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Une magnétique exploration de la masculinité

Sorti le 17 novembre en salles, le premier long-métrage de Vincent Maël Cardona offre une plongée remarquable dans les thèmes du genre et du passage à l’âge adulte. Les Magnétiques représente une œuvre singulière emplie de sympathie et d’humanité et portée par un casting irréprochable.

On ne succède pas à Noémie Lvovsky, Xavier Dolan, Arnaud Desplechin ou encore Claire Denis pour rien. Lauréat du Prix SACD de la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes, Les Magnétiques se voyait dresser un tapis rouge droit vers l’automne et une attente grandissante que le prix d’Ornano-Valenti du Festival de Deauville avait fini de construire. Il faut dire que le premier film de Vincent Maël Cardona plonge dans des thèmes actuellement mis sur le devant de la scène tout en basant son récit au début des années C’est donc la victoire de François Mitterrand qui ouvre les 98 minutes de l’œuvre. A travers l’espoir de cette élection, une génération se met à croire à un avenir meilleur dont il va vite comprendre que le socialiste au pouvoir n’en a que le nom. De la grande rose il ne reste bientôt plus que les épines qui jaillissent pour s’attaquer à une France rurale qui loupe le coche du passage au néolibéralisme, cette même France rurale délaissée qui sert de décor au film.


C’est donc dans ce contexte que nous suivons Philippe Bichon, campé par l’impeccable Thimotée Robart, présélectionné aux Césars dans la catégorie Révélation masculine. Jeune garagiste travaillant pour son père (Philippe Frécon), il mène une existence paisible dans sa petite ville où les lieux centraux de vie se trouvent être le bistrot du coin et le salon de coiffure où travaille Marianne (Marie Colomb), pour laquelle il développe rapidement des sentiments. Philippe, à la fois protagoniste et narrateur de l’histoire, voit son rythme bousculé le jour où il échoue à se faire réformer P4 et doit donc partir à Berlin-Ouest pour effectuer son service militaire. Il y raconte alors son expérience, s’adressant directement à son frère, Jérôme (Joseph Olivennes). Personnage central de l’histoire, il représente aussi un personnage primordial dans la vie de Philippe qui semble constamment dans l’ombre de son aîné, être social, rebelle et qui ne se pose pas vraiment de questions. A la fois admiratif et craintif envers lui, la bonhomie de Jérôme s’avère être une carapace pour son petit frère qui en profite pour ne pas voir l’attention se braquer sur lui. Visible dès le début du film, où il se contente de passer les sons sur la radio pirate qu’il partage avec ses amis pendant que Jérôme est au micro pour animer les ondes, ce retrait témoigne aussi d’une personnalité en contraste avec le rôle de genre qui lui est assigné et qu’il n’arrive pas à performer, voyant alors en son grand frère celui que son environnement immédiat attend de lui, mais aussi celui qu’il ne veut pas être, cherchant alors à assumer une autre identité sans y parvenir.

“C’est con un mâle alpha”
Cette phrase, qu’il sort en tant que narrateur à travers le retour d’expérience sur l’année qu’il vient de passer, sonne comme un appel à exister, lui l’être timide et réservé dont le mutisme déclaré comme “déguisé” pour échapper au service national cache en réalité un véritable mutisme, celui qui l’empêche de pouvoir affronter sa personnalité pour lui-même et pour les autres, là où la figure masculiniste de l’homme viril prédomine dans l’entourage dans lequel il grandit. Le service national, milieu masculiniste par excellence qu’il voulait absolument éviter, représente alors paradoxalement pour lui l’occasion de se détacher de ce milieu et de prendre un envol vu petit à petit comme une bouffée d’oxygène. Aux côtés d’Edouard (l’excellent et transpirant de naturel Antoine Pelletier), il trouve un allié qui lui permet de faire de la radio sur les ondes de l’armée britannique. Sortant de l’ombre de son grand frère, il peut alors s’affirmer dans une ville divisée par la Guerre froide et dans laquelle il prend ses marques, n’hésitant pas même à enfreindre le règlement, souvent plus par la maladresse des jeunes amours que par le témoignage d’une vraie rébellion.


En replaçant le thème du genre dans le contexte d’une ville rurale française du début des années 1980, le réalisateur tente avec brio de déconstruire l’idée selon laquelle ce thème serait seulement un courant en vogue. Loin s’en faut, l’étude de la virilité masculine peut très bien s’adapter à une réalité historique vieille de quarante ans et à une décennie où dépasser son rôle de genre a été chose courante, notamment dans le milieu musical. D’une radio pirate qui allait bientôt inonder les ondes libres, d’un jeune garagiste à la recherche non pas de son identité mais de la façon de l’assumer, Vincent Maël Cardona tire un premier film soigné, apportant beaucoup de tendresse à des personnages qui portent en eux beaucoup d’espoirs tantôt déçus, tantôt exaucés. Le tout accompagné d’une bande-son magistrale qui rendrait nostalgique n’importe quelle personne ayant vécu à cette époque révolue que sont les 80’s.

Nicolas MUDRY

L’écho de la solitude dans le murmure des parois

En adaptant Le Sommet des dieux de Jiro Taniguchi, Patrick Imbert s’est frotté à une montagne mais en a ressorti une œuvre animée d’une beauté rare, emmenant le spectateur dans un voyage d’une intensité magnifique, captée par la passion de ses personnages tout comme la précision de sa réalisation. Vertigineux. 

Il aura fallu plus de cinq ans à Patrick Imbert et son équipe pour sortir un film d’animation du manga de Taniguchi, lui-même adapté d’un roman de Baku Yumemakura. Primé au Festival d’Angoulême en 2005, l’œuvre de Taniguchi a obtenu un franc succès en France et ce n’est finalement pas un hasard si l’industrie cinématographique animée française s’est penchée dessus, dressant une rencontre particulière entre le style de Taniguchi et celui qui constitue la trace visuelle du film d’Imbert, empruntant beaucoup à la bande dessinée belge. Le résultat est absolument saisissant. Fort de personnages parfaitement bordurés et aux contours précis, le long-métrage s’appuie sur une identité visuelle assez unique qui permet à la réalisation de s’engouffrer dans une originalité folle, dont les risques salutaires ne sont pas sans rappeler ceux pris par les nombreux alpinistes gravissant les sommets. De l’aveu même de la conclusion du film, dont nous ne dévoilerons rien pour préserver une certaine mystique si propre à l’alpinisme, gravir semble être le bon terme puisque l’alpiniste n’atteint pas un sommet mais le franchit, telle une étape supplémentaire dans une quête sans fin vers un Olympe indéfini que seuls les vrais passionnés semblent comprendre sans pouvoir l’expliquer. A vrai dire, l’explication se trouve dans la pratique elle-même. Il faut voir et vivre pour comprendre. Mettre des mots dessus semble vain, tant les émotions racontent plus que les textes.  

Et peut-être que s’ils étaient revenus et qu’ils avaient raconté, George Mallory et Andrew Irvine n’auraient pas eu droit à la même postérité. Ils auraient certes été les premiers à dompter l’Everest (peut-être même qu’ils sont les premiers), mais leur entrée dans l’histoire de l’alpinisme et la légende qui colle à leur peau tiennent aussi au mystère entourant cette ascension de 1924 et de laquelle il manque des éléments-clés. Comme cet appareil photo Kodak qui s’avère être le point de départ du Sommet des dieux et qui, dans la réalité, n’a jamais été retrouvé. Dans la fiction, on prend le parti pris que celui-ci l’a été et qu’il se trouve dans les mains d’Habu Jôji, grand alpiniste japonais, qui a disparu depuis plusieurs années et que Fukamachi, journaliste, tente alors de retrouver après l’avoir furtivement aperçu à Katmandou au Népal. Si l’ombre de Mallory et Irvine plane tout le long du film, la véritable histoire se situe dans cette quête, ou plutôt ces quêtes. 

A la fois celle de Fukamachi, cherchant désespérément à mettre la main sur l’appareil photo, puis sur Jôji lorsque, après avoir retracé le fil de son histoire, il se prend de fascination pour ce personnage et tente de le cerner, de le comprendre. Mais aussi celle de Jôji, alpiniste de talent, promis à un avenir brillant dans le milieu, mais toujours rattrapé par les malheurs qui forgeront ses démons futurs et fermeront encore plus son caractère. Si ces quêtes diffèrent, elles ont cependant en commun un élément : l’obstination. Et même ce terme ne semble pas assez fort pour toucher la réalité de la rencontre de ces deux expériences qui se retrouvent en un point, deux destins qui finiront par se croiser un soir dans les rues de Katmandou, lançant alors la trame d’une fantastique histoire. 

L’effet du Sommet des dieux sur le spectateur ne tient cependant pas seulement à la qualité de son scénario ou bien même à la force et l’ambition de sa réalisation. Il y a, dans cette adaptation, un certain respect envers ces êtres humains réalisant des exploits qui ne seront jamais à la portée de tous, comme une vocation qui s’inscrirait en eux dès la naissance, bien que le film nous montre que les exploits sont aussi construits à travers les drames de la vie. Il y a une grande dignité dans les personnages et l’on touche à une vision moins stéréotypée de l’alpinisme, moins glorieuse, tant l’histoire ne semble retenir que ceux qui réussissent dans ce milieu, faisant de ceux qui échouent des oubliés ou pire, des prétextes au mystère. On pourrait penser se diriger vers une telle approche avec Habu Jôji mais la force du Sommet des dieux est de nous emmener dans un double récit : la quête présente de Fukamachi et l’histoire passée de Jôji. Ce dernier ne devient plus alors le mystère sur lequel tout le monde émet un avis mais une personne, dotée d’une sensibilité, d’un parcours, d’un récit de vie, mis en lumière par Fukamachi. Le journaliste n’est autre que nous, spectateurs, s’éloignant du voyeurisme pour entrer plus en profondeur dans l’analyse de ce personnage complexe, s’éloignant alors également des on-dit et des pensées communes que tout le monde semble savoir de lui. 

Plus on approche de la fin, plus on semble frôler du bout des doigts la réponse que l’on cherche : pourquoi font-ils cela ? Cependant, avec une grande subtilité, le film ne répond pas à cette question puisque celle-ci n’a de réponse que l’expérience vécue. Cette expérience est solitaire, la gloire n’est rien. Les alpinistes la vivent surtout pour eux-mêmes, ne cherchant pas vraiment de but mais trouvant un sens qui les conduit à vouloir toujours plus. On pourrait voir l’alpinisme comme une compétition, la voie prochaine étant toujours celle de l’exploit, de l’inconnu et de l’irréalisable. Mais l’alpiniste se bat surtout contre lui-même, il est en compétition avec son propre corps, dont il fait don de manière quasi sacrificielle, et son propre esprit pour viser plus loin, plus que plus haut, car la hauteur de l’exploit a des limites (8848 mètres) que sa longueur et sa portée n’ont pas. Habu Jôji est peut-être un personnage fictif n’ayant jamais existé, mais il représente bien ces obstinés, que l’on prendrait au premier abord pour des fous. Ils exercent dans une solitude qui les place seuls face à la montagne, prisonniers de leur propre passion, parfois emportés dans celle-ci, essayant toujours de se rattacher à la corde, souvent seul compagnon de leur aventure, seul témoin de leur volonté de se raccrocher à la vie. Le Sommet des dieux entend présenter l’alpinisme tel qu’il est, philosophant sur cette pratique et arrivant à la conclusion que l’Olympe n’est atteint par ces gens que lorsque la montagne a décidé pour eux qu’il était temps d’enfin rejoindre le sommet sans le gravir et d’y reposer au contact de la neige déposée sur les cimes. Le mystère semble peut-être se résoudre ici car le but ultime de cette quête de sens que présente l’alpinisme ne se situe dans aucune explication. La vraie réponse ne se trouve pas dans un carnet de voyage mais dans les montagnes elles-mêmes, car ceux qui semblent la détenir sont ceux qui n’en sont jamais revenus et qui ont, au détour d’un couloir ou d’une voie, trouvé le repos éternel dans le lit de leur raison de vivre. 

