Archives pour la catégorie Féminisme

Anne Bonny et Mary Read : amour, féminisme, et piraterie

Mercredi 18 novembre dernier, les Londoniens ont pu découvrir les silhouettes de deux pirates oubliées sur les rives de la Tamise. L’artiste à l’origine de la statue, Amanda Cotton, a représenté les amantes Anne Bonny et Mary Read à l’occasion du lancement du podcast Hell cats.

A la fin du 18ème siècle, de chaque côté de l’océan, grandissent deux jeunes filles aux situations bien différentes.
Fille d’un bourgeois irlandais, Anne Bonny est élevée dans une plantation en Caroline du Sud qu’elle quittera à 16 ans pour assouvir ses désirs d’aventures. La légende dirait même que c’est après un conflit avec son père qu’elle aurait mis le feu à la propriété avant de s’enfuir avec son amant…
S’engageant rapidement dans la piraterie, Anne s’entoure de personnages plus intéressants les uns que les autres.
Elle-même, une jeune femme au fort caractère, courageuse et impulsive, sort complètement des codes de la féminité de l’époque.

Dans son essai « Lesbian pirates : Anne Bonny and Mary Read », Nicor Norton raconte son amitié avec Pierre Bouspeut, un pirate homosexuel qui tenait un café, un salon de coiffure et un atelier de confection de vêtements. C’est avec lui qu’Anne organise son premier raid, prenant pour cible un bateau français. Ils volent un bateau abandonné avec l’aide d’amis de Pierre, y installent des mannequins féminins habillés de robes, et aspergent le tout de sang de tortue. La touche finale : Anne se tient à la poupe, brandissant une hache recouverte de sang. C’est ainsi qu’ils voguèrent en direction de leur cible, à la lueur de la lune. L’équipage adverse se rendit sans se battre, terrifié.
Anne Bonny fut la maîtresse de plusieurs capitaines, mais c’est à bord du Revenge, en compagnie du capitaine Calico, qu’elle fait la connaissance de Mary.

Celle-ci grandit en Angleterre, seule avec sa mère qui la fait passer pour son frère décédé pour toucher une pension, et plus tard l’héritage de sa belle-famille. Ces avantages étaient alors réservés aux héritiers mâles. Mary en vient à préférer son rôle masculin, et, une fois adulte, s’engage dans la marine.
C’est lorsqu’elle est à bord d’un navire anglais à destination des Antilles que celui-ci est attaqué par des pirates à la recherche de nouveaux effectifs… Mary les rejoint, séduite par les valeurs progressistes de la piraterie : égalité des voix, partage du butin et solidarité entre les membres de l’équipage.

« Les motivations des femmes qui s’engagent dans la piraterie ou dans l’armée, c’est aussi une façon d’être maître de son destin et de prendre sa vie en main, à une époque où les voies professionnelles pour les femmes n’étaient pas nombreuses. » Marie-Eve Sténuit, écrivaine et archéologue.

Si Anne ne cache pas le fait qu’elle était une femme, Mary garde le secret le plus longtemps possible. C’est en réaction aux avances d’Anne qu’elle lui aurait révélé la vérité, et petit à petit tout l’équipage fut mis au courant. Dans son essai, Nicor Norton donne une version des faits selon laquelle le capitaine Calico, jaloux de la proximité des deux femmes, aurait tenté de les prendre par surprise et aurait découvert Mary allongée sur le lit, suffisamment dévêtue pour que son genre lui soit apparent.

Anne et Mary sont restées très proches, et même s’il est difficile de le prouver, plusieurs sources affirment qu’elles ont entretenu une relation amoureuse jusqu’à la fin de leurs vies. Leur place sur le Revenge n’était pas remise en question par les hommes, et elles auraient même été en première ligne des combats.
Lors de leur dernière bataille, alors que les hommes voulaient se rendre et refusaient de se battre, Mary en tua deux et blessa Calico dans une ultime tentative de les inciter à les rejoindre. Les deux femmes furent capturées et condamnées à la pendaison, à laquelle elles échappèrent en clamant être enceintes.
Une fois libérée, Anne rendit visite à Calico avant son exécution pour lui exprimer ses regrets quant à son sort, tout en ajoutant : « Si vous vous étiez battu comme un homme vous n’auriez pas à mourir comme un chien. » Après la mort de Mary due à une fièvre contractée en prison, Anne disparut…

Valentine Laval

Sources
Lesbian Pirates: Anne Bonny and Mary Read (rictornorton.co.uk)
(305) Mary Read et Anne Bonny, pirates des Caraïbes #CulturePrime – YouTube
Britain’s Lesbian Pirates Statue: Why It’s Important To Celebrate Rebel Women Of History (shethepeople.tv)

Les stéréotypes de genre dans le sport : le Vovinam Viet Vo Dao

J’ai rencontré Éva au sport, le même que je pratiquais avec sa sœur Anna. Quand j’ai parlé à Anna de la série d’articles que je voulais réaliser sur les stéréotypes de genre dans le sport, elle m’a tout de suite parlé de sa sœur et du sport de combat qu’elle pratiquait.  Alors, pour ce deuxième article sur le sport à l’épreuve du genre, j’ai choisi de parler d’un sport de combat qui est très peu connu : le Vovinam Viet Vo Dao. Dans le premier article, il était question de la boxe avec Lucie. (Vous pouvez le retrouver ici.) Les stéréotypes de genre ont toujours la vie dure : pour rappel, un stéréotype est défini comme étant une « idée, opinion toute faite, acceptée sans réflexion et répétée sans avoir été soumise à un examen critique, par une personne ou un groupe, et qui détermine, à un degré plus ou moins élevé, ses manières de penser, de sentir et d’agir ». Le genre, quant à lui, est défini comme « le concept qui désigne l’ensemble des caractéristiques relatives à la masculinité et à la féminité ne relevant pas de la biologie, mais de la construction sociale ». Un stéréotype de genre c’est donc un préjugé qui se base sur le sexe de la personne. « Les sports de combat, ce n’est pas pour les filles » est un stéréotype de genre. Bref, l’objectif de cette série d’articles est de s’interroger sur nos rapports aux sports et surtout sur nos stéréotypes. 

Éva, 17 ans, en Terminale S

Aujourd’hui, c’est Éva qui a bien voulu répondre à mes questions. Éva, c’est une jeune fille de 17 ans qui est actuellement en Terminale scientifique à Bordeaux. Elle a pour ambition de devenir médecin militaire. Éva a commencé le Vovinam Viet Vo Dao avec sa sœur en Seconde et a poursuivi la pratique de ce sport toute seule. « Je fais ce sport depuis ma Seconde, parce que même si on m’y avait emmenée petite, y voir des hommes de 1m80 à tout juste 10 ans m’avait fait une impression assez mémorable. Mais en Seconde, j’ai accroché. J’ai donc pu passer deux grades, ce qui pourrait être l’équivalent de deux ceintures. Je ne suis pas mauvaise dans ce sport, mais il me reste beaucoup de chemin à parcourir ». Le Vovinam Viet Vo Dao est un art martial vietnamien. Il a été créé en 1938 par le maître Nguyễn Lộc. Il existe dix principes qui régissent la pratique de cet art martial. La tenue du pratiquant se compose d’une veste et d’un pantalon en toile bleu clair. En France, la Fédération Française de Karaté (FFK) recense 12 000 pratiquants de cet art martial vietnamien. 

