L’économie est une des préoccupations majeures de nos gouvernements actuels, comme en témoigne les inquiétudes perpétuelles dans la plupart des médias sur le niveau du chômage ou le taux de croissance. Parmi les relations infinitésimales de liaisons économiques qui fondent ce que l’on appelle le système économique, les gouvernements peuvent se concentrer sur les relations économiques qu’ils entretiennent avec les autres pays pour leurs politiques, ce que l’on appelle le commerce international. D’ailleurs, dans les débats actuels, un clivage majeur sépare les hommes politiques : l’adhésion au libre-échange ou non.

Effectivement, une des notions principales qui intervient dans la plupart des théories sur le commerce international est le libre-échange, d’autant plus que des traités instaurant ce libre-échange entre différentes régions ont été récemment mis en place, comme le Comprehensive Economic and Trade Agreement (CETA) entre l’Union Européenne et le Canada appliqué depuis le 21 septembre 2017 ou le Regional Comprehensive Economic Partnership (RCEP) en négociation depuis 2013 qui devrait intégrer 16 pays : parmi eux ceux de l’ASEAN (Association of Southeast Asian Nations) ainsi que la Chine, l’Inde, le Japon, et l’Australie.

Face à l’importance d’une telle notion, il est donc important de clarifier cet objet du débat économique contemporain afin d’avoir conscience de l’état actuel des choses.

Qu’est-ce que le libre-échange ?

Cependant, définissons tout d’abord ce qu’est le libre-échange. Il s’agit en réalité d’un système économique qui assure la libre circulation des produits et services au sein d’une même zone géographique. Ce libre-échange s’applique en abaissant toutes les barrières dites « protectionnistes » que l’on peut classer en deux types : les barrières tarifaires les barrières non tarifaires. Les barrières tarifaires sont soit des droits de douanes la plupart du temps ad valorem (équivalent à une proportion du prix net du produit), ou alors des subventions aux productions nationales afin d’augmenter la compétitivité prix relative des producteurs nationaux. Les barrières non tarifaires, quant à elles, peuvent consister en des quotas (une limitation quantitative des importations) comme dans les années 1970 et 1980, où ils ont été utilisés par les nations occidentales à l’encontre d’exportations asiatiques dans différents secteurs, voire en des procédés plus vicieux qui forment des barrières de manière détournée, comme des règlementations nationales qui empêcheraient la commercialisation des produits étrangers sur le sol national. Ainsi, le gouvernement allemand au XVIème siècle adopte un texte énumérant les seuls composants autorisés dans la fabrication de la bière pour empêcher les importations françaises de ce produit.

Les théories sur le libre-échange :

Maintenant que nous savons ce qu’est le libre-échange, est-il bénéfique au final ? Face aux divers arguments pour et contre le libre-échange, il existe deux théories qui permettent de résumer les bases argumentatives des deux « camps » qui se sont formés sur la question.

Le « camp » qui affirme que le libre-échange serait bon pour l’économie s’appuie sur une théorie principale, celle des avantages comparatifs de Ricardo, démontrée pour la première fois dans l’ouvrage Des principes de l’économie politique et de l’impôt (1817). Cette théorie reprend celle des avantages absolus d’Adam Smith et corrige ses principaux défauts. Elle démontre, à l’aide d’un simple tableau résumant une situation avec deux pays, qu’en situation de libre-échange, les Etats ont intérêt à se spécialiser dans la production la plus productive ou la moins improductive relativement aux autres pays (même si ces Etats ne sont pas plus productifs en valeur absolue), c’est-à-dire dans leurs avantages comparatifs, spécialisation qui reviendrait au final à augmenter la production.

Dans son exemple, Ricardo donne une situation où deux pays, le Portugal et l’Angleterre, produisent du vin et des draps, pour le Portugal, il faut 80 hommes/an pour produire 1 unité de vin et 90 hommes/an pour 1 unité de drap, alors que pour l’Angleterre, il faut respectivement 120 hommes/an et 100 hommes/an :

Tableau : les coûts unitaires de production du drap et du vin en Angleterre et au Portugal dans l’exemple de Ricardo (en hommes-année) :

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Ici, le Portugal détient un avantage comparatif dans la production de vin car il est 1,5 fois plus productif dans le vin que l’Angleterre (150/80) mais seulement 1,1 fois plus productif dans les dans les draps. Cependant, il se spécialisera à quelques conditions expliquées par la notion de cout relatif interne très bien résumée par Michel Rainelli dans Le commerce international (2015) : « Supposons que l’on souhaite, en Angleterre, accroître la production de vin d’une unité. Il faudra, pour cela, dégager 120 hommes/année de la production de drap et donc renoncer à celle de 1,2 unité de drap (120/100). À l’inverse, pour augmenter la production de drap d’une unité, il suffira d’abandonner la production d’environ 0,83 unité de vin (100/120). Au Portugal, la situation est différente : pour augmenter la production de vin d’une unité, il est nécessaire de renoncer à environ 0,88 unité de drap (80/90), et 1,125 unité de vin peut être produite en renonçant à une unité de drap (90/80). Comparativement, le vin est donc plus difficile à produire que le drap en Angleterre alors que, au Portugal, c’est l’inverse. L’Angleterre a donc un avantage comparatif dans la production de drap, le Portugal dans celle de vin. » Alors « le Portugal produira du vin pour le commerce international s’il l’échange dans un rapport d’une unité contre une quantité de drap supérieure à 0,88 unité et inférieure à 1,2 unité […] Il faut en effet que la valeur de 0,88 soit dépassée pour que le Portugal ait intérêt à se spécialiser dans la production de vin, mais 1,2 ne doit pas être atteint pour que les Anglais, de leur côté, trouvent un bénéfice à se spécialiser dans la production de drap. ».

Admettons maintenant que les deux Nations disposent toutes deux de 1000 hommes et se spécialisent. La production se retrouve à 12,5 unités de vin (1000/80) et 10 unités de drap (1000/100) soit 22,5 unités au total, alors que si chacune d’elle avait alloué la moitié de ses moyens dans chaque production, on aurait eu 10,42 unités de vin (500/80+500/120) et 10,6 unités de drap (500/90+500/100) soit 11,02 unités au total. La spécialisation augmente donc bien la production totale.