Nicolas MUDRY

NaNoWriMo

Pour peu qu’on s’intéresse à l’écriture, chaque automne marque le retour de ce terme sur nos fils d’actualités : “NaNoWriMo”. Il s’agit d’un mouvement qui, chaque année, propose aux aspirants auteurs d’écrire un roman de 50 000 mots en un mois. Si l’objectif peut paraître intimidant, l’organisation estime à plus de 300 000 le nombre de participants pour chaque édition !

Lancé en 1999 et devenu une association en 2006, NaNoWriMo (National Novel Writing

Month) encourage les motivés à se lancer en proposant des outils, une structure et une communauté. Aujourd’hui, l’organisation met en place des ateliers, des partenariats avec des librairies et des cafés… C’est tout un réseau qui s’est développé autour de ce défi annuel. En France, des sessions d’écriture s’organisent entre amis, entre collègues, mais aussi entre inconnus grâce à des groupes de soutien sur Facebook.

En échangeant avec des participants, on se rend vite compte que c’est l’aspect challenge qui attire : “C’était le côté « défi complètement dingue et impossible » qui m’a attiré, ça et l’envie de me mettre en mode “action” et d’avancer dans mes projets.”

Pour atteindre les 50 000 mots fin novembre, il faudrait écrire 1 667 mots par jour. Ce chiffre paraît inatteignable, mais ce n’est en réalité qu’une base. Beaucoup de participants définissent leurs propres objectifs, ou bien ne s’en fixent pas du tout. C’est le cas de cette membre d’un groupe facebook dédié au NaNoWriMo, qui rassure les intéressés se mettant un peu trop la pression.

Il faut écrire comme on peut, et regarder le nombre de mots après. Ce n’est pas un drame de ne pas réussir. Si tu n’écris pas 1666 mots par jour, ce n’est pas grave. Je trouve que ce défi peut bloquer dès le départ. Il vaut mieux partir d’un chiffre moins élevé sans grande ambition que se dire « il faut absolument que j’écrive 50 000 mots en mois. » »

Si le défi commence le 1er novembre, le mois d’octobre est dédié à la préparation (d’où le terme “preptober” que l’on peut voir passer sur les groupes Facebook des participants au NaNoWriMo).

Pour cet autre internaute, la préparation est la clé du succès :

“Tu utilises octobre pour réellement t’organiser, voire même avant encore. Tu prépares ton histoire, tes personnages, tes environnements ou quels que soient les éléments importants à tes yeux pour que le 1er novembre, tu aies tout pour démarrer sereinement. Bien se préparer, trouver sa routine, s’organiser pour que le NaNo soit TA priorité et s’y tenir. Mais c’est aussi garder de la bienveillance envers soi-même et ne pas oublier que c’est un défi personnel et donc un moment à soi. Il ne faut pas que le NaNo soit une torture.”

Pas envie d’écrire un roman ? Comme avec le nombre de mots, certains modifient l’objectif selon leurs envies.

“Je n’ai pas forcément envie de me lancer dans l’écriture d’un roman, par contre j’écris des chansons et des nouvelles. Ça va être l’occasion pour moi d’arrêter de procrastiner et de me pencher un peu plus sérieusement sur ces projets !”

Après un mois de novembre bien chargé, le repos sera au rendez-vous pour les participants. Puis, certains comptent retravailler leur manuscrit, le faire relire… et, pourquoi pas, se lancer dans l’autoédition ou le proposer à des concours et maisons d’édition. 

Valentine LAVAL

Sources :

https://nanowrimo.org/

Questionnaire posté sur le groupe Facebook

https://www.facebook.com/groups/plumesfrancopholles

Rencontre avec un membre de l’Académie des Oscars (2/2)

Josh Staub travaille dans l’animation pour Netflix après avoir passé plusieurs années chez Disney. Depuis 2018, il est également membre de l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences (AMPAS), autrement dit l’Académie des Oscars. Peu après la 93ème cérémonie du 25 avril 2021, j’ai eu l’honneur de m’entretenir avec lui pour parler de son parcours, son rôle en tant que membre de cette académie ainsi que ses votes pour les Oscars 2021. Voici la deuxième partie de cet entretien où le cinéaste commente ses choix pour chaque catégorie de la dernière cérémonie.

Meilleur film 

“D’abord, une chose que vous ne savez peut-être pas sur le processus de vote pour Best Picture. Avec toutes les autres catégories, vous prenez un choix. Pour Best Picture, vous pouvez lister huit films, vous pouvez les lister par ordre de préférence. Généralement, la façon dont j’aborde ce processus c’est que n’importe quel film que je trouve méritant pour être Best Picture – peut-être pas mon top 1, mais si je pense que le film mérite d’être dans la discussion, je le prends. Mais j’ai choisi cinq films cette année. Et c’est la même chose pour les tours précédents. Quand vous les mettez, vous les classez. Donc, j’ai voté – et j’ai adoré ces cinq films mais j’ai mis Sound of Metal pour Best Picture. J’ai placé Nomadland en numéro deux. The Father en numéro trois. Minari en numéro quatre et Judas and the Black Messiah en numéro cinq. Je les ai trouvés tous magnifiques mais Sound of Metal en premier”. 

Meilleur réalisateur

“Meilleur réalisateur, Nomadland. J’ai vraiment adoré Nomadland et j’ai aimé les autres films de Chloé Zhao. J’ai trouvé que celui-ci était un pas de géant en avant en termes d’exécution globale. J’ai aimé ces autres films mais je sentais que parfois c’était inégal pour moi. Cette façon de mélanger acteurs et non-acteurs, parfois cela me sort du film mais cela n’a pas été le cas pour cette œuvre. C’était une histoire, une étude de personnage que je n’avais jamais vue avant, ce que j’ai apprécié”. 

Meilleur acteur

“Meilleur acteur, j’ai voté pour Riz Ahmed. Je ne suis absolument pas déçu qu’Anthony Hopkins ait gagné. Je l’ai trouvé incroyable et phénoménal et il l’est toujours. J’ai adoré Chadwick Boseman en tant qu’acteur et en tant qu’être humain mais je n’ai pas senti personnellement que c’était une performance dans un premier rôle et je n’ai pas trouvé que c’était sa meilleure performance [pour Ma Rainey’s Black Bottom, ndlr]. Je ne me suis pas dit : « Wow, quelle performance ! ». Mais je me suis dit ça par rapport à Riz Ahmed et Anthony Hopkins”. 

Meilleure actrice

“J’ai voté pour Frances McDormand. Je pense qu’elle est exceptionnelle et toujours exceptionnelle. J’ai trouvé que Carey Mulligan…c’est drôle parce que quand j’ai vu Promising Young Woman, je me suis dit que c’était une bonne performance et ensuite j’ai vu The Dig, genre deux jours plus tard, et je me suis demandé comment c’était possible que ce soit la même personne. C’est incroyable et cela m’a fait encore plus apprécier Carey Mulligan dans les deux films, plus qu’avant. Mais en fin de compte, j’ai vraiment trouvé que Frances McDormand habitait son personnage [dans Nomadland, ndlr] comme elle l’a toujours fait d’après mon opinion”. 

Meilleur acteur dans un second rôle

“Meilleur acteur dans un second rôle, je l’ai donné à Daniel Kaluuya [pour Judas and The Black Messiah, ndlr]. Je trouve que LaKeith Stanfield est phénoménal aussi. Cela est intéressant parce que j’ai toujours senti personnellement que Daniel Kaluuya ou LaKeith Stanfield aurait pu concourir pour la catégorie « Lead Actor » parce que j’ai trouvé que c’étaient les performances principales et qu’ils menaient le film. Je n’aurais également pas eu de problème si Paul Raci avait gagné parce que je l’ai adoré dans Sound of Metal. Je l’ai trouvé incroyable et c’est le genre de performance où je me demande : « est-ce qu’il est vraiment un acteur ? ». Je pense qu’il était phénoménal mais finalement j’ai trouvé que Daniel Kaluuya crevait l’écran”. 

Meilleure actrice dans un second rôle

“J’ai voté pour Olivia Colman. Je crois que je suis gaga d’Olivia Colman dans tout ce qu’elle fait, elle est juste très forte. The Father est un merveilleux film et elle est incroyable dedans. Pour être honnête, Youn Yuh-jung dans Minari, j’ai trouvé qu’elle était incroyable également et j’ai adoré le fait qu’elle gagne. C’était presque un win-win pour moi. Je n’étais pas déçu. Même si je savais que la plupart des gens pour qui j’ai voté cette année n’allaient pas gagner, je n’ai pas été déçu par les vainqueurs. Je ne me suis jamais dit : « Oh non, je n’arrive pas à croire que cette personne ait gagné ». Je les ai tous appréciés. Ainsi, j’ai trouvé qu’elle était très bonne dans Minari aussi, donc j’ai été très content pour elle”. 

Meilleur scénario original

Sound of Metal. J’ai voté pour Sound of Metal et j’étais… j’ai compris en quelque sorte pourquoi Promising Young Woman a gagné. Je pense que c’était unique et courageux mais j’ai tellement adoré Sound of Metal et c’était une histoire que je n’avais jamais vue auparavant. En fait, peut-être que ça m’a biaisé, mais je prends des cours de langue des signes, je suis intéressé par la langue des signes et je suis familier avec les implants et les controverses qui les entourent dans la communauté des personnes sourdes et malentendantes. Donc, j’étais déjà intrigué et le film m’a juste ébloui. J’ai trouvé qu’il était brillant”. 

Meilleur scénario adapté

“Ok, pour celui-là vous allez peut-être être surpris, j’ai voté pour The White Tiger. Je l’ai trouvé vraiment incroyable, vraiment différent également et je souhaitais aussi que l’acteur principal soit nommé, il était phénoménal. La diversité de sa performance m’a complétement séduit. J’aurais aimé qu’il obtienne plus de soutien de la part des autres membres de l’Academy parce que j’ai trouvé que c’était vraiment un bijou. Je ne sais pas si tout le monde l’a vu mais j’ai adoré donc j’ai voté pour lui. Une chose intéressante, c’est que mon fils – il est également un réalisateur, il est à l’USC Film School – a pensé que Nomadland et Borat sont presque des documentaires, ils ne sont pas écrits mot pour mot. Donc, le fait qu’ils concourent pour cette catégorie est un peu bizarre parce que dans les aspects du scénario, la plupart du contenu est improvisé”. 

Meilleur montage

“Meilleur montage, j’ai voté pour… oh, c’est intéressant, je n’ai pas réalisé que j’avais fait ça. J’ai voté pour The Father et Sound of Metal a gagné. Donc, Sound of Metal vainqueur, j’étais très heureux. Mais j’ai trouvé que la structure de The Father repose beaucoup sur la façon dont ça été monté et cela était vraiment unique. C’était basé sur une pièce de théâtre mais cela ne ressemblait pas à une pièce de théâtre. Beaucoup de films basés sur des pièces restent très théâtraux une fois adaptés au cinéma. Ce n’est pas le cas de The Father, cela reste très cinématique et le montage dessine tout le tableau. C’était très intelligent la façon dont c’était construit donc je l’ai trouvé très surprenant. Mais encore une fois, j’ai adoré Sound of Metal donc j’étais content qu’il gagne”. 