Pour Éva, ça a été très facile d’exprimer sa volonté de pratiquer ce sport. Elle écrit : « Ça a été pour moi très simple, j’ai toujours voulu faire un sport de combat, alors en Seconde, j’ai franchi le cap. Depuis toute petite j’ai un fort caractère et mes proches sont très ouverts, alors pour eux cela a été très simple de l’accepter. Après tout, il n’y a rien de choquant ». En effet, il n’y a rien de choquant à être une femme qui pratique un sport de combat, et aucune étude scientifique n’a de nos jours indiqué qu’une personne de sexe féminin était moins compétente qu’une personne de sexe masculin pour pratiquer n’importe quel sport. Malgré cela, les femmes sont toujours sous-représentées dans les sports à connotation masculine. Le ministère chargé des Sports a pourtant lancé depuis 2012 une campagne  pour « réaffirmer une politique volontariste en faveur du développement du sport féminin – dans l’accès au sport sur tout le territoire français –, d’un égal traitement des femmes et des hommes dans le sport de haut niveau, dans les médias, mais aussi dans l’accès aux fonctions d’encadrement technique et dirigeant des fédérations sportives ». Toutefois, les femmes sont toujours sous-représentées dans le sport. « En France, les femmes ont deux fois moins accès que les hommes à la pratique sportive dans certains territoires. Le taux de licenciées féminines dans certaines fédérations sportives très populaires est de seulement 4%. Et seules 20% des femmes qui font du sport le font dans un club ». (Lire ici  la politique du ministère des Sports). Les sports pratiqués par les Françaises en 2016 montrent que les femmes ne sont que 2% à pratiquer des sports de combat contre 44% à faire de la marche.

Pratiques sportives régulières des Françaises en 2016. Publié par Statista Research Department, 23 juin 2016.

Vous en conviendrez, c’est un écart assez important. Les femmes font majoritairement des sports dits féminins. Pour Éva, il n’y a aucune différence entre les femmes et les hommes dans le sport. « Au contraire, c’en est presque avantageux. Moi, je peux frapper ; eux, moins. Mais c’est vrai que si l’on pratique un sport comme celui-ci avec des personnes peu ouvertes, cela pourrait être compliqué. Cependant, je pense déjà qu’on ne devrait qualifier aucun sport de masculin : certes, pour des raisons physiologiques, une femme demeure plus limitée, mais elle peut totalement effectuer les mêmes pratiques physiques qu’un homme. À l’armée, par exemple, on ne trouve aucune différence entre les hommes et les femmes, alors que l’armée, « c’est un truc d’hommes », comme disent les gens. Alors non, être une femme dans ce genre de sport, c’est exactement la même chose, et pas question d’arrêter un exercice pour qui que ce soit chez moi ! Et puis on se bat tous les uns contre les autres, tout le monde est logé à la même enseigne ».

Aujourd’hui, la grande majorité des personnes que vous pouvez interroger sur la place des femmes dans le sport ne vous répondront jamais ouvertement que certains sports doivent être réservés aux femmes ou au contraire aux hommes. Malgré cela, les stéréotypes et les préjugés demeurent sur la capacité des femmes à faire tel ou tel sport. Les petites filles ne sont pas nombreuses à vouloir s’inscrire aux sports de combat, pourtant l’offre des sports existe et il n’y a nulle part mention que les personnes dotées d’organes génitaux féminins doivent passer leur chemin. Pour que les mentalités évoluent et que les petites filles comme les petits garçons aient accès au sport qui leur plaît, il faut qu’ils aient connaissance que ces sports existent, et que s’ils veulent essayer, ils sont les bienvenus : pour faire simple, il faut les encourager. Pour Éva, la réponse est simple quand je lui demande ce qu’elle dirait à une jeune fille qui veut pratiquer un sport de combat : « Je lui dirais de ne pas avoir peur. Alors oui, au départ, quand on voit 10 mecs de 1m75 minimum en kimono, tout transpirants, ça peut être flippant, mais nous on transpire autant qu’eux, et on se bat comme eux. Il ne faut pas avoir peur de s’affirmer : de toute façon, dans notre société, il faut ouvrir la bouche sinon on ne va nulle part, alors autant ouvrir la bouche et savoir se battre. Il faut se lancer, parce qu’une fois parti on ne s’arrête plus ».

Alors qu’est-ce que vous attendez pour prendre votre kimono et mettre au tapis les stéréotypes de genre ? 

Anne-Laure Querré

Merci à Éva qui a bien voulu répondre à mes questions. 

Frida Kahlo: activist for the feminist cause

In a patriarchal society in which inequalities between men and women persist, it is important to talk about pioneers of feminism who have fought for emancipation and for the rights of women. The talented Frida Kahlo, the Mexican painter, is one of those who made the cause of women’s rights a personal affair. She established herself as a true icon of feminism, desiring to defend “this silent and submissive mass”. Her intrepid character and striking and revolutionary works, as well as her nonconformism, have made her into the legend that she is today. The beautiful Mexican woman with a ruined body and broken heart, the “daughter of the Mexican revolution” as she liked to call herself, transformed the world from Mexico. Here is a look back at this strong and independent woman, and at her tragic life.

A dramatic existence: what doesn’t kill you makes you stronger…

Frida Kahlo claimed to be born in 1910, a date symbolic of the beginning of the Mexican revolution, but in reality she was born in 1907 on the outskirts of Mexico City. She spent her childhood and most of her life in the “Casa de Azul” (the blue house in Spanish), which is now a museum dedicated to her, and which keeps many of Kahlo’s works and personal objects hidden within its walls.

As a young child, Kahlo was forced to overcome complicated challenges. In fact, at the age of only six, she fell victim to polio, an infectious disease that can cause paralysis. Before long, her right leg began to deform and stop growing. These physical anomalies led her to be mocked by her classmates, who called her “crippled”. This period, although upsetting, helped her to grow in maturity, and she learned to turn this weakness into strength.

From an early age, the Mexican decided she did not want to follow the same path as the other women in her country; that is to say, one dictated by misogyny. Kahlo dreamed of travelling, independence and freedom. She wished to study and to come to know love, pleasure and happiness. At the age of sixteen, she was already interested in politics, and had no plans to embark on the same journey as her father Wilhelm Kahlo, a great painter and photographer of German origin. Art was still, at this time, totally foreign to her. 

An accident: a turning point in her life…

Kahlo was young, beautiful, and had a promising future ahead of her. She would study hard and would become a woman. But at 18 years old came her coup de grâce, a turning point in her young life. She would take the bus to return from lessons; one day, the driver lost control of the engine and veered off the road, colliding with a tramway. The result was catastrophic: many people died in the accident. Kahlo did not die, but suffered serious injuries from being pierced by part of the bus. She had a perforated abdomen, a fractured leg, a broken foot; her pelvis, ribs and spine were all broken. In short, her body was mutilated. She was forced to remain in hospital for several months in a plaster cast. Her reproductive organs were also affected; she would learn years later that she could not have children.

Only her mental strength would help her to overcome this trauma and these immense physical and moral challenges. She decided to fight against herself, against her own body. For this, she took refuge in painting, depicting on canvas things as she saw them. Across her self-portraits, she focused on herself and made herself the true subject of her art. Painting helped her to get back on her feet and forget the suffering that consumed her.

