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Le Conseil de Sécurité répond-il aux crises contemporaines ?

Dans le cadre de l’initiative « Quai d’Orsay hors les murs », le haut fonctionnaire Arnaud Guillois est intervenu à Science Po Lille. Sous-directeur du service politique au ministère des Affaires Etrangères, il est venu soutenir le rôle du Conseil de Sécurité dans les crises contemporaines mondiales. Il était question de relations internationales, de crises et de réformes. Il a expliqué tout cela de manière simplifiée mais tout en pertinence !

Le contexte actuel

Le Conseil de sécurité des Nations Unies constitue l’organe exécutif de l’Organisation des Nations Unies. Son but ? Le maintien de la paix et de la sécurité internationale. Il compte 5 membres permanents qui sont La France, les Etats-Unis, la Russie, la Chine et le Royaume-Uni, et ils disposent d’un droit de véto. Il compte également dix autres pays élus pour une durée de deux ans. La charte des Nations Unies, adoptée en 1945, définit les principes d’une telle organisation. La mission principale du conseil de sécurité est de constater l’existence d’une menace contre la paix ou d’un acte d’agression. Pour cela, il invite les parties à régler les conflits par des moyens pacifiques. Dans le cas contraire, il peut imposer des sanctions, voire autoriser l’emploi de la force.

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Le métier d’Arnaud Guillois consiste à donner des instructions de la part de la France à la mission permanente des Nations Unies, dont le siège est à New-York. Il s’y tient des réunions quotidiennes sur les crises majeures. On en compte environ 80 à l’ordre du jour. Le but est de définir un suivi, une posture à adopter mais surtout de prendre des décisions sur ces sujets sensibles.

Le Conseil de sécurité de l’ONU est le seul organe légitime de décider du « droit de faire la guerre ». La Charte des Nations Unies donne des prérogatives, mais ce sont les 15 membres qui déterminent si une situation constitue une menace pour la sécurité.

Bloqué pendant la Guerre Froide, le Conseil de Sécurité a retrouvé, depuis les années 90, une nouvelle impulsion : « il est efficace dès lors qu’il y a une entente soit entre membres permanents soit avec la quasi-totalité de ses membres. »

Mais chaque membre défend ses positions et ses intérêts : « au conseil de sécurité on discute et on se dispute les sujets. C’est un lieu où le tempo des crises se fait sentir ». Tous sont plus ou moins soucieux de leur souveraineté nationale, ce qui les guide dans leur prise de position.

On constate des divisions internes. On distingue les « acting », c’est-à-dire les Etats qui ont l’ambition pour le Conseil d’aller au-delà de la souveraineté nationale, face aux « blocking » qui font l’effet inverse, comme la Chine. Une question de tradition.

Face au problème de l’imprévisibilité, il est important de connaitre les positions des autres pays et de savoir composer avec eux. Le droit de véto est une arme puissante : il a été utilisé 8 fois par la Russie pour des interventions en Syrie.

Une autre composante de la mission du Conseil de sécurité est la notion de responsabilité de protéger. Adoptée au sommet mondial de 2005, elle vise à traduire dans les faits le droit d’ingérence. Dès lors que l’on estime qu’il y a une menace directe sur une population civile et si un Etat n’est pas en mesure de protéger ou attaquer ses civils, alors le Conseil de Sécurité intervient.

Des moyens pour la paix

Pour agir du mieux possible, le Conseil de Sécurité compte plusieurs outils :

En premier, l’expression :  avec les résolutions, les déclarations, la presse…Ce qui sert à définir une position claire pour l’ensemble des membres. Depuis la chute de l’Union soviétique, le Conseil de Sécurité est passé de 45 / 90 résolutions par mois à plus d’une par semaine aujourd’hui.

Ensuite vient les casques bleus ou les forces de maintien de la paix, que l’on recense au nombre de 110 000 pour un budget de 7 milliard de dollars. Ces interventions sont considérées comme la « formalisation d’une décision politique ». On en compte aujourd’hui 15 dans le monde, notamment au Sahel, en Haïti, au Proche et Moyen-Orient…La France est le 5ème contributeur, avec 800 casques bleus déployés par exemple au Liban et au Mali. L’Hexagone apporte également une aide nationale dans des opérations comme celles de Sangaris ou Barkhane.

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© REUTERS/Logan Abassi/UN/MINUSTAH/Handout

Donc le Conseil de Sécurité opère soit un travail de médiation soit une opération de maintien de la paix (exemple de la préservation du cessez le feu entre le Liban et Israël depuis 2006).

En interne, il possède le droit de sanction à l’égard de ses membres (ce qui correspond à l’article 41 de la Charte). L’objectif est de mettre une pression politique sur les Etats. Par exemple en agissant sur ses structures internes par un embargo sur des armes.