Meilleure photographie

“J’ai voté pour Mank. Pour être honnête, je n’ai pas passé un bon moment en le visionnant. Cela m’a pris beaucoup de temps pour rentrer dedans et je n’aime pas tellement les films avec un look vintage habituellement. Mais j’ai trouvé que Mank faisait un bon job pour ressembler à Citizen Kane. J’avais l’impression de regarder une œuvre de cette époque et j’ai apprécié ça. Je ne suis pas déçu que Nomadland ait gagné… [je lui fais alors remarquer que c’est bien Erik Messerschmidt qui a créé la surprise en s’imposant pour son travail sur Mank, ndlr] Oh ! Oui, désolé ! L’opposé ! J’ai voté pour Nomadland et Mank a gagné. J’ai trouvé que Nomadland était magnifique. J’imagine que j’étais content que Mank gagne. Mon fils aime rappeler que Nomadland a été photographié dans quelques superbes endroits et comme c’était difficile à faire. Mais je pense que c’était brillamment exécuté. J’ai également trouvé que dans Judas and the Black Messiah, la cinématographie était extraordinaire et probablement la plus unique d’entre toutes, donc cette catégorie était dure et vous pouvez même le savoir par vous-même en voyant à quel point je ne me souvenais plus ce pour quoi j’avais voté. Mais j’aurais pu me voir choisir Judas and the Black Messiah aussi, c’était dur”. 

Meilleurs effets visuels

“J’ai voté pour Tenet. Tenet a gagné. J’ai trouvé que c’était vraiment excellent, parfaitement maîtrisé. Toutes les séquences à l’envers, c’était juste incroyable et je pense que c’était brillant. Ils ne l’ont pas mis sur la plateforme de l’Academy, il n’était pas autorisé à être sur la plateforme pendant un long moment. J’étais impatient qu’il soit ajouté et je me demandais : « Comment suis-je capable de le visionner ? ». Et ensuite il a été ajouté, j’étais content mais il a disparu dans la foulée avant de réapparaître. Donc je pense qu’il se passait quelque chose en coulisses. Mais en fin de compte, je trouve que c’était le plus méritant, c’était un challenge intéressant et il a été bien accompli”. 

Meilleurs décors

“J’ai voté pour Mank et il a gagné. Je n’ai pas senti cette année qu’un film m’a ébloui en termes de décors et je suis un chef décorateur. Beaucoup étaient des films historiques et, encore une fois, mon fils rappelle que ce n’est pas parce qu’un film se situe dans une période historique qu’il doit gagner. Mais j’ai trouvé que Mank était très bien exécuté”. [Je lui fais remarquer que les décors dans Emma étaient également très bons, bien que non nommés, ndlr]. Moi aussi ! Moi aussi ! Je pense que j’aurais sûrement voté pour Emma s’il avait été nommé. J’ai trouvé que c’était bien et en réalité j’ai voté… attendez, c’était nominé pour… oui, j’ai voté pour Emma dans Costumes”.

Meilleurs costumes et meilleurs maquillages et coiffures

“Donc, c’est intéressant parce que je me rappelle les costumes dans Emma et généralement je ne me souviens pas très bien des costumes ou des maquillages et des coiffures. Mais je me souviens d’eux pour Emma et à quel point ils étaient uniques. Et pareil pour maquillages et coiffures. Je n’ai pas été un grand fan de Ma Rainey’s Black Bottom en tant que film pour être honnête – au passage, j’ai trouvé que Viola Davis était phénoménale – mais ce film, ce qui me reste en tête, ce sont les maquillages et les coiffures, genre son maquillage… quand je pense à ce film, je pense à comment elle paraissait. Tout le monde semblait un peu transpirant si vous voyez ce que je veux dire. Il faisait chaud, c’était humide et tout le monde transpirait et son maquillage restait impeccable. Quand je pense à ce film, je pense à ça donc je devais voter pour lui”. 

Meilleur son

“Son, j’ai définitivement voté pour Sound of Metal, oui. C’est crucial, si crucial. C’est un autre personnage dans le film”. 

Meilleure musique 

“Je dois checker pour être sûr…J’ai voté pour Soul. Oui, j’ai trouvé que c’était vraiment beau. Je suis un grand fan de Jon Baptiste, c’était vraiment très beau”. 

Meilleure chanson originale

“J’ai voté… c’était une catégorie difficile à mon opinion. J’adore la musique, j’en fais. J’ai voté pour Speak Now de One Night in Miami. C’était excellent mais je ne suis pas déçu que Fight for You ait gagné. J’ai vraiment aimé cette chanson et, autre chose par rapport à la cérémonie, le fait que les chansons aient été diffusées avant la cérémonie. C’était un choix intriguant et je ne le savais pas alors que je suis un membre de l’Academy. Je ne savais même pas que cela allait se passer comme ça donc je ne regrette pas d’avoir allumé la télé un peu plus tôt afin de voir les performances de Speak Now et Fight for You. Et je crois que cela aurait été mieux de les laisser pendant la cérémonie”. [Je lui dis alors que j’ai adoré Husavik, ndlr] Moi aussi ! Vous savez, je dois le dire mais je pense que c’était une magnifique chanson et je l’écoute toute seule en dehors du film, même si je trouve que la voix de Will Ferrell ruine un peu le tout. Je sais qu’il est dans son personnage et c’est supposé être drôle mais cela me gêne, il y a une ligne dedans où je suis : « Ooooh, noon, nooon ! ». Encore une fois, il est dans son personnage donc… aussi, une autre raison pourquoi j’ai pensé voter pour celle-là c’est que le film repose sur cette chanson, elle est vraiment cruciale pour l’histoire donc j’ai sérieusement considéré à voter pour elle”. 

Meilleur film international

Oh ! Celui-là est si…Ok, donc j’ai voté pour Better Days. Je trouve que Better Days était très bon. J’ai aimé Another Round mais je ne l’ai pas trouvé particulièrement spécial, du style : « Wow ! C’est vraiment exceptionnel ! ». J’ai juste trouvé que c’était un bon film. J’ai adoré Collective, je l’ai vu à Sundance l’année dernière et cela est resté ancré en moi. Mais je dois dire que ce n’étaient pas mes choix pendant le premier tour. J’ai adoré Apples de la Grèce, j’ai trouvé que c’était incroyable. J’ai adoré le film français, Two of Us. Je l’ai trouvé magnifique. En réalité, j’ai voté pour Apples, Two of Us, Hope, qui est le film de Stellan Skarsgard, Beginnings, l’entrée géorgienne, qui m’a ébloui, difficile à voir mais je l’ai trouvé magnifique. Film international est littéralement ma catégorie préférée. Vous pouvez le savoir juste par le temps que j’ai pris pour en parler au début de l’interview mais c’est juste ma catégorie préférée. La chose à propos de laquelle je suis le plus heureux en tant que membre de l’Academy est que c’est littéralement le meilleur film de chaque pays et le fait que j’ai la possibilité de tous les regarder me rend extatique. Chaque année, il y a des films que j’adore et qui ne sont pas nominés et j’essaye d’en parler à tout le monde mais ils sont si difficiles à visionner vous savez, au moins aux Etats-Unis. Cela devient de plus en plus facile avec Netflix, Hulu, Amazon Prime… parfois ils sont diffusés sur ces plateformes. Un film que j’adore d’il y a deux ou trois ans… j’étais un fervent défenseur de The Guilty. The Guilty est l’un de mes films préférés, je pense que c’était juste incroyable et celui-là, j’ai pu connaître le réalisateur, l’acteur et le producteur du film et j’ai dit à toutes les personnes que je connais au sein de l’Academy qu’ils devaient absolument voir ce film et il a été shortlisté mais il n’a pas été nommé et j’ai été tellement déçu, mais je donne un cours à l’USC Film School et pour des crédits supplémentaires, je donne un film à voir chaque semaine et The Guilty est toujours mon premier film pour la première semaine de cours”. 

Meilleur film d’animation

“J’ai voté pour Soul, je l’ai trouvé excellent. Pete Docter est mon modèle en tant que réalisateur de films d’animation. Il essaye de réaliser des choses qui ne sont pas caricaturales. Elles invitent plus à réfléchir, donc il n’apparaît pas surprenant que j’adore les films de Pete Docter, qui essayent d’aborder des idées que l’on ne voit pas habituellement dans l’animation. J’ai adoré Soul mais j’ai trouvé Wolfwalkers très cool. J’ai vraiment aimé son style et j’adore vraiment l’équipe de Cartoon Saloon. J’ai pu en connaître certains il y a quelques années lors d’un festival à Amsterdam et je trouve qu’ils font vraiment des choses intéressantes. Mais, cette année, je devais voter pour Soul”. 

Meilleur documentaire

“J’ai vraiment des opinions très tranchées sur les documentaires. Mes trois documentaires préférés cette année ont été Collective, Boys State et Dick Johnson Is Dead. J’ai encore regardé Dick Johnson Is Dead hier soir d’ailleurs avec ma famille qui ne l’avait pas vu. Et j’ai vu Boys State à Sundance et je l’ai vu à nouveau il n’y a pas très longtemps. Et j’ai aimé The Mole Agent aussi. Je l’ai visionné hier soir encore également. Je vous ai dit que je regardais beaucoup de films. J’ai adoré Crip Camp aussi mais j’ai voté pour Collective. J’ai trouvé My Octopus Teacher adorable et intéressant mais… Dick Johnson Is Dead est juste le documentaire ultime, il est tellement intéressant. C’est drôle parce qu’il était à Sundance et cela ne m’intéressait pas de le voir parce que la façon dont il était présenté… l’affiche ne me disait rien mais c’est juste un excellent documentaire, j’ai pleuré en le regardant, vous devez absolument le voir”. 

Meilleur court-métrage de fiction.  

“J’ai voté pour The Letter Room. En fait, j’ai aimé tous ces films. J’adore les courts-métrages juste en tant que genre. J’ai réalisé beaucoup de courts dans ma carrière donc j’adore le storytelling concis, comment vous devez être très direct et développer vos personnages très rapidement. Vous devez être très efficace. Donc, j’ai aimé The Letter Room. J’ai aimé Two Distant Strangers, je l’ai trouvé très courageux et intéressant, donc je suis content qu’il ait gagné”. 

Meilleur court-métrage documentaire

“J’ai voté pour A Concerto Is a Conversation. Tous étaient très bien faits mais j’ai un faible pour la musique et j’adore les histoires de personnes s’efforçant de créer des choses artistiques et les challenges qu’ils doivent affronter pour atteindre leur but. Et j’adore les histoires familiales, les histoires de sacrifice pour réaliser son rêve artistique. Donc il m’a touché droit au cœur. Mais encore une fois, j’ai trouvé qu’ils étaient tous très bons. Hunger Ward était si bien aussi, si difficile à regarder parce que c’est à propos d’une chose réellement horrible. Mais j’ai l’impression d’avoir vu ce genre de films auparavant même si je l’ai trouvé très bien exécuté et challengeant. J’ai juste trouvé que A Concerto Is a Conversation était surprenant et différent”. 

Meilleur court-métrage d’animation

“Meilleur court-métrage d’animation, je l’ai donné à If Anything Happens I Love You. Ces courts étaient si différents les uns des autres mais j’ai trouvé que If Anything Happens I Love You était parfaitement réalisé – cela invitait véritablement à réfléchir – et surprenant. Je n’ai pas vu la fin venir, je n’ai pas tout de suite vu sur quoi portait l’histoire. J’ai trouvé qu’il était très bon”. 

