette liberté, mais qui retiendrait aussi la position de l’Irlande du Nord comme faisant partie du Royaume-Uni, et comme étant soumise aux mêmes règles.

Ce problème n’est pas passé inaperçu. En 2019, l’Union Européenne produisit un position paper pour considérer les impacts potentiels du Brexit sur la situation en Irlande du Nord. Le position paper traitait, entre autres, de la manière dont il serait possible d’éviter une frontière matérielle et de retenir un Common Travel Area. On décida que ceux qui naissaient en Irlande du Nord (et qui ont le droit à un passeport irlandais, sous les termes de l’accord du Vendredi saint) auraient le droit de garder leur citoyenneté de l’UE. Cependant, cela ne résolut pas le problème de la frontière entre les pays. Un des signataires originaux de l’accord, Tony Blair, réclama un amendement à l’accord pour prendre en compte les changements que le Brexit apporterait.

Au début, la solution proposée fut le « backstop » irlandais, autrement connu comme le protocole sur l’Irlande du Nord. Dans le cadre de cette idée, l’Irlande du Nord aurait été soumise à certaines règles du marché unique, seulement jusqu’à ce qu’une solution plus permanente fût trouvée. Tandis que le gouvernement de la République de l’Irlande et les nationalistes en Irlande du Nord soutenaient le protocole, les unionistes y étaient fortement opposés. La proposition fut finalement rejetée. En 2019, le « backstop » fut remplacé par un nouveau protocole, qui entraîna la création d’une frontière douanière dans la mer d’Irlande. Cette solution évita la séparation réglementaire entre le Royaume-Uni et l’Irlande du Nord (ce qui aurait été le cas avec le « backstop »), mais elle fut loin d’être parfaite ; en fin de compte, il y a maintenant une frontière où il n’y en avait pas. De plus, pour empêcher une frontière dure entre l’Irlande et l’Irlande du Nord, il y a plus de contrôles sur les marchandises qui vont à l’Irlande du Nord depuis la Grande-Bretagne, tandis que l’Irlande du Nord reste en pratique soumise aux règles du marché unique, bien qu’elle n’ait plus d’influence sur son fonctionnement.

Tous ces problèmes laissent beaucoup de questions sans réponse, tandis que l’on assiste à un renouvellement des tensions qui semblent rappeler les Troubles. En mars 2021, plusieurs groupes
loyalistes retirèrent leur soutien à l’accord du Vendredi saint, prétextant que le Brexit signifie que les termes de l’accord ne sont plus satisfaisants. On craint de voir une reprise de la violence de la part des groupes unionistes. Ces peurs commencent déjà à se réaliser. En Newtownabbey, pas loin de Belfast, la nuit du 3 avril 2021, un groupe de 30 personnes (soupçonnées d’être des loyalistes) ont lancé des bombes incendiaires et ont détourné les voitures pendant une deuxième nuit consécutive de violence. Il n’est ni possible ni juste de spéculer sur la cause exacte de la violence, mais il est clair que les Troubles ne sont pas un souvenir lointain ; le commissaire principal de la police nord-irlandaise, Davy Beck, a affirmé que « personne ne veut un retour aux jours sombres où les émeutes étaient courantes dans les rues de l’Irlande du Nord » (‘No one wants to be dragged back to the dark days when rioting was a common occurrence on the streets of Northern Ireland’).

Finalement, l’avenir de l’accord du Vendredi saint reste incertain. On ne sait pas s’il y aura une intensification des tensions, ou si une solution sera trouvée. On ne peut ni changer la position géographique de l’Irlande du Nord, ni désamorcer les tensions qui remontent à près d’un siècle ; ainsi, ignorer le problème n’est pas une solution.

Jenny Frost

GAFA : une hégémonie contestée

Les GAFA, acronyme de Google, Apple, Facebook et Amazon, ont profondément bouleversé le monde numérique au XXIe siècle. Mais leur puissance économique et politique est aujourd’hui remise en question par les Etats qui tentent, non sans difficultés, d’encadrer juridiquement leur fonctionnement.

L’Union Européenne a elle-même décidé de passer à l’attaque. La Commission Européenne a en effet présenté deux textes visant à lutter contre les abus et les dérives des entreprises du secteur numérique à la fin de l’année 2020. En parallèle, Bruxelles continue de développer Gaïa-X. Ce projet de cloud européen doit permettre au continent de gagner en souveraineté numérique, une étape nécessaire dans l’affirmation de son identité géopolitique. L’heure n’est donc plus à la naïveté à l’égard des GAFA qui ont investi le continent sans limites.

La montée en puissance des GAFA

Les « géants du numérique » n’ont pas connu la crise économique liée à la pandémie de coronavirus. Au contraire, l’année 2020 est venue renforcer leur emprise sur le secteur numérique, sur lequel ils exerçaient déjà un quasi-monopole. Livraisons de colis à domicile, ventes d’ordinateurs, autant d’outils et de services nécessaires pour de nombreux individus, sommés de rester chez eux pendant les périodes successives de confinement.

Mais à ne pas s’y méprendre, les revenus des GAFA étaient déjà en pleine expansion avant la pandémie. Selon Statista, avec un chiffre d’affaires annuel de 232,9 milliards de dollars en 2018, contre 19,17 milliards de dollars en 2008, Amazon a vu ses revenus multipliés par douze en dix ans. Google n’est pas en reste puisque l’entreprise de la Silicon Valley a réalisé en 2018 un chiffre d’affaires de 136,2 milliards de dollars, un montant six fois supérieur à celui de 2008 avec 21,8 milliards de dollars.

Ces chiffres colossaux révèlent une croissance unique dans l’histoire des entreprises à l’échelle planétaire, avec des revenus qui ne semblent pas connaître de limites.

La pandémie a eu pour effet d’accélérer leur implantation dans le fonctionnement des sociétés. En effet, selon Statista, sur les neuf premiers mois de l’année 2020, ces grandes entreprises technologiques ont enregistré une très forte croissance de leurs revenus. Amazon est ainsi apparu comme incontournable pour les individus qui ont fait le choix de limiter leurs déplacements pour éviter les risques de contamination. La fermeture des commerces jugés « non-essentiels » en France a également bénéficié à l’entreprise de Jeff Bezos. En effet, le chiffre d’affaires du groupe s’est envolé à plus de 35% sur les neufs premiers mois de l’année 2020 par rapport à 2019, avec quelque 265,5 milliards de dollars accumulés.

La capitalisation boursière combinée de ces mastodontes du secteur numérique équivaut aujourd’hui au troisième PIB mondial si on y ajoute Microsoft. Statista évoque cela dans une étude du 7 octobre 2020 : « La capitalisation boursière combinée d’Apple, Amazon, Microsoft, Alphabet et Facebook dépasse désormais 6 800 milliards de dollars. En comparaison, avec une valeur actuelle située autour de 1 500 milliards d’euros, les quarante sociétés du CAC 40 cumulées ne dépassent même pas la barre des 2 000 milliards. »

Un article de Capital publié le 1er août 2018 témoigne de cette explosion de la valeur des titres boursiers des GAFA : « Quant aux investisseurs qui auraient souscrit pour 1 000 euros d’actions Amazon à l’occasion de l’introduction en Bourse de 1997, ils seraient aujourd’hui assis sur un petit trésor. A l’époque, le prix était de 18 dollars (…). Ces investisseurs se retrouveraient actuellement avec un pactole de 1,2 million d’euros, soit le prix d’un deux pièces de 66 mètres carrés face au Grand Palais, à Paris. » Le cours de l’action d’Amazon étant en 2018 de plus de 2 000 $.

Ces sommes pharamineuses traduisent une certaine dépendance des utilisateurs vis-à-vis de ces services numériques et s’expliquent, en partie, par la mainmise des GAFA sur ses concurrents. Une position de force qui pourrait être remise en cause par la multiplication d’actions juridiques menées par différents acteurs.

Un danger pour la démocratie ?

Alors que Donald Trump a été banni pour une durée indéterminée de Twitter, Facebook ou encore Snapchat, certains responsables politiques, bien que non-partisans du Trumpisme, ont émis de vives critiques quant à cette décision. Le commissaire européen Thierry Breton s’est indigné du fait « qu’un PDG puisse débrancher le haut-parleur du président des États-Unis sans autre forme de contrôle et de contre-pouvoir », qualifiant même la situation de « 11 Septembre de l’espace informationnel. » Si la sémantique choisie par le français peut sembler exagérée, elle dépeint la volonté de débattre au sujet des GAFA. Sources d’inquiétudes, ces entreprises parfois plus riches et puissantes que les Etats voient leurs prérogatives discutées.

Pourquoi un tel questionnement ? Le bannissement du président américain a une résonance particulière du fait de l’importance du réseau social dans l’ascension de Trump. Le pays était rythmé par les sautes d’humeur et invectives de l’ancien magnat de l’immobilier. De ce fait, l’exclusion de son principal canal de discussion est d’autant plus symbolique. Mais les critiques ne s’arrêtent pas à la portée de la décision, elles concernent également son motif.

La plateforme Twitter a définitivement banni Donald Trump, impossible de consulter ses tweets

En guise de justification officielle, le réseau social s’est basé sur deux tweets du président sortant, dont un qui énonce le message suivant : « To all of those who have asked, I will not be going to the Inauguration on January 20th ». On peut traduire de cette manière : « Pour tous ceux qui ont demandé, je n’assisterai pas à la cérémonie d’investiture du 20 Janvier. » Le lien de causalité entre cette annonce et les futures violences supposées peut poser question. La question du timing interroge également.

Pour autant, les déclarations de Trump vilipendant ses adversaires et autres élucubrations ne datent pas d’hier, quelle est donc la raison d’une sanction aussi tardive ? A ce titre, Damien Leloup, journaliste du Monde, se demande cyniquement si « le risque de violence était moins fort quand il utilisait Twitter pour désigner nommément à la vindicte des journalistes critiques de son action, quand il provoquait le leader nord-coréen, Kim Jong-Un, ou quand il incitait à tirer sur les manifestants du mouvement Black Lives Matter ? »

Le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, a pris la même décision que son homologue Jack Dorsey (PDG de Twitter), en expliquant que « le contexte actuel est fondamentalement différent » après l’invasion du Capitole et que la plateforme ne doit pas être utilisée pour « inciter à l’insurrection violente contre des représentants démocratiquement élus ».

Etant donné la prolifération de la mouvance complotiste QAnon et le développement de milices comme « Oath Keepers » sur Facebook, le constat prononcé par Zuckerberg laisse pantois. Cette modération à géométrie variable peut s’expliquer par une conjoncture d’évènements relativement peu favorables aux GAFA. Facebook étant visé par une procédure pour abus de position dominante, la stratégie de profil-bas semble de mise, d’autant plus que la gauche américaine a promis de sévir davantage et de limiter l’abus des GAFA. L’objectif est d’atténuer d’éventuelles limitations par l’administration Biden et de prospérer sur un modèle similaire.

En outre, l’ambiguïté du débat réside dans le statut de ces plateformes. Si la suspension du compte d’un chef de l’Etat pour des motifs dénués de caractères illégaux pose question, les GAFA restent des entreprises privées. La Section 230 du Communication Decency Act permet aux plateformes de prendre des actions, à partir du moment elles sont prises de bonne foi, pour restreindre l’accès à des contenus qu’elles estiment obscènes, excessivement violents voire répréhensibles, et ce même si ces contenus sont constitutionnellement protégés.

Ainsi, l’ambivalence de certains élus dénonçant l’absence de consultation judiciaire pour une telle décision tout en sommant ces entreprises de modérer plus sévèrement leurs contenus (notamment via la loi Avia en France, vidée de sa substance par le Conseil Constitutionnel) révèle la complexité d’une telle thématique. Mais des tentatives de régulation persistent.

Quels moyens pour réguler les GAFA ?

La puissance des GAFA a souvent été perçue comme le résultat d’une complaisance accrue des Etats à leur égard, c’est pourquoi les Etats-Unis et l’Union Européenne tentent d’adopter un arsenal législatif assez puissant dans une optique de régulation.

Du côté du pays de l’oncle Sam, plusieurs Etats fustigent la situation monopolistique instaurée par ces géants de la tech. Les chiffres soulignent ce constat : Android équipe 76% des smartphones tandis que le moteur Google capte 90% des recherches.

A la fin de l’année 2020, 11 Etats ont accusé l’appareil de recherche d’avoir « maintenu de façon illégale un monopole dans la recherche en ligne », par le moyen d’accords passés avec les fabricants de smartphones, dont Apple. 38 ont également déposé une plainte en reprochant au moteur de recherche de favoriser ses propres services dans ses résultats au détriment de ceux de ses concurrents. Quant à Facebook, l’entreprise se voit reprochée d’avoir, en 2012 puis 2014, racheté WhatsApp et Instagram en ayant l’objectif de supprimer toute concurrence.

La voie du procès semble donc être une des solutions envisagées pour pallier aux dérives des GAFA. Seule ombre au tableau (et pas des moindres) : la lenteur de la procédure. Le juge en charge d’émettre la plainte contre Google a en effet déclaré que le début du procès ne se tiendra pas avant 2023.

S’agissant de l’Union Européenne, des mesures sont fréquemment évoquées pour endiguer la puissance des GAFA. Si la France dispose d’ores et déjà d’une « taxe GAFA » qui a rapporté plus de 400 millions d’euros depuis 2019, l’emploi de mesures contraignantes est aussi discuté à l’échelon européen.