1928 marked the beginning of her involvement in politics, when she joined the Mexican Communist Party. She wanted to change the order of things, overturn social codes and reduce inequalities; she wished to partake in the revolution to transform the world into one without classes, and where oppressed groups would live in better conditions. The “daughter of the revolution” launched herself into a fight for the rights of women and against the machismo which was so common in Mexico and everywhere else at this time. The man was considered dominant, while the women was reduced to the role of the housewife. Kahlo could not stand these inequalities, and refused to submit to these degrading stereotypes.

Diego Rivera: a relationship regulated by passion and by suffering.

Not long after this, she met Diego Rivera, a communist painter whose frescoes had brought him popularity (they can now be seen in San Francisco, for example). Kahlo was impressed by his work, and Rivera was captivated by this unique and talented woman. They shared the same love of art and for communism. It was love at first sight, and they decided to marry. Kahlo’s mother was unimpressed, calling this marriage “a union between a dove and an elephant”.

The pair were passionately in love, but before long, Rivera’s infidelity began to complicate their relationship. He had an affair with Kahlo’s sister, as well as other women. But these adulteries encouraged his wife to do the same: being bisexual, she had male and female lovers, such as the Russian revolutionary Leon Trotsky and the Parisian actress Josephine Baker. Despite these unhealthy goings-on, the lovers could not bring themselves to leave each other; if anything, their passion for each other became stronger. Indeed, after this difficult period they divorced in 1939, before remarrying a year later as they couldn’t bear to be apart any longer.

Kahlo’s inability to have children due to her accident added itself to a series of psychological pains that she had to face. Her repeated miscarriages had terrible mental health implications. She was desperate, and felt alone and abandoned by everyone. This period would become for her one of the most painful in her life, and it would take a long time for her to accept it and move forward.

The 1950s: the descent into hell.

From 1946 onwards her state of health, which had been stable, begun to get progressively worse. Her pain became unbearable, and she had to have multiple operations on her spine. The result was regrettable: she was forced to spend no less than nine months in her hospital bed. No longer being able to be in control of her own body put her in a difficult situation. However, she continued to paint, even assisting with her photographer friend Lola Alvarez Bravo’s exhibition from her hospital bed.

In 1953, she had another setback: her right leg had to be amputated due to gangrene. This operation put an end to her physical suffering, but her struggles felt more present than ever. The loss of her leg plunged her into a deep depression. She wrote in her journal that the amputation of her leg almost made her lose her mind. She had a permanent desire to kill herself, with only her husband preventing her doing so as she imagined he would miss her. She said she had never suffered so much in her life.

From her wheelchair, she continued to fight for what she believed in. She never ceased to spread messages of equality and to depict taboo subjects (sex, desire, infertility) in her paintings. Weakened by pneumonia, Kahlo passed away in 1954, but the last words she wrote in her aroused suspicions among those around her: “I joyfully await the exit – and I hope never to return.” It was suspected that she committed suicide, which would have allowed her to put an end to her pain.

She remains a woman brimming with life and a flamboyant model of strength and independence, who fought for her convictions until her list birth. Her final painting bears witness to this: she inscribed “viva la vida” among the vibrant colours which illuminate the work. These vivid colours may be seen as paradoxical when compared with the struggles which occupied her existence. Through this message of optimism, Kahlo demonstrates that whatever difficulties someone experiences, life is still worth living.

Frida Kahlo: an icon of feminism

Throughout her life, Frida Kahlo was the embodiment of a true icon of feminism. She opposed the inflexibility of Mexican society, which was resistant to the emancipation of women. She constructed her myth alone, with the help of her strong personality and uncompromising character.

Kahlo was an atheist in very Catholic Mexico, and it was from here that she begun her originality and opposition to the norm. She called herself bisexual in a society attached to old-fashioned values, against what she could call “deviance”.

The political situation in Mexico had a great influence on her work. Revolution was taking place between 1910 and 1920. The country emerged from this period weakened in every domain: economic, social and political. From 1920 to 1924, the situation in Mexico began to stabilise, but inequalities persisted. After this period, distinction based on gender came back in full force. Women, who had contributed during this hostile period and succeeded in breaking into the political sphere, were reduced to their former role as housewives. This was the return of enslavement, to domestic tasks, to the absence of rights. They had no access to political life or education. At a young age, Kahlo refused to submit to this, and took up the fight against gender stereotypes.

Her preferred weapon: painting. Through her art, she was able to raise awareness, provoke and express herself freely. Each of her paintings allowed her to talk about taboo subjects, which nobody had dared to talk about before that point. From sex to abortion, miscarriages and even depression, her paintings illustrate the experiences forming the life of a woman. They allowed her to shine a light on the suffering of women and the trials they may face, that the men at the time had difficulty understanding. Kahlo placed no limits on herself; she even depicted genitalia. Many would criticise her work and would view it is a mark of vulgarity and indecency. André Breton, avant-gardist and surrealist, declared that “her art is a ribbon around a bomb”.

One thing which allows us to pick the Mexican artist out of a crowd is her monobrow and small moustache. She didn’t hide them, quite the opposite; she used them to make an impression in this world where women are subjugated and victims of social pressures. They had to look like an imposed ideal and for this reason, any sign of masculinity was unwelcome. Kahlo showed that her hair did not prevent her beauty, she that embodies elegance and femininity. The Mexican wanted to liberate herself from the standard of the perfect woman, which had to fulfil many criteria. She disturbed people with her nonconformist values. In certain family photos, she is seen wearing an outfit otherwise reserved for men. Rivera, in one of his paintings, had even depicted her with a cigarette in her mouth and bottle of Tequila in hand. A woman with a weakness for alcoholic drinks was more than looked down upon, but Kahlo liked this and did not hide it: “I drank to drown my sorrows, but the damned things learned how to swim.”

The cause of feminism and her combat in favour of minorities were not the only battles that Kahlo undertook. “Mexicanidad” (“mexicanness”), the acceptance of her roots and of her identity as a Mexican woman, was also on this already exhaustive list. After the long years of revolution and economic, political and social chaos in Mexico, it was necessary to reconstruct the country and make sure that the residents were proud of their roots. This is why, in 1942, she became a member of the “Seminario de Cultura Mexicana”, an organisation created by the Minister of Cultural Affairs. The organisation aimed to encourage the spread of Mexican culture by way of exhibitions and other cultural meetings which would represent the country’s tradition.

Frida Kahlo, through her masterful and striking works, her commitment to the cause of the rights of women and minorities, through the courage she showed during a life of challenges, is today firmly rooted among the numerous women who have fought for equality. The painful trials she was forced to face gave her the strength to face any difficulty. Her provocative paintings became a symbol of open-mindedness and freedom. Until her last breath, Kahlo, through painting the most meaningful phases of her life, was aware of being the spokesperson for all the women who were denied the right to express themselves.

Imane Rachati

Translated by Jenny Frost

Les stéréotypes de genre dans le sport : la boxe (1)

Quand j’ai rencontré Lucie en licence d’histoire, c’était une étudiante studieuse, celle qu’on voit finir major de promo, à fond dans les livres et pas vraiment dans le sport. Lucie, c’est la bonne copine : compétitrice, ambitieuse, intelligente, jolie et au rire contagieux. Quand on la rencontre dans la rue ou qu’on la croise à l’université, on n’imagine pas que Lucie a fait de la boxe anglaise pendant plusieurs années. J’avais l’image d’une boxeuse avec un physique nécessairement bodybuildé, à qui on n’aurait pas vraiment envie de se frotter. C’était un préjugé qui, comme tous les préjugés, s’est avéré faux. Je me suis alors interrogée sur la place des femmes dans le sport et plus particulièrement dans les sports dits « masculins ». Et quand j’ai proposé à Lucie de se voir pour discuter de ses années de boxe, elle a tout de suite accepté.