Propos recueillis par Nicolas Mudry

Rencontre avec un membre de l’Académie des Oscars (1/2)

Josh Staub travaille dans l’animation pour Netflix après avoir passé plusieurs années chez Disney. Depuis 2018, il est également membre de l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences (AMPAS), autrement dit l’Académie des Oscars. Peu après la 93ème cérémonie du 25 avril 2021, j’ai eu l’honneur de m’entretenir avec lui pour parler de son parcours, son rôle en tant que membre de cette académie ainsi que ses votes pour les Oscars 2021. Voici la première partie de cet entretien. 

Un retour vers le premier amour

Josh Staub n’a pas commencé à travailler directement dans le monde du cinéma même si, très jeune, différents arts le passionnent déjà. “J’adorais l’art, la musique mais – je pense que c’est cliché de dire ça – je ne croyais pas au fait que faire des films était un job”. Il s’oriente dans les jeux vidéo dès l’âge de 18 ans sans pour autant s’y épanouir. “J’ai fini par travailler dans cette industrie et j’ai réalisé que je n’étais pas vraiment un gamer. J’aime la façon dont c’est conçu, mais plutôt à travers leur storytelling, leur narration, la façon dont ils peuvent être immersifs”, précise-t-il. 

Directeur artistique du studio où il évolue depuis plusieurs années, Josh change de voie pour revenir vers ce qu’il aime depuis toujours. “J’ai réalisé que je n’étais pas plus investi que ça dans les jeux vidéo. J’adorais vraiment les films, c’était mon premier amour”, avoue-t-il sans hésitation. “Donc, j’ai réalisé un projet”, poursuit-il. “Un film par moi-même lorsque j’étais encore dans cette compagnie. J’ai conçu un court-métrage animé qui s’est qualifié deux fois pour une nomination à l’Oscar du meilleur court-métrage d’animation”. S’il ne parvient pas à être nommé, son court-métrage, The Mantis Parable (2005), s’exporte très bien dans de nombreux festivals internationaux où il parvient même à remporter quelques prix comme au réputé Palm Springs International ShortFest. Cette consécration nouvelle lui permet de faire un premier pas remarqué dans l’industrie cinématographique et de confirmer sa voie. “Cela m’a ouvert de nombreuses portes. Une fois que j’ai fait cela, je savais que c’était vraiment ce que je voulais faire, ce dans quoi j’étais intéressé”

De Disney à Netflix en passant par les Oscars

Fort d’un court-métrage qui n’est pas passé inaperçu, Josh Staub rejoint Disney Animation où il travaille pendant treize longues années. Il a ainsi collaboré en tant que superviseur des lumières sur des projets célèbres comme Tangled (Raiponce, 2010) ou encore Frozen (La Reine des Neiges, 2013), ce dernier remportant l’Oscar du meilleur film d’animation, mais aussi sur des projets moins connus à l’international comme les deux courts-métrages d’animation Paperman (2012) et Feast (2014), tous deux lauréats du meilleur court-métrage d’animation lors des 85ème et 87ème cérémonies. Avec ce savoir-faire en animation sur des œuvres toutes reconnues par l’AMPAS, Josh finit par recevoir le Graal. 

Comme le veut le règlement, au moins deux pairs, déjà membres de l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences, le nominent, proposant son nom au collège. Mais le parcours ne s’arrête pas ici. “Quand vous apprenez cela, si vous voulez rejoindre l’Academy, vous écrivez une lettre dans laquelle vous racontez votre biographie et vos expériences”, explique le cinéaste. De la bouche de Josh Staub lui-même, cette nomination est et restera la plus grande reconnaissance qu’il a connue dans sa carrière. Cela fait désormais trois ans qu’il est membre de l’Académie des Oscars, participant chaque année aux différents votes qui permettront de définir les lauréats dans chaque catégorie de la cérémonie des Academy Awards.  

Un rôle solennel et important

Être membre de l’Academy n’est pas de tout repos, loin de là. “Je prends ma tâche de manière très sérieuse”, dit-il. “Je regarde bien sûr de très nombreux films de nombreux genres différents, et j’essaye de diversifier les formes de narration, du classique aux manières innovantes de raconter des histoires. Je pense que c’est important de s’immerger dans toutes les sortes de films qui sont réalisés afin de mieux comprendre le paysage cinématographique, afin de mieux décider ce que nous pensons être les meilleurs films”. Si l’AMPAS organise d’autres événements en dehors des Oscars, ces derniers représentent le gros morceau de ses compétences. En délivrant chaque année les statuettes dorées, elle est ainsi responsable de la remise de l’une des récompenses les plus prestigieuses de toute l’industrie cinématographique avec la Palme d’Or du Festival de Cannes, l’Ours d’Or de la Berlinale et le Lion d’Or de la Mostra de Venise. A cette tâche complexe répond un processus tout aussi complexe que Josh Staub n’a pu détailler en long, en large et en travers, se contentant des grandes lignes, forcément modifiées à cause de la pandémie de Covid-19. 

Pour certaines catégories, des shortlists sont publiées en amont de l’annonce des nominations. Les membres doivent ainsi regarder tous ces films pour être habilités à voter. Pour la catégorie Best Picture, souvent considérée comme la statuette suprême, un premier tour est organisé lors duquel chaque membre peut proposer les films qu’il souhaite, rendant les premiers votes très ouverts. Josh dévoile par ailleurs sa stratégie pour choisir lors de ce premier round car, à chaque tour, et contrairement aux autres catégories, les membres doivent classer les longs-métrages par ordre de préférence. “Généralement, s’il y a un film que j’ai vraiment adoré mais dont je pense qu’il ne sera pas beaucoup choisi par d’autres personnes, je peux le placer très haut dans ma liste. Alors que pour un film pour lequel je sais que tout le monde va voter, je peux le mettre dans ma liste mais plus bas”, admet-il. En faisant cela, il espère ainsi booster la côte de certains films dits plus “de niche” qu’il a adorés mais dont les chances de percer jusqu’aux nommés sont rares. Chaque année, Josh repart avec son lot de déceptions. “Il y a de nombreux films que je voulais vraiment voir shortlistés et nominés mais qui n’y parviennent pas, donc je veux être sûr de regarder autant de films que je peux à l’avance”, lance-t-il sans rancune. 

Sa catégorie favorite reste celle des films internationaux, qui possèdent également un système de vote différent. Chaque pays soumet en effet un seul film et différents tours de vote réduisent le paquet jusqu’à ce qu’il n’en reste que cinq, les cinq nommés pour la cérémonie. “Je ne me souviens pas exactement le nombre mais en général c’est entre 80 et 90 films par an et jusqu’à cette année, vous deviez toujours regarder un certain pourcentage de films internationaux pour ne serait-ce que voter dans le premier tour. Donc sur les 80 à 90 films, vous deviez regarder un certain pourcentage, je ne me souviens plus lequel, peut-être 15 à 20 des 80, mais vous pouviez choisir lesquels vous vouliez regarder”, détaille-t-il. “Et vous deviez prouver que vous les aviez vus au cinéma”, continue-t-il. “Et l’Académie, d’octobre à la fin de l’année, organisait des séances tous les soirs, en gros deux films chaque soir. Vous vous rendiez juste sur place pour les voir et ils notaient votre présence comme preuve, donc ils étaient très soucieux de savoir si vous les aviez vus ou non”. Avec le Covid-19, ces séances du soir ont forcément disparu, mais l’Academy avait involontairement prévu ce problème en créant une plateforme un an auparavant qu’elle a pu exploiter au maximum pour le processus de vote de la 93ème cérémonie, les cinémas étant fermés. Une chose qu’elle n’abandonnait pas cependant était bien évidemment de s’assurer que chaque membre visionne les films présents sur la plateforme afin de ne pas fausser le vote. 

Une 93ème cérémonie plus intime

Avant de passer à ses choix, je ne pouvais pas ne pas demander à Josh Staub ses pensées sur la 93ème cérémonie, la première de l’ère Covid. Celle-ci avait fait beaucoup parler, que ce soit son ambiance et sa cinématographie différentes des années précédentes, tout comme son final raté avec la catégorie “Meilleur acteur” placée en dernière au lieu de “Meilleur film”, un pari risqué d’autant plus que le regretté Chadwick Boseman n’avait finalement pas remporté l’Oscar à titre posthume pour Ma Rainey’s Black Bottom, celui-ci étant revenu à Sir Anthony Hopkins pour sa performance dans The Father

En tant que cinéaste lui-même, Josh Staub regarde la cérémonie d’un œil différent que le commun des mortels. “A vrai dire, je ne suis pas vraiment intéressé par le côté spectaculaire des Oscars”, avoue-t-il. “C’est peut-être parce que je suis un votant mais je me soucie plus des films et de ceux qui les réalisent”. Ainsi, il se place en contrepoids de ceux qui ne suivent la cérémonie seulement pour son glamour et s’intéresseraient moins aux discours des récompensés. “Je crois que chaque année, la chose dont la plupart des gens parlent c’est: « Oh, les discours étaient ennuyeux ». Pour moi, c’est le plus intéressant. Ce sont de vraies personnes qui sont mes pairs et j’ai envie d’entendre les challenges qu’ils ont eus au moment de concevoir le film et pourquoi ils voulaient le faire. Ca, c’est le genre de choses auxquelles je prête attention, moins le côté spectaculaire, le tapis rouge et tout ça”

“Pour la 93ème cérémonie, je dirais que j’ai plutôt bien aimé. Je pense que c’était légèrement différent, ce qui est approprié considérant la pandémie. Je pense que c’était approprié le fait que cela paraisse plus simple, plus intime et plus casual”, répond-il. Il note toutefois un reproche que beaucoup d’autres ont d’ailleurs fait : le manque de clips de présentation pour de nombreuses catégories comme celles des acteurs et actrices, alors qu’il est d’habitude coutume de présenter un extrait de leur performance. “Je comprends que cela puisse servir de présentation mondiale pour chaque film d’avoir un clip, c’est important, donc cela aurait pu être utile afin que chacun puisse avoir une connexion avec les films”, conclut-il. D’autant plus qu’avec la pandémie et les reports de distribution ou encore les déplacements de films prévus en salle sur des plateformes de streaming, tous n’ont pas forcément eu accès à toutes les œuvres cette année.

Nicolas Mudry

À l’ombre des pharaons : comment l’Égypte moderne met en scène son histoire

Plus de 2000 ans après la chute de l’Égypte aux mains de Rome, son histoire millénaire continue de fasciner, tant à l’intérieur qu’au-delà de ses frontières. Peu de civilisations peuvent se targuer d’avoir une aura à ce point mystique, imprégnée d’un exotisme qui a fait rêver plus d’un enfant à travers le globe. Au sein même du pays, cette histoire millénaire est une manne tant économique que politique. En Afrique et au Moyen-Orient, peu de pays capitalisent autant sur leurs histoires respectives. L’Égypte fait en ce sens figure d’exception, chacun des dirigeants qui se sont succédé à sa tête depuis un siècle ayant su utiliser cette histoire à diverses fins. 

Edward Poynter, « Israël en Egypte », huile sur toile, 1867

De l’importance du passé

Si le maréchal Abdel Fattah Al-Sissi est le dernier en date à être arrivé au pouvoir, il est aussi loin d’être le plus insensible à la grandeur des Pyramides qui surplombent Le Caire. Début avril, un cortège sans précédent a traversé les rues de la capitale à la nuit tombée pour transporter vingt-deux momies de ces rois et reines de l’ancien temps. Sur des chars militaires dont la décoration n’avait rien à envier aux meilleurs péplums, les sarcophages, sous bonne garde, ont transité vers leur nouvelle résidence, le Musée national de la civilisation égyptienne. Flanqués de figurants en costume, de la garde montée et de diverses danseuses et chanteurs, cette parade dorée s’est déroulée sous haute surveillance et sous un déluge d’effets lumineux. À l’intérieur de ces sarcophages se trouvaient Ramsès II, son père Séthi Ier, Hatchepsout, Thoutmôsis III ou encore Seqenenrê Tâa.  D’un point de vue purement scientifique, le transport de ces restes historiques s’est fait « avec toutes les précautions pour ne pas [les] abimer » selon les mots de l’égyptologue Robert Solé. D’un point de vue politique, cette parade singulière revêt un symbolisme plus important qu’on ne peut le penser au premier abord. L’Égypte est loin d’être un pays en bonne santé économique ou politique ; pour Abdel Fattah Al-Sissi, mettre en scène ce passé historique permet de faire rayonner une Égypte qui n’aurait rien perdu de sa splendeur. 