Le commissaire européen Thierry Breton, fervent partisan d’une régulation des GAFA. Photo : Challenges.fr

Le 15 décembre dernier, l’exécutif européen a proposé deux législations complémentaires afin de légiférer sur les failles juridiques dont profitent les entreprises. Parmi elles, le Règlement sur les Marchés Numériques (« Digital Markets Act », DMA) imposera des contraintes spécifiques à une dizaine d’entreprises entravant le libre-jeu de la concurrence. Les GAFA sont clairement visés. Hormis des dispositions relatives à la transparence, les compagnies devront également notifier à la Commission tout projet d’acquisition de firme en Europe, le but étant de maintenir une certaine pluralité et de protéger les PME.

Les sanctions en cas d’atteinte à la concurrence seront lourdes : elles iront jusqu’à 10% du chiffre d’affaires. En matière de contenus illégaux en ligne, les amendes pourront atteindre 6% du chiffre d’affaires. Enfin, une interdiction de poursuivre son activité en Europe pourra être imposée « en cas de manquement grave et répété ayant pour conséquences la mise en danger de la sécurité des citoyens européens ».

Néanmoins, ce projet n’entrera pas en vigueur tout de suite. Il sera encore négocié pendant au moins un an avec le Parlement européen et les Etats membres. En attendant le dénouement de cette saga politico-parlementaire, difficile d’entrevoir la perspective d’un changement immédiat dans la stratégie des GAFA. Cependant, le message des Etats à ces mastodontes est clair : nous n’en avons pas fini avec vous, la bataille ne fait que débuter.

Pour aller plus loin :

Milan Busignies et Adrien Chapiron

« Tout s’obscurcit au pays des Lumières » explique Mme Panot

En cette fin d’année 2020, le temps est à l’instabilité systémique. Le pays des Lumières est plongé dans une ère de défiance absolue, symptomatique de l’essoufflement démocratique auquel doivent faire face les citoyens français. Entre manifestations historiques et mobilisation sur les réseaux sociaux, l’insatisfaction générale et le désir de renouveau démocratique sont aujourd’hui plus distinguables qu’ils ne l’ont jamais été. Pour cause, la loi de sécurité globale suscite l’indignation des citoyens qui n’ont pas hésité à se lancer dans une lutte acharnée contre cette proposition de loi parlementaire, désireux d’un système en adéquation avec les valeurs d’aujourd’hui. Si ce texte semble être « la goutte de trop » quant au bon déroulement de notre démocratie, Mme Panot, députée et personnalité phare de la lutte pour la protection des droits humains, nous explique la multiplication des failles du système désormais peu glorieux. 

Depuis des semaines maintenant, les Français se battent pour obtenir le retrait de la loi de sécurité globale, mise à l’étude à l’hémicycle depuis le 17 novembre. Comme l’indique Mme Panot, une grande majorité de ce texte est orienté vers la privatisation des missions de sécurité, ce qui signifie qu’une part croissante du pouvoir sera attribuée à des individus qui ne seront formés ni en école de police, ni de gendarmerie, mais qui seront issus de la sécurité privée. Le texte prévoit aussi le développement du policier municipal, ce qui pose problème dans la mesure où si la police nationale est encadrée par la loi, la police municipale obéit, elle, aux ordres des maires. Dans le cas présent, la définition des missions de sécurité est alors foncièrement subjective et ne dépend que de la volonté d’une personne, ce qui peut s’avérer excessivement dangereux comme le souligne Mme Panot. Pour fait, le maire de Béziers, M. Robert Ménard, a décidé en août dernier de plonger la ville de Béziers dans un climat autoritaire peu rassurant en armant sa police municipale de 7.65 automatiques, et ce sans aucune formation technique préalable, ni formation psychologique, malgré la dangerosité de ces armes à feux. Les principales controverses de ce texte portent cependant sur la surveillance généralisée qu’il prévoit et l’atteinte aux libertés individuelles qu’il implique.

En effet, entre utilisation et généralisation des drones, des caméras de surveillance et interdiction de filmer les forces de l’ordre selon l’article 24, cette proposition de loi parlementaire est une énième loi sécuritaire qui, cette fois, se présente comme étant particulièrement liberticide pour les Français et leurs droits fondamentaux. Toutefois, la gravité de ce texte ne réside pas qu’en son interdiction de filmer et sa mise en place d’une surveillance généralisée, mais s’ajoute à ces deux stipulations suffisamment menaçantes le port d’arme généralisé. En effet, la loi de sécurité globale prévoit d’autoriser le port d’arme à tout agent de force de l’ordre qui n’est plus en service, mesure qui n’est pourtant pas en vigueur dans un pays comme celui des États-Unis, populairement à forte tendance policière. Avec l’adoption de cette loi, il sera donc possible qu’un policier soit armé dans un espace accueillant du public, des enfants, même en n’étant plus dans le cadre de ses fonctions. L’augmentation des accidents liés à l’utilisation d’armes à feu est donc envisageable si ce n’est probable, selon un certain fil conducteur qui ne peut être exclu. 

Face à cette mise en danger décomplexée des libertés individuelles, les réactions ne se sont pas faites attendre. En effet, les organisations internationales de défense des droits humains rappellent la France à l’ordre à de multiples reprises, notamment le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies qui avertit une première fois la France le 12 novembre 2020 : « Nous craignons que l’adoption et l’application de cette proposition de loi puissent entraîner des atteintes importantes aux droits de l’homme et aux libertés fondamentales, notamment le droit à la vie privée, le droit à la liberté d’expression et d’opinion, et le droit à la liberté d’association et de réunion pacifique, tels qu’établis dans la Déclaration universelle des droits de l’homme », déclarait le Haut Commissariat de l’ONU dans un communiqué publié sur Twitter. C’est près de 3 semaines plus tard, le 3 décembre, que l’ONU réitère son avertissement à l’encontre du pays des Lumières. Cinq rapporteurs spéciaux demandent effectivement au gouvernement français de revoir l’entièreté du texte de sécurité globale, le jugeant foncièrement incompatible avec le droit international des droits de l’Homme. Selon ces experts, la réécriture de l’article 24 annoncée par le Premier ministre Jean Castex, article principalement controversé dans ce texte de loi, ne suffira pas à rendre l’ensemble de la proposition acceptable dans la mesure où les autres articles qui la composent sont jugés tout autant menaçants que l’article 24. Aux côtés des Nations Unies s’ajoutent nombre d’avocats, de journalistes comme Taha Bouhafs ou encore d’ONG qui luttent activement pour le retrait de cette loi. Les avertissements émis à l’égard de la France quant à l’orientation de ses choix journalistiques et donc de sa démocratie sont très largement pris en considération par les institutions et les organisations qui régissent la bonne exécution du respect des droits humains. De fait, le Conseil de l’Europe pour la protection du journalisme publie un rapport annuel dans lequel le pays des droits de l’Homme figurent aux côtés de pays comme la Turquie ou encore la Russie, au sein de la catégorie des « pays à suivre » quant au respect des libertés journalistiques.

Il semblerait donc que la France se trouve, sous le regard attentif des médias et institutions européennes, sur une pente indéniablement descendante. Les articles qui évoquent une nouvelle forme d’autoritarisme peu à peu mise en œuvre par le Président de la République Emmanuel Macron se succèdent et les médias étrangers pointent du doigt les dérives du gouvernement français. Selon Mme Panot, non seulement le gouvernement français et son Président nous couvrent littéralement de honte à l’international, mais la France va jusqu’à devenir un genre de modèle répressif à l’international. Pour illustrer ses propos, Mme la députée évoque d’abord les manifestations de Hong Kong. Depuis plusieurs mois maintenant, la ville connaît de lourdes manifestations aspirant à s’opposer à l’adoption par le comité permanent de l’Assemblée nationale populaire chinoise de la loi de « sécurité nationale ». Pour dissuader les manifestants, la police chinoise suit un modèle exclusivement français qui se rapporte à l’utilisation de canons à eau fournis par la France, ainsi qu’à la mise en œuvre de techniques exceptionnellement enseignées par la police française à la police chinoise. Selon un même scénario, Mme Panot mentionne ensuite les forces de l’ordre libanaises qui ont, elles, recours à des gaz lacrymogènes spécifiquement français, ou bien encore les forces péruviennes qui utilisent des armes non létales, uniquement françaises encore une fois, et si peu létales qu’elles en ont causé la mort de 3 manifestants. Toutefois, ce ne sont pas seulement les forces de l’ordre étrangères qui s’inspirent du modèle répressif français. En effet, le 21 octobre 2019, le sénateur de droite chilien Rodrigo Galilea justifie l’usage de la violence à l’encontre des manifestants chiliens en rappelant qu’en France, « un pays aussi démocratique que le Chili, les choses ont été résolues de la même manière dont elles doivent être résolues au Chili ». Le sénateur chilien faisait ici référence à la gestion du mouvement des gilets jaunes par le gouvernement français, laquelle a eu de graves conséquences humaines comme le rappelle Mme Panot : 32 personnes éborgnées, 5 mains arrachées et près de 200 journalistes blessés. Lors de ce mouvement, l’ONU avait d’ores et déjà rappelé la France à l’ordre au sujet de la répression inédite exercée à l’égard des citoyens et plus particulièrement des mouvements d’opposition. Pour Rodrigo Galilea, puisque la France, le pays des droits de l’Homme et du citoyen réprime sa population, alors il est possible et même nécessaire de le faire au Chili. La France d’Emmanuel Macron, vraisemblablement propulsée vers les abysses de l’impensable, endosse désormais un rôle indéniable de modèle de répression et d’autoritarisme nouveau, presque dissimulé parmi les justifications successives, entraînant le pays dans une détérioration certaine de son image dont les conséquences pourraient être irréversibles. 

Toutefois, la dégradation progressive de la qualité démocratique française ne se fait pas seulement sous une surveillance internationale accrue. En effet, elle se fait aussi et surtout au détriment des citoyens français qui sentent l’étau d’un système défaillant se resserrer autour d’eux. Il est clair dans tout esprit cartésien qu’une démocratie ne se porte bien que lorsqu’elle est accompagnée d’une union citoyenne certaine, qui ne s’affilie cependant pas à une pensée uniforme. Les opinions peuvent et doivent diverger, mais les citoyens ne doivent représenter qu’une seule et même force, celle d’un peuple uni pour la tenue d’un système débattu et choisi. Idée soutenue et défendue par Mme Panot, cette dernière met pourtant en lumière son défaut d’application par les dirigeants du pays en racontant les discussions du texte de sécurité globale tenues à l’Assemblée Nationale. Selon la députée LFI Val-de-Marne, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin s’est montré particulièrement catégorique quant à la division de la République française et au choix d’un camp lorsqu’il déclarait devant l’hémicycle : « Moi, je suis fier d’être du côté des forces de l’ordre ». On en saisit alors une division évidente entre citoyens français et forces de l’ordre.

La thèse portée par M. Darmanin est soutenue par M. Didier Lallement, préfet de la police de Paris, qui s’exclamait à l’occasion d’une interpellation durant le mouvement des gilets jaunes : « Madame, nous ne sommes pas du même camp ». Alors que les dirigeants politiques de la Nation sont en devoir de montrer l’exemple, ces derniers privilégient vraisemblablement la voie du séparatisme citoyen en proclamant la thèse des camps républicains. Plus encore qu’une division consternante de la population française, le jeune éditorialiste Pablo Pillaud-Vivien analysait il y a quelques semaines sur la chaîne de radio RTL le manque de communication dont fait preuve le gouvernement français. En effet, ce dernier soulignait très justement que, depuis le gouvernement de Daniel Vaillant en 2002, aucun ministre de l’Intérieur n’a publiquement pris la parole pour rassurer les Français quant au rôle de la police. Au contraire, depuis 2002, ceux-ci ne s’adressent qu’à la police et uniquement à la police. Les discours de défense prolifèrent tandis que les discours d’apaisement se font inexistants au fil du temps. Les représentants de la France eux-mêmes font régner un danger considérable autour du fondement propre de la République, l’union, et provoquent la dérive du pays vers un genre d’esprit de guerre civile, promouvant constamment le confrontationnel. Les affrontements entre manifestants et forces de l’ordre sont donc à leur apogée. Le nombre de blessés du fait des forces de l’ordre lors de manifestations n’a jamais été aussi élevé que depuis le mouvement des gilets jaunes, qui a marqué le début de la décomplexification de la violence policière. Le 12 décembre 2020, alors que les manifestations d’opposition à la loi de sécurité globale se multiplient sur tout le territoire français, Pablo, un jeune street medic, évoque la violence inédite dont il est témoin lors de ses interventions en publiant sur les réseaux sociaux : « En tant que street medics, on n’avait jamais vu autant de crânes ouverts que cette après-midi dans Paris ».