Les stéréotypes de genre ont la vie dure. Mais qu’est-ce qu’un stéréotype de genre ? Un stéréotype est définit comme une « idée, opinion toute faite, acceptée sans réflexion et répétée sans avoir été soumise à un examen critique, par une personne ou un groupe, et qui détermine, à un degré plus ou moins élevé, ses manières de penser, de sentir et d’agir ». Le genre est quant à lui définit comme « le concept qui désigne l’ensemble des caractéristiques relatives à la masculinité et à la féminité ne relevant pas de la biologie, mais de la construction sociale ». Un stéréotype de genre est donc un préjugé qui se base sur le sexe de la personne. « La boxe est un sport d’homme » est un stéréotype de genre, par exemple. Mais on ne fait pas du sport avec ses organes génitaux. Le bleu n’est pas la couleur des garçons et le rose celle des filles. Alors pourquoi pense-t-on encore aujourd’hui que tel ou tel sport est réservé à un genre ? La société évolue et une certaine ouverture d’esprit à fait son apparition. Toutefois, celle-ci est à nuancer : ce n’est pas seulement vos grands-parents ou vos parents qui sont soumis à ces stéréotypes mais bien toutes les catégories socioprofessionnelles et toutes les tranches d’âges. L’objectif de cette série d’articles est de donner la parole aux femmes et aux hommes qui pratiquent ces sports auxquels on ne pense pas inscrire son enfant ou même s’inscrire soit même, par honte, par conditionnement.

Lucie, 22 ans, étudiante en master d’Histoire moderne

« Je suis originaire d’un milieu rural, je n’ai pas choisi la boxe comme une évidence, c’était plus par dépit ». La raison : le manque de diversité des sports proposés. Lucie savait néanmoins que les sports de contact lui plaisaient, mais pas forcément les sports d’équipe. Ses parents n’étaient pas du même avis car la distance pour se rendre à la salle de boxe était de vingt minutes et parce qu’ils considéraient la boxe comme un sport masculin. Ils avaient peur que leur fille se fasse mal ou qu’elle casse sa dent une nouvelle fois. En classe de 4e, la mère de Lucie avait un ami dont le fils pratiquait la boxe. Lucie et sa mère se sont rendues à son gala et ce fut le coup de cœur pour Lucie. Elle commence les entraînements, qu’elle trouve physiquement difficiles. La persévérance la fait continuer, mais son amie qui avait commencé avec elle s’arrête pour des raisons de santé. À la fin de l’année scolaire, l’entraîneur principal lui propose de faire des combats, mais par peur de ne pas y arriver, Lucie décide de refuser. Elle me confie que « quand quelqu’un voit en toi du talent ça fait plaisir ». C’est pendant son année de 3e qu’elle fera son premier combat en championnat de Gironde. Elle le gagnera et repartira avec son trophée. A cette occasion, elle est interviewée par une journaliste de sud-ouest, mais elle n’aime pas le portrait qui est fait d’elle. Elle voulait paraître effrayante pour ses adversaires, mais le portrait qui est dépeint est celui d’une jeune fille timide.

La timidité ne l’arrête pas et elle continue la boxe jusqu’en terminale. C’est pendant cette dernière année de lycée, en 2015, qu’elle participe aux interrégionaux. Ce fut une année difficile, parce que dans la boxe comme dans d’autres sports de combat, il faut respecter un certain poids. Si vous le dépassez de quelques grammes, vous ne pouvez pas participer à la compétition. C’étaient des conditions difficiles qui ont créé des tensions entre les entraîneurs et le père de Lucie. Malgré cela, Lucie gagne pour la première fois par K.O. lors du championnat et ce fut une fierté pour elle, « j’ai perdu au premier round, mais au deuxième mon entraîneur me dit qu’elle commence à chanceler et que je peux lui mettre un K.O. ce que je fais au troisième round ». Les compétitions continuent et Lucie tombe sur une adversaire de taille. « En février-mars, je suis tombée sur une fille de l’équipe de France. Elle avait plus de combats que moi, mais mes entraîneurs ne me l’avaient pas dit, pour éviter que je panique ». Elle n’a pas gagné le combat, mais elle n’a pas eu de K.O. et n’a perdu au point, ce qui reste quand même une victoire. À la fin de l’année scolaire, elle fait son dernier combat à domicile et le gagne. Puis, après avoir obtenu son baccalauréat, Lucie quitte sa ville natale pour continuer ses études à Bordeaux.


© Sylvie Florès


© Boxing Club du Bourgeais

Ne pouvant plus rester dans son club à cause de ses études supérieures, Lucie reprend la boxe dans un nouveau club à Bordeaux, et ça a été « le début de la fin ». Pour elle, changer de club a été difficile « parce qu’on a une relation très fusionnelle avec mon coach ». Dans le club de Bordeaux, il y a beaucoup de professionnels et elle se sent vite exclue. Les entraînements sont plus intensifs, quatre par semaine, et le niveau est plus élevé. Au moment de s’inscrire pour les championnats, Lucie préfère s’arrêter, « j’ai arrêté avant les championnats, car je n’accrochais pas avec le club et mon adversaire était très redoutable, j’ai eu peur, alors j’ai arrêté ». Pendant plusieurs années, elle n’a pas repris la boxe. « Pendant quatre ans j’ai eu un blocage, je pouvais plus entendre parler de la boxe, ça me dégoutait. J’ai pris du poids en arrêtant la boxe, c’était le contrecoup. Je ne voulais plus faire aucun sport ». Ce n’est que l’année dernière qu’elle reprend la boxe dans un club près de chez elle, même si elle a toujours un peu d’appréhension avant d’y aller. L’ambiance y est différente de son premier club bordelais, plus familial. Elle y fait ses entraînements deux fois par semaine pendant deux heures. « Quand je suis arrivée dans le club pour la séance d’essai, je n’ai pas dit que j’avais déjà pratiqué la boxe, je voulais vraiment recommencer de zéro. L’entraîneur a bien vu que j’en avais déjà fait et il m’a même dit : « je te connais, tu as déjà fait de la boxe toi ? » Je lui ai finalement avoué que oui j’avais bien fait de la boxe et quand je lui ai dit mon nom, il m’a dit qu’il se souvenait de moi ». Malgré son emploi du temps difficile entre la fac et son travail à Décathlon, Lucie continue ses entraînements. Les quatre années sans pratiquer la boxe ne lui ont pas enlevé tout ce qu’elle avait appris à travers la pratique de ce sport. La persévérance et le self-control qu’elle développé avec la boxe lui ont servi pendant ses études. Pour elle, elle n’aurait jamais pu arriver jusqu’en master sans la boxe, « ça m’a donné confiance en moi et ça m’a permis d’être persévérante dans les études ».

 

© Boxing Club du Bourgeais

 

         Lucie se décrit comme un « garçon manqué », avec un style très « masculin » au lycée, « je devais m’endurcir, je ne pouvais pas me permettre de pleurer ». Au cours des compétitions, les filles sont tournées au ridicule si elles sont maquillées. « Pendant un championnat, une fille est arrivée un peu maquillée et elle a été tournée en ridicule, on s’est moqué d’elle. Aujourd’hui, je trouve ça nul, on te dit que tu dois t’endurcir, que tu ne dois pas pleurer, etc. C’est un milieu qui t’impose tellement, les femmes, elles doivent être des bonshommes. Dès que tu es un peu féminine, on dit que tu es une « pétasse » et que tu ne vas pas gagner ». Aujourd’hui, dans son nouveau club, l’ambiance est tout autre. Les filles sont plus nombreuses et elles ne ressemblent pas à l’image de la femme « masculinisée » pour faire peur à son adversaire, « les filles qui sont dans le club, elles sont très féminines, elles portent du maquillage et ça ne les empêchent pas d’être redoutable sur le ring ».