« Ces sanctions sont efficaces quand elles sont à l’appui d’un processus politique et d’une stratégie globale. »

L’intervenant prend l’exemple de la Côte d’Ivoire, qui a élu un nouveau président en 2011. L’ancien président sortant refusait de léguer son poste à Mr Ouattara. Le Conseil de Sécurité intervient. L’enjeu est de mettre la pression sur l’ancien président car il est n’est plus légitime. Pour cela, l’organisation de l’ONU décide d’un embargo sur le cacao à 80% pour le pays. L’Etat n’a donc plus les revenus nécessaires pour la justice, la police, ce qui conduit à la chute du régime. Aujourd’hui la Côte d’Ivoire est un membre non permanent qui siège au conseil de sécurité.

« Des résultats contrastés »

Les résultats actuels sont contrastés. Le critère principal pour définir un succès ou non d’une résolution est la capacité du Conseil de Sécurité de préservation et de rétablissement de la paix.

Arnaud Guillois donne l’exemple du Liberia, dont les missions au sein du Conseil de Sécurité ont pris fin il y a quelques jours à la suite d’élections « ce qui est un signal de formalisation » rapporte-t-il.

En opposition à ces succès, il y a aussi des échecs qui sont « malheureusement extrêmement nombreux » : il prend évidemment l’exemple du Rwanda ou encore de la Somalie. Il l’explique par des mandats qui n’ont pas été suffisamment clairs ou des restrictions faites par des Etats dans la mission d’intervention.

Pour le cas de la Syrie, le Conseil de Sécurité « n’a pas vocation à tout régler », il est là pour proposer des solutions, des alternatives politiques, des conférences de paix… Des cessez-le-feu permettent de construire un avenir pour le peuple, ce qui est pour le moment un « échec total ». Mais différentes composantes constituent un ensemble de priorités comme la lutte contre les armes chimiques, le respect des droits de l’Homme et la conduite d’un processus politique correct. 

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© SPUTNIK / REUTERS

Actuellement le Conseil de Sécurité surveille de près l’évolution politique en République Démocratique du Congo car « le potentiel d’explosion est colossal » et « la capacité dissuasive des Nations Unies est importante. »

Nouvelles menaces et réformes

Les enjeux actuels sont le contexte international depuis l’élection de Trump, la conservation du pouvoir par Poutine, la Chine dans son jeu d’alliances…

Aujourd’hui les menaces sont « asymétriques » c’est-à-dire que ce n’est plus un Etat contre un autre mais de petits groupes qui agissent entre eux. Il y a également la remise en cause du droit international. Par exemple la crise iranienne et la position des Etats-Unis sur les accords du 14 juillet 2015 concernant la dénucléarisation de l’Iran.

Concernant les réformes, la France est en première ligne pour ces initiatives. Elle voudrait garantir davantage les équilibres mondiaux, par la représentativité, et l’encadrement de l’utilisation du droit de véto.

Cependant cette réforme est considérée comme « le sujet impossible » : elle n’est pas prête de se faire car les enjeux sont colossaux : tous les pays qui pourraient être considérés comme membres candidats, qui ont la volonté et la capacité d’agir en faveur du maintien paix, ont en face des Etats permanents qui ne les accepte pas. Par exemple la Chine, qui est un membre permanent, refuserait toute intégration de l’Inde car elle y voit une concurrence.

Pour l’encadrement de l’usage du véto, les pays défenseurs d’une réforme pensent ainsi :  les Etats qui pratiquent une atteinte aux droits de l’Homme sur leur territoire, devraient s’engager, sur une base volontaire, à ne pas utiliser le droit de véto. C’est évidemment une vision naïve au regard de l’utilisation du véto par la Russie dans le dossier syrien.

Sur la question délicate et brûlante du Yémen, l’intervenant souligne qu’il y a ici « un jeu des puissances » et que c’est un « champ de bataille entre la coalition internationale et d’autres pays comme l’Iran. »

Même dossier, même sujet controversé : la participation de la France à la guerre au Yémen par sa vente d’armes à l’Arabie Saoudite, Arnaud Guillois répond cela « notre politique d’exportation d’armes est extrêmement claire, nous avons un grand nombre de principes et de conditions qui permettent la vente et l’exportation d’armes qui sont définies par l’Union Européenne. Nous avons un cabinet interministériel présidé par les services du premier ministre qui définissent si oui ou non, dans un certain nombre de pays sensibles, les conditions sont respectées pour vendre des armes (…) ce qui est important c’est de pleinement mettre en œuvre les règles de l’Union Européenne en matière de vente d’armes. Je sais que c’est un sujet qui fait l’objet de débat et qui est contesté notamment par des ONG ». On n’en saura pas plus…

VULLIET Margaux

Conférence d’Osez le Féminisme 59 : #MeToo, #balancetonporc : et après ?

Le 29 mars dernier, trois représentantes de l’antenne lilloise d’Osez le Féminisme, Amandine Charley, Nathalie Niedzwialowska (membres du conseil de l’administration) et Cassandra Megariotis (adhérente) sont venues à l’Université catholique pour discuter de la déferlante #metoo et de ses conséquences. Cet évènement a été organisé par l’association étudiante Let’s Talk, qui cherche à sensibiliser aux inégalités de genre, au féminisme et à l’intersectionnalité.