Pourtant, Mme Panot rappelle qu’il était dévoilé il y a quelques semaines que sur près de 400 enquêtes menées sur les manifestations gilets jaunes par l’IGPN, la police des polices, celle-ci n’avait formulé que 2 demandes de sanctions pour un nombre de violences avérées beaucoup plus important. Les institutions supposées limiter et sanctionner les dérives policières s’inscrivent alors dans une démarche d’efficacité moindre, démarche que Mme Panot qualifierait de blanchisserie. Un travail de réforme massif de l’IGPN s’impose alors comme étant nécessaire pour une première avancée vers la réconciliation des citoyens et des forces de l’ordre, et donc vers la stabilisation démocratique. Mme Panot propose à ce titre l’intégration de sociologues, de chercheurs, de magistrats ou encore de citoyens à l’IGPN, selon un modèle britannique considérablement glorieux. Seulement, la confiance des Français envers le système ne saura être rétablie qu’avec la seule mise en place d’une réforme massive de l’IGPN. Cette mesure doit être accompagnée d’une réforme plus générale de la vie politique, sécuritaire et juridique, de sorte à faire renaître la démocratie française. Si de multiples propositions de lois en adéquation avec les valeurs citoyennes d’aujourd’hui sont adressées au gouvernement comme le précise Mme Panot, ce dernier s’entête à vouloir gouverner seul en ne réagissant à aucune des propositions, ainsi qu’à aucun des rappels à l’ordre adressés par les différentes institutions. Si pour le moment le mandat d’Emmanuel Macron met l’accent sur le « tout sécuritaire » avec 7 lois de sécurité en 3 ans de pouvoir, il est, selon Mme Panot, grand temps de proposer une réécriture complète de la constitution qui repenserait l’ensemble des règles qui régissent notre société, de sorte à rappeler que ce sont les citoyens qui ont le pouvoir en démocratie. Les Français ne doivent pas seulement retrouver confiance en leurs forces de l’ordre, mais ils doivent aussi pouvoir regagner confiance en leur système politique et juridique. Entre plaintes qui se succèdent à l’encontre des dirigeants politiques et impunité persistante au sein du système juridique et judiciaire, la confiance des Français est mise à rude épreuve et les sentiments d’injustice s’accroissent indéniablement. Alors que l’hyper-défiance règne sur la Nation, il est nécessaire de faire rebasculer la France vers une démocratie sans faille et sans autoritarisme dissimulé, qu’il soit sécuritaire, politique ou juridique, pour redonner au pays des droits de l’Homme et du citoyen la dignité et la légitimité d’un tel nom. 

Article réalisé en collaboration avec la députée LFI Val-de-Marne, Mathilde Panot.

Léna BARZIC 

Le Forum du gaz de la Méditerranée orientale (EMGF) et le projet de gazoduc EastMed : deux moyens de tenir la Turquie à l’écart dans les enjeux régionaux ?

Le 1er novembre 2020, la Turquie décidait de prolonger jusqu’au 14 novembre la mission du navire d’exploration gazière Oruç Reis en Méditerranée orientale, dans une région disputée avec la Grèce. Cet incident intervient malgré les multiples dénonciations de la Grèce de la violation de sa zone économique exclusive (ZEE) par la Turquie. En octobre 2020, Athènes publiait déjà un communiqué évoquant « une menace directe à la paix et la sécurité dans la région », alors que Paris et Berlin faisaient part de leur « préoccupation » face aux « provocations » turques. Dans quelles mesures la politique étrangère turque, menée en Méditerranée orientale et caractérisée par la mise en œuvre du hard power, peut-elle paradoxalement contribuer à la marginalisation de la Turquie dans la région ?

Le gaz en Méditerranée orientale, facteur de recomposition géopolitique 

La Méditerranée orientale est l’objet depuis le début du XXIe siècle d’une véritable course aux hydrocarbures. Celle-ci s’explique notamment par des évaluations croissantes de ses réserves en gaz. Cette dynamique est à l’origine d’une intensification des activités exploratoires pour les ressources offshores, qui a abouti à la découverte de plusieurs gisements de gaz naturel au large des eaux israéliennes, chypriotes et égyptiennes. Si ces gisements permettent d’envisager de nouvelles perspectives économiques et énergétiques pour les pays concernés, ils sont en réalité à l’origine de tensions et de rivalités entre les pays de la région qui poussent à des formations d’alliances, parfois inédites, et à des démonstrations de force dans l’objectif de s’assurer une part des ressources.

Entre 2009 et 2011, les découvertes offshores des champs de Tamar et Léviathan au sein de la Zone économique exclusive israélienne, et d’Aphrodite, au large des eaux chypriotes, vont profondément bouleverser l’ordre énergétique dans le bassin méditerranéen. A lui seul, le gisement Léviathan contiendrait près de 650 milliards de m3 de gaz, et devrait permettre à Israël de satisfaire sa consommation interne et d’envisager de devenir l’un des principaux pays exportateurs de gaz vers le Moyen-Orient et l’Europe. En 2015, la découverte par la compagnie pétrolière italienne ENI du gisement de gaz de Zohr, qui contient 850 milliards de mètres cubes de gaz, change la donne énergétique pour l’Égypte alors que le pays – ancien producteur historique de gaz – était devenu importateur net à partir de 2011.

Outre l’aspect énergétique, les découvertes de gaz en Méditerranée orientale vont engendrer une recomposition progressive de la géopolitique régionale. Bien que des changements géopolitiques soient observés dans la région depuis le début des années 2000, l’apparition du gaz est venue accélérer cette tendance. Alors que la région avait historiquement été marquée par deux alliances structurelles (1) qui maintenaient un certain équilibre au Moyen-Orient, la montée en puissance de l’AKP en Turquie au début de la décennie, et par la suite les Printemps arabes, vont profondément modifier les équilibres régionaux, car ils vont entraîner une réorientation des alliances régionales. La rupture des relations israélo-turques suite à l’incident du Mavi Marmara survenu le 31 mai 2010 (2), et israélo-égyptiennes avec la montée des Frères musulmans après les Printemps arabes, incitera Tel Aviv à trouver de nouvelles alternatives en se tournant vers Chypre et la Grèce (3).

Des changements géopolitiques perceptibles depuis 2010

Des changements géopolitiques peuvent être observés depuis décembre 2010, date à laquelle Tel Aviv et Nicosie ont signé un accord sur la délimitation de leur frontière maritime. Ce dernier avait une dimension énergétique : les deux pays se sont, en effet, engagés à travailler conjointement dans la recherche de ressources transfrontalières, et à entamer des négociations si des découvertes avaient effectivement lieu (4). Cette démarche va dans un premier temps alimenter les tensions avec la  République turque de Chypre du Nord (RTCN, auto-proclamée) (5),  qui conteste la légitimité de l’accord étant donné qu’elle n’a pas été partie aux négociations. Par la suite, Ankara menacera d’empêcher la mise en production gazière israélienne tant que l’accord n’est pas annulé au profit d’un autre qui inclura la RTCN. La poursuite de l’escalade des tensions israélo-turques s’accentuera avec la décision de la compagnie américaine Noble Energy de renforcer ses activités exploratoires dans le bloc 12 chypriote. En réaction, la Turquie suspendra ses accords militaires et commerciaux avec Israël et renforcera ses opérations en Méditerranée orientale en signant avec la RTCN un accord pour entamer des opérations de forages offshores de gaz et de pétrole, et en envoyant un navire de recherche sismographique au nord de ChypreLes tensions se cristalliseront après qu’un exercice militaire a eu lieu entre les armées israélienne et chypriote. En décembre 2011, Israël annulera la vente de systèmes de renseignement pour l’armée de l’Air turque.

En 2013, ce rapprochement politique prend une nouvelle dimension, puisqu’il inclue désormais la Grèce. Il se concrétise par la signature d’un accord de coopération énergétique dont l’objectif est d’augmenter la sécurité de leur approvisionnement en énergies (6). Des négociations avaient déjà eu lieu au préalable entre Nicosie et Tel Aviv, pour le développement d’installations qui faciliteraient l’exploitation et l’exportation des ressources des gisements israéliens et chypriotes. Celles-ci avaient abouti à la signature d’un protocole d’entente entre le gouvernement chypriote, l’entreprise américaine Noble Energy et les entreprises israéliennes Delek Drilling et Avner Oil Exploration afin de construire un terminal de liquéfaction du gaz au sud de Chypre. Si cette entente bénéficie à l’axe israélo-gréco-chypriote sur le plan énergétique et commercial, elle témoigne pourtant d’une marginalisation du rôle de la Turquie, car elle l’exclut de son rôle de hub d’exportation du gaz vers les marchés européens. 

Plusieurs incidents liés au renforcement de la présence militaire turque en Méditerranée orientale expliquent ce revirement politique. En 2018, Mevlüt Çavusoglu, ministre turc des Affaires étrangères annonce «l’intention du gouvernement turc d’initier de nouvelles explorations maritimes en eaux grecques et, surtout, chypriotes » (7). La même année, le 9 février, la Turquie décide d’entraver les travaux exploratoires menés par ENI au large des eaux chypriotes, en avançant le fait que le bloc serait du ressort de la RTCN. En décembre 2019, plusieurs navires turcs harcèlent un navire israélien présent dans les eaux chypriotes, ce qui engendre des représailles côté israélien (8). A noter que pour chaque campagne d’exploration offshore, les navires turcs sont escortés par des frégates et autres navires de guerre. La décision du président turc Recep Tayyip Erdoğan, en juillet 2020, d’entamer des opérations de forage au sud de l’île de Kastellorizo (9), n’a, en réalité, fait qu’envenimer les tensions dans une région déjà sujette à des frictions importantes. C’est dans ce contexte que des forces françaises ont été envoyées en Méditerranée orientale en juillet 2020 aux côtés de la Grèce et de Chypre.

Janvier 2019: la création du Forum du gaz de la Méditerranée orientale (EMGF)

Dans ce contexte, en janvier 2019, Chypre, l’Égypte, la Jordanie, l’Autorité palestinienne, Israël, la Grèce et l’Italie décident de se réunir au sein du Forum du gaz de la Méditerranée orientale (Eastern Mediterranean Gas Forum- EMGF),  « une organisation chargée de veiller, depuis son siège au Caire, au respect du droit international dans la gestion des ressources gazières de chacun » (10) dont Ankara ne fait pas partie. Une nouvelle réunion s’est tenue en juillet 2019 avec la présence des États-Unis. Alors que Paris a demandé à rejoindre le Forum, Washington a demandé à devenir un observateur permanent. Le rapprochement entre Chypre, l’Égypte, la Jordanie, l’Autorité palestinienne, Israël, la Grèce et l’Italie au sein de l’EMGF a été perçu par Ankara comme l’exemple d’une coalition hostile à son égard. Le forum fait en effet craindre une perte de l’importance du gazoduc transanatolien de Turquie (TANAP) et des gazoducs Turkish Stream, mais aussi la marginalisation d’Ankara par rapport aux projets d’investissement dans l’exploitation du gaz en Méditerranée orientale. Le 22 septembre 2020, lors d’une réunion virtuelle, les ministres italien, grec, chypriote, égyptien, israélien, jordanien et palestinien en charge de l’Énergie ont décidé d’acter la transformation du Forum du gaz de la Méditerranée orientale en une organisation régionale. (11) 

L’accord de délimitation maritime signé entre Ankara et Tripoli le 29 novembre 2019

Le cas turc est particulièrement intéressant à étudier. Si des rapprochements géopolitiques excluant la Turquie sont constatés dans la région, le pays est passé à l’offensive. Ankara, qui possède la plus longue façade maritime sur la Méditerranée, se trouve dans une situation d’enclavement en raison de la présence d’îles grecques qui s’étendent jusqu’au golfe d’Antalya. L’importance que prend la question de la délimitation des frontières maritimes des pays bordant la Méditerranée orientale, la multiplication des activités exploratoires au large des eaux chypriotes et l’exploitation des gisements israéliens et égyptiens ont accentué la frustration de la Turquie quant à cette situation d’enclavement. En novembre 2019, le pays a signé un double accord avec le Gouvernement d’entente nationale (Government of National Accord, GNA) en Libye, dirigé par Faïez el-Sarraj, basé à Tripoli. Le premier accord a pour but d’établir une frontière maritime entre la Libye et la Turquie, fondée sur des eaux territoriales actuellement revendiquées par les deux pays mais officiellement sous la juridiction de la Grèce, alors que le second a une dimension militaire. La signature de cet accord maritime revêt  un intérêt stratégique pour Ankara,  puisqu’il lui permet de renforcer sa zone d’influence en agrandissant son plateau continental. Par ce biais, il permet un désenclavement de la Turquie et la création d’un couloir stratégique qui relierait la mer Égée à une zone potentiellement riche en gaz. Cette entente avec le GNA permet également à la Turquie de contribuer à la diversification de ses ressources énergétiques. Lors d’un entretien diffusé le 9 décembre 2019, le président turc a affirmé qu’avec « cet accord, nous avons poussé au maximum le territoire sur lequel nous avons autorité. Nous pourrons ainsi mener des activités d’exploration conjointes » (12)  tout en se disant « prêt à dépêcher de nouveaux navires de forage (13) en Méditerranée orientale, en mer Noire, et aussi dans les eaux internationales ».
L’accord du 29 novembre 2019 représente un intérêt majeur pour Tripoli puisqu’il lui permet d’élargir sa ZEE, en lui créant une frontière maritime avec la Turquie en Méditerranée. Alors que cette zone se trouve être particulièrement riche en hydrocarbures, l’accord a été fermement dénoncé par les membres de l’EMGF et l’Union européenne. Athènes a notamment évoqué « une violation du droit maritime international et des droits souverains de la Grèce et d’autres pays » (14) en invoquant le fait qu’aucune frontière maritime n’existe entre la Libye et la Turquie. Lors d’un débat au Parlement, le premier ministre grec a affirmé que l’accord « supprime de la carte certaines îles grecques ». (15) Les deux accords signés entre la Turquie et le GNA posent de véritables problèmes au niveau régional. Pour l’Algérie, l’évolution de la situation libyenne, qui se manifeste par la présence de combattants étrangers, de mercenaires et de troupes turques, menace son environnement sécuritaire. Le cas égyptien est plus complexe. Alors que l’accord militaire octroie le droit aux forces turques d’avoir accès à l’espace aérien libyen (16) et que celui sur la délimitation de l’espace maritime permet d’avoir accès aux eaux territoriales libyennes, le pays s’oppose catégoriquement à toute présence militaire turque en Libye, perçue comme une menace à la sécurité nationale. L’enjeu énergétique est primordial pour l’Égypte puisqu’un accès à la ZEE libyenne sous-entend une proximité avec les frontières égyptiennes et ses gisements gaziers. La question relève également une grande importance pour les pays de la région, puisque l’accord en question prévoit l’exploitation de gisements de gaz dans une zone où la Grèce, Chypre et Israël ont des intérêts majeurs. Le rapprochement de la Turquie avec le GNA atteste de l’importance stratégique que revêtent les espaces maritimes de la Méditerranée orientale pour Ankara. Cela est perceptible dans la doctrine maritime de la patrie bleue (Mavi Vatan) qui défend « les droits de la Turquie en Méditerranée orientale ». Cette doctrine stratégique a pour objectif « d’obtenir à terme une suprématie turque sur la mer Egée et la Méditerranée orientale, au travers de multiples revendications territoriales autour de l’île de Chypre et dans les îles grecques du Dodécanèse » (17). Cette position de domination va se manifester par « des déploiements de forces facilitant le « fait accompli » des revendications « naturelles » turques » (18) pour créer une zone de continuité qui servirait les intérêts turcs dans la région. Le déploiement des forces navales turques au large des eaux chypriotes, qui est aussi un élément d’appui aux opérations terrestres et aériennes menées sur le sol libyen, témoigne de ce positionnement.