Pour la majorité des personnes, Lucie n’a pas le physique pour faire de la boxe, et quand ils l’apprennent, les réactions sont souvent les mêmes. « En général, les gens sont plutôt choqués, ils disent « on dirait pas », je porte des talons, je me maquille et je suis une personne sensible alors pour eux, je ne peux pas faire de la boxe, comme si ce n’était pas compatible. »

Finalement, qu’est-ce que tu dirais aux jeunes filles qui veulent pratiquer la boxe, mais qui n’osent pas ? « Je dirais aux jeunes filles qui veulent faire de la boxe d’y aller, de foncer ! ». C’est un sport qui, au-delà des qualités physiques qu’il apporte, a permis à Lucie de ne plus être timide, d’avoir confiance en elle et qui lui a donné une certaine persévérance dans le domaine professionnel. Aujourd’hui, elle ne regrette pas du tout ses années de boxe. « J’ai eu des cocards, dont un récemment, et j’ai toujours était fière d’en avoir. Je n’ai jamais voulu les cacher avec du maquillage ». Pour la petite anecdote, la dent de Lucie ne se sera jamais cassée durant ses années de boxe.

Querré Anne-Laure

Merci à Lucie qui a bien voulu se prêter au jeu de l’interview. 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Genre_(sciences_sociales)

https://www.cnrtl.fr/definition/stéréotype

« On ne tue jamais par amour ». 2020, une nouvelle année de lutte contre les violences faites aux femmes en France

Dans la nuit du 31 décembre, alors que l’année 2019 se termine en fête, la lutte contre les violences machistes continue. Cette nuit-là, ce sont près de 300 collages qui ont été effectués dans plus de 83 villes en France pour dénoncer les violences conjugales et les féminicides. Tandis que de nombreuses associations dénoncent toujours le manque de moyens pour résoudre cette crise d’ampleur nationale, le gouvernement espère que les mesures annoncées pour 2020 marqueront un tournant dans la lutte contre le fléau des violences sexistes. Où en sommes-nous de la lutte contre les violences misogynes en France ?

2019, une année de malheurs et de colère

La Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique, ratifiée par la France le 4 juillet 2014, définit les violences à l’égard des femmes comme « tous les actes de violence fondés sur le genre qui entraînent, ou sont susceptibles d’entraîner pour les femmes, des dommages ou souffrances de nature physique, sexuelle, psychologique ou économique ». 

Il suffit de regarder quelques chiffres pour prendre conscience que l’année 2019 aura été particulièrement sombre en France. On déplore 149 féminicides, soit un toutes les 60 heures environ. Avec ce chiffre accablant, la France devient le deuxième pays d’Europe le plus touché par ce fléau derrière l’Allemagne. Alors que l’égalité entre les femmes et les hommes a pourtant été décrétée « grande cause du quinquennat » par le gouvernement, cette crise nationale paraît bien loin de se terminer. Le nombre annuel de féminicides en France ne semble pas baisser puisque depuis 2014 on déplore encore entre 120 et 140 femmes assassinées chaque année et 201 000 femmes victimes de violences physiques et/ou sexuelles par leur compagnon ou ex-compagnon. L’importance de cette crise est d’autant plus perceptible lorsque l’on sait que seulement environ 10% des femmes victimes de violences portent plainte et que 80% de ces plaintes sont classées sans suite, ou encore lorsque l’on apprend que 65% des femmes assassinées avaient déjà prévenu les autorités du comportement violent de leur conjoint.

Au-delà de ce triste constat, 2019 aura été aussi une année marquée par une forte prise de conscience de l’opinion publique sur ce sujet, et ce notamment grâce au mouvement des « colleuses » d’affiches apparu en août 2019 à Paris. Ces messages chocs contre les violences conjugales et sexistes, désormais bien connus des français, se sont propagés un peu partout en France et en Europe. Alice*, une étudiante parisienne de 21 ans, qui a participé à de nombreux collages nous dit que pour elle « c’est un nouveau mouvement féministe, on tente quelque chose qui ne se faisait pas. C’est un mouvement révolutionnaire tout simplement. » et si elle a décidé de s’engager c’est parce que « C’est une manière plus brutale de montrer les choses ». Pour Maya Martel, créatrice de Tabou**, un podcast donnant la parole aux victimes de violences sexuelles, et aussi une des premières militantes du mouvement des “colleuses”, avec ces affichages « les gens ne peuvent plus faire l’autruche ». En effet, ces messages, écrits sobrement en grandes lettres noires sur fond blanc, collés par milliers dans les rues du pays, nous remettent quotidiennement face à la réalité glaçante de ce fléau : « 103ème féminicide : anonyme, 76 ans, tuée à la hache. » pouvait-on lire par exemple sur les piliers du métro aérien dans le 13e arrondissement de Paris. Ces collages, en plus de mettre en lumière la brutalité de ces assassinats, sont des appels à l’action contre les violences conjugales et sexistes et dénoncent l’inaction de l’État face à l’ampleur de la crise. Pour Alice, « le gouvernement reste sans cesse inactif. C’est nous qui devons prendre en charge ce que le gouvernement a promis ». 

“Des moyens à la hauteur des enjeux” annonce le gouvernement

Sous l’impulsion de ce mouvement et des associations, afin d’en finir avec la sinistre liste des féminicides qui n’a de cesse de s’allonger, le 3 septembre 2019, le gouvernement annonce 10 mesures d’urgence et la tenue d’un Grenelle, un débat national, pour trouver au plus vite des solutions face à la crise.  Parmi ces solutions annoncées en urgence, on retrouve notamment la diffusion du numéro d’urgence, le 3919, désormais disponible 24h/24, ou encore le déblocage de 1000 places d’hébergement pour mettre à l’abri les victimes de violences conjugales dès janvier 2020. 

Pour résoudre cette crise au plus vite, le gouvernement annonce la mise en place de nouveaux moyens financiers, juridiques et matériels. Parmi les mesures détaillées dans le “plan de lutte contre les violences faites aux femmes” le gouvernement promet ainsi le déblocage de 1 milliard d’euros en faveur de l’égalité femme-homme dont « 360 millions d’euros dédiés exclusivement à la lutte contre les violences faites aux femmes » pour l’année 2020. Est annoncé également le déploiement des « chambres de l’urgence » pour juger plus vite et plus efficacement « en assurant les circuits les plus courts possibles » pour accélérer le traitement des procédures, ou encore, la généralisation du bracelet anti-rapprochement (BAR) permettant de protéger les femmes en empêchant l’auteur des violences de les approcher. 

Dans son rapport, le gouvernement annonce qu’il souhaite également prévenir ces violences en éduquant « à la non-violence et à l’égalité entre les filles et les garçons » dès le plus jeune âge par la création d’une culture de prévention et de sensibilisation auprès des élèves ou encore par la diffusion, dans tous les établissements, d’un document unique de signalement et un « guide réflexe » à destination des personnels des établissements pour permettre de signaler les violences intrafamiliales dont les élèves sont victimes. 