Une petite histoire d’Osez le Féminisme.

Osez le Féminisme (OLF) est à la base une association loi 1901 parisienne. Elle a été créée en 2009 en réaction contre la réforme Bachelot, visant à effectuer des coupes drastiques sur le budget destiné aux Plannings familiaux. L’antenne lilloise a été créée peu de temps après, en 2011, par une étudiante.

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OLF se définit comme une association mixte, généraliste, universaliste, laïque, progressiste, abolitionniste et apartisane. C’est une association d’éducation populaire reconnue d’intérêt général. Son but phare est l’élévation du niveau de féminisme dans la société, c’est-à-dire de faire évoluer positivement l’égalité entre hommes et femmes.  Pour les plus curieux, des réunions ouvertes à tous sont organisées tous les mois dans notre belle capitale des Flandres, au Café Citoyen.

Historique du mouvement #MeToo

L’histoire de #MeToo commence avec l’affaire Harvey Weinstein. Le 5 octobre 2017, le NY Times dévoile les nombreux cas de violences et d’agressions sexuelles concernant le producteur hollywoodien. La parole se libère, des actrices commencent à se faire entendre. Une dizaine de jours plus tard, l’actrice Alyssa Milano lance le hashtag sur Twitter en demandant à ce que toutes les personnes ayant déjà été sexuellement agressées ou harcelées répondent #MeToo à son message.  Le hashtag se répand comme une trainée de poudre. D’après les chiffres du réseau social, 1,7 million de tweets incluant le #MeToo ont été recensés et plus de 1000 tweets à ce propos ont été comptés dans 85 pays.

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En France c’est une journaliste, Sandra Mullern, qui emboite le pas et crée le hashtag #balancetonporc. Elle demande des noms et des détails et dénonce ainsi immédiatement Eric Brion, ex-patron d’Equidia. Au total, 16 000 témoignage de viols ou de harcèlement affleurent.

Qu’est-ce qui différencie ce mouvement de libération de la parole des femmes des précédents ? Déjà l’ampleur de la réponse, grâce aux réseaux sociaux, et la facilité pour les victimes d’offrir leur témoignage. C’est aussi surtout le fait que #MeToo dénonce des agressions vécues au quotidien et qui touchent toutes les femmes, de tous les milieux. La dimension internationale a également beaucoup jouée, tous les continents ayant été concernés. Il a donc été très difficile d’ignorer ce mouvement.

Quelles conséquences ?

Le phénomène n’est pas encore terminé, c’est pourquoi les intervenantes n’ont pu brosser que des conclusions partielles. Pour l’instant, on sait que #MeToo a permis aux femmes de ne plus se sentir seules. L’accent a été mis sur le fait que les violences sexistes sont persistantes dans notre société et appellent à des solutions systémiques.

Concrètement, le niveau des plaintes a augmenté. Selon le Ministère de l’Intérieur, fin 2017 en zone gendarmerie, on compte 30% de plaintes en plus pour agressions sexistes par rapport à l’année précédente, et en zone police l’augmentation se chiffre à 27%. Pour le législateur, le mouvement a mis à l’agenda les violences sexuelles qui sortent de la sphère intime et privée.  Ainsi, en France, les décisions concernant les violences faites aux femmes sont accélérées et le sujet devient une priorité du quinquennat. Au Canada, le gouvernement Trudeau a décidé d’investir 25 millions de dollars supplémentaires dans la lutte contre les agressions sexistes.

Des effets néfastes ont néanmoins pu affecter les femmes. Pour la majorité de celles qui ont dénoncé un harcèlement dans le cadre du travail, la conséquence directe a été le licenciement : 95% des femmes ayant dénoncé leur harceleur ont été licenciées (AVFT).

Du côté des hommes, certains ont remis en cause leur comportement. Une prise de conscience pour certains d’avoir été témoins passifs de certaines agressions notamment, ou encore une remise en cause de « certaines blagues ». Etant donné que des femmes ont pu aussi nommer leurs agresseurs, quelques démissions ont suivi. Ce n’est, toutefois, pas une majorité : on estime que seulement 80 hommes ont été acculés à la démission aux Etats-Unis.

Des réactions plus négatives voir de rejet ont aussi vu le jour : « Et la drague ? ». L’occasion pour les associations de rappeler que la drague se fait entre deux personnes consentantes qui ont une relation d’égal à égal alors que dans le harcèlement, il n’y a pas de bienveillance mais une volonté de s’imposer de la part d’un des protagonistes.

Les critiques

Les hashtags #MeToo et #balancetonporc ont été critiqués car on a pu parler de « tribunal populaire » et de « délation ». Pourtant, ce sont surtout des faits qui ont été dénoncés. Les cas où des noms ont été cités sont vraiment minoritaires. Quand un nom a filtré, c’est souvent parce qu’une victime a porté plainte, comme par exemple dans l’affaire Tariq Ramadan. C’est donc tout le contraire d’un tribunal populaire. Ou sinon, c’est parce que la presse a mené une enquête et a décidé de dévoiler les noms, on pensera notamment à Jean-Baptiste Prévot de l’UNEF.