Le projet de gazoduc EastMed en 2020: défis et réalités, à nouveau sans la Turquie?

Alors que l’accord de délimitation maritime du 29 novembre 2019 fait craindre une perturbation du projet de construction du gazoduc EastMed (19) , le 2 janvier 2020 la Grèce, Chypre et Israël signent un accord portant sur sa création. Ce dernier, évalué entre 6 et 7 milliards d’euros, devrait permettre d’acheminer 10 milliards de mètres cubes par an à destination de pays du sud de l’Europe, sans être tributaire de la Turquie. Le projet en discussion depuis 2013 est considéré comme « un projet d’infrastructure énergétique d’intérêt commun » (20) en Europe. Dans un contexte marqué par une nécessité de diversifier ses sources d’approvisionnement en gaz, le projet de gazoduc EastMed apparaît comme une alternative intéressante pour l’Europe.

L’annexion de la Crimée en 2014, qui avait poussé l’Union européenne à imposer des sanctions contre la Russie, principal fournisseur de gaz vers l’Europe, avait déjà constitué un signal d’alerte. Celle-ci avait en effet incité Gazprom à réduire de 80% ses exportations énergétiques vers le Vieux Continent en 2015, engendrant une hausse générale des prix. L’inauguration du gazoduc TurkStream en mer Noire et le projet Nord Stream 2 en mer Baltique (21) début 2020 font désormais craindre une dépendance énergétique de plus en plus grande des pays de l’UE à l’égard de la Russie, d’où une nécessité de diversifier les sources d’approvisionnement des pays de la zone. Toutefois, certaines critiques sont formulées contre le projet. Le gazoduc EastMed fait en effet l’objet d’un certain scepticisme puisque des solutions alternatives existent en Égypte (22). De même, son coût, la complexité de la réalisation du projet et son empreinte écologique sont contestés. Dans un entretien mené dans le cadre de notre travail de recherche pour le mémoire, en date du 8 juillet 2020, David Amsselem expliquait qu’au-delà de sa faisabilité, « à aucun moment, la Méditerranée orientale ne pourrait rivaliser avec ce que représente la Russie en termes de production gazière. La Russie constitue entre 15 et 20% des réserves mondiales de gaz alors que la Méditerranée orientale ne représente que 1% de la production gazière mondiale ».

Par ailleurs, l’instabilité que connaît actuellement la Méditerranée orientale complique la concrétisation d’un tel projet. La construction d’une infrastructure gazière – qu’elle soit offshore ou onshore – dans une région aussi sensible en fait une cible potentielle pour une attaque terroriste ou militaire. Alors que ce projet pourrait renforcer la position stratégique de la Grèce et de Chypre, une action hostile d’Ankara ne serait pas à exclure. En effet, si le gazoduc est important pour la stratégie de sécurisation énergétique européenne, EastMed concurrence en réalité le projet de gazoduc TurkStream dont l’objectif est à terme d’acheminer du gaz russe vers la Turquie avant de l’exporter vers l’Europe (23). En outre, l’accord de délimitation des frontières maritimes turco-libyen de novembre 2019 complexifie la situation. Rejeté par l’ensemble des pays de la région, cet accord impliquerait que le gazoduc EastMed passe par les eaux territoriales turques.

Enfin, il est important de mettre en lumière le fait que toute coopération régionale s’appuie sur un schéma géopolitique susceptible d’évoluer ces prochaines années. En effet, la volatilité politique qui caractérise la Méditerranée orientale rend difficile l’élaboration de perspectives fiables au sujet de la viabilité du projet EastMed sur le long terme. Si une alliance structurelle semble actuellement unir plusieurs pays de la Méditerranée orientale en excluant la Turquie, tout changement géopolitique est à suivre avec attention. Le 1eroctobre 2020, l’annonce du président du Parlement libanais de la tenue de négociations avec Israël sous la médiation de l’ONU, dans l’objectif de résoudre le litige maritime et terrestre qui oppose les deux pays, alors qu’ils sont en état de guerre depuis 2006, témoigne de développements géopolitiques majeures à ne pas négliger. Une citation de l’amiral Gürdeniz, architecte de la doctrine de la patrie bleue (24), illustre cette situation : « Nous sommes à un moment-clé de recomposition des équilibres géopolitiques, l’ordre d’une hégémonie euro-atlantiste issue de la guerre froide a vécu. Tout le monde tente de se repositionner sur une carte mondiale « post-hégémonique » : la Chine, la Russie, l’Allemagne, l’Italie, mais aussi la France ou la Turquie, et le carrefour où toutes ces postures se croisent actuellement, c’est la Méditerranée » (25).

Fadwa Abdel-Mawlla

NOTES

(1) Il s’agit d’une part d’une alliance entre Israël et la Turquie, et d’autre part, entre Israël et l’Égypte.

(2) L’incident du Mavi Marmara est survenu le 31 mai 2010 après l’intervention militaire de la marine israélienne contre une flottille turque, alors que cette dernière tentait de briser le blocus israélo-égyptien sur la bande de Gaza en apportant une aide humanitaire

(3) Amsellem David « Le gaz comme élément de réorientation des alliances géopolitiques en Méditerranée orientale », Hérodote, 2013 n°148, p.117 à 121. Disponible sur : https://www.cairn.info/revue-herodote-2013-1-page-117.htm.

(4) Amsellem David « Le gaz comme élément de réorientation des alliances géopolitiques en Méditerranée orientale », op.cit.

(5) La République turque de Chypre de Nord, au nord-est de l’île de Chypre, est un État reconnu uniquement par la Turquie. Il a proclamé son indépendance le 15 novembre 1983 soit neuf ans après l’intervention militaire turque sur l’île en réaction à un coup d’État mené par un groupe d’officiers grecs nationalistes d’extrême-droite pour rattacher Chypre à la Grèce (Enosis).

(6) Jabbour Jana, Rebière Noémie  « La Turquie au cœur des enjeux géopolitiques et énergétiques régionaux ». Confluences Méditerranée, 2014, p.35. Disponible sur : https://www.cairn.info/revue-confluences-mediterranee-2014-4-page-33.htm. (Consulté le 19 septembre 2020).

(7) Bouvier Emile : « Les enjeux énergétiques en Méditerranée orientale, ou la création d’une nouvelle arène géopolitique au Moyen-Orient ». Partie I : des gisements d’hydrocarbures particulièrement prometteurs », Les clés du Moyen-Orient, 12/02/2020. Disponible sur : https://www.lesclesdumoyenorient.com/Les-enjeux-energetiques-en-Mediterranee-orientale-ou-la-creation- d-une-nouvelle.html. 

(8)  Biegala Eric « Jeu de go en Méditerranée Orientale : le nouvel expansionnisme turc », France Culture, 29/10/2020. https://www.franceculture.fr/geopolitique/jeu-de-go-en-mediterranee-orientale-le-nouvel-expansionnisme-turc

(9) En grec moderne : Καστελ(λ)όριζοa, Kastel(l)órizo et Μεγίστη, Megístib;  en turc Meis, en italien Castelrosso. L’île possède une position géostratégique majeure car elle se trouve à moins de 7 km de la ville de Kaş, sur la côte sud de la Turquie et à environ 130 kilomètres à l’est de Rhodes. Elle permet à la Grèce de définir des eaux territoriales perçues comme une provocation par Ankara.

(10) « Forum du gaz de la Méditerranée orientale: la France souhaite adhérer (ministère égyptien) », Connaissance des énergies, 17/01/2020. Disponible sur : https://www.lemondedelenergie.com/forum-du-gaz-mediterranee-orientale-france/2020/01/17/.

(11)  Heuzé Louis-Marie « L’East Mediterranean Gas Forum se transforme en organisation régionale », Le Portail, 01/10/2020. Disponible sur : https://portail-ie.fr/short/2445/least-mediterranean-gas-forum-se-transforme-en-organisation-regionale.

(12)  Jégo Marie « Un accord turco-libyen de délimitation maritime provoque la colère de la Grèce », Le Monde, 10/12/2019. Disponible sur : https://www.lemonde.fr/international/article/2019/12/10/un-accord-turco-libyen-de-delimitation-maritime- provoque-la-colere-de-la-grece_6022314_3210.html. 

(13) Ibid.

(14) « Athènes s’inquiète du renforcement de la présence turque en Libye« , L’Orient-Le-Jour, 23/12/2019. Disponible sur : https://www.lorientlejour.com/article/1199670/athenes-sinquiete-du-renforcement-de-la-presence-turque-en-libye.html.

(15) « Accord turco-libyen : Athènes expulse l’ambassadeur libyen « , Le Figaro, 06/12/2019. Disponible sur: https://www.lefigaro.fr/flash-actu/accord-turco-libyen-athenes-expulse-l-ambassadeur-libyen-20191206.

(16) Bouvier Emile « De la Syrie à la Libye, la Turquie sur tous les fronts : résumé et analyse. Deuxième partie : la Libye, un nouveau front aussi épineux diplomatiquement que militairement pour la Turquie », op.cit.

(17) Entretien avec Jean Marcou « La démission du chef d’état-major de la marine turque marque-t-elle une pause dans l’escalade des tensions entre Turcs et Occidentaux en Méditerranée orientale ? », Fondation Méditerranéenne d’Eudes Stratégiques, le 11/06/2020. Disponible sur : https://fmes-france.org/la-demission-du-chef-detat-major-de-la-marine-turque-marque-t-elle- une-pause-dans-lescalade-des-tensions-entre-turcs-et-occidentaux-en-mediterranee-orientale-decryptage-de-jean-marcou/.

(18) Ibid.

(19) Il s’agit d’un projet de gazoduc sous-marin dont le but serait de joindre les champs gaziers du Léviathan et d’Aphrodite à l’Europe.

(20) Michalopoulos Sarantis « L’UE salue l’accord pour la construction d’un gazoduc en Méditerranée orientale », Euractiv, 03/01/2020. Disponible sur : https://www.euractiv.fr/section/energie/news/eu-welcomes-eastmed-deal-but-highlights- further-cost-benefit-analysis/. 

(21)  Mazzucchi Nicolas « Les ressources énergétiques dans la Méditerranée orientale dans le grand jeu gazier international », Diplomatie n°105, septembre-octobre 2020, 100p.

(22) Le pays possède déjà deux terminaux méthaniers qui permettent de transformer du gaz naturel en GNL avant de le transporter vers l’Europe.  

(23)  N. Litsas Spyros « La Grèce en Méditerranée orientale, énergie, diplomatie et perspective à l’ère de la pandémie de Covid- 19 », Diplomatie n°105, Septembre-Octobre 2020, p.58.

(24) La doctrine de la patrie bleue défend les droits de la Turquie en Méditerranée. Son objectif est d’obtenir à terme une suprématie turque sur la mer Égée et la Méditerranée orientale au travers de multiples revendications territoriales autour de l’île de Chypre et dans les îles grecques du Dodécanèse.

(25) Biegala Eric « Jeu de go en Méditerranée Orientale : le nouvel expansionnisme turc », France Culture, 29/10/2020. https://www.franceculture.fr/geopolitique/jeu-de-go-en-mediterranee-orientale-le-nouvel-expansionnisme-turc

Kamala Harris : L’itinéraire politique d’une candidature historique à la vice-présidence des Etats-Unis (2/2)

La première femme noire élue sénatrice pour la Californie (depuis 2017)

En 2016, lorsque la sénatrice démocrate de l’état de Californie, Barbara Boxer, annonce ne pas se représenter à sa réélection après 24 ans de mandat, Kamala Harris se déclare officiellement candidate. Donnée favorite, elle est soutenue par une grande majorité du parti démocrate et de ses plus grands dirigeants, dont le président Barack Obama et le vice-président Joe Biden. En 2017, elle sera élue sénatrice de l’état de Californie avec 61,6 % des voix, battant ainsi la démocrate Loretta Sanchez. Kamala Harris siégera dès lors au congrès des Etats-Unis au côté de Dianne Feinstein, la deuxième sénatrice pour cet état.