Cependant, un autre « camp » existe, que l’on peut appeler protectionniste, et qui se base principalement sur les travaux de Frédéric List et son ouvrage Le système national d’économie politique (1841). Dans son analyse, Frédéric List ne fait pas de démonstrations mathématiques mais écrit à partir de son point de vue d’allemand. En effet, Frédéric List trouve Ricardo ou Smith hypocrites car ils prônent le libre-échange au 19ème siècle, période où le Royaume-Uni est la première puissance industrielle, alors que leur Nation s’est développée derrière des barrières protectionnistes. Il utilise une métaphore pour décrire cela :  que fait un homme lorsqu’il parvient au sommet d’un édifice ? Il retire l’échelle pour empêcher les autres de le rejoindre. Les américains n’agiront pas autrement : ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale, une fois leur suprématie industrielle assurée, qu’ils se feront les champions du libre-échange.

Frédéric List lui ne défend pas le protectionnisme en soi. D’après lui, le développement économique de chaque nation passe par plusieurs phases : l’état sauvage, l’état pastoral, l’état agricole, agricole-manufacturier, puis, phase ultime, agricole-manufacturier-commercial et le passage jusqu’à la dernière étape ne peut de faire sans une intervention de l’Etat qui doit défendre les « industries naissantes » pour pouvoir, lorsque ces industries sont développées, mettre en place le libre-échange.

Historiquement, quand a été mis en place le libre-échange ?

En réalité, le libre-échange a été l’exception dans l’histoire et le protectionnisme la règle. En effet, ce dernier est de mise jusqu’au XIXème siècle, de l’Antiquité à l’époque moderne excepté dans quelques zones spécifiques où le commerce est relativement libre, dynamique impulsée par le phénomène marchand.

C’est au XIXème siècle que le protectionnisme est battu en brèche. Cependant, coupons court à tous clichés : ce phénomène fut de courte durée et non comparable à ce que nous observons aujourd’hui, c’est ce que nous allons voir.

Dans la pratique, la libéralisation des échanges en Europe ne commence qu’en 1825 avec le Royaume-Uni. D’ailleurs, avant 1860, seulement quelques pays représentant 4% de la population ont adopté le libre-échange, dont le Pays-Bas ou la Suisse. Au Royaume-Uni, les barrières douanières sont abaissées progressivement. Une des plus grandes mesures est notamment l’abolition des Corn Laws en 1846, qui interdisaient l’importation de blés lorsque le prix du marché passait en dessous d’un certain seuil, de façon à garantir un revenu aux agriculteurs. Le libre-échange ne sera ensuite généralisé en Europe qu’à partir de 1860 avec le traité Cobden-Chevalier entre le Royaume uni et la France, qui consista en la suppression de toutes les prohibitions et la réduction de la plupart des droits de douane, suivis par le reste de l’Europe avec la signature de traités bilatéraux entre 1861 et 1870, années au cours desquelles l’Europe met en place un vrai système de libre-échange, système qu’il faut cependant nuancer dans la mesure où la majorité des tarifs moyens douaniers des pays en 1880 sont supérieurs à 8% sur la période. De plus, les Etats-Unis, qui représentent à la fin du siècle plus de 30% de la production industrielle, sont le berceau du protectionnisme. Alexander Hamilton, prédécesseur de Frédéric List, est d’ailleurs américain. Ainsi, chez eux, le protectionnisme est de mise pendant tout le siècle avec des droits de douane entre 40 et 50% le long du siècle excepté deux périodes : une baisse progressive de 1832 à 1842, car les Etats du Sud agricoles, favorables au libre-échange, obtiennent une baisse des droits de douane, et de 1844 à 1861 où les droits de douane sont baissés de 20%. Cependant, on ne peut pas parler de période libre-échangiste car même s’il y a des baisses, les barrières douanières sont tout de même hautes.

En 1873, la bourse de Vienne est la cible d’un krach boursier qui entraine sur son chemin une crise économique et sociale jusqu’en 1896. Les gouvernements, qui considèrent alors que si le libre-échange n’a peut-être pas entrainé la crise, considèrent au moins qu’il l’a accentué. En effet, pour eux, la coïncidence de la période de crise avec l’achèvement du système de traités bilatéraux est une preuve du lien de cause à effet. Ainsi, la tendance à la baisse des droits de douane prend fin dès 1879 avec la montée de ceux-ci par la Prusse, phénomène accentué avec l’arrivée à leurs fins des traités bilatéraux signés dans les années 1860. En France, cela est consacré en 1892 avec le vote de la loi Méline protégeant l’agriculture, qui avait été touchée par la baisse des prix due aux phénomènes combinés de la crise et des importations de blé américain. Cependant, l’Allemagne, elle, reste dans une période d’entre-deux économique et ne modifie significativement sa politique seulement dès 1902. Le Royaume-Uni, quant à lui, ne réhausse ses tarifs qu’à partir de 1916.

Ce ne sont en réalité que les Nations de ce que l’on appellera plus tard caricaturalement le « Tiers Monde » qui se voient imposées le libre-échange : les colonies ont un libre accès aux produits de la métropole et certaines ont adopté complètement le libre-échange, mais en favorisant toujours la métropole. Pour les territoires qui ne sont pas des colonies, notamment en Asie, les pays occidentaux ont exercé une pression considérable pour imposer les traités inégaux signés entre 1810 et 1850 imposant pour la plupart des droits de douane de 5% pour la plupart seulement.

Ainsi, ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale que le mouvement pour la libéralisation des échanges sera réellement amorcé. Cette coordination de la libéralisation prend place dans divers processus, les deux plus importants étant le GATT et la Construction Commerciale Européenne. Le GATT étant une série de « rounds » de négociations commerciales étalées sur plusieurs années parfois, négociations qui se sont portées d’abord vers les produits agricoles et manufacturés, puis sur des questions comme les services ou la reconnaissance de la propriété intellectuelle. Grâce à ces deux processus, les échanges commerciaux ont augmenté de 6% par an en moyenne.

Au final, le libre-échange est-il quelque chose de bénéfique pour les pays ?