Le mouvement français est jugé fort. Il demande des noms, des dates, des faits. Paradoxalement, les américaines ont pourtant plus dénoncé que les françaises.

Comment évoquer les critiques sans parler de la « tribune de Deneuve » dans le Monde ? Cette tribune met en lumière le fait que la notion de consentement n’est pas acquise. Normalement, dans une société égalitaire, le consentement est le début d’une relation, ce que rejette l’article. D’autre part, cette tribune est problématique car elle discrédite la parole des femmes. Une des signataires, Catherine Millet, a dit regretter de ne pas avoir été violée car « on peut jouir lors d’un viol ». De tels propos négligent les conséquences physiques et psychologiques d’un viol et sont irrespectueux pour les victimes. Enfin, la tribune met l’accent sur l’éducation des filles pour éviter de tels évènements. Mais comment éduquer les filles si en parallèle on n’éduque pas les garçons ?

La conférence traite ensuite de concepts féministes plus généraux.

Qu’est-ce que la culture du viol ?

Le terme de « rape culture » a été créé en 1974. Il englobe les moyens permettant à la société d’intégrer dans son imaginaire que le viol n’est pas si grave pour les agresseurs ou les victimes. Si ce n’est pas si grave, on peut recommencer voire prendre exemple sur. Malgré des chiffres incontestables, le viol est justifié et excusé.

Parmi ces croyances, les faits sont minimisés et la parole de l’agressée est mise en cause. Les mensonges sont souvent plus publicisés que les véritables témoignages alors que bien moins nombreux.  A propos de la parole de la victime, on cherche souvent à savoir si elle ne l’a pas cherché, par exemple en s’habillant de manière « provocante ». Aussi, le consentement est considéré comme éternel et valable si la victime a bu ou pris des drogues. Or, le consentement est retirable à tout moment et ne tient pas si la victime n’est pas dans son état normal.  Enfin, on se fait un portrait-robot de l’agresseur très erroné. Dans les croyances collectives, c’est un pervers qui sort la nuit et a un teint blafard. Pourtant, dans 86% des cas l’agresseur est connu de sa victime.

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Je suis ordinaire – Un court métrage sur le viol conjugal

Dans ces conditions, les femmes adaptent leur comportement. Avant de sortir, elles réfléchissent à comment s’habiller, se maquiller et comment rentrer chez elles de façon à ne pas se faire agresser ou violer. Cette culture du viol joue aussi dans le dépôt de plainte. Les hommes se retiennent d’aller voir les autorités compétentes par peur d’être mis en cause dans leur virilité et les femmes par peur de ne pas être crues.

Rappelons qu’un viol c’est une pénétration anale, buccale, vaginale avec les doigts, le sexe ou un objet, commis sous l’emprise de la violence, la contrainte, la menace ou la surprise. Aucun officier de gendarme ou de police n’a le droit de refuser la plainte et la victime a 20 ans pour porter plainte.

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Quelles solutions ?

En premier lieu, il est essentiel de former les personnels d’accueil dans les gendarmeries et les hôpitaux. Demander à une victime pourquoi elle n’a pas réagi alors qu’on connait l’existence de l’effet de sidération, c’est-à-dire un état de stupeur émotive empêchant de réagir, n’aide pas la prise en charge.

Ensuite, il s’agit de changer globalement nos représentations. Cela commence dès l’école et les parents avec une éducation dès le plus jeune âge à l’égalité de genre et au consentement. Dans le même esprit, la pornographie qui touche un public de plus en plus jeune et l’éduque assez mal, devrait être repensée.

Le rôle des médias est, enfin, primordial. Aujourd’hui, les interventions des femmes dans les médias sont très rares malgré l’existence du collectif Les Expertes qui met à disposition une liste de doctorantes et chercheuses selon leur(s) sujet(s) de prédilection. Il faut donc une vraie volonté de représenter les femmes. De plus, l’euphémisation et la romantisation effectuée par les médias est délétère. Dire qu’une personne a été « envoyée en garde à vue pour mains baladeuses », ou qu’il s’agit d’un « drame conjugal », ce n’est pas rendre compte de la réalité et minimiser la gravité des faits.

Un grand merci à OLF pour son intervention. Des rappels nécessaires pour un sujet encore tristement d’actualité.

Moynat Justine

Conférence de Stéphane Le Foll : la social-démocratie, quel avenir en France et en Europe ?

Pour celles et ceux qui l’auraient raté, Stéphane Le Foll est venu donner une conférence à l’université de Lille le jeudi 22, conférence organisée par l’association étudiante APEL et par le Groupe Socialiste Universitaire. Le thème était : la social-démocratie, quel avenir en France et en Europe ?