Kamala Harris siège aux comités sur le budget, sur la sécurité intérieure et les affaires gouvernementales (au sous-comité de contrôle des dépenses fédérale et celui sur les affaires de régulation), aux comités sur le renseignement et sur le pouvoir judiciaire (au sous-comité sur la constitution, sur le droit à la vie privée, la technologie et le droit et celui de surveillance, des droits fédéraux et des cours fédérales). Elle rejoint également les caucus afro-américains, asiatiques et celui dédié à la cause féminine.

Dès sa prise de fonction, Kamala Harris s’oppose frontalement au président Donald Trump concernant son décret présidentiel n°13769 qui limite l’immigration des individus venant de pays à majorité musulmane et vote contre la majorité des candidats pour son cabinet. Elle vote contre le candidat à la cour suprême Neil Gorsuch qui sera malgré tout confirmé. 

Très vite, Kamala Harris se fait remarquer pour son style inquisiteur et ses questions intransigeantes lors de l’audition de plusieurs membres officiels du gouvernement, notamment des procureurs généraux tels que Jeff Sessions ou William Barr, et de la secrétaire à la sécurité intérieure, Kirstjen Nielsen, au sujet de la politique d’immigration de l’administration Trump.

Elle vote contre Brett Kavanaugh lors de sa nomination comme juge à la cour suprême, même si celle-ci sera cependant confirmée.

Elle vote pour la condamnation du président Donald Trump lors de son procès d’impeachment pour abus de pouvoir et obstruction du congrès. Il sera finalement acquitté.

Si l’on en juge ses votes mais aussi les lois qu’elle a pu soutenir, Kamala Harris est l’une des sénatrices les plus à gauche de cette institution. Elle est notamment sponsor sur la loi de Bernie Sanders visant à instituer un système de santé universel à payeur unique (Medicare For All) et elle soutient une loi décriminalisant la marijuana au niveau fédéral. Elle a sponsorisé le Green New Deal proposé par Alexandria Ocasio-Cortez et défendu au Sénat par le Sénateur démocrate Ed Markey. Dernièrement, elle a introduit une proposition de loi avec Bernie Sanders qui engagerait l’État fédéral à un versement mensuel de $2000 pour chaque Américain tant que la pandémie de Covid-19 séviera dans le pays.

Candidature à la primaire démocrate (21 janvier 2019 – 3 décembre 2019)

Une image contenant personne, extérieur, femme, tenant

Description générée automatiquement

Longtemps pressentie comme favorite pour les primaires démocrates désignant le ou la candidat.e destiné.e à affronter Donald Trump aux élections présidentielles de novembre 2020, elle annonce sa candidature officielle le 21 janvier 2019, enregistrant un record de donations dans les 24 heures suivant l’annonce de sa candidature, et rassemblant 20 000 personnes lors d’un meeting à Oakland en Californie le 27 janvier 2019.

Son ascension continue après le premier débat des primaires démocrates durant lequel elle accuse Joe Biden de s’être opposé aux mesures de déségrégation lorsqu’il était sénateur et d’avoir fait l’éloge de sénateurs ségrégationnistes. Elle monte alors dans les sondages et est un temps considéré comme l’une des principales rivales de Joe Biden et de Bernie Sanders. 

Lors du second débat en août 2019, Kamala Harris est cependant attaquée par Joe Biden et par la représentante Tulsi Gabbard sur son bilan en tant que procureure générale de la Californie. Elle chute alors dans les sondages et ne parviendra jamais à remonter, faisant face à un électorat de plus en plus conscient et mobilisé sur les questions de réforme du système de justice criminelle. Son bilan en tant que procureure de district et procureure générale de la Californie deviennent dès lors un désavantage, et des erreurs manifestes de campagne avec un programme parfois flou lui feront perdre cette position de challenger (elle reviendra par exemple sur son soutien apporté à un système de santé universel à payeur unique, et indiquera vouloir finalement préserver l’existence d’assurances privées), malgré un soutien notable d’une partie des électeurs démocrates, en particulier des femmes noires.

Elle abandonne le 3 décembre 2019 et annonce son soutien à Joe Biden en mars 2020.

Durant sa campagne, Kamala Harris a défendu des positions plutôt modérées mais jugées plus progressistes que celles de Joe Biden. Elle n’arrivera cependant jamais à convaincre les électeurs de Bernie Sanders et d’Elizabeth Warren, plus à gauche, et l’électorat centriste lui préférera le jeune Pete Buttigieg et l’expérimenté Joe Biden.

Un choix logique comme colistière de Joe Biden

Dès lors qu’il est devenu clair qu’il serait le candidat démocrate faisant face à Donald Trump, Joe Biden s’est engagé à choisir une femme comme candidate à la vice-présidence. Il a alors mis en place une équipe expérimentée chargée d’interviewer et d’enquêter sur plusieurs candidates potentielles. Après la mort de George Floyd et les manifestations Black Lives Matter, mais aussi en raison du soutien déterminant qui lui a été apporté par la communauté noire lors de la primaire, il est de plus en plus appelé à choisir une candidate de couleur. 

Aussi, après avoir hésité entre Kamala Harris, Susan Rice (femme de couleur, conseillère sécurité à la Maison-Blanche sous Barack Obama et ancienne ambassadrice aux Nations-Unies, mais jugée trop inexpérimentée car jamais élue), Gretchen Whitmer (gouverneure du Michigan, état clé pour l’élection de novembre) et Elizabeth Warren (sénatrice de l’aile gauche du parti, candidate aux primaires, qui lui aurait assuré un soutien de l’électorat progressiste), il annonce le 11 août 2020 avoir retenu Kamala Harris.

Ce choix s’explique pour plusieurs raisons. Joe Biden voulait quelqu’un proche de lui idéologiquement, afin d’être sûr d’avoir une partenaire fiable en ces temps de crise, ce qui excluait Elizabeth Warren. Il a voulu choisir une femme de couleur pour répondre aux préoccupations de l’électorat démocrate au sujet du racisme et des violences policières, ce qui excluait la gouverneure Gretchen Whitmer. Il voulait enfin quelqu’un d’expérimenté, ayant eu plusieurs mandats, ce qui excluait Susan Rice. 

Aussi, jamais un choix n’aura été aussi déterminant, puisqu’il est fort à parier que s’il est élu, Joe Biden ne sera pas candidat à sa réélection. Peut-être ne s’agit-il donc que du début de l’ascension fulgurante et historique de Kamala Harris au sein du parti. Difficile d’imaginer en tout cas un scénario où Joe Biden, en raison de son âge avancé, refuse d’être candidat à sa réélection, et où Kamala Harris, devenant alors la candidate naturelle du parti, doit cependant faire face à une primaire. 

Il est donc fort probable que ce choix ne soit pas seulement historique pour la vice-présidence, mais aussi car il implique la probabilité qu’en 2024, Kamala Harris devienne la deuxième candidate d’un des deux grands partis à la présidence des Etats-Unis (après Hillary Clinton) et la première candidate de couleur à la tête d’un ticket présidentiel.

Maxime Col

Kamala Harris : L’itinéraire politique d’une candidature historique à la vice-présidence des Etats-Unis (1/2)

Le 11 août 2020, après des semaines de spéculations et d’entretiens avec plusieurs femmes politiques considérées pour le poste, Joe Biden a enfin annoncé qui il avait choisi pour rejoindre le ticket présidentiel démocrate à ses côtés : il s’agit de Kamala Harris, sénatrice de Californie et ancienne rivale lors les primaires démocrates.

Kamala Harris est seulement la troisième femme candidate à la vice-présidence après Géraldine Ferraro, colistière du démocrate Walter Mondale en 1984, et Sarah Palin, colistière du républicain John McCain en 2008. Elle est également la première femme noire et d’origine indienne à être présente sur un ticket présidentiel d’un des deux principaux partis politiques américains. Aussi, si l’on en croit les sondages, il est fort à parier qu’elle sera la première femme élue à la vice-présidence.

Mais qui est Kamala Harris ? Quel est son parcours et son positionnement politique ? Et pourquoi ce choix s’est-il imposé à Joe Biden ?

Les débuts difficiles mais remarquables d’une fille de parents immigrés

            Née le 20 octobre 1964 à Oakland, en Californie, Kamala Harris est la fille d’une mère indienne, docteure en endocrinologie, ayant immigré aux Etats-Unis en 1960, et d’un père jamaïcain, professeur d’économie, arrivé aux Etats-Unis en 1961. Elle a une soeur cadette, Maya Harris, qui joue un rôle très important dans sa carrière politique. Kamala Harris crédite ses parents pour l’avoir très tôt confrontée à ce monde et ses enjeux, eux qui militaient notamment pour les droits civiques. Ils divorceront lorsqu’elle sera âgée de sept ans.

Kamala Harris grandit tout d’abord au centre de la ville de Berkeley, en Californie, avant de rejoindre le quartier ouest, connu pour concentrer une population majoritairement afro-américaine. A l’époque, les écoles maternelles et primaires étaient en pleine déségrégation. De fait, des enfants, dont Kamala Harris, ont été emmenés en bus dans des établissements scolaires qui accueillaient autrefois 95% de personnes blanches afin de garantir une mixité. Ce vécu difficile fera l’objet, lors des primaires démocrates, d’un échange houleux entre elle et Joe Biden, accusé en tant que sénateur de s’être opposé à ce programme de déségrégation.

A l’âge de douze ans, Kamala Harris et sa sœur suivent leur mère au Québec où celle-ci obtient un poste d’enseignante-chercheuse. Kamala y poursuit sa scolarité dans un collège Francophone appelé Notre-Dame-des-Neiges et obtient son diplôme de fin d’études secondaires au Lycée Westmount.

Elle poursuit ses études à l’Université d’Howard, une université historiquement noire à Washington. Elle fait alors partie de la première sororité afro-américaine : Alpha Kappa Alpha. C’est à cette période qu’elle devient stagiaire pour le Sénateur de Californie Alan Cranston. Elle sort diplômée de cette école en sciences politiques et en économie en 1986.

Kamala Harris retourne ensuite en Californie afin d’y étudier le droit grâce au programme d’opportunité d’obtention d’une éducation juridique destiné à aider et à intégrer les étudiants de milieux défavorisés. Elle y obtient un Juris Doctor en droit en 1989 et est admise au barreau de Californie en juin 1990.

Elle est engagée comme Procureure de District pour le comté d’Alameda en Californie avant d’être nommée en 1994 à ses premiers postes politiques en tant que membre du Comité d’Appel pour l’Assurance Chômage et membre de la Commission d’Assistance Médicale de la Californie.

En 1998, Kamala Harris devient Procureure assistante de District auprès du Procureur du District de San Francisco Terence Hallinan, avant d’y devenir Cheffe de la Division Criminelle. Elle était notamment en charge de poursuivre les cas d’homicides, de vols et d’agressions sexuelles. Après un différend s’agissant de la possibilité de juger des enfants mineurs dans des tribunaux de droit commun et non dans une juridiction spécialisée, option à laquelle elle s’opposait mais défendue par son employeur, elle quitte ce poste et rejoint en août 2000 le cabinet de l’avocate Louise Renne, s’occupant alors des cas d’abus et de négligences envers les enfants.

Lancement officiel de sa carrière politique avec son élection historique en tant que Procureure du District de San Francisco (2004-2011)

Kamala Harris et Nancy Pelosi le 30 mars 2004

            Dès 2002, Kamala Harris ambitionne de se présenter à l’élection de Procureur du District de San Francisco face à son ancien employeur et candidat à sa réélection, Terrence Hallinan. Elle se lance dans la campagne en obtenant que le parti Démocrate s’abstienne de soutenir ce dernier, et doit alors faire face à de nombreux obstacles : la campagne est violente, Kamala Harris faisant l’objet d’attaques misogynes régulières. Elle est par ailleurs condamnée à une amende pour avoir violé les lois de financement de campagnes électorales de la ville, et doit faire face à un déficit de notoriété. Elle arrive cependant à se qualifier au second tour, obtenant 33,6% des voix contre 35,8% pour Hallinan.

Elle décide alors de l’attaquer frontalement, avançant qu’elle avait quitté son poste en raison de disfonctionnements au sein du bureau du Procureur, et que ce dernier avait un bilan désastreux en matière de lutte contre la criminalité, obtenant trop peu de condamnations, et acceptant des négociations de peine, notamment en cas de violence domestique. Elle s’impose au second tour avec 56,5% des voix et devient la première Procureure de District de couleur dans l’État de Californie. Elle se représentera en 2007 sans opposition, et sera ainsi largement réélue à 98,5% des voix.