Au XVIIIème siècle, il semble fortement que le libre-échange coïncide avec la crise économique dont il fut par conséquent sûrement la cause, la seule exception qui vaille pour cette période étant le Royaume-Uni qui disposait d’un avantage industriel. Pour la zone que l’on appellera plus tard le « Tiers-Monde », le libre-échange a sûrement accentué leur sous-développement.

Cependant, cela ne veut pas dire pour autant que les partisans du libre-échange ont tort. La théorie phare sur laquelle ils se basent supposent un état de concurrence pure et parfaite, état dont les critères ne correspondent pas au monde réel. Cela ne veut pas dire non plus que le libre-échange, sans ces conditions, n’a pas d’effet positif : un certain nombre d’économistes ont ainsi pointé le fait que la baisse des barrières douanières a été l’un des facteurs de la forte croissance économique des Trente Glorieuses.

Cette incohérence des résultats souligne une chose, tout comme pour la majorité des thèmes en économie : il n’existe pas dans le domaine du commerce international de « lois » ou règles qui seraient valables pour toutes les périodes et systèmes économiques. Une même politique commerciale peut avoir des effets divers selon les configurations que seule l’expérience peut nous révéler, d’autant plus que nous avons effacé un grand nombre de critères pour nous concentrer uniquement sur la croissance économique. C’est pourquoi on peut appliquer de manière justifiée les dires de Gottfried Haberler, économiste du XXème siècle, qui affirmait que « l’histoire économique peut offrir plus que l’analyse économique ».

Pares Léo

 

Sources :

Ouvrages généraux :

BAIROCH Paul, Mythes et Paradoxes de l’histoire économique, Paris, Editions La découverte, 1994.

CAMERON Roberto, Histoire économique du monde, Paris, Références Larousse, 1991.

SALIN Pascal, Le Libre-Echange, Paris, Presses Universitaires de France, 2002.

RAINELLI Michel, Le commerce international, Paris, Editions La Découverte (Coll. Repères), 2015.

Articles :

NOESSER Julie, « FRIEDRICH LIST (1789 – 1846) : LE THÉORICIEN DU PROTECTIONNISME « TEMPORAIRE », Capital.fr, Mis en ligne le 12/07/2012, Consulté le 04/06/2018, URL : https://www.capital.fr/economie-politique/friedrich-list-1789-1846-le-theoricien-du-protectionnisme-temporaire-740579

 

Pour terminer cette série sur les peuples ayant construit un État subsistant encore aujourd’hui après une migration, notre regard se tourne ici vers l’Asie du Sud-Est, plus particulièrement vers la Thaïlande et le Laos. Ces deux pays comprennent beaucoup de minorités austro-asiatiques (dont les Khmers), ou austronésiennes dans le cas de la Thaïlande (vace les malais de Pattani). Peut-être est-il alors nécessaire de préciser que l’intérêt se focalise particulièrement sur les thaïs (méridionaux, centraux, du nord) et les lao. Quel serait leurs points communs ?  La langue, appartenant à deux rameaux des langues Taï-Kadaï, et l’origine géographique, venant de la Chine du Sud. Ces peuples se sont installés sur leurs territoires actuels au détriment de l’Empire Khmer, pour finalement s’affirmer de manière définitive au XVe siècle.

Un territoire coincé dans les vallées de Chine méridionale

 

            Peu de choses sont connues sur les peuples taï (sans h, désignant l’ensemble de tous les peuples parlant des langues taï comme le siamois, le lao, le shan etc) lors de leur séjour dans les montagnes du Guangxi. Les us et coutumes des peuples actuels de la région (notamment les Zhuang jouissant d’une autonomie relative) ne peuvent aider à comprendre comment les taï de l’époque vivaient, à cause des changements qui ont sûrement dû apparaître pendant des centaines d’années. Les sociétés de la région semblaient être tribales, et pratiquaient l’animisme et le culte des ancêtres. Cela paraît être assez plausible car actuellement on trouve toujours des chamans (les mophi) en contact avec les esprits de l’au-delà (phi) chez les Thaïs et les Lao. La vie du groupe dans le Guangxi était légèrement influencée par les chinois qui, deux siècles avant notre ère, avaient commencé une politique d’extension et de colonisation du sud. Quelques traces de cette influence subsistent, notamment dans les différentes langues thaïes. C’est d’ailleurs de la situation politique de la Chine que dépendait le sort des peuples de la région, qui ont commencé à migrer vers le sud par les montagnes.

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Le lieu d’origine des peuples taïs se situeraient dans la région du Guangxi au sud de la Chine (ci-dessus), où vivent encore les Zhuangs, un peuple taï.

Une migration progressive renversant la démographie de l’Indochine

 

            C’est à partir du IIIe siècle, correspondant en Chine à la période des Han, que les Taïs auraient commencé à migrer à cause d’une conquête achevée vers le sud. Cette période d’insécurité a poussé les différentes tribus à partir vers l’Indochine. Un mythe raconte cette migration : une divinité enragée a exterminé la population en ne laissant en vie que trois chefs et un buffle pour reproduire et alimenter un nouveau type d’Hommes. Une fois revenue à la vie, l’humanité a appris à construire des villages et à cultiver le riz, mais la population augmenta trop fortement pour être contenue sur ses terres. Le roi Khoun Borom a alors séparé son peuple en sept tribus selon le nombre de ses fils, auxquels il donna des territoires répartis sur le nord de l’Asie du Sud-Est, de l’ouest du Tonkin aux montagnes de l’est de la Birmanie, couvrant les montagnes du Laos et de la Thaïlande. On pourrait voir dans cette fable un évènement tragique qui a poussé les Taïs à migrer vers le sud. Sur leur route, ils se sont heurtés aux Khmers et aux Birmans hindouisés, de qui ils ont récupéré des éléments politiques, religieux, artistiques et linguistiques. Graduellement, les différents groupes s’installent le long du fleuve Chao Phraya et assimilent linguistiquement les môns et les khmers sur place tout en respectant le pouvoir en place. La conquête de la Chine par les mongols au XIIIe siècle a précipité une émigration massive de la part des taïs, se réfugiant alors en masse dans les montagnes de Birmanie, du Laos et de la Thaïlande et bouleversant alors la démographie. Si les premiers thaïs s’étaient accoutumés aux empires sur lesquels ils s’installaient, la seconde vague apporte un sentiment indépendantiste qui crée des tensions communautaires.