Si vous ne le saviez pas, Stéphane Le Foll est actuellement candidat au poste de premier secrétaire du Parti Socialiste. Oui, il souhaite récupérer le navire qui est en train de sombrer.
On ne vous apprend probablement rien quand l’on dit que le PS est en déclin depuis maintenant plusieurs années. Le quinquennat de François Hollande a fait baisser la confiance des français envers ce parti, l’impopularité de l’ancien président l’ayant largement remis en question. De plus, la défaite de Benoît Hamon au 1er tour des élections présidentielles, avec un score de 6,35%, a mis une sacrée claque au parti. Pourtant, ce dernier ne perd pas espoir et c’est ce que nous avons pu constater lors de cette conférence.

Stéphane Le Foll est donc candidat à la tête du PS. Mais quel est son parcours ?

Diplômé de l’université de Nantes, il est un ancien professeur d’économie mais aussi ancien Ministre de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt et porte-parole du gouvernement de François Hollande en 2014. Il est également député de la 4ème circonscription de la Sarthe. Avec ce parcours honorable, il se dit être prêt à remettre en question le PS.

Rassembler un parti divisé

Pour Stéphane Le Foll, un parti c’est avant tout des valeurs communes. Il insiste essentiellement sur les notions de loyauté et de fidélité, et il se considère d’ailleurs comme quelqu’un de loyal et fidèle qui n’a jamais manqué à son poste pendant le quinquennat du président Hollande.
Il veut rassembler un parti qu’il dit divisé, et pour que le PS se relève, il souhaite une majorité cohérente. Il faut se rassembler, oui, mais savoir pourquoi on se rassemble : selon lui, c’est parce qu’on veut les mêmes choses, aller vers le même sens et vers les mêmes objectifs. Le problème est qu’il considère que la majorité ne respecte pas les minorités et vice-versa. Ainsi, les conflits sont plus profonds et des inégalités se forment au sein d’un parti supposé rassembler les mêmes valeurs. C’est pour cela que pour lui il est nécessaire de régler les problèmes en interne, auquel cas il y aurait une incapacité à avancer collectivement.

La question de l’internationalisme et du progrès social

Le député prend l’exemple de Pierre Mauroy et de Jean Jaurès, et revient sur le fait que deux des valeurs qui ont fait le succès du socialisme tendent à disparaître : l’internationalisme et le progrès social. Le socialisme était effectivement à la base un mouvement de gauche progressiste.

Pour Stéphane Le Foll, la mondialisation, qui demeure de plus en plus importante de nos jours, a fait perdre la notion de collectivisation de l’international socialisme. L’erreur est donc de ne pas avoir pris en compte cette mondialisation, et il faut reconstruire cela pour un parti socialiste plus en accord avec le monde actuel. Par exemple, en termes de réchauffement climatique, il est préférable de créer des politiques à l’échelle internationale et non à l’échelle nationale. Selon lui, il faut une internationalisation des défis fondamentaux.

Quant à la notion d’humanité, instaurée par Jean Jaurès, elle se perd peu à peu donc Stéphane Le Foll considère qu’il est nécessaire de reprendre des dimensions internationales, d’aller au-delà des nations pour réussir dans son propre pays.

Nous sommes dans une époque à l’esprit révolutionnaire, qu’il compare à la Révolution française. Il y a un vent de changement et il faut aller dans ce sens. La France a une histoire particulière et singulière, et il faut se servir des forces du passé, qui nous ont permis d’aller de l’avant et qui permettront de redresser la social-démocratie. Pour le député, il faut s’inspirer des modèles suédois, respectueux de l’environnement avec une économie de marché.

La question du clivage gauche-droite

Selon lui, il y a toujours un clivage gauche-droite car les individus n’ont pas la même notion de la « liberté individuelle ». Il y a ainsi une différence entre ceux qui sont pour la liberté individuelle, ceux qui sont pour le partage et ceux qui sont pour les deux. Il considère que la démocratie est fragile, ce qui se traduit par un fascisme qui n’a cessé de progresser depuis quelques années.

Le fait qu’il y ait un flou au niveau du clivage est pour lui dû aux nouveaux partis qui se créent, tels que la République En Marche, qui a créé une certaine confusion dans la politique française. Il s’agit d’un mouvement nouveau, dans un moment particulier où les français en ont assez de la gauche et de la droite traditionnelles et veulent dépasser ces barrières. Même si l’invité considère que Macron penche plutôt vers la droite, il est vrai qu’il y a un dépassement des clivages avec ce mouvement. Néanmoins, selon lui le clivage gauche-droite va se restructurer progressivement avec le temps.

Le Parti Socialiste : tout effacer et recommencer ?

L’ancien Ministre porte cette question à cœur, et il n’est pas d’accord avec le fait de tout effacer et tout recommencer. Non, car il estime qu’il faut apprendre de ses erreurs. Améliorer le parti ? Oui bien sûr, mais en retrouvant les valeurs fondamentales à la base du socialisme. Pour lui, il faut s’appuyer sur ce qui existe et non pas se lancer dans quelque chose de complètement nouveau. Il veut voir un vrai personnage à la tête du parti, pour que les français ne restent pas incapables de savoir qui dirige le parti, ce qui est actuellement le cas. En effet, on a tendance à savoir qui dirige chaque parti en France, mais le PS reste celui où l’on ne sait pas vraiment qui a quel rôle et pourquoi.