La parade des pharaons. Source : AFP

Depuis la campagne d’Égypte de Bonaparte, l’intérêt, surtout européen pour l’histoire égyptienne et ses trésors, n’a jamais faibli. Voyages et expéditions dans les ruines de l’Égypte antique étaient, au XIXe et XXe siècle, une attraction pour Européens fortunés, venus admirer la grandeur millénaire d’une civilisation qui n’avait pas son pareil sur le vieux continent. Les voyageurs français y cherchaient un passé encore plus lointain que celui de Rome, Athènes ou Constantinople. « Durant plusieurs mois, j’ai passé mes meilleures journées au bord du Nil dans l’intimité des premiers dieux et des plus anciens hommes qu’il nous soit donné de connaître », écrit ainsi Eugène Melchior de Vogüé en 1876. À Thèbes, ancienne « capitale du monde », André Lagasquié écrit que l’Égypte est un « pays où la conquête des Romains, des Grecs et des Perses ne représente point l’ère antique » (1). La fascination que revêt ce pays et son héritage sur les Français a contribué, en Égypte même, à la prise de conscience concernant ce passé et la nécessité de le sauvegarder. Destinataire d’une note de Champollion en 1829, dans laquelle ce dernier appelle à « préserver les antiquités égyptiennes qui pourraient faire l’objet de démolitions, de déprédations, de vols ou de trafics non réglementés, aussi bien par des Égyptiens que par des spéculateurs européens », le vice-roi de l’Egypte (2) Méhémet Ali, édicte, en 1835, un décret visant à protéger les monuments antiques de son pays : c’est le début d’une patrimonialisation des biens culturels de l’Égypte. Quelques années plus tard, à la fin des années 1850, le vice-roi Saïd-Pacha interdit l’exportation des antiquités et fonde le Musée de Boulaq, sur les conseils d’Auguste Mariette (3). Au fil des ans et des découvertes, notamment celle des momies mises au jour dans la cachette de Deir el-Bahari, sur la rive gauche du Nil, au sud de la Vallée des rois, le musée s’agrandit et les écrits de Mariette concernant les antiquités exposées deviennent les premières cautions scientifiques qui attirent en masse voyageurs, scientifiques et simples curieux en Égypte. En 1889, les collections furent transférées au Palais de Gizeh, toujours au Caire, mais au sud de Boulaq, avant d’être installées dans le Musée égyptien, sur l’actuelle place Tahrir, en 1902. L’Égypte devient la vitrine d’une histoire millénaire, que les sociétés européennes se sont empressées de récupérer et d’étudier. 

Miroir sans tain

Si ce musée a longtemps été administré par les puissances coloniales qui se sont succédé à la tête de l’Égypte – l’Angleterre puis la France – l’indépendance de 1952 a emmené une nouvelle génération d’hommes d’État à la tête du pays, prêts à utiliser politiquement cette histoire pour affirmer l’autonomie égyptienne. Gamal Abdel Nasser, à l’origine du coup d’État de 1952 qui fait tomber la monarchie et expulse les anglais, était farouchement attaché à l’indépendance égyptienne et à son identité. La reprise en main du pays passe aussi par la reprise en main de son passé : en 1953, le poste de directeur français du Conseil Suprême des Antiquités Égyptiennes (devenu aujourd’hui le ministère des Antiquités égyptiennes), alors occupé, depuis sa création en 1859 par Auguste Mariette, par des égyptologues français, passe aux mains de Mostafa Amer, premier Égyptien nommé à ce poste. C’est le début d’une longue lignée d’égyptologues égyptiens, soucieux de s’emparer de leur histoire et de sa valorisation. Le plus connu d’entre eux sûrement se nomme Zahi Hawass, promu en 2002 secrétaire général du Conseil Suprême des Antiquités égyptiennes. C’est lui qui édite la loi de 2010 annulant le quota de 10 % de biens que les missions étrangères avaient l’habitude de prélever sur leurs découvertes et qui se bat pour faire rapatrier les antiquités égyptiennes exposées en Europe. Figure éminente de l’égyptologie égyptienne, Zahi Hawass est aussi l’un de ceux qui œuvrent le plus en faveur d’une Égypte forte sur le plan culturel et patrimonial. 

New York Public Library. « Giseh. Sphinx et les pyramides des Chefren et Mankaura. », c. 1870

Les successeurs de Nasser – Sadate, Moubarak, Al-Sissi – ont eux aussi joué sur cette histoire millénaire et l’intérêt qu’elle pouvait représenter pour l’Égypte moderne. Après les grandes réformes politiques et économiques, c’est au tour du tourisme et du patrimoine d’être réinvestis par les politiques. Faire de l’Égypte l’une des premières destinations touristiques du monde n’a pas seulement été une réussite économique pour le pays, mais aussi une formidable vitrine politique pour ses dirigeants, et ce, jusqu’à la révolution de 2011. La chute de Moubarak rebat certes les cartes du jeu politique et bouleverse le filon touristique du pays, mais ne change, au fond, pas grand-chose à la fascination exercée par les héritages pharaoniques sur la classe dirigeante. Même Mohammed Morsi, pourtant lié aux Frères Musulmans, eux-mêmes peu adeptes de ce passé « hérétique », n’a pas touché aux monuments qui font la grandeur de l’Égypte. 

Abdel Fattah Al-Sissi, au pouvoir depuis 2013, n’a pas inventé l’utilisation ostentatoire du patrimoine historique égyptien à des fins politiques. La situation actuelle du pays, que les touristes ont délaissé après 2011 et qui peine à les faire revenir, le pousse néanmoins à capitaliser encore plus sur cet héritage. Mettre en scène ce passé permet à l’Égypte de faire oublier l’état désastreux dans lequel se trouvent de nombreux secteurs du pays : une dette publique au plus haut depuis dix ans, une pauvreté qui ne baisse pas, l’absence de liberté de la presse et la répression des militants des droits humains en sont les exemples les plus visibles. Cette parade est une vitrine dorée mise en avant pour cacher les échecs du gouvernement d’Al-Sissi. Capitaliser sur une histoire connue et appréciée de tous peut certes permettre à l’Égypte de relancer son économie touristique, mais invoquer une grandeur passée, aussi glorieuse soit-elle, ne permet pas de réparer le présent. Tel un miroir sans tain, ce battage médiatique autour de la parade permet à Al-Sissi de cacher au monde l’état dans lequel se trouve son pays. Peu de citoyens égyptiens ont l’histoire de leur pays comme préoccupation première. Pour Al-Sissi, la parade du 3 avril dernier était surtout un symbole politique, étayant le retour de l’Égypte sur la scène politique et culturelle du Moyen-Orient. Il y a fort à parier que l’inauguration prochaine du futur Grand Musée égyptien aura la même aura de récupération politique, d’autant plus que ce musée n’a, dans ses proportions et son contenu patrimonial, rien à envier aux Grandes Pyramides de Gizeh. 

L’Égypte est un pays particulier, au passé fascinant et sans nul autre pareil. Le poids de son histoire et l’utilisation qui en est faite aujourd’hui est une particularité en Afrique et au Moyen-Orient. Nasser et Mubarak furent tous deux surnommés « Le Pharaon » lors de leur temps à la tête du pays, signe qu’il existe un référentiel historique intimement lié à une réalité politique. Chaque pays utilise des pans de son histoire à des fins politiques, mais l’Égypte est en ce sens particulière qu’elle fait plus que l’utiliser : elle puise dedans et vit quotidiennement à son contact. Même à Rome, Athènes ou Paris, il n’existe pas cette omniprésence d’une histoire millénaire telle qu’elle s’exprime dans le pays des Pharaons. 

Isalia Stieffatre

  1. Tels que cités dans D. Lançon, « Le voyage égyptien des Français (1820-1881) : fragile entreprise de mémoire vive », dans : Les Français en Égypte. De l’Orient romantique aux modernités arabes, Daniel Lançon (dir.), Presses universitaires de Vincennes, 2015, p. 43-58.
  2. Celle-ci est alors une province de l’Empire Ottoman, sous domination depuis 1517, avec une brève période française entre 1798 et 1801. 
  3. L’égyptologue Auguste Mariette fut d’abord conservateur adjoint au Musée du Louvre. C’est en 1857 qu’il rencontre le vice-roi Saïd-Pacha, par l’intermédiaire de Ferdinand de Lesseps. Il décide alors de partir pour l’Égypte, où il crée le Musée de Boulaq.

Comprendre le tarot

S’il évoque l’image de la voyante prédisant l’avenir dans une pièce sombre aux fenêtres occultées par de lourds rideaux de velours, le tarot est aujourd’hui devenu un outil de développement personnel, de spiritualité, ou même de thérapie.

Ces cartes à la symbolique forte étaient probablement à l’origine un simple jeu de cartes. Elles ont cependant rapidement acquis une dimension spirituelle

Tarot de Marseile

Les grandes dates du tarot…

XVe siècle 

Le jeu Visconti-Sforza, le plus ancien à avoir été retrouvé, est créé. Peints à la main et ornés de feuilles d’or, les arcanes sont semblables à ceux que l’on connaît aujourd’hui.

XVIIIe siècle 

C’est la naissance du tarot de Marseille ! Cette ville réputée pour ses imprimeurs donne son nom au tarot de référence qui inspire encore les créateurs d’aujourd’hui… 

XXe siècle

En 1911, l’artiste Pamela Colman Smith et l’occultiste Arthur Edward Waite collaborent à la création du tarot Rider-Waite-Smith, qui devient rapidement le classique du tarot anglo-saxon. Tous deux étaient membres de la Golden Dawn, une société secrète dédiée à l’étude de l’occulte et du paranormal à laquelle aurait également appartenu l’auteur Bram Stoker et le poète W.B. Yeats. Afin de correspondre aux enseignements de la Golden Dawn, l’ordre et la numérotation des cartes diffèrent légèrement de la tradition.

Aujourd’hui, des artistes continuent à créer leurs propres versions du tarot. Visuels minimalistes, tarots des chats, du bien-être et autres concepts modernes rendent le tarot plus accessible et moins obscur. La structure classique est parfois modifiée, comme dans le Tarot de Gaïa qui utilise la symbolique des quatre éléments.

La structure du tarot 

Un jeu de tarot est composé de 78 cartes, dont 22 arcanes majeurs et 56 arcanes mineurs. 

“Le récit universel des arcanes majeurs du tarot évoque l’existence humaine, le passage lent et douloureux de l’innocence à l’illumination.”

Numérotés de 0 à 21, les arcanes majeurs sont les cartes du tarot que l’on connaît le mieux grâce à la culture populaire : le fou, les amoureux, la mort… Ces cartes représentent des étapes de la vie, des états que l’on traverse toutes et tous à un moment donné. Dans un tirage, un arcane majeur symbolise un domaine important de la vie.

Les arcanes mineurs, eux, permettent d’affiner l’interprétation d’un tirage et d’apporter des précisions. Il s’agit de 4 catégories de cartes allant de l’as au roi, qui représentent chacune un domaine de la vie :

  • la suite d’épée, représentant l’esprit
  • la suite de coupe, représentant les émotions
  • la suite de denier, représentant le matériel
  • la suite de bâton, représentant l’action et l’expérience

Tarot Rider-Waite-Smith

Comment tirer les cartes ?