Durant ces deux mandats, le taux de condamnations augmentera sensiblement, notamment s’agissant du trafic de drogues. Son bilan est contrasté : bien qu’elle ait obtenu l’avancée de certaines causes jugées progressistes (création d’une Unité sur les Crimes Environnementaux, augmentation des condamnations pour les crimes violents, création d’une Unité sur les Crimes commis avec Armes à feu, création d’une Unité sur les Crimes Haineux touchant la communauté LGBT, programme de réinsertion pour les délits non violents commis par une personne âgée de 18 à 30 ans et réduction des récidives, refus de requérir la peine de mort), son bilan est jugé en partie négativement par l’aile gauche de l’électorat et du parti, jugeant notamment qu’elle défend une vision répressive du droit, s’appuyant sur certaines affaires ou initiatives ayant eu lieu sous ses mandats (condamnations pour des infractions en lien avec la marijuana, défense du système de libération sous caution, recours à la « loi des trois coups » déclenchant automatiquement une peine de prison de 25 ans en cas de troisième infraction, poursuites des parents en cas d’absentéisme répété pouvant aller d’une contravention de $2,500 jusqu’à un an d’emprisonnement).

Son élection historique en tant que Procureure Générale de l’État de Californie (2011-2017)

Kamala Harris prêtant serment lors de son inauguration en tant que Procureure Générale de la Californie, le 3 janvier 2011

Le 12 novembre 2008, elle annonce sa candidature au poste de Procureur Général de la Californie. Soutenue par les deux Sénatrices de l’État, Dianne Feinstein et Barbara Boxer, et par la Présidente démocrate de la Chambre des Représentants et élue de Californie Nancy Pelosi, elle gagne la primaire avec 33,6% des voix, et s’impose face au candidat Républicain Steve Cooley avec 46,1% des voix contre 45,3% pour son adversaire.

Elle devient alors, après son inauguration le 3 janvier 2011, la première Afro-Américaine, première Indienne et première femme élue à ce poste. Elle sera réélue en 2014 avec 57,5% des voix face au Républicain Ronald Gold. Son bilan est une fois de plus contrasté.

Elle continue la criminalisation et la poursuite pénale de l’absentéisme chronique, met en place au sein des forces de police une formation sur le biais implicites notamment selon la couleur de peau, tout en généralisant le port d’une caméra pour chaque officier de police et en lançant des investigations en cas de violation des droits civiques.

Elle continue par ailleurs son programme de réinsertion sociale et de diminution du taux de récidive pour les personnes âgées de 18 à 30 ans. Elle refuse cependant de soutenir des propositions ayant pour objet de réformer la justice criminelle et notamment d’éviter des condamnations injustes (elle est accusée d’avoir gardé de nombreuses personnes incarcérées en utilisant des techniques procédurales discutables alors qu’elles étaient innocentes). Elle a fait appel lorsque la condamnation à mort d’un tueur et violeur a été annulée, mais avance n’avoir agi ainsi que pour des raisons juridiques et non pour défendre la peine de mort.

Elle réussit à obtenir plusieurs amendes en matière de fraudes de la part d’assureurs ou de banques, même s’il lui est souvent reproché d’avoir préféré trouver des accords plutôt que de les poursuivre pénalement, allant parfois même jusqu’à refuser les plaintes en la matière, avançant une fois de plus qu’elle ne faisait qu’appliquer le droit.

Elle obtient un engagement des grandes compagnies (Apple, Facebook, Google…) sur la protection des informations privées des utilisateurs, notamment s’agissant des applications et du recueil de données qu’elles exécutent, et obtient plusieurs accords avec amendes pour les entreprises violant ces droits à la vie privée. Elle crée une unité destinée à protéger la vie privée sur le net, à combattre le vol d’identité et à repérer les fuites de données.

Elle refuse de défendre l’amendement de l’État de Californie adopté en 2008 et interdisant de fait le mariage entre personnes de même sexe, avançant en 2013 que cet amendement était inconstitutionnel. En juin 2013, l’amendement est annulé de facto par la Cour Suprême. Elle se bat cependant devant les tribunaux pour refuser d’accorder les soins médicaux nécessaires à une personne transgenre emprisonnée.

Elle obtient de nombreux accords contre des entreprises industrielles ou pétrolières qui acceptent de payer des amendes parfois lourdes pour les dégâts environnementaux causés.

Elle crée une unité spéciale destinée à s’occuper des nouveaux crimes ayant eu lieu sur internet, notamment le harcèlement et le revenge porn. Elle décide de faire tester de nouveau tous les échantillons d’ADN stockés dans les affaires de violences sexuelles non poursuivies jusqu’alors mais pouvant désormais l’être grâce à cette avancée scientifique et technologique.

Enfin, elle poursuit férocement les membres de gangs et trafiquants de drogue, d’armes ou de personnes, requérant dans ces cas des condamnations lourdes, et obtient la signature d’un accord avec le Mexique ayant pour objet le renforcement de la coopération en la matière.

Aussi, bien que de réelles avancées lui soient attribuées durant ses deux mandats (lutte contre les violences sexuelles, programme de réinsertion, avancée en matière de violences policières et de leur recensement, obtention de plusieurs amendes conséquentes envers des assureurs, banques et sociétés industrielles), sa défense assumée de la répression dans certains domaines, son refus de poursuivre pénalement la plupart des grands groupes ou de soutenir des réformes de la procédure pénale lui valent encore aujourd’hui l’inimitié de nombreux démocrates faisant partie de l’aile gauche du parti.

Maxime Col

Alexandria Ocasio-Cortez : la nouvelle icône de la gauche américaine, symbolique du clivage politique aux Etats-Unis

Une élection surprise à la Chambre des Représentants après une campagne de terrain acharnée

Née dans le Bronx le 13 octobre 1989 de parents immigrés de Puerto Rico, Alexandria Ocasio-Cortez, dite AOC, vit dans une famille de classe moyenne dans le Bronx d’abord puis dans la ville de Yorktown. Durant son cursus secondaire, elle se spécialise notamment en microbiologie et obtient à ce titre le second prix de l’ISEF (Intel International Science and Engineering Fair) pour une recherche effectuée sur l’effet des antioxydants, ce qui lui vaudra d’avoir un astéroïde nommé après elle. Elle commence doucement à s’intéresser à la politique durant ses années secondaires et universitaires, faisant notamment un stage auprès du Sénateur démocrate Ted Kennedy, et obtient avec mention en 2011, après un cursus effectué à l’Université de Boston, un baccalauréat universitaire des arts en relations internationales, mineure économie.

En raison de la mort de son père en 2008 d’un cancer des poumons, elle décide durant ses études de retourner vivre dans le Bronx afin d’aider financièrement sa mère (alors femme de ménage et conductrice de bus) en devenant serveuse dans un bar. Cette expérience en tant qu’étudiante de classe moyenne confrontée aux conséquences de la crise de 2008 et aux problèmes du système de sécurité sociale et de la crise de logement est selon elle la principale raison de son engagement politique actif. Elle fait campagne durant les primaires démocrates de 2016 pour Bernie Sanders.

En avril 2018, elle décide de se présenter aux primaires démocrates pour élire la personne représentant le 14ème district de New York (correspondant au Bronx et une partie de Queens, à majorité hispanique), soutenue notamment par plusieurs organisations progressistes souhaitant battre des représentants démocrates installés mais jugés trop modérés. Ce district, jusqu’ici représenté par le démocrate Joe Crowley depuis 1999 qui, en raison de sa puissance grandissante au sein du parti, n’avait pas connu de challenger durant des primaires depuis 2004, lui était notamment favorable en raison de la population hispanique. Jugé trop modéré et loin des aspirations des habitants du district, il était cependant favori en raison du soutien d’une majorité du parti démocrate, et donc notamment d’un financement conséquent. Son manque de notoriété dans son district, ainsi qu’une campagne de terrain remarquée par les progressistes et acharnée menée par AOC, lui feront perdre la primaire à 43,3% contre 56,7% pour Alexandria Ocasio-Cortez. Le district étant majoritairement démocrate, cette victoire aux primaires lui assure une large victoire à l’élection générale, et elle est élue à la Chambre des Représentants avec 78% des voix.

A l’âge de 29 ans, elle devient la plus jeune femme à être élue dans cette chambre du Parlement. Son élection, alors que son rival durant la primaire était pressenti pour monter en rang au sein du Parti démocrate et qu’elle se revendique fièrement comme faisant partie des Democratic Socialists for America (DSA), est l’un des faits marquants des élections des mid-terms de 2018, et poursuit le débat sur un virage à gauche du parti. Sa jeunesse mais aussi son talent oratoire et son programme novateur font vite d’elle une icône des médias.

Un début remarqué au Congrès avec un positionnement politique clair et assumé : le socialisme démocratique

Assumant son positionnement résolument ancré à la gauche du parti démocrate, elle participe avant même sa prise de fonction à une manifestation de jeunes engagés dans la lutte contre le changement climatique, devant le bureau de la chef des démocrates à la Chambre des Représentants Nancy Pelosi, indiquant alors que la lutte pour le climat serait l’une de ses priorités. Elle votera cependant pour elle en tant que Présidente de la Chambre des Représentants, considérant qu’elle est la plus progressiste des candidats. Elle prête serment le 3 janvier 2019, et choisit de siéger dans le Comité sur les Services Financiers (sous-comité sur la protection des investisseurs, l’entreprenariat et les marchés capitaux) et le Comité de Surveillance et de Réforme du Gouvernement (sous-comité sur les droits et libertés civils, sous-comité sur l’environnement).

Très vite, ses interventions au Congrès sont largement remarquées et deviennent virales, notamment lorsqu’elle met en relief les problèmes éthiques concernant les moyens de financement du Président et des membres du Congrès (la vidéo devient la vidéo politique la plus vue sur Twitter avec 41,6 millions de vues)[2], ou lorsqu’elle interroge l’ex avocat de Donald Trump, Michael Cohen, et obtient de lui des informations sur les arrangements possiblement illégaux du Président[3].

En plus de ce travail remarqué durant les auditions, elle présente le 7 février 2019 son premier grand texte législatif : le Green New Deal. Plan ambitieux dans la lutte pour le climat et la justice sociale, inspiré du New Deal de Roosevelt et prévoyant notamment un plan sur dix ans de mobilisation économique pour cesser l’utilisation d’énergies fossiles et investir massivement dans l’infrastructure du pays, il est vite soutenu par toutes les organisations luttant pour l’environnement mais crée un débat vif, et parfois violent, notamment dans le camp des Républicains. Il est notamment soutenu par le Sénateur Bernie Sanders, la Sénatrice Elizabeth Warren et le Sénateur Ed Markey, trois des sénateurs du caucus démocrate les plus progressistes. Le plan est rejeté au Sénat, à majorité républicaine, le 26 mars 2019, mais demeure une proposition de loi de justice économique et sociale majeure tant elle aura lancé de débats et de controverses, mais aussi inspiré d’autres pays.

Conférence de presse de présentation du Green New Deal, le 07 février 2019

Le progressisme de ses positions, voire leur radicalité, s’étend à tous les domaines politiques : elle est en effet considérée plus à gauche que le Sénateur Indépendant et candidat à la présidentielle Bernie Sanders. Elle souhaite notamment la fin de cette ère de capitalisme financier, la gratuité de l’université pour tous, un système de sécurité sociale à payeur unique tel qu’il existe en Europe, l’annulation des dettes étudiantes. Ces positions sont assez partagées dans le camp progressiste américain et font peu débat en son sein, contrairement à d’autres beaucoup plus controversées : contrôle strict des armes à feu, abolition de l’agence américaine en charge du contrôle de l’immigration et des frontières (ICE) et naturalisation de toutes les personnes immigrées sur le sol américain, abolition ou réforme du Département de la Sécurité Intérieure instauré en 2001 après les attentats du 11 septembre (DHS). Elle compare son projet politique aux pays scandinaves et européens, et assure ne pas être socialiste (le mot étant connoté très péjorativement outre-mer, car associé à Cuba et au Venezuela), mais socialiste démocratique. Ce positionnement assumé lui vaut d’être l’une des figures politiques les plus attaquées, parfois même dans son propre camp.

L’illustration de la violence du débat politique américain depuis la présidentielle de 2016

            Dès son élection, elle fait l’objet d’attaques vives et gratuites, parfois sexistes, de la part du camp Républicain, notamment lorsqu’ils diffusent une vidéo d’elle dansant sur un toit lorsqu’elle était plus jeune, pensant la ridiculiser mais la rendant sympathique envers une bonne partie de la jeunesse. Le parti démocrate et ses officiels décident un temps de l’ignorer, considérant son élection et donc son importance politique comme mineures : Nancy Pelosi qualifiera de manière méprisante le Green New Deal « the green dream or whatever » (« le rêve vert ou je ne sais quoi »). Ce comportement change dès lors qu’elle prend de l’importance sur la scène politique, et malgré des divergences majeures et toujours présentes (notamment lorsqu’elle vote différemment des consignes du parti ou soutient des candidats se présentant dans des primaires face à des élus démocrates), ses relations avec le parti sont aujourd’hui davantage apaisées, même si son positionnement politique reste jugé minoritaire par le parti et la plupart des officiels et parfois qualifié durement.

AOC et la Présidente démocrate de la Chambre des Représentants Nancy Pelosi

Elle fait cependant l’objet d’attaques incessantes de la part des Républicains. C’est ainsi qu’elle et les membres du « Squad » (un groupe de quatre représentantes au Congrès, progressistes et de couleur dont elle fait partie) sont attaquées par le Président Donald Trump dans un tweet du 14 juillet 2019, dans lequel il affirme notamment qu’elles devraient « retourner dans leur pays d’origine et les aider » au lieu de critiquer le gouvernement, alors que trois de ces quatre femmes sont nées aux Etats-Unis. Ces propos feront l’objet d’une résolution de condamnation, votée et approuvée par la Chambre des Représentants le 15 juillet 2019.