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Le mythe fondateur de Khoun Borom est un classique de la littérature lao (ci-dessus) et thaïe.

La naissance des premiers États marquant de manière indélébile la présence thaïe

 

            Les thaïs alors très nombreux contestent les pouvoirs et les rois en place et se révoltent au XIIIe siècle. Dans le même temps des royaumes se composent au nord de l’Asie du Sud-Est : on compte déjà diverses principautés sur l’actuel État Shan (est de la Birmanie) et dans le nord des actuels Thaïlande et Laos, plus anciennes et appelées meuang. Chaque région voit un guide suprême qui mène le peuple à la construction d’un État : le roi Mangrai du Ngoengyang (nord de la Thaïlande) a fondé le royaume du Lanna en 1292, Fa Ngum fait évoluer sa principauté Meuang Sua (actuelle Luang Prabang, Laos) vers l’empire de Lan Xang en 1353 mais les plus puissants d’entre eux sont les royaumes de Sukhothaï et Ayutthaya, situés dans le centre de la Thaïlande en 1238 et 1351. Ces deux puissances deviennent très vite concurrentes, développant ensemble le bouddhisme comme religion officielle, reprenant les mythes hindouistes et les traits culturels khmers. Chacun des États composants la Thaïlande actuelle finalement absorbés par le royaume d’Ayutthaya a contribué à la construction d’un État thaï puissant avec une culture rayonnante sur ses anciens oppresseurs et résistant aux colonialismes étrangers, propulsant la Thaïlande actuelle dans le groupe des tigres asiatiques.

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Le Grand palais de Bangkok témoigne de la richesse culturelle thaïe qui inspire (et continue d’inspirer) l’Asie du Sud-Est.

Debsi-Pinel de la Rôte-Morel Augustin-Théodore

 

 

Mikheil Saakachvili, homme politique géorgien puis ukrainien, fait beaucoup parler de lui depuis quelques mois en raison de sa forte opposition au pouvoir du président ukrainien Petro Porochenko. Retour sur la montée d’un homme déterminé, et sur les raisons de sa médiatisation.

Sa montée au pouvoir en Géorgie

Saakachvili a été ministre en 2000. Suite à des désaccords avec le gouvernement concernant ses réformes dans des secteurs corrompus, il démissionne. Cet homme a toujours critiqué de manière forte la corruption établie dans le pays. Il fonde donc le Mouvement National Uni (MNU) en 2001, parti de centre-droit, et est élu président de l’Assemblée de Tbilissi (capitale de la Géorgie) l’année suivante. En janvier 2004, il est élu président de la Géorgie. Peu après, le MNU et les Démocrates unis fusionnent pour former le groupe politique Mouvement national-Démocrates. La politique de Saakachvili est libérale et vise la lutte contre la corruption mais aussi l’aide sociale envers les plus démunis. Il veut également une ouverture sur l’Occident pour son pays en voulant faire entrer la Géorgie au sein de l’OTAN, tout en gardant de bonnes relations avec la Russie. Les réformes de Saakachvili sont critiquées mais sa lutte contre la corruption a fait de son pays un exemple à suivre, selon les observateurs internationaux. Il a d’ailleurs été réélu président de Géorgie en 2008 et quitta le pouvoir en 2013.

La crise politique de 2007 et ses conséquences

Sa côte de popularité, extrêmement forte au début de son premier mandat, s’est dégradée au fil du temps. En 2007, de violentes manifestations ont eu lieues dans la capitale géorgienne, menant à l’instauration de l’état d’urgence pour quinze jours par le gouvernement. Les manifestants réclamaient la démission de Saakachvili, lui reprochant l’échec de sa politique pro-occidentale et d’être un « menteur » qui « a trahi les attentes du peuple ». Ces manifestants ont été violemment dispersés par la police, à coups de matraque et canons à eau, menant 109 personnes à l’hospitalisation selon le ministère de la Santé.

Des diplomates russes ont été expulsés, accusés d’alimenter le chaos qui régnait alors dans la ville. Le Premier ministre de l’époque, Zourab Nogaïdeli, parla même de « tentative de coup d’Etat » par l’opposition. Par conséquent, Saakachvili resta au pouvoir et il fut même réélu après, mais sa popularité fut très altérée. Par la suite, il essuya de nombreuses critiques concernant ses décisions diplomatiques et son langage parfois agressif.

Son rôle politique en Ukraine aux côtés de Porochenko

A la fin de son deuxième mandat, il quitte la Géorgie en raison des poursuites judiciaires dont il faisait objet, suite aux répressions des manifestations de 2007. Il s’exile donc aux États-Unis.

En 2015, le président ukrainien Petro Porochenko lui accorde la nationalité ukrainienne. Il est alors déchu de la nationalité géorgienne, son pays d’origine n’accordant pas la double nationalité. Peu après, il est nommé gouverneur de la région d’Odessa, où il est missionné de faire de cette région une vitrine des réformes ukrainiennes, un exemple à suivre, avec en toile de fond la lutte contre la corruption. Cette nomination n’était pas sans déplaire au président russe Vladimir Poutine, véritable opposant de la politique de Saakachvili.

Saakachvili, désormais opposant du président ukrainien

En 2016, Saakachvili démissionne de son poste, dénonçant la corruption forte et omniprésente. Il critique aussi le président ukrainien et en devient l’un des principaux opposants. Il va alors fonder le Mouvement des nouvelles forces l’année suivante, parti politique qui inquiète fortement l’exécutif en raison de sa popularité croissante. En juillet 2017, Porochenko va lui retirer sa nationalité ukrainienne implorant des « irrégularités » dans son dossier de naturalisation. Saakachvili voit cela comme une « vengeance des oligarques proches de Porochenko » et une manière de « se débarrasser de lui ». Désormais apatride, il se réfugie en Pologne où il déclare vouloir revenir en Ukraine prochainement.