Enfin, en ce qui concerne les forces de l’ordre, l’État promet la mise en place de nouvelles formations des policiers et gendarmes pour assurer l’accueil et l’accompagnement des victimes. Ces formations porteront notamment sur le phénomène de l’emprise, l’évaluation du danger à travers la mise en place d’une grille d’évaluation et les interventions à domicile.

Des mesures encore insuffisantes en France ?

Tandis que la mise en place de ces nouveautés est martelée par le gouvernement comme solution à la crise, pour Maya Martel, ces mesures semblent loin d’être à la hauteur de l’urgence : « sur 1 milliard qui est promis, quasiment tout l’argent part pour la coopération internationale. Ce n’est pas utilisé pour la lutte contre les violences faites aux femmes en France ». Quant aux 1000 places d’hébergement promises, elle fait part de ses doutes : « ces places-là est-ce qu’on va les voir ? On ne sait pas puisque déjà l’année dernière, ils avaient promis cent places et on ne les a toujours pas vues ». Enfin, au sujet des nouveaux bracelets anti-rapprochement promis par le gouvernement qui devraient être déployés cette année, la jeune militante rappelle que contrairement à d’autres pays, en France « il faut l’accord du conjoint violent ».

Des dispositifs qui peuvent sembler davantage insuffisants lorsqu’ils sont mis en contraste avec les mesures prises contre les violences misogynes en Espagne depuis maintenant plus de 15 ans. En effet, depuis 2004, l’Espagne a vu le nombre de féminicides diminuer considérablement puisqu’en 2019, ce sont 54 femmes qui ont été assassinées contre 71 en 2003. Cette différence s’explique matériellement par l’arsenal juridique important et les moyens colossaux qui sont déployés pour mettre un terme au fléau. À titre d’exemple, cela fait plus de 10 ans que les bracelets anti-rapprochement sont utilisés en Espagne et quant à la dimension économique, si l’on compare les deux pays, le contraste est à la fois saisissant et inquiétant. Depuis 2004, ce sont 200 millions d’euros investis chaque année pour lutter contre la violence faites aux femmes en Espagne tandis qu’en France, en 2019, ce sont seulement 79 millions d’euros, bien loin des 509 millions d’euros minimum qui seraient nécessaires selon plusieurs organisations spécialisées (le Conseil économique social et environnemental, le Haut conseil pour l’égalité, la Fondation des femmes, le Fonds pour les femmes en Méditerranée et Women’s Worldwide Web). 

Pour de nombreuses associations, bien loin des 360 millions prévus, ce serait même un milliard d’euros qui serait nécessaire pour un meilleur accueil et accompagnement des victimes comme l’explique Maya Martel : « quand [les victimes] viennent porter plainte, il faut savoir prendre la plainte et réagir correctement. Ce milliard va permettre une bonne formation des gendarmes et policiers » et dans un second temps, « c’est aussi pour aider les différentes associations à accompagner les victimes à traverser ce traumatisme ». 

Quant à la dimension juridique, la différence est encore plus marquante : « En France, il peut y avoir plusieurs années entre le dépôt de plainte et le procès » explique Maya, alors qu’en Espagne, suite à la loi de 2004 relative à la “ protection intégrale contre les violences de genre », plusieurs centaines de tribunaux spéciaux et un parquet spécialisé ont été créés. Cette loi permet ainsi à un procureur de poursuivre un agresseur sans même que la victime ait déposé plainte et une première comparution de l’accusé devant le juge doit avoir lieu dans les 72 heures suivant son arrestation avec une assistance juridique gratuite pour les victimes. Au-delà de cette loi, en 2018, le nombre d’ordonnances de protections délivrées en Espagne était de 39 176 alors que la même année en France, on en comptait 3 332. Cette différence flagrante de moyens matériels et législatifs en France s’explique également par une mentalité qu’il faut « impérativement changer » selon Maya Martel.

Une évolution nécessaire de la société française

Ordonnances de protection, bracelets anti-rapprochement, les moyens sont là mais la lutte contre les violences faites aux femmes semble encore bien loin de se terminer car la lutte est aussi et surtout une bataille idéologique. « En France on baigne dans ce qui s’appelle la culture du viol*** et, de manière plus globale, dans une culture qui minimise les violences faites aux femmes » explique Maya Martel « Par exemple une femme qui est battue et qui porte plainte au commissariat, il arrive que les gendarmes refusent de prendre sa plainte “parce qu’elle n’a pas de bleus sur le corps” ou bien qu’ils refusent de se déplacer pour “une simple dispute conjugale” » à l’exemple d’un cas paru en septembre 2019 dans lequel la police, contactée à plusieurs reprises, ne s’est pas déplacée immédiatement prétextant qu’il ne s’agissait que d’une dispute conjugale. Dans cette affaire, la victime de 21 ans a été retrouvée morte le lendemain, tuée par son compagnon. Pour Maya, « il faut qu’il y ait une prise de conscience à ce niveau-là et surtout que la parole des femmes soit crue, qu’on cesse de la remettre en question » et que l’État arrête « d’ignorer la réalité et qu’il nous prenne au sérieux ». 

Une évolution des mentalités en France que le mouvement des “colleuses” caractérise pour Maya Martel. « C’est un mouvement de sororité » face à « la France qui invisibilise la violence faites aux femmes » explique la jeune militante. Avec ce mouvement, « les femmes prennent enfin la parole par rapport aux violences qu’elles subissent et le regard du public change » ajoute-t-elle. « Aujourd’hui on a des colleuses qui racontent leurs propres histoires sur les murs » et ainsi, les femmes de tout âge « réalisent qu’il y a tout un mouvement et qu’elles ne sont vraiment pas seules dans cette bataille » raconte Maya pour décrire la forte solidarité du mouvement des “colleuses”. Comme le stipule le texte législatif espagnol de 2004, il s’agit de considérer désormais que « la violence de genre n’est pas un problème qui affecte la vie privée. Au contraire, il s’agit du symbole le plus brutal de l’inégalité existante dans notre société ». 

Victor d’Avigneau

* prénom modifié

**disponible gratuitement sur toutes les plateformes de streaming 

*** La culture du viol est un concept sociologique utilisé pour qualifier un ensemble de comportements et d’attitudes partagés au sein d’une société donnée qui minimiseraient, normaliseraient voire encourageraient le viol.

Ces actrices engagées. Julianne Moore et les armes 5/5

Julianne Moore est l’une des rares artistes à avoir réussi le “grand chelem”, c’est-à-dire à avoir remporté un prix d’interprétation à Cannes, Venise et Berlin, soit les trois plus grands festivals de cinéma. Mais en plus d’être une actrice brillante, elle se bat depuis peu contre la vente d’armes aux Etats-Unis. 

Elle prend réellement conscience du danger des armes à feu lorsqu’elle doit expliquer à sa fille de dix ans, sans la traumatiser, la tuerie de l’école primaire Sandy Hook en 2012. Elle décide d’entrer en rébellion contre la politique d’inaction de Donald Trump, lequel dénonce les gens qui utilisent les armes plutôt que de reconnaître que la liberté de circulation d’armes à feu est un problème récurrent en Amérique. Pour autant, Julianne Moore ne va pas à l’encontre du Deuxième Amendement de la Constitution des Etats-Unis qui autorise les citoyens américains à porter des armes pour leur sécurité. Elle travaille, avec Everytown for Gun Safety, une organisation en faveur du contrôle des armes à feu. 