Il existe autant de manières de tirer le tarot qu’il y a de personnes. Si certains ne laissent personne toucher leurs cartes, d’autres demanderont au consultant de les mélanger pour y insuffler leur énergie.

Je vais donc parler ici des méthodes que je connais, parce que ce sont les miennes ou celles de mon entourage.

Tout d’abord, il vous faut un jeu de tarot. Si vous n’en avez pas, vous pouvez vous rendre dans la boutique ésotérique la plus proche de chez vous (ou bien sur internet). Allez-y à l’intuition. Choisissez les cartes qui vous parlent le plus (personnellement, j’ai choisi les miennes parce que je les trouvais jolies, c’est aussi simple que ça !). Mais si vous ne savez pas par où commencer, un tarot de Marseille ou un Rider-Waite-Smith sont idéals pour débuter. Les cartes sont détaillées et pleines de symboles (surtout pour le Rider-Waite-Smith). 

Une fois en possession de votre joli tarot, si vous le pensez nécessaire, vous pouvez prendre un temps pour le purifier : en le passant dans la fumée d’un encens, avec un peu de sel, ou bien en mélangeant les cartes… C’est comme vous voulez, et ça dépend de vos croyances ! Une prière peut aussi faire l’affaire. Vous pouvez également le promener avec vous en le mettant dans votre sac pour vous habituer à lui (et inversement).

Lorsque vous êtes prêts à faire votre premier tirage, installez-vous dans un endroit calme où vous n’allez pas être dérangé. Mélangez vos cartes autant que vous le ressentez nécessaire, en posant une question dans votre tête. Elle peut être précise (« est-ce que ce travail est fait pour moi ? ») ou plus générale (« sur quoi dois-je porter mon attention ? »). 

Ensuite, disposez les cartes. Vous pouvez en tirer une seule pour connaître le ton de votre journée, ou plusieurs. Il existe de nombreuses manières de les disposer, mais voici mon préféré : le tirage à trois cartes.

Vous pouvez tirer les trois cartes se trouvant au-dessus de votre paquet, ou bien piocher dedans celles qui vous inspirent le plus. Encore une fois : c’est vous qui voyez. 

Le moment de l’interprétation est arrivé. C’est le moment de sortir le livret fourni avec votre tarot, d’aller faire un tour sur internet, ou bien de vous plonger dans un livre, si vous en avez un. Regardez la signification des cartes, notez les interprétations qui vous parlent le plus et celles qui sont en lien avec votre question. Écoutez aussi votre intuition : une carte vous paraissait positive, mais le livret dit le contraire ? Votre ressenti et l’impression que vous donnent les cartes sont très importants. Parfois plus que ce que disent les livres.

Mais comment ça marche ?

C’est une grande question ! Certains disent que les cartes que l’on tire sont un message d’une force supérieure (une divinité, l’univers, nos guides…), pour d’autres il s’agit de notre intuition qui nous guide vers la carte qu’il nous faut. On peut aussi voir le tarot comme un outil de réflexion sur soi-même. Les possibilités sont infinies, et dépendent de vos croyances et de vos ressentis. 

Valentine Laval

Sources : 

Tarot, collection La bibliothèque de l’ésotérisme

https://www.tarots-et-oracles.com/a/histoire-origine-tarot-de-marseille.html

Oscars 2021 : who will win / who should win ?

Nous sommes le dimanche 25 avril et cette nuit auront enfin lieu les Oscars, reportés de deux mois à cause de la pandémie. Après une saison longue et épuisante, certaines catégories restent toujours très indécises. J’ai donc décidé de me prêter au jeu classique outre-Atlantique du « who will win / who should win » afin de partager mes prédictions et choix personnels. 

Meilleur film : Nomadland (will win) / Sound of Metal (should win)

Dans une année particulière, marquée par le report de nombreux films, la sélection des Oscars a laissé plus de place aux films indépendants. Elle paraît tout de même très solide à l’heure de regarder les huit nominés dans une catégorie où l’on regrettera l’absence de One Night in Miami de Regina King. A partir de l’année prochaine, obligatoirement dix films seront nommés. Il n’y a cependant pas trop de suspense ici. Alors qu’il aurait été le spoiler en temps normal, Nomadland a tout simplement écrasé la concurrence, ne laissant absolument aucune miette à ses concurrents, et s’imposant même sur un terrain d’habitude peu accueillant pour les films indépendants, les Golden Globes. Il apparaît tout naturellement que Nomadland est le frontrunner de la catégorie reine. Dans ce magnifique long-métrage qui nous emmène sur la trace des nomades de l’Ouest américain, on y suit Fern (Frances McDormand) qui, après avoir perdu son mari et subi de plein fouet la crise de 2008, achète une camionnette pour y vivre, voyageant au gré des petits boulots et des rencontres qu’elle fait. Construit à la perfection, Nomadland serait un « Best Picture » remarquable, une magnifique ode à l’indépendance pour des êtres ayant tout perdu dans la société capitaliste. 

Mon choix personnel se porte cependant sur Sound of Metal, qui suit Ruben (Riz Ahmed), un batteur perdant l’audition du jour au lendemain. Premier film de Darius Marder, Sound of Metal est une immense claque sur l’acceptation de son handicap et la façon dont on peut apprendre à vivre avec, plutôt que de le penser comme un problème. Encore aujourd’hui, la fin du film me reste en tête. Comme pour les membres de l’Académie, je vais classer les huit films par ordre de préférence. Ainsi, Sound of Metal en 1) ; le délicat Minari, sur l’expérience d’une famille américano-coréenne cherchant à toucher du bout des doigts le rêve américain, en 2) ; Nomadland en 3) ; l’inventif et imprévisible Promising Young Woman en 4) ; Judas and the Black Messiah en 5) ; The Father en 6) ; Mank en 7) ; The Trial of the Chicago 7 en 8).

Meilleure réalisation : Chloé Zhao / Chloé Zhao

Indubitablement, dans cette catégorie aussi, Chloé Zhao est l’immense favorite et cela ne serait pas immérité. Chloé Zhao a créé une incroyable œuvre dont le tournage s’est étalé sur plusieurs États américains et sur plusieurs mois, avec de vraies personnes nomades dont le jeu est confondant de naturel. La catégorie est par ailleurs très solide. On appréciera la présence de Thomas Vinterberg, qui vient confirmer l’appréciation des réalisateurs non-américains par la branche concernée au sein de l’Académie, et dont la direction du quartet d’acteurs aux personnages bourrés de talent est absolument parfaite. David Fincher devrait une nouvelle fois s’incliner, pour la troisième fois, malgré sa maîtrise indiscutable derrière Mank qui, en dépit de son sujet, sur Herman Mankiewicz et le Hollywood des années 1930, ne devrait pas connaître une aussi belle soirée que la matinée de ses dix nominations. Lee Isaac Chung prend une nomination méritée pour Minari tandis qu’Emerald Fennell complète la sélection pour Promising Young Woman.

Meilleur acteur : Chadwick Boseman / Riz Ahmed

On pensait que le regretté Chadwick Boseman allait s’imposer tranquillement dans cette catégorie pour sa composition à la fois énergique et déchirante dans le très bon Ma Rainey’s Black Bottom. Mais la victoire de Sir Anthony Hopkins lors des Baftas vient rebattre les cartes sérieusement. Un scénario à la Colman ? En 2019, Glenn Close dominait outrageusement la compétition et l’Oscar lui tendait enfin les bras, lorsqu’Olivia Colman l’a emporté aux Baftas avant de prendre la statuette dorée. Je pense néanmoins que si Chadwick Boseman va s’imposer, cela devrait se jouer à très, très peu de choses. Cette cérémonie représente la dernière occasion de récompenser sa carrière, et sa performance dans Ma Rainey’s Black Bottom ne démériterait absolument pas. La catégorie est une nouvelle fois assez solide. Peut-être que Gary Oldman aurait pu être remplaçable, au contraire de Steven Yeun, dont le jeu est absolument sans faille dans Minari où il incarne avec vigueur l’espoir remplissant tout son personnage. Si Sir Anthony Hopkins offre, avec The Father, l’une des performances les plus solides de sa carrière, mon choix se porte cependant sur Riz Ahmed, magnifique en Ruben, dont la surdité soudaine lui procure une perte de repères intense, change sa vie et lui permet de se retrouver. La nuance qu’il apporte dans son jeu tout au long de ce parcours initiatique, celui d’apprendre à vivre avec ce handicap nouveau, m’a le plus marqué parmi les cinq nominés ici.  

Meilleure actrice : Viola Davis / Viola Davis

La catégorie la plus imprévisible cette année. Andra Day a pris le Globe, Carey Mulligan, le Critic’s Choice, Viola Davis le SAG et Frances McDormand le Bafta. The United States vs. Billie Holiday n’a pas reçu une très bonne critique et l’Académie n’a pas réellement apprécié le film, mais il faut reconnaître qu’Andra Day réalise des débuts assez incroyables dans un grand rôle. Le manque de soutien derrière le film devrait cependant lui coûter l’Oscar. Carey Mulligan a longtemps eu les faveurs des bookmakers, mais son seul Critic’s Choice ne semble pas suffisant ; il faudra un gros push pour lui permettre d’obtenir le Graal, profitant peut-être alors de la popularité de Promising Young Woman ces dernières semaines. Frances McDormand a pris le Bafta mais cette année, les nominations des catégories d’acteurs et d’actrices ainsi que la catégorie réalisation ont été choisies par un petit jury de douze personnes : pas de quoi offrir une visibilité nette par rapport à d’habitude. Nul doute cependant que sa victoire, cette fois-ci décidée par l’ensemble de l’Académie britannique, offre à McDormand des chances réelles de victoire, potentiellement sa troisième dans la catégorie, d’autant plus que Nomadland est le frontrunner pour « Best Picture ». Viola Davis a quant à elle remporté le SAG, le prix du syndicat des acteurs et actrices, sans aucun doute le plus important. Puisqu’il est impossible d’avoir une visibilité sur cette catégorie, je vais quand même partir sur celle qui a pris le SAG, Viola Davis donc. C’est également mon choix personnel, tant sa présence dans Ma Rainey’s Black Bottom est captivante. Rien que sa performance me donne envie de revoir le film. Nous n’oublions pas non plus Vanessa Kirby, qui offre une composition de toute beauté dans Pieces of a Woman, sans que le film n’obtienne un soutien assez fort pour booster la campagne de l’actrice britannique. 

Meilleur acteur dans un second rôle : Daniel Kaluuya / Paul Raci

Sans aucun doute la catégorie acteurs / actrices la plus lisible. Daniel Kaluuya n’a rien laissé durant toute la saison des récompenses et devrait logiquement remporter son premier Oscar pour sa performance puissante en Fred Hampton dans Judas and the Black Messiah. Leslie Odom Jr. et Sacha Baron Cohen, toujours présents sauf aux Baftas pour ce dernier, partent de bien trop loin malgré leur rôle solide respectivement dans One Night in Miami et The Trial of the Chicago 7. La surprise des nominations, LaKeith Stanfield, ne devrait pas jouer les trouble-fêtes plus que cela. Mais, même si j’ai très bien aimé Judas and the Black Messiah, je ne peux m’empêcher de penser que la présence dans cette catégorie de Kaluuya et Stanfield est un peu galvaudée tant ils sont les deux rôles principaux du film. Encore une fois, nous avons à faire à une « category fraud » qui me force à opter pour Paul Raci en choix personnel, inoubliable et poignant Joe, directeur d’un refuge pour personnes sourdes et malentendantes, dans Sound of Metal.