Son retour en Ukraine et ses arrestations

Le 10 septembre 2017, il entre, avec la compagnie de nombreux partisans, dans le pays de manière illégale en forçant un poste-frontière. Il rejoint alors la ville de Lviv dont le maire, Andriy Sadovyi, est également un opposant du président ukrainien, puis il revient à Kiev. Avec son parti, il organise des manifestations anti-Porochenko et anti-corruption. Il redevient la cible du pouvoir et est accusé de vouloir faire un coup d’État, ce qu’il nie. En décembre, il échappe à une tentative d’arrestation grâce à l’intervention de ses partisans, offrant une humiliation sévère aux autorités. Trois jours plus tard, il a été arrêté et placé dans un centre de détention provisoire mais en est libéré peu après. Face à toutes ces pressions, Saakachvili n’a pourtant jamais voulu quitter l’Ukraine. Il déclara même qu’il était prêt à « donner sa vie pour l’Ukraine ». Mais le 12 février 2018, alors qu’il était dans un restaurant de la capitale, des hommes encagoulés et armés l’ont arrêté. La vidéo, violente, a suscité de nombreuses critiques envers le pouvoir, entachant la réputation de Porochenko.

A la suite de cet événement, il est extradé vers la Pologne où il critique vivement son arrestation qu’il décrit comme « un enlèvement ». Il part ensuite aux Pays Bas, pays d’origine de son épouse Sandra Roelofs. Selon son avocat, il souhaiterait y rester mais il est toujours déterminé à poursuivre sa lutte, son combat contre la corruption. De plus, Saakachvili s’est vu interdire l’entrée en Ukraine pour trois ans mais il a déclaré qu’il n’attendrait pas aussi longtemps pour s’y rendre.

La mobilisation freinée par la personnalité de l’ancien dirigeant

Après son expulsion en février dernier, des milliers de manifestants sont descendus dans les rues de Kiev afin d’appeler à la démission de Porochenko. La « marche nationale pour le futur », organisée par Saakachvili, invite ses partisans à mener son combat sans sa présence physique. Depuis les vacances luxueuses de Porochenko et du procureur général Iouri Loutsenko alors que la population ukrainienne est l’une des plus pauvres d’Europe, les critiques s’intensifient. Saakachvili pourrait profiter de cette tendance pour revenir dans la vie politique ukrainienne mais sa personnalité jugée instable et imprévisible gêne un mouvement massif de soutien envers l’ancien gouverneur. Ses idées et son combat sont extrêmement populaires, mais son caractère l’est beaucoup moins.

Ainsi, Saakachvili n’a pas fini de faire parler de lui, avec sa détermination pour mener son combat contre la corruption. Ses détracteurs sont très nombreux, tout comme ses partisans. Saakachvili est donc un homme qui n’a pas fini de faire l’actualité.

Lefebvre Anaïs

Dans le cadre de l’initiative « Quai d’Orsay hors les murs », le haut fonctionnaire Arnaud Guillois est intervenu à Science Po Lille. Sous-directeur du service politique au ministère des Affaires Etrangères, il est venu soutenir le rôle du Conseil de Sécurité dans les crises contemporaines mondiales. Il était question de relations internationales, de crises et de réformes. Il a expliqué tout cela de manière simplifiée mais tout en pertinence !

Le contexte actuel

Le Conseil de sécurité des Nations Unies constitue l’organe exécutif de l’Organisation des Nations Unies. Son but ? Le maintien de la paix et de la sécurité internationale. Il compte 5 membres permanents qui sont La France, les Etats-Unis, la Russie, la Chine et le Royaume-Uni, et ils disposent d’un droit de véto. Il compte également dix autres pays élus pour une durée de deux ans. La charte des Nations Unies, adoptée en 1945, définit les principes d’une telle organisation. La mission principale du conseil de sécurité est de constater l’existence d’une menace contre la paix ou d’un acte d’agression. Pour cela, il invite les parties à régler les conflits par des moyens pacifiques. Dans le cas contraire, il peut imposer des sanctions, voire autoriser l’emploi de la force.

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Le métier d’Arnaud Guillois consiste à donner des instructions de la part de la France à la mission permanente des Nations Unies, dont le siège est à New-York. Il s’y tient des réunions quotidiennes sur les crises majeures. On en compte environ 80 à l’ordre du jour. Le but est de définir un suivi, une posture à adopter mais surtout de prendre des décisions sur ces sujets sensibles.

Le Conseil de sécurité de l’ONU est le seul organe légitime de décider du « droit de faire la guerre ». La Charte des Nations Unies donne des prérogatives, mais ce sont les 15 membres qui déterminent si une situation constitue une menace pour la sécurité.

Bloqué pendant la Guerre Froide, le Conseil de Sécurité a retrouvé, depuis les années 90, une nouvelle impulsion : « il est efficace dès lors qu’il y a une entente soit entre membres permanents soit avec la quasi-totalité de ses membres. »

Mais chaque membre défend ses positions et ses intérêts : « au conseil de sécurité on discute et on se dispute les sujets. C’est un lieu où le tempo des crises se fait sentir ». Tous sont plus ou moins soucieux de leur souveraineté nationale, ce qui les guide dans leur prise de position.

On constate des divisions internes. On distingue les « acting », c’est-à-dire les Etats qui ont l’ambition pour le Conseil d’aller au-delà de la souveraineté nationale, face aux « blocking » qui font l’effet inverse, comme la Chine. Une question de tradition.

Face au problème de l’imprévisibilité, il est important de connaitre les positions des autres pays et de savoir composer avec eux. Le droit de véto est une arme puissante : il a été utilisé 8 fois par la Russie pour des interventions en Syrie.

Une autre composante de la mission du Conseil de sécurité est la notion de responsabilité de protéger. Adoptée au sommet mondial de 2005, elle vise à traduire dans les faits le droit d’ingérence. Dès lors que l’on estime qu’il y a une menace directe sur une population civile et si un Etat n’est pas en mesure de protéger ou attaquer ses civils, alors le Conseil de Sécurité intervient.

Des moyens pour la paix

Pour agir du mieux possible, le Conseil de Sécurité compte plusieurs outils :

En premier, l’expression :  avec les résolutions, les déclarations, la presse…Ce qui sert à définir une position claire pour l’ensemble des membres. Depuis la chute de l’Union soviétique, le Conseil de Sécurité est passé de 45 / 90 résolutions par mois à plus d’une par semaine aujourd’hui.