La question de l’Europe

Lors de cette conférence, Stéphane Le Foll fait également part de son opinion sur l’Europe, et il la considère comme étant une question primordiale : l’Europe doit être rassemblée par et pour les européens.

Ceux qui sont élus par le peuple gèrent le projet européen, et il y a toujours un moment où le projet l’emporte, tout dépend de l’histoire. Il estime que l’Europe devrait être comprise et intéressante pour tous les citoyens car c’est un projet de dépassement des nations et du nationalisme.

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Que faire de la production agricole aujourd’hui ?

Concernant le domaine de prédilection de l’ancien ministre, il considère que cette production agricole est mal organisée. Selon lui, il faudrait moins de production agricole en Agroécologie. De plus, il est nécessaire de sortir des modèles actuels, afin d’imposer moins de normes aux producteurs. Aujourd’hui il y a, d’après lui, une énorme baisse de compétitivité et l’Etat apporte moins de cotisations, bien que l’achat agricole augmente. En cela, il dit qu’il y a un problème d’organisation concernant la création de la compétitivité. L’ancien Ministre de l’Agriculture souhaite qu’il y ait plus de Labels, car c’est une différenciation qui plaît aux consommateurs d’aujourd’hui : la qualité avant la quantité. Ainsi, pour une bonne production agricole, il est nécessaire d’avoir une traçabilité efficace du produit.

Une conférence sur la social-démocratie ou sur son élection ?

Pour conclure, cette conférence était intéressante car elle témoignait de l’envie du Parti Socialiste d’aller de l’avant et de se remettre en forme, à l’image du socialisme d’avant, tout en étant en accord avec les sujets importants d’aujourd’hui, tels que la mondialisation, l’Europe ou bien encore la production agricole. Stéphane Le Foll a mis en avant dans son discours l’envie de rassembler les divisions du parti vers ce qui le rassemblait autrefois : les valeurs d’un socialisme internationaliste et progressiste.
Mais attention ! L’Ancien Ministre, malgré un monologue bien écrit sur ses qualités et ses principes, a bien précisé dans son discours qu’il ne visait pas les présidentielles de 2022 et qu’il se présentait à la tête du PS pour l’amour, la fidélité ainsi que les valeurs qu’il porte à son parti. Affaire à suivre…

Portzer Solène

 

Qui se cache derrière ce micro de France Inter ?

Peut-être que vous connaissez sa voix, mais connaissez-vous son visage ?

« Je ne suis plus chef du service politique depuis quelques jours.»

Cette phrase de Frédéric Métézeau, ancien chef du service politique de France Inter, radio généraliste faisant partie du groupe RadioFrance, rappelle à quel point l’actualité médiatique du moment en touche plus d’un. L’intervention du journaliste à Science Po Lille, lundi dernier, se mêlait parfaitement aux changements actuels.

Une personnalité

L’annulation de la venue de Jean-Michel Apathie donne l’occasion à son remplaçant de mettre toute la lumière sur la spécifié du travail d’un journaliste radio.

Au début de la conférence, il souhaite donner sa définition du journalisme : « il s’agit de raconter et de rapporter des faits afin d’en dégager une problématique. Le commentaire et l’analyse doivent arriver en dernier. France Inter c’est du reportage, de l’actu économique, sociale, il y aussi des émissions, des édito… »

Pendant que des étudiants entrent tout juste dans l’amphithéâtre bondé et cherchent tant bien que mal une place, il souligne que le métier de journaliste évolue : « Un journaliste peut très bien passer par tous les types de médias tout au long de sa carrière. »Pourtant, ce n’est pas son cas. Il a débuté à France Bleu Nord en 2003 avant de rejoindre France Culture en 2008, pour ensuite devenir chef du service politique de France Inter de 2015 à 2018. Pour lui, c’est donc uniquement de la radio depuis ses débuts : « enfant, ma famille l’écoutait beaucoup, j’ai toujours aimé cette ambiance ».

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« Le menu politique du jour »

En tant que chef de service, il est sous la responsabilité du directeur de rédaction. A France Inter, six personnes sont chargées de l’actualité politique.

« Les journées sont finalement répétitives. Le matin je m’informe par la radio puis la presse. Ensuite je suis tenu au courant des déplacements du gouvernement. Dans le jargon c’est le ‘menu politique du jour’. A la conférence de rédaction, nous choisissons si l’on doit ou non envoyer quelqu’un sur place pour tel ou tel évènement car il y a toute la partie budgétaire à gérer. »

« Le traitement de l’information »

Au cours du débat, le journaliste insiste sur l’importance du « traitement éditorial de l’information », c’est-à-dire la recherche et la vérification de l’information. Après ça, il faut trouver un angle : « c’est un élément central ». Il prend alors un exemple pour clarifier son propos : le récent déplacement d’Emmanuel Macron au Sénégal. Va-t-on parler de la politique africaine en général ou bien de sa politique africaine ? Ou plutôt du rôle que peut jouer la première dame lors de ce genre de voyage d’Etat ? Les approches peuvent ainsi être multiples.