En 2018, elle explique qu’avec l’élection de Trump « les gens sont devenus plus engagés politiquement. Grâce à nos actions, vingt Etats ont déjà voté une loi de vérification des antécédents des possesseurs d’armes à feu, j’aimerais que cela soit étendu à l’ensemble des Etats-Unis. » En effet, le problème des armes à feu aux Etats-Unis, c’est que n’importe qui, quels que soient ses antécédents, notamment psychologiques, peut acquérir une arme à feu.

Logo de Everytown for Gun Safety

L’actrice explique au site People : « avant d’être des acteurs, nous sommes des citoyens et nous croyons en la Constitution et au Second Amendement. Mais 92% des habitants des Etats-Unis sont également en faveur d’une vérification des antécédents, donc je ne pense pas faire partie d’une minorité. J’ai vraiment l’impression de faire partie de la majorité. » 

Elle a écrit dans la Lenny Letter, une newsletter hebdomadaire féministe où s’expriment des femmes influentes telles que Michelle Obama ou Jane Fonda, pour sensibiliser une fois de plus sur l’importance du contrôle des armes à feu. Elle explique qu’en moyenne 91 personnes sont tuées chaque jour par des armes à feu aux Etats-Unis et que 40% des armes vendues sont acquises par des utilisateurs dont les antécédents n’ont pas été vérifiés. Elle écrit que « en matière d’armes, ce n’est pas un débat entre les gentils d’un côté et les méchants de l’autre. Ça ne devrait pas être une bataille partisane. Ça ne devrait pas être une dispute pro-armes versus anti-armes. Ce n’est pas un conflit au sujet de notre Constitution. Le Second Amendement donne le droit aux citoyens américains de porter une arme à feu. Mais une arme est une machine. Et si tu choisis de posséder des armes, tu as la responsabilité de t’en servir avec précaution. » Julianne Moore donne également quelques chiffres marquants pour sensibiliser davantage. Ainsi, le taux de mortalité par arme à feu est 20 fois plus élevé que dans n’importe quel pays développé. De plus, les Américaines auraient onze fois plus de risques d’être tuées par une arme à feu et, selon les études, les femmes victimes de violence conjugale ont 20 fois plus de risques d’être tuée par arme à feu si le ménage en possède une. 

Les armes sont un problème à la fois social et politique.

Julianne Moore est également à la tête du collectif Everytown Creative Council, réunissant plus de 80 artistes qui souhaitent informer et bousculer les mentalités dont Sofia Coppola, Christina Applegate, Kevin Bacon, Alec Baldwin, Elizabeth Banks, Steve Carell, Jessica Chastain, Don Cheadle, Lee Daniels, Kirsten Dunst, Michael J. Fox, Bryce D. Howard, Helen Hunt, Rashida Jones, Mindy Kaling, Donna Karan, Kim Kardashian, Jennifer Lawrence, Spike Lee, Yoko Ono, Gwyneth Paltrow, Sarah Jessica Parker, Amanda Peet, Mark Ruffalo, Meg Ryan, Zoe Saldana, Amy Schumer, Russell Simmons, Liv Tyler ou encore Reese Witherspoon. 

Enfin, elle fait partie d’un groupe de “mamans demandant une action pour le contrôle des armes à feu en Amérique”. 

 Ludivine PASCUAL

Ces actrices engagées. Meryl Streep versus Donald Trump 4/5

Meryl Streep est considérée comme l’une des plus grandes actrices américaines de son temps. Ses rôles éclectiques ont prouvé qu’elle peut tout jouer et que son ouverture d’esprit n’a pas de limite. En plus d’être une femme de talent, elle n’a pas sa langue dans sa poche et l’a fait comprendre plus d’une fois durant les surprenants événements politiques que connaissent les Etats-Unis depuis quelques temps. Elle a tenu à apporter son soutien à Hillary Clinton pendant la campagne présidentielle de 2016 contre Donald Trump. Bien que le républicain ait été élu, Meryl Streep considère que le combat ne s’arrête pas là et décide de poursuivre la lutte qui consiste à défendre la liberté des médias et celle des artistes.

Left, by Rochlin. Right, by D. Dipasupil/Filmmagic. Both from Getty Images.

En 2016, dans le contexte d’un festival de théâtre sur Shakespeare et durant le temps d’une chanson, Meryl Streep se déguise en Donald Trump avec un auto-bronzant orange et une coiffure semblable à celle du président américain tandis que l’actrice Christine Baranski est, elle, déguisée en Hillary Clinton. 

Donald Trump en meeting à Phoenix en août 2016

Lors des Golden Globes 2017, Meryl Streep prononce un discours que les mémoires n’oublieront pas de sitôt. Elle dénonce le comportement de Donald Trump lorsqu’il a imité un journaliste handicapé. C’est, selon elle, la “performance de l’année”. Elle reste scandalisée que l’homme le plus puissant du pays ait pu humilier ainsi une personne à cause d’une différence.

Sans jamais citer Donald Trump dans son discours, elle critique librement la position anti-immigration du président des Etats-Unis en expliquant que de nombreuses actrices et acteurs sont issus de l’immigration et que, sans eux, le cinéma n’existerait pas. De même, elle défend la presse, souvent ciblée par Donald Trump, et explique l’importance du rôle qu’ont les médias d’informer les gens et de relayer les informations, celles-là même que Donald Trump voudrait voir disparaître.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là car Donald Trump n’a pu se retenir de répondre à l’actrice avec bassesse en tweetant, comme à son habitude, en disant qu’elle était “l’une des actrices les plus surestimées d’Hollywood”. Pourtant, en 2015, il avait assuré qu’elle était l’une de ses actrices préférées et qu’il la considérait comme quelqu’un de bien. Dans un discours, un mois après les Golden Globes, Meryl Streep lui répond “«Oui, je suis la plus surestimée, la plus récompensée, la plus réprimandée des actrices de ma génération». 

George Clooney prend la défense de Meryl Streep et pointe également Trump du doigt en expliquant qu’après avoir été malchanceux avec Bush, le peuple américain le sera encore un certain temps. 

L’actrice explique qu’elle ne souhaite pas devenir la porte-parole d’un front anti-Trump mais qu’elle ne peut pas résister à exprimer ses convictions quand quelqu’un les menace.

Ludivine PASCUAL

Ces actrices engagées. Emma Watson et le droit des femmes 3/5

En 2001, le monde entier découvre la brillante Hermione Granger sous les traits d’une jeune actrice alors inconnue, Emma Watson. Aussi assidue que le personnage qu’elle campe, Emma Watson continue ses études pendant les tournages des différents films “Harry Potter” et sort finalement diplômée de littérature de l’Université de Brown en 2014. La saga Harry Potter terminée, elle décide de se lancer dans d’autres projets cinématographiques mais également de s’investir dans une cause qui lui est chère : celle des femmes. 

Emma Watson prône un féminisme d’égalité homme-femme où les droits des uns ne doivent pas prévaloir sur ceux des autres. Il existe en effet plusieurs courants de féminisme et Emma Watson revendique un féminisme égalitaire. 