Ensuite vient les casques bleus ou les forces de maintien de la paix, que l’on recense au nombre de 110 000 pour un budget de 7 milliard de dollars. Ces interventions sont considérées comme la « formalisation d’une décision politique ». On en compte aujourd’hui 15 dans le monde, notamment au Sahel, en Haïti, au Proche et Moyen-Orient…La France est le 5ème contributeur, avec 800 casques bleus déployés par exemple au Liban et au Mali. L’Hexagone apporte également une aide nationale dans des opérations comme celles de Sangaris ou Barkhane.

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© REUTERS/Logan Abassi/UN/MINUSTAH/Handout

Donc le Conseil de Sécurité opère soit un travail de médiation soit une opération de maintien de la paix (exemple de la préservation du cessez le feu entre le Liban et Israël depuis 2006).

En interne, il possède le droit de sanction à l’égard de ses membres (ce qui correspond à l’article 41 de la Charte). L’objectif est de mettre une pression politique sur les Etats. Par exemple en agissant sur ses structures internes par un embargo sur des armes.

« Ces sanctions sont efficaces quand elles sont à l’appui d’un processus politique et d’une stratégie globale. »

L’intervenant prend l’exemple de la Côte d’Ivoire, qui a élu un nouveau président en 2011. L’ancien président sortant refusait de léguer son poste à Mr Ouattara. Le Conseil de Sécurité intervient. L’enjeu est de mettre la pression sur l’ancien président car il est n’est plus légitime. Pour cela, l’organisation de l’ONU décide d’un embargo sur le cacao à 80% pour le pays. L’Etat n’a donc plus les revenus nécessaires pour la justice, la police, ce qui conduit à la chute du régime. Aujourd’hui la Côte d’Ivoire est un membre non permanent qui siège au conseil de sécurité.

« Des résultats contrastés »

Les résultats actuels sont contrastés. Le critère principal pour définir un succès ou non d’une résolution est la capacité du Conseil de Sécurité de préservation et de rétablissement de la paix.

Arnaud Guillois donne l’exemple du Liberia, dont les missions au sein du Conseil de Sécurité ont pris fin il y a quelques jours à la suite d’élections « ce qui est un signal de formalisation » rapporte-t-il.

En opposition à ces succès, il y a aussi des échecs qui sont « malheureusement extrêmement nombreux » : il prend évidemment l’exemple du Rwanda ou encore de la Somalie. Il l’explique par des mandats qui n’ont pas été suffisamment clairs ou des restrictions faites par des Etats dans la mission d’intervention.

Pour le cas de la Syrie, le Conseil de Sécurité « n’a pas vocation à tout régler », il est là pour proposer des solutions, des alternatives politiques, des conférences de paix… Des cessez-le-feu permettent de construire un avenir pour le peuple, ce qui est pour le moment un « échec total ». Mais différentes composantes constituent un ensemble de priorités comme la lutte contre les armes chimiques, le respect des droits de l’Homme et la conduite d’un processus politique correct. 

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© SPUTNIK / REUTERS

Actuellement le Conseil de Sécurité surveille de près l’évolution politique en République Démocratique du Congo car « le potentiel d’explosion est colossal » et « la capacité dissuasive des Nations Unies est importante. »

Nouvelles menaces et réformes

Les enjeux actuels sont le contexte international depuis l’élection de Trump, la conservation du pouvoir par Poutine, la Chine dans son jeu d’alliances…

Aujourd’hui les menaces sont « asymétriques » c’est-à-dire que ce n’est plus un Etat contre un autre mais de petits groupes qui agissent entre eux. Il y a également la remise en cause du droit international. Par exemple la crise iranienne et la position des Etats-Unis sur les accords du 14 juillet 2015 concernant la dénucléarisation de l’Iran.

Concernant les réformes, la France est en première ligne pour ces initiatives. Elle voudrait garantir davantage les équilibres mondiaux, par la représentativité, et l’encadrement de l’utilisation du droit de véto.

Cependant cette réforme est considérée comme « le sujet impossible » : elle n’est pas prête de se faire car les enjeux sont colossaux : tous les pays qui pourraient être considérés comme membres candidats, qui ont la volonté et la capacité d’agir en faveur du maintien paix, ont en face des Etats permanents qui ne les accepte pas. Par exemple la Chine, qui est un membre permanent, refuserait toute intégration de l’Inde car elle y voit une concurrence.

Pour l’encadrement de l’usage du véto, les pays défenseurs d’une réforme pensent ainsi :  les Etats qui pratiquent une atteinte aux droits de l’Homme sur leur territoire, devraient s’engager, sur une base volontaire, à ne pas utiliser le droit de véto. C’est évidemment une vision naïve au regard de l’utilisation du véto par la Russie dans le dossier syrien.

Sur la question délicate et brûlante du Yémen, l’intervenant souligne qu’il y a ici « un jeu des puissances » et que c’est un « champ de bataille entre la coalition internationale et d’autres pays comme l’Iran. »

Même dossier, même sujet controversé : la participation de la France à la guerre au Yémen par sa vente d’armes à l’Arabie Saoudite, Arnaud Guillois répond cela « notre politique d’exportation d’armes est extrêmement claire, nous avons un grand nombre de principes et de conditions qui permettent la vente et l’exportation d’armes qui sont définies par l’Union Européenne. Nous avons un cabinet interministériel présidé par les services du premier ministre qui définissent si oui ou non, dans un certain nombre de pays sensibles, les conditions sont respectées pour vendre des armes (…) ce qui est important c’est de pleinement mettre en œuvre les règles de l’Union Européenne en matière de vente d’armes. Je sais que c’est un sujet qui fait l’objet de débat et qui est contesté notamment par des ONG ». On n’en saura pas plus…

VULLIET Margaux

Aujourd’hui, plus que jamais, les femmes représentent le nerf de la guerre pour le développement économique mondial. La question a été au cœur des débats entrepris à Davos, lors du Forum économique international il y a quelques semaines.