Meilleure actrice dans un second rôle : Youn Yuh-jung / Youn Yuh-jung

La compétition est encore ouverte dans cette catégorie même si Youn Yuh-jung semble avoir pris une longueur d’avance en prenant le SAG et le Bafta. Maria Bakalova peut encore surprendre après avoir remporté le Critic’s Choice mais la véritable surprise pourrait réellement venir de… Olivia Colman (encore), alors que The Father semble être extrêmement populaire au sein de l’Académie. Pour Amanda Seyfried et Glenn Close (huitième nomination sans victoire ?), le chemin semble trop compliqué pour arriver jusqu’à l’Oscar. Mon choix personnel se porte sur Youn Yuh-jung, absolument merveilleuse dans l’excellent Minari, apportant à la fois une touche comique au film tout en offrant des moments bouleversants. 

Meilleur scénario original : Promising Young Woman / Sound of Metal

Lutte encore une fois très serrée. Qui de Promising Young Woman ou de The Trial of the Chicago 7 repartira avec la statuette ? Si l’on ne peut nier la popularité d’Aaron Sorkin, vainqueur déjà pour The Social Network, j’émets des réserves sur sa capacité à battre Emerald Fennell. Cette dernière sera battue dans la catégorie réalisation et l’Académie pourrait trouver en cette catégorie la possibilité de récompenser Promising Young Woman et sa créatrice. Ensuite, The Trial of the Chicago 7, favori au départ pour la catégorie reine, a connu un déclin qui s’est matérialisé par un snub pour Sorkin dans la catégorie réalisation. La course se jouera peut-être à la photo finish mais je suis confiant dans le fait que Fennell s’imposera ici. Mon choix se porte ici naturellement sur Sound of Metal, pour les mêmes raisons que celles avancées précédemment, avec tout de même une petite hésitation avec Minari. C’est mon film préféré de la sélection et une merveille d’écriture, celle que l’on souhaiterait tous réaliser pour un premier film.

Meilleur scénario adapté : Nomadland / One Night in Miami

Nomadland a quasiment tout raflé dans cette catégorie durant la saison des récompenses, sauf aux Baftas où The Father l’a emporté. Certains voient d’ailleurs ce dernier dépasser Nomadland à la dernière minute mais je pense quand même que cette catégorie fera partie du package qui conduira Nomadland jusqu’au sacre de meilleur film. Je n’ai pas vu Borat malheureusement par manque de temps. J’ai très bien aimé The White Tiger mais mon choix personnel va à One Night in Miami où Kemp Powers obtiendrait une juste récompense tout comme le film, si peu nominé cette année aux Oscars. Avec des dialogues incisifs et une deuxième heure à couper le souffle jusqu’à une dernière scène mémorable, One Night in Miami méritait mieux et c’est ici que je veux personnellement le récompenser. 

Meilleur montage : Sound of Metal / The Father

Comme dit plus haut, il y a certaines catégories indécises et celle-ci en fait partie sans aucun doute. Si The Trial of the Chicago 7 et son montage très visible ont longtemps fait figure de frontrunners, ce statut s’est effrité ces dernières semaines avec la montée en puissance de Sound of Metal. Je pense que Sound of Metal devrait poursuivre sur sa lancée entrevue aux Baftas où il a remporté le prix du meilleur montage et ce, même si The Trial of the Chicago 7 a pris le ACE. Attention à The Father pour une surprise ici ! Et une fois n’est pas coutume, je n’irai pas personnellement dans la direction de Sound of Metal ici mais dans celle de The Father. C’est ici que j’ai envie de récompenser ce film surprenant qui nous place dans la tête du personnage d’Anthony Hopkins, qui est atteint de démence. Le montage de The Father est d’une force absolue, nous montrant les pertes d’esprit du protagoniste de manière spectaculaire. Sans aucun doute l’un des tours de force techniques de cette année. 

Meilleure photographie : Nomadland / Nomadland

Nomadland et Joshua James Richards devraient facilement s’imposer dans cette catégorie, malgré la victoire de Mank chez la puissante ASC. C’est mon choix personnel également, le film offrant des visuels sensationnels, mais pas seulement : la lente et douce caméra suit Fern dans toute son intimité et procure un sentiment de proximité incroyable avec la protagoniste, chaque plan étant travaillé à la perfection pour nous permettre, à travers les mouvements cinématographiques, de ressentir les émotions que nous partage le personnage de Frances McDormand. J’ai profondément apprécié la photographie de Mank, une merveille en noir et blanc, tout comme les choix techniques très intéressants de Judas and the Black Messiah. J’émets en revanche un peu plus de réserve pour News of the World et surtout pour The Trial of the Chicago 7, tant d’autres possibilités se présentaient ici, Minari en tête. 

Meilleurs effets visuels : Tenet

C’est une course avec deux chevaux de tête : Tenet et The Midnight Sky. Je vais partir avec Tenet, choix des Baftas, plus sûrs dans cette catégorie lorsqu’il s’agit de faire ses prédictions. Mais je ne serais pas surpris de voir The Midnight Sky l’emporter ici. Je ne ferai pas de choix personnels, étant donné que je n’ai pu voir que Love and Monsters, qui comporte des effets visuels très intéressants, malgré trente dernières minutes plutôt mal écrites qui viennent gâcher les efforts fournis durant les trois premiers quarts du film. 

Meilleurs décors : Mank / Mank

Les décors devraient représenter le seul Oscar de Mank sur ses dix nominations. Je ne serais pas contre une victoire de Mank tant ses décors sont somptueux, notamment ceux du troisième acte et du dîner final. Néanmoins, autant être honnête, si Emma avait été nominé, mon choix se serait porté sur ce dernier et de très loin. Je n’ai pas vu Tenet donc je me contenterai de parler des trois autres derrière Mank. News of the World est en effet solide sur ce point pour nous transporter dans le Far West. The Father, comme pour le montage, offre des décors censés nous perdre dans les pensées bouleversées de son protagoniste et le réussit plutôt bien. Enfin, Ma Rainey’s Black Bottom produit un cadre intéressant mais peut-être trop proche du théâtre pour sérieusement attraper nos cœurs en ce qui concerne les décors. 

Meilleurs maquillages et coiffures : Ma Rainey’s Black Bottom / Ma Rainey’s Black Bottom

Encore une fois, mon choix personnel va aller de pair avec ma prédiction. J’aime beaucoup lorsqu’un acteur ou une actrice partage son Oscar avec son équipe de maquillage, et cette année, j’aimerais beaucoup que Viola Davis puisse l’emporter de même que l’équipe derrière sa transformation étincelante en Ma Rainey. J’ai néanmoins trouvé Emma une nouvelle fois brillant sur ce point. Je pense que Hillbilly Elegy doit beaucoup à la transformation de Glenn Close et à sa performance qui, même si elle ne méritait pas un Oscar pour ce film, ne méritait sûrement pas une nomination aux Razzie Awards. Quant à Mank, je n’ai pas trouvé qu’il se démarquait réellement dans cette catégorie par rapport à d’autres. Enfin, je regrette de n’avoir pas eu la possibilité de voir Pinocchio avant la cérémonie, film dont j’ai entendu le plus grand bien.

Meilleurs costumes : Ma Rainey’s Black Bottom / Emma

Effectivement, je prédis quatre Oscars sur cinq nominations pour Ma Rainey’s Black Bottom, fait rare pour un film non nommé à l’Oscar du meilleur film. Néanmoins, même si beaucoup ont changé leurs prédictions en fonction de cela, je reste plutôt confiant au moins pour ces deux catégories. Avec maquillages et coiffures, je pense que le film va assez facilement l’emporter pour ses costumes qui permettent au personnage de Viola Davis de paraître encore plus charismatique. Mon choix personnel va cependant se poser sur Emma puisque j’ai envie de le récompenser au moins d’une statuette. Le film méritait peut-être un peu plus de reconnaissance. Ses costumes sont en tous cas sans défaut. Quant à Mank, je pense que sa présence est plus due à un casting étoffé qui indique un travail monstre pour habiller un nombre important d’acteurs et d’actrices. Je n’ai malheureusement pas eu le temps de voir Mulan et donc Pinocchio

Meilleur son : Sound of Metal / Sound of Metal

Certes, Sound of Metal n’a rien eu de la part du syndicat concerné, ce qui reste encore inexplicable. Mais il ne fait aucun doute que le film part avec une très longue avance dans cette catégorie et pas seulement parce que le mot « son » est placé dans son titre. Le travail sur le son a été incroyable pour nous placer dans la tête de Ruben et je pense que j’ai rarement vu, en cinq ans de suivi de la saison des récompenses, un Oscar sonore être aussi évident et mérité. On peut même regretter la fusion des deux catégories sonores en une seule, tant Sound of Metal aurait pu repartir avec une statuette de plus. Je note tout de même les très bons travaux sur Mank et sur Soul, le premier nous plaçant dans un film des années 1930-1940, et le second étant éminemment créatif pour créer des sons dans le monde des âmes. 

Meilleure musique de film : Soul / Minari

Je n’ai malheureusement pas vu Da 5 Bloods, à mon plus grand regret. Soul a tout gagné dans cette catégorie jusqu’à présent et il serait surprenant de le voir perdre. Pour Atticus Ross et Trent Reznor, déjà vainqueurs en 2011 pour The Social Network, la chance est double puisqu’ils sont nommés pour Mank également. Je n’ai cependant pas trouvé la musique aussi mémorable que dans Soul. James Newton Howard est nommé pour sa composition dans News of the World, même si je l’ai trouvée assez classique et sans doute un cran en dessous par rapport à son travail dans A Hidden Life de Terrence Malick. Il devrait d’ailleurs s’incliner pour la neuvième fois dans cette catégorie. Mon choix personnel se porte sans aucun doute sur Minari. Je militais déjà pour une nomination d’Emile Mosseri l’année dernière pour sa musique remarquable dans The Last Black Man in San Francisco, et je suis éminemment heureux de le voir prendre une première nomination pour, peut-être, la meilleure musique dans un film de l’année 2020. 

Meilleure chanson originale : Speak Now / Husavik

Encore une catégorie très incertaine avec trois chansons pouvant brandir l’Oscar. Fight for You et Hear my Voice sont un peu en retrait, même si j’ai absolument adoré cette dernière. Il reste donc Speak Now de Leslie Odom Jr., Io Si de Laura Pausini et Diane Warren, et Husavik du film Eurovision Song Contest. Je place ma prédiction sur Speak Now et je serais très heureux si One Night in Miami parvenait à sortir de la cérémonie avec au moins un Oscar, mais attention à Io Si avec une narrative qui parle pour Diane Warren, malheureuse lors de chacune de ses onze dernières nominations dans la catégorie, mais qui a remporté le Globe avec Laura Pausini. Mon choix se porte cependant sur Husavik, la seule chanson intégrée au sein du film et non au générique. D’une très grande puissance, elle vient apporter une belle fin à un film sympathique… sur le concours des chansons les plus connues dans le monde. La boucle serait bouclée. 

Meilleur film international : Another Round

Another Round devrait s’imposer dans cette catégorie où il n’a eu aucune difficulté à dominer depuis le début de la saison des récompenses. Je ne m’y opposerai pas tant le film est arrivé à point nommé dans cette période de pandémie, une véritable bouffée d’oxygène qui ne manque pas non plus de ses moments dramatiques, avec la performance de haute volée de Mads Mikkelsen. Je ne ferai cependant pas de choix personnel ici puisque je n’ai pu voir que ce film et Collective. Attention peut-être à Quo Vadis, Aida ? qui est présenté comme le véritable long-métrage pouvant concurrencer Another Round

Meilleur film d’animation : Soul

Règle numéro 1 : ne jamais parier contre Disney / Pixar. Wolfwalkers pourrait peut-être néanmoins surprendre ici, mais je vais prédire la sécurité et Soul, une merveilleuse et inspirante œuvre. Encore une fois, pas de choix personnel puisque je n’ai malheureusement pu voir que Soul. Je vais tout de même essayer de rattraper Wolfwalkers avant la cérémonie.       