Il y a donc l’angle, mais le format et la durée de chaque sujet sont aussi à prendre en compte. Un reportage, une interview, une chronique…. Chaque format est plus ou moins adapté selon le type de sujet traité.

Choisir l’info. L’info dont on va parler en priorité. France Inter choisit de « ne pas faire dans le spectaculaire ». Une question essentielle se pose : « Si une info a fait le buzz a-t-elle vraiment un fond intéressant ? »

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Le traitement d’une information doit « se faire sur le long terme ». Pour illustrer cela, Métézeau rappelle que l’affaire Beaupin a été révélée par France Inter en partenariat avec Médiapart. « Dans ces cas-là, même si évidemment le journaliste a ses propres opinions, il ne doit pas réagir avec ses affects. » Il doit prendre le temps de regrouper ses infos, entendre des témoignages…

Ce travail se retrouve dans les affaires judiciaires en général. Métézeau cible ici les « pseudos experts » présents sur des plateaux de télévisions, qui « n’ont pas toujours le recul nécessaire pour commenter l’actualité, dû à cette règle de l’information en continu ». Tout cela donne lieu à une construction médiatique artificielle et à un côté amplificateur, « qui n’a pas toujours lieu d’être ».

Les questions des étudiants

Parmi les interrogations des étudiants, la question de la diversité dans les rédactions est posée. A cela, le journaliste répond qu’il est « conscient que les médias ne sont pas représentants de la société, que ce soit en matière de parité ou d’origine sociale. Mais les rédactions évoluent lentement avec, aussi, les moyens dont elles disposent ».

Le temps de parole des personnalités politiques en période électorale est également abordé : « c’est d’une absurdité sans nom. Ça voudrait dire que si j’ai interrogé un candidat 10 min 37s, je vais devoir chronométrer à la seconde près la prise de parole de mon invité suivant ? »

La situation actuelle de Radio France est ensuite abordée. Selon lui, ce genre de décision (ndlr : Mathieu Gallet a été démis de ses fonctions à Radio France par le CSA) doit être prise par un organisme indépendant, et Frédéric Métézau dénonce ici la forte ingérence du gouvernement dans cette affaire.

Vulliet Margaux

 

 

« Le Jihadisme des femmes. Pourquoi ont-elles choisi Daech ? »

« Radicalisation : terme récent apparu peu après les attentats du 11 septembre 2001 »

Amphithéâtre de l’Ecole Supérieure de Journalisme, jeudi 23 novembre. Une salle comble. Des étudiants, des retraités… Tous attendent avec impatience la conférence du psychanalyste et chercheur Fethi Benslama.

Il intervient dans le cadre de la conférence « Jihadisme des femmes, pourquoi ont-elles décidé de rejoindre Daech ? ». Intitulé qui fait écho au titre de son dernier ouvrage co-écrit avec Farhad Khosrokhavar*. Ce livre analyse les raisons pour lesquelles des jeunes femmes choisissent de partir faire le djihad: « l’objectif a été de casser toute pensée unique, qui ne voit qu’un seul facteur déterminant le départ de ces jeunes femmes. » Le psychanalyste ne veut pas de «déterminisme univoque». Les deux auteurs se sont appuyés sur 60 cas basés sur une banque de données fourni par le ministère.

Le débat est animé par la journaliste Marie Lemonnier. Plusieurs thèmes sont balayés : les faits pour comprendre les raisons de ces départs, la place de la religion dans notre société, mais aussi le rôle joué par les gouvernements dans cette situation difficile à maitriser.

Afin de se repérer, quelques chiffres sont évoqués :

Les femmes représentent un tiers des effectifs au djihad. Sur les 600 ressortissants français, 200 sont des femmes. A la différence des hommes, ces dernières sont en partie issues de la classe moyenne et de la petite classe moyenne. Le plus souvent, elles vivent dans des habitations pavillonnaires. Enfin, les deux tiers ont entre 15 et 26 ans.

« Penser les caractéristiques » 

Lors de l’échange, tout comme dans son ouvrage, Fethi Benslama cherche à comprendre les motifs qui poussent ces jeunes femmes à rejoindre les rangs de l’organisation terroriste.

Il y voit principalement un « motif romantique ». Un désir d’échapper à un milieu et de commencer une nouvelle vie sur un modèle stable. Daech s’appuie alors sur une « histoire de chevalerie ». Il promet à ses prétendantes de rencontrer « un chevalier de la foi à l’image de l’homme viril et courageux qui affronte la mort ».