Logo de l’ONU Femmes

En 2014, l’actrice est nommée ambassadrice de bonne volonté par l’ONU Femmes. Elle participe dès lors à la campagne de l’ONU Femmes appelée HeForShe qui promeut l’égalité des sexes. Cette campagne se définit ainsi : HeForShe est une invitation adressée aux hommes et à toutes les personnes, quelle que soit leur identité de genre, à se déclarer solidaires des femmes afin de créer une force vive, visible et unie en faveur de l’égalité des sexes.” L’objectif de cette campagne est de rassembler autour de la cause féminine et de montrer que les humains sont égaux entre eux, quel que soit leur genre. Six mois après avoir été nommée ambassadrice, Emma Watson prononce un inoubliable discours sur l’importance de cette campagne et de l’égalité entre les femmes et les hommes. Elle explique: “plus je parle de féminisme, plus je réalise que la lutte pour les droits des femmes est trop souvent associée à la haine des hommes. S’il y a bien une chose dont je suis certaine, c’est que cela doit cesser.”. 

Logo de HeForShe

En décembre 2014, elle se voit décerner le titre de “Personnalité féministe de l’année” par l’ONG Foundation for Women.

En 2015, pour ses 25 ans, elle se trouve dans le classement du Times des 100 personnalités les plus influentes.

 En 2016, elle dénonce les agressions sexuelles sur les campus universitaires. 

En janvier 2018 a lieu la Cérémonie des Golden Globes pendant laquelle de nombreuses actrices d’Hollywood lancent ensemble le mouvement Time’s Up qui répond à l’affaire Weinstein et au hashtag #MeToo contre les violences sexuelles. Lors de la cérémonie des Oscar, les actrices hollywoodiennes s’habillent en noir pour dénoncer ces violences. Deux mois plus tard, lors de la cérémonie des Oscar, Emma Watson arbore également une robe noire et s’affiche avec un tatouage sur son bras droit, où on voit écrit “Time’s Up”.

En février de la même année, elle fait don d’un million de livres au fonds Justice and Equality, qui lutte contre le harcèlement sexuel en Grande-Bretagne. 

En février 2019, accompagnée notamment de trois prix Nobel de la Paix, Denis Mukwege, chirurgien congolais, Widsed Bouchamaoui, femme d’affaires tunisienne et Nadia Murad, ancienne esclave sexuelle de Daesh et militante irakienne, Emma Watson rencontre Emmanuel Macron à l’Elysée pour élaborer un pacte à visée internationale pour le G7 de Biarritz qui s’est tenu en août 2019. En résultat à ce sommet, l’Elysée communique que : “Afin d’aider les femmes victimes de crimes sexuels en temps de guerre à se reconstruire physiquement et psychologiquement, un Fonds international a été lancé par les Prix Nobel de la Paix Denis Mukwege et Nadia Murad. Les États du G7 s’engagent à participer à son financement” et que “plus de 2,5 milliards de femmes dans le monde sont affectées par des lois discriminatoires et l’absence de protection juridique. Harmoniser les droits des femmes par le haut, c’est l’objectif du Partenariat de Biarritz signé par les États membres du G7.” 

Il s’agit maintenant de voir des résultats concrets et l’on peut être sûr qu’Emma Watson y sera attentive.

Voici un lien vers le discours d’Emma Watson prononcé à l’ONU en 2014 :

 Ludivine PASCUAL

Ces actrices engagées. Audrey Hepburn et l’UNICEF 2/5

Loin de l’image glamour qu’a pu laisser son personnage d’Holly Golightly dans Diamants sur Canapé, Audrey Hepburn était avant tout une femme d’engagement et de valeurs. 

Née en Belgique en 1929, elle a 10 ans quand la Seconde Guerre Mondiale éclate et vit dès lors une enfance marquée par la sous-nutrition. Son corps, qu’elle juge trop maigre, la suit toute sa vie et l’empêche d’atteindre son rêve, devenir danseuse étoile. Audrey Hepburn a toujours gardé cet épisode au fond d’elle-même….

1954, Broadway, 24ème cérémonie des Oscar. Audrey Hepburn connaît une renommée mondiale grâce à son rôle de la Princesse Anne dans Vacances Romaines pour lequel elle remporte son unique Oscar. Pendant une quinzaine d’années, tous les films dans lesquels elle joue deviennent des succès ou des classiques (Guerre et Paix, Charade, My Fair Lady) et elle côtoie les plus grands acteurs masculins de son temps à qui elle donne la réplique à l’instar de Mel Ferrer qu’elle a épousé, Cary Grant, Gregory Peck, William Holden, Rex Harrison, Peter O’Toole, Fred Astaire, George Peppard, Humphrey Bogart et jusqu’à Sean Connery.

Audrey Hepburn et son mari Mel Ferrer sur le plateau de Guerre et Paix.

En 1968, l’actrice souhaite mettre un terme à sa carrière cinématographique pour profiter de sa vie de famille et refuse de nombreux rôles dont celui d’Out of Africa finalement attribué à Meryl Streep.

En 1988, elle devient ambassadrice de l’UNICEF et prend son engagement à coeur. Toute sa vie, Audrey Hepburn a fait preuve de bienveillance et de générosité. Devenir ambassadrice d’une telle organisation ne pouvait être qu’un engagement sincère et nécessaire en adéquation avec ses valeurs de toujours pour essayer d’améliorer les conditions des plus démunis. 

L’UNICEF est l’une des premières organisations humanitaires à penser faire appel à des célébrités pour qu’elles utilisent leur image en faveur de l’action menée. Dans les années 50, l’acteur Danny Kaye avait déjà utilisé sa notoriété pour la cause. Audrey Hepburn fait de même et réalise ainsi une cinquantaine de voyages en Afrique, en Asie et en Amérique centrale et du Sud. Bien que sa mission n’ait duré que quatre ans, jusqu’au diagnostic de son cancer à l’hiver 1994, l’égérie Givenchy n’a cessé de donner de sa personne pour essayer d’améliorer les conditions de vie des plus pauvres.

L’une de ses premières missions a été de se rendre en Ethiopie où sécheresses et guerre civile faisaient régner pauvreté et famine. Pour mobiliser les puissances à la fois riches et décisionnelles, elle donne sans répit des interviews à son retour auprès des presses occidentales. Puis elle se rend en Turquie pour un projet de vaccination contre la polio, en Equateur pour aider à un projet contre le travail des enfants, au Guatemala et au Honduras pour améliorer les conditions d’approvisionnement en eau potable, au Salvador pour un projet d’alphabétisation, etc.

Lors de ses retours en Occident, elle fait part de ce qu’elle a vu, ce qui l’a choquée et des choses qu’il faut absolument changer. Elle prend notamment la parole au Congrès américain, elle participe au Sommet mondial pour les enfants et fournit des rapports sur la Situation des enfants dans le monde. Elle utilise son image d’ancienne icône d’Hollywood lors de concerts de bienfaisance pour récolter des fonds et ne cesse d’enchaîner les interviews pour sensibiliser toujours plus à la cause de l’UNICEF.

Logo de l’UNICEF

Aujourd’hui, Audrey Hepburn reste l’une des plus grandes actrices hollywoodiennes des années 60 en plus d’une femme remarquablement engagée pour ses semblables. Sa simplicité et sa vision de la vie l’ont poussée à mener des combats justes et essentiels. 

L’une des plus belles phrases que l’on peut retenir d’elle et qui s’appliquent parfaitement à son action est sans doute : “Pensez-y : si un jour vous avez besoin d’une main secourable, vous en trouverez une à chaque bout de vos bras. En vieillissant, vous vous rendrez compte que vous avez deux mains, l’une pour vous aider vous- même, l’autre pour aider les autres.”

Ludivine PASCUAL