 

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Utilisant comme source le rapport McKinsey, stipulant que la réduction de l’écart entre les sexes au Canada pourrait ajouter 150 milliards de dollars à l’économie d’ici 2026, le rôle des femmes dans l’économie mondiale a été au centre des préoccupations de l’actuel premier ministre canadien, Justin Trudeau, à Davos. Déjà en 2007, une étude (toujours menée par le cabinet McKinsey) avait été publiée, montrant un lien important « entre l’excellence organisationnelle et la présence de femmes aux organes de direction ». Cette étude se basait sur neuf critères précis : leadership, vision, environnement de travail et valeurs, responsabilité, coordination et contrôle, compétences, motivation, innovation et ouverture sur l’extérieur.

La révolution est en marche ! Les femmes semblent prêtes à prendre la tête de l’économie et elles le revendiquent. Pour la première fois de l’histoire du forum économique de Davos, 7 femmes seront en charge de présider et assurer la gestion des débats autour du thème : « Construire un avenir commun dans un monde fracturé » pour l’année 2018.

De passage à Paris le 22 janvier 2018, l’actuelle COO (directrice des opérations) ou n°2 de Facebook, Sheryl Sandberg, a annoncé le lancement d’un programme inédit et innovant : SHEMEANSBUSINESS. Agée de 48 ans, auteure du célèbre livre Lean in (En avant toutes en français), Sheryl Sandberg fait partie des 10 femmes les plus influentes aujourd’hui. Elle accorde une importance capitale au rôle des femmes dans la sphère économique de nos sociétés actuelles.

 

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Sheryl Sandberg

 

Que faut-il en retenir ?

« Soutenir les femmes n’est pas seulement la bonne chose à faire. C’est LA chose intelligente à faire ».

Partie de ce constat, Sheryl Sandberg souhaite donner aux femmes tous les moyens pour réussir dans l’univers de l’entreprenariat, notamment à travers une formation axée sur des ateliers de mise en pratique des compétences digitales, en leadership, et en construction de réseau. Concrètement cela se matérialise par la mise en place de 11 500 kits en ligne et 3 500 formations intensives sous forme de journée type « boot camp ». Ces dernières seront mises en place par la Start up Social Builder, fondée en 2011 par Emmanuelle Laroque, également partenaire du projet.

Si la volonté de départ était de « former au numérique un million de personnes et de dirigeants de petites entreprises en Europe d’ici 2020 », l’accent a surtout été mis sur la promotion du leadership féminin.

Aujourd’hui on estime que seulement 30% des entrepreneurs sont des femmes en Europe. Parmi elles, 90% des entrepreneures françaises considèrent que les compétences digitales sont indispensables à la réussite de leurs entreprises, mais elles sont toutefois 50% seulement à penser les détenir. Pourtant, les réseaux sociaux tels que Facebook et Instagram sont de véritables canaux de ventes pour beaucoup d’entrepreneurs aujourd’hui.

La raison est simple. Il y a quelques années, il fallait aux entrepreneurs des vitrines de magasins pour exposer leurs produits et se faire connaitre. Aujourd’hui, les choses ont changé. Les entrepreneurs ont accès à un vivier de clients potentiels partout dans le monde grâce aux nouvelles plateformes sur internet. A ce propos, 60% estiment que Facebook représente un canal privilégié pour vendre leurs produits et développer leur activité.

Facebook l’a compris, la nouvelle tendance est à l’entreprenariat féminin. Si vous rêvez aussi de créer votre propre entreprise, un site (structure ci-dessous) a été créé pour répondre à toutes les questions qu’une femme puisse se poser pour se lancer enfin dans l’aventure. A l’image de la tradition américaine du story telling, le site présente les success stories de l’entreprenariat au féminin partout dans le monde. On peut y lire le cas de Monique Wilsondebriano ou la success story d’une femme qui a su utiliser le concept du barbecue pour monter son entreprise, et plein d’autres sources d’inspirations pour chacune de nous au quotidien.

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Et en avant toutes !

 

Hadou Mariame

En 1793, la tête de Louis XVI est tranchée. C’est le début d’une autre alternative politique, la République. Et si aujourd’hui, Alliance Royale matraque que « 17% des Français verraient bien la fonction présidentielle occupée par un roi », vivre sous une monarchie paraîtrait, pour bon nombre d’entre nous, une évolution rétrograde. La monarchie reste pourtant en vigueur dans bon nombre de pays. Est-ce un régime politique obsolète pour le XXIème siècle ?

Un coût important

De ce point de vue, la couronne britannique fait office de mauvaise élève. Ses dépenses ont effectivement augmenté de 11 % entre 2010 et 2015. La famille royale a effectué 63 voyages en 2014, pour un coût minimum de 10 000 livres chacun. Un aspect encore plus problématique est que ce coût entraîne des tensions entre les pays du Commonwealth, certains estimant mettre plus la main à la poche que d’autres. Selon une étude menée en 2016 par S. Punwasi, le coût annuel par habitant pour maintenir la monarchie est de $US1,10 au Canada, $US2,44 en Nouvelle Zélande, $US1,04 au Royaume-Uni et $US0,76 en Australie.  Des écarts jugés injustifiés étant donné que la Reine a sa résidence principale au Royaume-Uni, mais que l’entretien de Buckingham est assuré par l’ensemble du Commonwealth.

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La reine Elizabeth II, une reine qui coûte trop cher au peuple ?

Des scandales entachant la royauté

2012. La chasse à l’éléphant du monarque espagnol Juan Carlos, alors en vacances au Botswana, passe très mal auprès de ses sujets. Dans un contexte de crise économique sévère, s’adonner à un loisir chiffré à 37 000 euros a engendré des critiques compréhensibles envers un souverain qui semble déconnecté des réalités. C’est un peu le « S’ils n’ont pas de pain, qu’ils mangent de la brioche » des temps modernes.

Un peu plus récemment, en février 2015, Swiss Leaks révèle que le roi marocain Mohammed VI possède un compte bancaire où reposent environ 8 millions d’euros, chez HSBC à Genève. Un comble quand on sait que les marocains résidant au Maroc n’ont pas le droit de détenir de compte à l’étranger, et que les autorités insistent sur le « patriotisme économique » en accordant des amnisties en cas de rapatriement de fonds marocains placés à l’étranger.