Après des propos comparant les centres de détention pour personnes migrantes illégales à des camps de concentration ayant fait polémique, elle y effectue une visite en juillet 2019, durant laquelle elle atteste notamment que certaines femmes sont forcées de boire l’eau des toilettes afin d’avoir accès à de l’eau. Ces propos sont moqués et ridiculisés par le parti républicain qui remet notamment leur véracité en cause, mais confirmés par celle-ci sous serment lors d’une audition au Congrès.

Le 21 juillet 2020, il est rapporté qu’elle a été confrontée par deux membres de la Chambre des Représentants républicains, Ted Yoho et Roger Williams, qui lui ont dit qu’elle était « dégoutante » et qu’elle avait perdu l’esprit, après des commentaires qu’elle avait fait faisant le lien entre criminalité et pauvreté. Alors qu’elle s’en allait, Ted Yoho l’aurait alors insulté de « fucking bitch ». Il s’excuse sans la nommer le 22 juillet au sein de la Chambre, et elle lui répond le lendemain en faisant un discours devenu viral sur le privilège masculin et le caractère systémique des comportements sexistes.

Vers un destin politique d’envergure ?            

Soutien de Bernie Sanders en 2016 et en 2020, elle fait désormais partie d’une task force ayant pour objet de préparer l’hypothétique future administration du candidat démocrate à la présidentielle Joe Biden. En juin 2020, elle gagne haut-la-main sa primaire avec 72% des voix, lui assurant d’être réélue en novembre à la Chambre des Représentants. Tandis que certains la voient comme la Secrétaire au Travail ou ambassadrice à l’ONU dans une administration Biden, il est peu probable qu’elle soit retenue pour un tel poste, tant les divergences entre les deux sont nombreuses, bien qu’elle le soutienne officiellement (elle a indiqué que si le système américain avait plus de deux partis viables, ils ne seraient pas dans le même). Il est plus sûr de parier sur une candidature en tant que Sénatrice de New York, Maire de la ville ou Gouverneure de l’Etat : avant peut-être une candidature à la présidentielle, une fois qu’elle aura dépassé 35 ans ? En attendant, elle a formé des comités de soutien destinés à faire émerger de nouveaux candidats partageant ses positions, parfois dans le cadre de primaires face à des élus démocrates, ce qui continue de lui assurer l’inimitié de nombreux de ses collègues.

Maxime Col

Hong Kong, un avenir incertain

Malgré des manifestations incessantes et massives menées depuis mars 2019 contre l’ingérence systématique des autorités chinoises à Hong Kong, les militants pro-démocratie n’ont pas pu empêcher la Chine d’accroître sa mainmise sur l’île et sur le continent asiatique dans son ensemble.

Hong-Kong : un territoire disputé sous influence sino-britannique

Loin d’être un long fleuve tranquille, l’histoire de Hong-Kong n’en est pas moins passionnante et riche en rebondissement.

arte de Hong Kong
ong Kong, Ligne D'Horizon, Nuit, Architecture Asie

Principalement rattachée à la Chine impériale au cours de son existence, Hong-Kong fut conquise par l’Angleterre durant la guerre de l’opium (1839-1842) qui opposa les Anglais aux Chinois. Cet affrontement survint après que les autorités chinoises interdirent l’opium, drogue que les Britanniques vendaient en Asie. Suite à leur victoire, les Anglais prirent alors le contrôle de la ville et signèrent par la suite le « Traité de Nanking » en 1842 pour conserver Hong-Kong avant de s’emparer également, de Kowloon et des nouveaux territoires en 1898 avec la « Convention de l’Extension ». Ce nouvel accord prévoyait que les Britanniques garderaient ces territoires durant les 99 années à venir. 

Durant cette période où Hong-Kong est une colonie britannique, elle devient une ville prospère passant ainsi de petit port de pêche à un centre d’immigration massive où les flux de populations du monde entier se rencontrent. Elle se présente également comme un refuge pour les Chinois qui fuient la répression et la dictature de Mao. La population hongkongaise passe ainsi de 7500 habitants en 1830 à 3 millions d’habitants en 1960 avant d’atteindre les 7,5 millions d’habitants en 2020. 

Jouissant d’une grande liberté sur le plan économique, Hong Kong deviendra l’un des NPI (nouveaux pays industrialisés) et des « 4 dragons », pays en plein essor économique dans les années 1990. Ainsi, en 1997, l’économie de l’île représente 20% de l’Economie chinoise et devient au cours de cette décennie une place financière majeure dans le monde (3ème derrière New York et Londres aujourd’hui). La ville offre un accès direct au marché économique occidental à la Chine. Pour refléter cette progression économique, un chiffre simple : le PIB par habitant a été multiplié par 15 depuis 1990. De ce fait, le revenu par habitant en 2017 de Hong-Kong était de 61 000 dollars américains, soit le 18e le plus élevé au niveau mondial. A titre de comparaison, la même année, celui de la Chine était de 16 600 dollars américains, soit environ 3,5 fois inférieur à celui de Hong Kong.

Avant sa rétrocession à la Chine en 1997, Hong Kong devait, au regard de l’accord passé entre Britanniques et Chinois, conserver son système politique, judiciaire et son mode de vie. Une opposition idéologique marquée entre la Chine continentale et Hong Kong accéléra sans doute la violation du célèbre principe « un pays, deux systèmes ». Il est vrai que depuis ce fameux 1er juillet 1997, l’ingérence répétée de la Chine dans les affaires de Hong Kong agace les citoyens. « Région administrative spéciale », l’île au sud-est de la Chine jouit d’un certain nombre de privilèges tels que le droit de manifestation, une presse libre, une diversité politique, etc…que la Chine semble bafouer depuis la rétrocession. 

Ce musèlement systématique de toutes formes d’opposition aux autorités chinoises a fait émerger des manifestations de grande ampleur ces dernières années…

Le rejet d’une sujétion au pouvoir de Pékin

ongkong : qu'est devenue «la révolution des parapluies»?
« La révolution des parapluies » en 2014, symbole d’un combat pour la démocratie : source : Le Figaro

Le parti communiste chinois, Xi Jinping en première ligne, ne cesse de vouloir mettre la main sur des prérogatives qui ne sont pas de son ressort. Et cela alarme les Hongkongais qui sont encore dans une période de transition avec la garantie du principe « un pays, deux systèmes » jusqu’en 2047. Après cette date fatidique, advienne que pourra. Hong Kong sera « livrée » à la Chine qui pourra absorber la métropole asiatique afin d’assouvir ses désirs territoriaux expansionnistes. 

Mais l’écrit ne reflète apparemment pas la réalité. Dès sa rétrocession à « l’Empire du Milieu » les manifestants pro-démocratie n’ont cessé de défendre leur île et sa manière de fonctionner tant sur le plan politique, juridique et économique que démocratique. La connivence entre la Chine et l’exécutif hongkongais n’est plus une surprise et c’est cette porte d’accès voilée à Hong Kong qui pose problème. Cela a sans doute été en partie la cause des manifestations massives de ces dernières années. Retour sur deux mouvements contestataires rivalisant avec le pouvoir nationaliste chinois…

« La révolution des parapluies », ce nom vous dit peut-être quelque chose. Manifestations menées par des militants pro-démocratie, elles ont réuni des centaines de milliers de personnes entre septembre et octobre 2014. « La révolution des parapluies » tire son nom du moyen de défense (les parapluies) utilisé par les manifestants pour se défendre des gaz lacrymogènes. En grande partie portée par des étudiants souhaitant défendre les valeurs démocratiques, ces manifestations ont commencé suite à l’annonce des autorités chinoises de limiter la portée du vote au suffrage universel pour élire le chef de l’exécutif hongkongais avec une liste de personnalités loyales et proches politiquement de Pékin. Pas d’adversité politique donc pas de choix. Dès lors que cette décision était actée, quelque 200 000 manifestants sont descendus dans les rues pour protester contre cet affront direct à la démocratie telle que promise lors de l’accord entre Britanniques et Chinois. 

« La révolution des parapluies » fut le symbole d’un mouvement pacifiste où les heurts avec la police n’ont pas été nombreux. Un mouvement dont se sont inspirés les manifestants en 2019 mais où la radicalité a rapidement pris le pas sur la placidité. 

Malgré le bon élan démocratique apporté en 2014 suite aux mobilisations massives, cela n’a pas empêché Pékin de s’immiscer une nouvelle fois dans les affaires de Hong Kong et notamment sur des sujets qui portaient sur son autonomie politique et juridique. En découlent les manifestations les plus importantes que la « ville-monde » ait connues en 2019 depuis sa rétrocession à la Chine en 1997. Le point de départ de tout cela : un projet de loi datant d’avril 2019 mis en place par le gouvernement pro-Pékin concernant la possibilité d’extradition vers la Chine continentale de « suspects ». Ces « suspects », définition plutôt large et trouble, devaient ensuite être envoyés vers la Chine continentale afin qu’ils soient jugés par la justice chinoise. Or, quand certains libraires sont emprisonnés en Chine pour avoir vendu des livres critiquant le pouvoir, l’objectif de Xi Jinping ne faisait déjà aucun doute. Il s’agissait de faire taire la critique à l’encontre du pouvoir et d’étouffer les voix contestataires. Par conséquent, les manifestants redoutaient que cette mesure vienne limiter les droits et les libertés publiques dans l’ancienne colonie britannique. Ce projet de loi témoignait de la dérive autoritaire de Xi Jinping prêt à tout pour enrayer toute contestation qui puisse affecter indirectement la Chine continentale. Dès lors, il n’en a pas fallu plus pour que la rue devienne le quartier général des manifestants, en majorité étudiants dans un premier temps mais très vite rejoints par des personnes de tout âge et de toute catégorie socio-professionnelle. 

Ce sont quelques millions de personnes (selon les estimations) qui ont manifesté lors de rassemblements réguliers en 2019. D’abord pacifiques, ces manifestations ont rapidement dégénéré à partir du mois de juillet 2019 alors même que le projet fût suspendu à partir du 15 juin. Trop tard, la mèche était allumée et les revendications toujours plus nombreuses. Ainsi, les manifestants ont formulé des demandes de réformes portant sur de nombreux domaines à la fois politique, juridique et sécuritaire. 

mage

Les violences policières ont fait office de catalyseur. Des voix se sont élevées contre un système qui tendait de plus en plus vers la disparition d’une des villes les plus influentes du monde telle qu’on la connait. Les actions coup de poing menées par les manifestants n’ont pas laissé de marbre la police et l’exécutif hongkongais. Les forces de l’ordre n’ont plus hésité à utiliser matraques, gaz lacrymogènes, jet d’eau…, pour repousser des militants pro-démocratie déterminés à défendre coûte que coûte leur mode de vie. 

Mais ces manifestations pour la démocratie ne semblent pas infléchir la politique de Xi Jinping, au contraire. Ce dernier se sentant lui-même attaqué, n’a pas hésité à promulguer une loi très autoritaire à l’encontre des manifestants et de l’opposition. 

La réponse juridique chinoise

Après de longs mois de contestation, le moins que l’on puisse dire est que la réponse chinoise s’inscrit dans une volonté de fermeté rimant avec des dispositions liberticides. Le 30 Juin à 23 heures, la loi de sécurité nationale est entrée en vigueur. La BBC note que cette étape intervient juste avant le 23e anniversaire de la passation du 1er juillet 1997. Selon Katrina Yu, journaliste à Al Jazeera, : « Il est très symbolique que cette loi ait été adoptée juste un jour avant l’anniversaire de la rétrocession de Hong Kong de la Grande-Bretagne à la Chine continentale », affirmant que c’était un jeu de puissance de la Chine. Selon Joshua Wong, activiste et figure du mouvement de contestation contre le pouvoir de Pékin, il s’agit bel et bien «de la fin de Hongkong tel que le monde la connaissait ».  Carrie Lam, la chef de l’exécutif local a tenté de tempérer les craintes en déclarant que « ce texte n’est certainement pas aussi sombre qu’il n’y paraît ». Cette prise de parole sonne creux et apparaît comme un déni dans un contexte de forte répression où de nombreuses arrestations liées à cette loi ont eu lieu. Dès le 1er juillet, dix personnes sont arrêtées pour avoir enfreint la nouvelle loi. Même issue pour 4 étudiants rattachés à un groupe indépendantiste ce mercredi 29 Juillet. La peur et le sentiment d’un âge d’or révolu occupent les esprits des locaux : « L’ancien Hong Kong est mort », « je me sens impuissant » ou encore « j’ai le sentiment que ma maison n’existe plus » peut-on lire dans les colonnes du Guardian.

Afin de comprendre le déferlement d’inquiétudes régnant parmi la population, il s’agit d’évoquer quelques passages de la loi.

Le contenu de la loi

Le texte punit 4 types de crimes : la subversion, le séparatisme avec l’Etat, le terrorisme ainsi que les collusions avec des forces étrangères. Un seuil minimal concernant les peines en lien avec la loi a été fixé à 3 ans de prison tandis que les crimes les plus graves sont passibles de prison à vie.

n Pictures: Hong Kong protests over China security law | China ...
Affiche vandalisée de la loi de sécurité nationale dans une station de métro à Hong Kong : ©Miguel Candela

Les « groupes, organisations et médias étrangers » seront soumis à la surveillance du gouvernement chinois. Les agences de renseignement du gouvernement seront présentes à Hong Kong et auront des pouvoirs qui iront au-delà de toutes les lois de l’île. En outre, elles seront immunisées contre la responsabilité pénale. Toute décision prise par la nouvelle commission de sécurité nationale chinoise sera également à l’abri de toute contestation judiciaire.