Cette raison est importante, mais pas unique. Au-delà des motivations religieuses insufflées par l’Etat Islamique, les jeunes filles veulent fuir leur propre détresse. Souvent victimes de traumatismes, de violences sexuelles ou morales de la part de la famille ou de l’entourage, le désir de fuir ces situations est très présent. Ces adolescentes n’ont pas toujours la possibilité de s’accomplir en tant que femme dans ce contexte difficile. Elles intériorisent ce mal-être et développent une dureté vis-à-vis d’elles-mêmes et des autres femmes. Face au discours des prédicateurs elles se retrouvent face à des corps ennemis. Leur propre corps devient un ennemi. Cette « guerre civile interne » se projette ailleurs. Au combat.

Le rapport à la sexualité est souligné. Parfois victimes de viols ou d’agressions sexuelles, ces jeunes femmes se réfugient dans un ordre strict. Cela les soulage de la culpabilité qui les habite. Un assujettissement comme une délivrance. Défini par Fethi comme une « servitude libératrice ». Par le port du voile et l’exercice de la prière, il est aussi question de repentance.

D’autres motifs de départ « plus difficiles à démêler ».                                                          Tout d’abord un motif humanitaire, qui a été avancé avant l’apparition de Daech afin d’aider les populations réprimées par le régime d’Assad.

Mais aussi un motif social. D’un côté le phénomène de l’adolescence qui n’a, selon l’auteur, pas assez été pris en compte par les Etats. Il prend l’exemple de la Tunisie, qui recense aujourd’hui 4 millions de jeunes chômeurs, non pris en charge. D’un autre côté, on trouve en France un discours féministe qui peut être considéré comme « fort ». Dans ce cas, il est vu comme « hypocrite sur la situation de la femme », « immoral », et demande un « effort trop important en tant que sujet féminin actif dans la société ». On y trouve un « contrat social de l’émancipation ».

 La question de la religion

En plus de ces éléments sociétaux, la question de la religion est centrale.                       Pour Fethi Benslama, le terme religion est un « fourre-tout ». Il en rappelle même l’origine : « la religion est propre au christianisme. Pour l’Islam, ce mot signifie une dette. Le fait que l’homme doit reconnaître qu’il est redevable de sa vie à Dieu. C’est également une organisation sociale rationnelle et non sauvage. Le caractère du sacré est à part. Le sacré est ce qui est intouchable, mauvais et bon et terrifiant voire violent. Pour cette raison, les religions essaient de l’endiguer. Aujourd’hui les institutions religieuses sont mises à mal par le développement de formes de religion qui constituent une nouvelle forme d’autorité ».

Le « désenchantement »

Des questions, des croyances, un départ. Puis la réalité. Sur le terrain c’est « le désenchantement ». Les nouvelles arrivantes sont stockées dans des résidences surveillées dans le but de choisir un homme. Le contact avec celui-ci a souvent été fait en amont sur internet. Lors de ce choix du mari, l’Etat Islamique se substitue. Les jeunes mariées deviennent partisanes d’un « modèle féministe antiféministe ». Les femmes sont recluses voir réduites à de l’esclavage sexuel. Ce qui est le cas pour les femmes syriennes et yazidi.  Le désir de combattre est vite endigué. Les femmes en sont interdites. Les hommes ne seraient plus maîtres.  En devenant « veuve de martyr », elles retrouvent la notion de sacrifice et de dignité si chère à Daech.

La gestion des « revenantes » par la France

Fethi Benslama juge que la France n’a pas assez d’outils d’évaluation. Elle ne met pas en place de processus de réinsertion. Le terme de déradicalisation est qualifié de « mythe » par rapport à un phénomène compliqué et divers. Cependant le chercheur avoue avoir été assez impressionné par les techniques mises en place par le renseignement français, notamment en termes de technologies. Il estime que le plus important, mais aussi le plus difficile à déterminer, est de savoir si l’individu est capable de passer à l’acte.

Une analyse du fonctionnement de notre société

 La question post-coloniale est posée. Les enfants de migrants se sentent concernés à travers les récits de leurs parents arrivés en France dans les années 60. Pour les générations qui suivent, cela peut paraitre plus lointain. Ils se forgent une idée sur laquelle ils n’ont pas forcement eu d’échos.

Les origines de cette guerre nouvelle sont souvent remises en cause. Le cas de l’Afghanistan est avancé. Considéré comme « première école du djihad », armé par l’Occident et qui a ouvert la voie au fondamentalisme. Le Djihad serait « une invention islamo-occidentale » pour reprendre les mots du psychanalyste.

Le terrorisme a mis en place un nouveau type de guerre planétaire qui donne lieu à des revendications identitaires nationales, ce qui renforce un peu plus le terrorisme lui-même.

L’autre grande question est évidemment celle de la sécurité, un « phénomène de menace liquide ». Une situation où le pouvoir n’est plus capable d’encadrer ses citoyens. Dans ce cas la dispersion est fatale.

*Le Jihadisme des femmes. Pourquoi ont-elles choisi Daech ? (Seuil, 2017)

Vulliet Margaux