Un rôle certain

Si les monarques constitutionnels conservent l’essentiel du pouvoir – ce qui est le cas au Maroc et à Monaco – en monarchie parlementaire, le souverain n’a pas vocation à s’occuper des affaires de l’Etat. Pourtant, son rôle n’est pas uniquement cérémonial. Ainsi, chaque semaine, le monarque britannique et le Premier Ministre ont un entretien sans témoin ni enregistrement. Moment idéal pour la Reine, qui a su donner son avis sur la politique, faire infléchir certaines positions voire apposer son veto, comme en 1999 concernant les frappes militaires en Irak.

D’une façon plus générale, le monarque parlementaire incarne la stabilité et l’unité d’un régime, ce qui est très frappant en Belgique où les divisions entre wallons et flamands sont prégnantes.

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Philippe de Belgique, garant de la stabilité au sein de son peuple.

Un soft-power indéniable

La monarchie contribue grandement au soft-power du pays concerné, autrement dit sa capacité d’influence et de persuasion. Alors que David Cameron venait renégocier les termes de l’adhésion de la Grande Bretagne à l’Union Européenne avec Angela Merkel pour essayer d’éviter le Brexit, la présence de la Reine sur place a été jugée nécessaire. Selon le Financial Times, « les officiels britanniques [espéraient] que la présence émolliente de la reine [renforcerait] la bonne volonté » de la chancelière envers le Premier ministre.

Le mariage de Kate et William en 2011 a aussi contribué à ce soft-power. L’évènement a été suivi sur les télévisions du monde entier (9 millions de Français l’ont regardé selon Médiamétrie) et a rapporté de juteux bénéfices au pays, que ce soit par la forte hausse du tourisme (600 000 visiteurs supplémentaires) ou grâce à la vente de produits dérivés.

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Dans le monde, 39 pays vivent sous une monarchie constitutionnelle (couleur rouge), dont 11 en Europe.

Alors oui, bien que critiquable, la monarchie reste un régime qui a un sens. En outre, il s’agit de balayer un peu devant notre porte car Charles de Gaulle avait pensé la Vème République comme une « monarchie républicaine » avec, entre autres, un président arbitre qui dispose de pouvoirs étendus et de l’onction populaire grâce au suffrage universel direct.

Moynat Justine

 

Il est actuellement 23h58 et, à minuit, le monde explosera. Menaces nucléaires, écologiques et technologiques. Le Bulletin of the Atomic Scientists a bien compris que, pour avertir le grand public des dangers qui pèsent sur l’humanité, la métaphore de l’horloge était bien plus parlante que des courbes ou calculs compliqués. Et les nouvelles sont mauvaises. Depuis le 25 janvier dernier, il ne reste que deux minutes avant la fin du monde. Mais il est encore temps d’agir pour inverser les choses.

Créée en 1947 par des chercheurs de l’Université de Chicago, l’horloge de l’apocalypse est mise à jour au début de chaque année par les scientifiques du Bulletin of the Atomic Scientists, aidés par un conseil de parrains comprenant, entre autres, 15 prix Nobel. À l’origine, cette horloge symbolisait la possibilité d’une guerre nucléaire mondiale – suite aux progrès technologiques ayant permis de créer la bombe atomique – mais, depuis 2007, l’horloge prend aussi en compte le changement climatique, les problèmes relatifs aux hydrocarbures et les risques liés aux nouvelles technologies.

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La dernière fois que les aiguilles ont été aussi proches de minuit remonte à 1953 : en plein milieu de la Guerre Froide. Qu’est-ce que la situation actuelle a de similaire avec 1953 ? Le risque nucléaire déjà. En effet, selon la présidente du Bulletin of Atomists Scientists Rachel Bronson, « Cette année, la question nucléaire est de nouveau au centre des préoccupations » avec notamment les essais nucléaires nord-coréens, l’intensification des préoccupations de la Chine, du Pakistan et de l’Inde envers leurs arsenaux nucléaires, les relations tendues entre la Chine et les Etats-Unis ou encore l’« imprévisibilité » du Président Donald Trump largement commentée par les médias.

Néanmoins, le risque ne s’arrête pas là. L’organisation mentionne également les menaces qui pèsent sur l’environnement suite au retrait unilatéral des Etats-Unis de l’Accord de Paris, conclu en 2015. Toujours selon Mme Bronson : « En dépit des campagnes de désinformation sophistiquées menées par les climato-sceptiques, les conséquences d’un climat altéré sont d’une réalité indéniable ». La COP21 a mis en place des engagements nécessaires à tenir pour la protection de l’environnement, si bien que l’horloge avait été reculée de deux minutes à l’époque.

D’autres évènements climatiques de 2017 ont participé à l’avancement de l’horloge. On se rappellera, par exemple, de l’importance des dégâts causés par la saison des ouragans dans les Caraïbes et sur la côte Est américaine, des vagues de chaleurs en Australie, Amérique du Sud, Asie, Europe et Californie et de la fonte accélérée de la banquise arctique.

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Le contexte étant dessiné, la question maintenant est de savoir quoi faire pour remonter le temps. Les solutions proposées par les scientifiques ne sont guère novatrices mais ont le mérite de donner des pistes d’action très concrètes. Sur le plan du risque nucléaire, les membres du Bulletin of the Atomic Scientists prônent la négociation. La mise en place de négociations devrait, effectivement, permettre d’éviter la prolifération nucléaire et de prévenir les tensions inutiles entre la Corée du Nord et les Etats-Unis. Les scientifiques conseillent aussi au Président américain de réprimer ses propos provocateurs. Pour ce qui est du climat, le Bulletin of the Atomic Scientists incite les citoyens américains à faire pression sur leurs dirigeants, « par tous les moyens légaux », pour que ces derniers prennent en considération la lutte contre le réchauffement climatique. Les autres pays du monde sont, quant à eux, encouragés à maintenir leurs efforts voire à les approfondir.
Gageons que ces recommandations ne restent pas sans réponses, et que 2019 sera une année où l’on pourra remonter l’horloge même si ce n’est que de quelques précieuses secondes.

Moynat Justine