Le chef de la police peut également contrôler et supprimer toute information si elle comporte « des motifs raisonnables » de penser qu’elle viole la loi. De simples présomptions sont donc érigées au même rang qu’un fait avéré.

Le ton est donné. L’ingérence de Xi Jinping dans les sphères d’informations nationales et internationales cumulée aux prérogatives quasiment illimitées des services de renseignement semble assouvir davantage le désir hégémonique du géant mondial. Liberté d’expression ainsi que liberté d’information s’enfonçant dans une désuétude de plus en plus totale.

L’article 38, vitrine du totalitarisme d’Etat

Il exerce une juridiction extraterritoriale sur tous les citoyens non chinois. De ce fait, n’importe quelle critique en direction du PCC suffit à être constitutive d’une infraction, peu importe le lieu de résidence ou la nationalité de l’émetteur de celles-ci. Les médias taïwanais ont rapporté que les tribunaux chinois avaient sarcastiquement déclaré « qu’il y aurait 8 milliards de personnes qui devraient lire la loi sur la sécurité nationale » afin de ne pas la violer, et avaient affirmé avoir le droit légal de l’appliquer à quiconque. Bethany Allen-Ebrahimian, (journaliste pour Axios) suppose que l’inclusion de l’article 38 concerne surtout la diaspora en endiguant l’organisation dissidente au sein des communautés hongkongaises à l’étranger. 

Un choix concordant avec un impérialisme affirmé

Si la loi de sécurité nationale est particulièrement mal accueillie sur la scène internationale, peut-on vraiment être surpris de telles mesures au regard de la stratégie du pouvoir chinois ? En effet, l’aspiration à un contrôle étendu de territoires sur la mer de Chine amène l’empire du milieu à faire preuve d’une stratégie diplomatique que l’on pourrait qualifier d’expansionniste.

Selon Xi Jinping, toute la mer de Chine lui appartient. Cette doctrine demeure ostensiblement affirmée à travers ces paroles : “Nous n’abandonnerons pas un pouce du territoire qu’ont laissé nos ancêtres”. Le géant asiatique donne son veto à tout jugement de la part des instances judiciaires internationales qu’il ne reconnaît aucunement. Les remontrances de l’ONU dénuées de leur aspect coercitif (un constat qui n’est guère surprenant) n’altèrent pas les ambitions chinoises.

La posture de l’exécutif vis à vis de la situation à Hongkong n’est donc qu’une étape vers le renforcement du hardpower chinois. Les récents événements nous ont appris deux enseignements : La fin d’ « un état, deux systèmes » et l’enterrement de la politique de profil bas entamée par l’ancien président Deng Xiaoping.

                                                   Milan Busignies et Adrien Chapiron

Qui est Joe Biden, candidat démocrate à la présidentielle américaine de novembre 2020 ?

L’itinéraire politique d’un démocrate centriste et modéré

Joe Biden est né le 20 novembre 1942 à Scranton, en Pennsylvanie, dans une famille de classe moyenne supérieure. Il obtient en 1965 une licence en histoire et en science politique à l’université du Delaware, avant d’obtenir un diplôme en droit en 1968. Il commence la politique en 1969 après son élection au conseil municipal de New Castle et continue d’exercer en parallèle son métier d’avocat privatiste. Il se présente en 1972 aux élections sénatoriales pour l’Etat du Delaware, menant une campagne plutôt progressiste mais souffrant de manque de moyens. Il est néanmoins élu de peu le 7 novembre 1972. Cette même année fut marquée par un tragique accident de voiture qui tua sur le coup sa femme et sa fille d’un an et blessa gravement ses deux fils survivants. 

Sénateur du Delaware, Joe Biden s’intéresse d’abord à la protection des consommateurs et aux enjeux environnementaux, se décrivant libéral s’agissant des droits civiques et de la protection sociale, mais conservateur sur des thèmes tels que l’avortement. En 1981, il intègre le Comité Judiciaire du Sénat et soutient de nombreuses réformes répressives dans la lutte contre la criminalité, qu’il dit regretter aujourd’hui. Il vote de nombreuses lois ouvertement hostiles aux homosexuels telles que the Defense of Marriage Act de 1996 qui interdisait au gouvernement de reconnaître le mariage entre deux personnes de même sexe (loi jugée inconstitutionnelle en 2015).

Du Sénat et de l’échec de plusieurs campagnes présidentielles à la Vice-Présidence

Joe Biden va se lancer dans les primaires démocrates en vue de l’élection présidentielle de novembre 1988. Il est d’abord considéré comme favori en raison de sa position centriste, de la qualité de ses discours, mais également en raison de son rôle au Sénat et de sa participation dans la non-confirmation du candidat Robert Bork à la Cour Suprême. Il est cependant accusé en pleine campagne d’avoir plagié un de ses discours ainsi que d’avoir exagéré son rôle dans le mouvement des droits civiques. Ces incidents ont conduit Joe Biden à se retirer des primaires démocrates le 23 septembre 1987. Celles-ci seront alors remportées par Michael Dukakis.

En 1991, Joe Biden, président du comité judiciaire du Sénat entre 1987 et 1995, tente, sans succès, de bloquer la nomination du juge Clarence Thomas à la Cour Suprême, accusé d’harcèlement sexuel par Anita Hill. Il semble toutefois que le comité judiciaire du Sénat aurait négligé d’entendre les témoignages d’autres femmes qui auraient pu conforter celui d’Anita Hill et remettre en cause la nomination de Clarence Thomas. Par ailleurs, le comportement controversé de Joe Biden lors de l’audition d’Anita Hill lui sera reproché à plusieurs reprises tout au long de sa carrière.

Joe Biden soutient des lois répressives telles que la Violent Crime Control and Law Enforcement Act of 1994, tout en menant des combats progressistes pour la cause des femmes avec notamment la Violence Against Women Act of 2000. Il devient président du comité des affaires étrangères du Sénat entre 2001 et 2003 où il défend le multilatéralisme et l’interventionnisme. Il votera pour la guerre d’Afghanistan en 2001 puis pour celle d’Irak en octobre 2002.

Le 13 janvier 2007, Joe Biden se lance de nouveau dans la course à la présidentielle en annonçant sa candidature aux primaires démocrates, face notamment à Hillary Clinton et Barack Obama. Mais impacté par des remarques jugées racistes contre Barak Obama et les Indiens d’Amérique, Joe Biden ne disposera plus de soutiens financiers suffisants pour faire décoller sa campagne. Il finira de fait cinquième au caucus de l’Iowa, le 3 janvier 2008, et mettra fin à sa campagne le soir même.

Intéressé par l’attrait qu’il avait pour la classe ouvrière, souvent blanche, et voyant en lui l’incarnation d’une position modérée pouvant lui apporter du crédit sur les sujets de politique extérieure, Barack Obama le choisit en tant que vice-président durant ses deux mandats (2008-2016). Joe Biden sera, entre autres, chargé de s’occuper des relations avec l’Irak, du plan de relance et d’infrastructure voulu par le Président pour sortir de la récession, et du budget. Les deux hommes s’entendent parfaitement et il est souvent admis que cette complicité fut déterminante dans les grandes avancées obtenues à cette période. Tout en demeurant interventionniste et modéré en économie, Joe Biden va évoluer sur les questions de mœurs en soutenant notamment le mariage homosexuel et le droit à l’avortement.

Barack Obama remettant la Presidential Medal of Freedom à Joe Biden, plus haute distinction, le 12 janvier 2017

Un début difficile aux primaires avant de s’imposer comme le choix rationnel pour faire face à Donald Trump

Pressenti pour se présenter aux primaires démocrates pour l’élection présidentielle de 2016, Joe Biden refuse néanmoins suite au décès de son fils et donne son soutien à Hillary Clinton.

Le 25 avril 2019, il annonce sa candidature aux primaires démocrates pour l’élections présidentielle de 2020. Depuis lors, il mène une campagne modérée, bien que plus à gauche que ses positions habituelles en raison du climat politique au sein du parti et de la campagne énergique et progressiste du sénateur Bernie Sanders. La campagne de Joe Biden sera néanmoins ternie par des interrogations sur ses capacités cognitives et son âge ainsi que par des accusations de comportements inappropriés envers des femmes, et les liens que lui et l’un de ses fils entretiendraient avec l’Ukraine.

Bien que jugé favori dans les sondages, Joe Biden finit cinquième au caucus du New Hampshire, quatrième au caucus de l’Iowa et deuxième au caucus du Nevada. La Caroline du Sud, dont l’électorat est majoritairement afro-américain, lui a cependant permis d’obtenir une victoire écrasante face à Bernie Sanders. Par la suite, le retrait de candidats démocrates tels que la sénatrice Amy Klobuchar et le maire Pete Buttigieg, ainsi que l’implosion de la campagne du milliardaire Michael Bloomberg, a permis à Joe Biden de remporter dix Etats lors du Super Tuesday.

En juin 2020, Joe Biden devient officiellement le seul candidat démocrate en lice pour faire face à Donald Trump aux prochaines élections présidentielles. Sa victoire aux primaires s’explique par la formation d’une coalition d’électeurs comprenant les personnes âgées, les adultes afro-américains, la classe ouvrière et la moyenne blanche, dont le principal objectif est la défaite de Donald Trump. La fidélité de l’électorat afro-américain, son image d’homme de la classe ouvrière ainsi que la nostalgie de la présidence de Barack Obama ont permis à Joe Biden de battre Bernie Sanders, qui disposait d’un électorat majoritairement jeune et latino, et ce malgré une campagne timide. Il sera désormais déterminant pour Joe Biden de former une nouvelle coalition en attirant les électeurs qui ne le soutenaient pas, par le biais de nouvelles propositions et par le choix crucial de sa vice-présidente, puisqu’il s’est en effet engagé à ce que ce soit une femme.

Un candidat modéré, pour quel programme politique ?

Joe Biden appartient à la branche modérée du parti démocrate, certains le qualifient même de conservateur ou de centriste. Sa victoire à la primaire semble en contradiction avec l’évolution actuelle du parti, incarnée notamment par la démocrate Alexandria Ocasio-Cortez. Aussi, contrairement à ce que l’on pourrait penser, son programme pour les primaires et les présidentielles, bien que modéré, est plus à gauche que les programmes passés des candidats démocrates. Cette évolution du parti vers la gauche a dû être pris en compte par les candidats, et se décline également dans d’autres élections, notamment législatives. Joe Biden a donc adopté une position de centre gauche, acceptable par une majorité de démocrates mais n’aliénant pas les électeurs indépendants et les Républicains modérés.

Sur le plan judiciaire, déterminant en raison des positions controversées qu’a eu Joe Biden par le passé, mais également en raison du climat régnant dans le pays après la mort de George Floyd et de tant d’autres, le candidat démocrate est pour l’abolition de la peine de mort, la libération sous caution, l’instauration de peines minimums obligatoires et les prisons privées. Il soutient une refonte de la procédure pénale, notamment des lois répressives, dont celles qu’il avait soutenu en tant que sénateur. Il n’est pas contre la légalisation du cannabis mais il considère que ce choix doit se faire au niveau des Etats. Enfin, il souhaite accorder la citoyenneté aux dreamers, c’est-à-dire les enfants de personnes immigrées nés aux Etats-Unis et disposant d’une protection spéciale.

Sur le plan économique, Joe Biden est pour l’instauration d’un revenu minimum au niveau fédéral de $15 de l’heure. Il souhaite instaurer des congés payés et des arrêts maladie, revenir sur les baisses d’impôts des plus fortunés et des entreprises, et investir dans l’infrastructure afin de créer des emplois. Il se dit favorable à l’étude de réparations pour l’esclavage. Enfin, il soutient les accords de libre-échange et veut revenir sur les tarifs imposés par Donald Trump à la Chine et soutenir le traité transatlantique révisé.

Sur le plan médical, Joe Biden défend la jurisprudence Roe vs. Wade sur l’avortement, souhaite étendre l’accès à la sécurité sociale en reprenant la politique Obamacare et souhaite la baisse du prix des médicaments et son contrôle. Il demeure néanmoins opposé à un système universel à payeur unique de sécurité sociale comme nous l’avons par exemple en France.

Sur le plan éducatif, Joe Biden est contre les écoles sous contrat faisant du profit. Il est pour la gratuité des deux premières années d’études supérieures, souhaite étendre les mécanismes de soulagement des dettes étudiantes, et augmenter le salaire des professeurs.

Sur le plan écologique, Joe Biden souhaite rejoindre les accords de Paris sur le climat. Il est pour le maintien du nucléaire en développant parallèlement les énergies renouvelables mais il est contre le gaz de schiste. Il demeure interventionniste, soutient le multilatéralisme, souhaite augmenter le budget de la défense et continuer les guerres en cours.

Enfin, Joe Biden soutient la vérification des antécédents pour les achats d’armes à feu ainsi qu’un programme de rachat volontaire de celles-ci. Il souhaite créer un registre national les concernant. 

Nul doute que ces positions feront l’objet d’un débat virulent avec son adversaire à la Maison Blanche, et sera actualisé en raison de la crise du coronavirus et de la récession économique qui s’annonce.

Maxime Col