Meilleur film documentaire : My Octopus Teacher / My Octopus Teacher

Je n’ai pas encore eu le temps de rattraper Time et Crip Camp, et ce à nouveau malheureusement, cependant, puisque je ne doute pas de leur qualité. La catégorie est plutôt puissante, offrant des films à regarder absolument. Également nommé dans la catégorie « Meilleur film international », Collective est un incroyable documentaire roumain sur la corruption des institutions et les efforts de certaines personnes pour la mettre au jour. The Mole Agent est un touchant documentaire chilien sur l’abandon des personnes âgées avec, en espion peu commode, l’inoubliable Mr. Sergio. Mais mon choix, ainsi que ma prédiction, se porteront sur My Octopus Teacher et la formidable relation entre un homme et une pieuvre, parfaitement mise en images et en musique. A voir à tout prix !

Meilleur court-métrage de fiction : Two Distant Strangers / The Letter Room

Je n’ai pas réussi à trouver White Eye ni The Present, dont l’absence sur le Netflix français est assez incompréhensible. Aussi sur Netflix, le favori Two Distant Strangers, dont la réflexion sur les questions raciales se rapproche de Green Book, a une simplicité qui m’a franchement déplu et c’est pourquoi je le prédis sans vouloir le voir gagner. Mon choix se porte sur The Letter Room, une très belle histoire d’un gardien de prison affecté au service courrier et qui se prend d’inquiétude en lisant les lettres d’une femme à un détenu condamné à mort. J’ai également beaucoup apprécié Feeling Through, émouvant et résolument optimiste, sur la rencontre d’une nuit entre un jeune sans-abri et un individu à la fois sourd et malvoyant. 

Meilleur court-métrage documentaire : A Love Song for Latasha / Colette

Une catégorie incroyablement dense avec des documentaires tous plus enrichissants et puissants les uns que les autres. Hunger Ward était tout bonnement introuvable mais trois étaient gratuits et ma prédiction, A Love Song for Latasha, très inventif et touchant sur l’histoire de Latasha, dont le meurtre fut le point de départ des émeutes de 1992 à Los Angeles, est diffusé sur Netflix. Do Not Split, sur les émeutes de Hong Kong, représente un documentaire filmé au plus près de l’action : les plans offrent un aperçu très proche de ce qu’il s’est passé en 2019 et le message se termine sur une note assez pessimiste, tout en gardant l’envie d’y croire en se serrant les coudes, comme le dit le titre de l’œuvre. Mon choix sera Colette, dont la protagoniste éponyme, ancienne résistante qui visite un camp de concentration allemand où a péri son frère, fait preuve d’une dignité à toute épreuve. Un documentaire profondément émouvant dont on ne ressort pas intact.

Meilleur court-métrage d’animation : If Anything Happens I Love You

Je ne ferai pas de choix ici car je n’ai pas réussi à trouver trois des cinq court-métrages en lice, mais le favori, If Anything Happens I Love You, m’a beaucoup marqué, et entre lui et Burrow, l’autre favori, mon choix est très clairement porté sur le court-métrage de Netflix plutôt que sur celui de Disney / Pixar. If Anything Happens I Love You est un formidable et déchirant plaidoyer contre les armes à feu, une plongée de douze minutes au cœur des conséquences de ces armes qui peuvent briser des familles. 

Les jeux sont désormais faits, il ne reste plus qu’à attendre la cérémonie, 93ème du nom, cette nuit. Certains observateurs parlent de nombreuses surprises, et il est vrai que certaines catégories restent très incertaines pour se prononcer avec tranquillité. 

Nicolas Mudry

Louis Janmot : peintre énigmatique de l’École de Lyon

« Le bagne de la peinture, — l’endroit du monde connu où l’on travaille le mieux les infiniment petits ». Ainsi fut décrit l’École de Lyon de Charles Baudelaire en son Salon de 1845. L’École de Lyon fut un groupe d’artistes, tous résidant à Lyon, qui travaillaient pendant le dix-neuvième siècle. Le style de l’École lyonnais est caractérisé par les œuvres mystiques ou éthérées, qui incluent souvent les dessins floraux et les fins détails esthétiques et qui s’inspirent de la tradition troubadour. Reconnue officiellement pour la première fois en 1819, l’École prit sa place dans l’histoire de l’art en 1851, au moment de la consécration d’une galerie dédiée aux artistes lyonnais au Musée des Beaux-Arts de Lyon.

Cependant, les peintres de l’École de Lyon virent leur travail éclipsé par les artistes parisiens de la même époque. Ils travaillaient pendant la première moitié du dix-neuvième siècle, une époque pleinement révolutionnaire ; une des œuvres les plus célébrées de ce moment-là est Liberté guidant le peuple (1830) d’Eugène Delacroix, qui résume sans équivoque le sentiment révolutionnaire du moment. 

Toutefois, les peintres de l’École de Lyon semblèrent diverger de cette tendance ; au lieu d’enraciner leurs peintures dans la réalité, ils s’inspirèrent d’un monde céleste et sublime. Malgré cela, on voit qu’ils furent à part entière révolutionnaires. Dans cette veine, parlons de Anne-François Louis-Janmot. 

Un talent prometteur 

Janmot naquit le 21 mai 1814 à Lyon, où il résida la majorité de sa vie. Il reçut une éducation religieuse, qui, par la suite, allait avoir une influence majeure sur ses œuvres. En 1831, il fut étudiant à l’École des Beaux-Arts de Lyon pendant deux ans, avant de s’installer à Paris pour bénéficier de l’enseignement artistique de Jean-Auguste-Dominique Ingres et Victor Orsel. Il passa trois ans à Paris, avant de retourner à sa ville natale.

J’ai découvert pour la première fois Janmot aux détours de son œuvre Autoportrait au Musée des Beaux-Arts de Lyon. Ce fut l’une de ses premières peintures, et je fus immédiatement frappée par la modernité de l’œuvre. Janmot prit la décision, révolutionnaire en soi, de se représenter au travail ; au lieu d’être le portrait d’un homme, cela est explicitement le portrait d’un artiste. Son regard sérieux examine le sujet – lui-même – et ainsi, la peinture reflète l’occupation d’un homme comme un reflet dans le miroir.

L’œuvre de Janmot commença à attirer l’attention des critiques du Salon de peinture et de sculpture de Paris. Initialement, la plupart de ses peintures était de grande dimension et avait pour sujet les thèmes religieux comme, par exemple, Le Christ au jardin des Oliviers (1840). Bien que cette œuvre fût une de ses premières, on pouvait déjà y observer les thématiques qui caractériseraient le style qu’il adopterait plus tard dans sa vie ; plus notamment, les figures en haut à droite rappellent les emblèmes de son chef d’œuvre, Le Poème de l’âme (dont on parlera plus tard).  

En 1845, la peinture de Janmot qui s’appelle Fleur des Champs attira l’attention de Charles Baudelaire. Dans son livre, Écrits sur l’art, Baudelaire écrivit : 

« Cette simple figure, sérieuse et mélancolique, et dont le dessin fin et la couleur un peu crue rappellent les anciens maîtres allemands, ce gracieux Albert Dürer […] Outre que le modèle est très beau et très bien choisi, et très bien ajusté, il y a dans la couleur même et l’alliance de ces tons verts, roses et rouges, un peu douloureux à l’œil, une certaine mysticité qui s’accorde avec le reste. Il y a harmonie naturelle entre cette couleur et ce dessin. » 

La peinture s’inscrit bien dans le style de l’École de Lyon grâce à sa représentation des fleurs et à sa sorte d’attachement à un monde céleste, et à ce titre, elle est considérée comme une des œuvres les plus emblématiques du mouvement.

Le Poème de l’âme

Son chef d’œuvre le plus connu reste Le Poème de l’âme, qu’il peignit sur une période de vingt ans à partir de 1855. Le produit final consiste en dix-huit tableaux peints et seize dessins, ainsi qu’en un poème de 2 800 vers qu’écrivit aussi l’artiste. Les tableaux suivent la vie d’un garçon, et plus spécifiquement, le voyage de son âme ; la foi catholique de l’artiste est en ce sens évidente dans l’œuvre. On suit le garçon à partir de la naissance, à travers l’adolescence, l’amour, jusqu’à l’âge adulte. Pendant sa vie, le garçon apprend les dangers perçus du matérialisme et d’une vie non-croyante, et à la fin de sa vie, il est ainsi guidé vers le ciel par son ange gardien. A cet égard, l’œuvre est consciemment didactique ; Janmot fut catholique fervent, et il n’hésitait pas à communiquer l’importance d’une vie croyante au spectateur. 
La partie principale du Poème de l’âme (les dix-huit tableaux) que l’on connaît aujourd’hui fut achevée en 1855, et ce fut à ce moment-là qu’on l’exposa à l’Exposition universelle de Paris. Cependant, la peinture ne fut pas bien accueillie, ce qui déçut fortement l’artiste – Baudelaire, qui avait considéré favorablement le peintre juste dix ans auparavant, décrivit les tableaux comme « l’objet d’un auguste dédain ». Le cycle fut largement oublié pendant près d’un siècle, avant d’être redécouvert en 1950 ; il gagna enfin sa place dans la collection permanente du Musée de Beaux-Arts de Lyon en 1968, où il occupe une salle entière.

Il est dans un sens ironique que Baudelaire eut ce sentiment de dégoût en voyant l’œuvre, parce qu’en effet, elle utilise certains thèmes qui sont très similaires à la poésie de Baudelaire ; plus notamment, celui du spleen contre l’idéal. Dans l’œuvre de Janmot, on peut identifier les dix-septième et dix-huitième tableaux, L’Idéal et Réalité, comme exemplaires de cette tendance. Dans L’Idéal, on voit le moment final du voyage des âmes du jeune homme et de son ange gardien. Jusqu’à ce moment, ils voyagent ensemble, mais ici on atteint les limites de la capacité d’un être humain de voyager vers le ciel. L’ange dit à l’homme : 

« Adieu, car où je vais vous ne pouvez pas me suivre. » 

Cela fait penser à la confusion de Dante face à la nature dévorante du ciel ; elle consume tous les sens jusqu’au point d’épuisement : 

« Ô grâce généreuse où j’ai pris le courage /de plonger mon regard dans la Clarté suprême / jusqu’au point d’épuiser la faculté de voir ! » 

Soudainement, dans Réalité, l’homme apparaît, seul pour la première fois, à côté de la tombe de son ange, confronté à la réalité matérielle de la mort. Cela rappelle sans doute la poésie de Baudelaire ; il est à la recherche perpétuelle de l’idéal du ciel, mais la dure réalité de l’imperfection de la vie le remet continuellement sur terre. On observe cela à travers toute la poésie de Baudelaire, mais un bon exemple de ce thème, et surtout les dichotomies qu’il comprend, se trouve dans Le Rêve d’un curieux, des Fleurs du Mal 

« Angoisse et vif espoir, sans humeur factieuse, Plus allait se vidant le fatal sablier, Plus ma torture était âpre et délicieuse ; Tout mon cœur s’arrachait au monde familier. » 

Janmot veut aussi traiter ce thème de la dichotomie entre la terre et le ciel d’un point de vue structurel dans le cycle – son œuvre a été citée comme exemple de la « peinture philosophique » grâce à son traitement de cette idée. On voit cet effet dans le cinquième tableau, Souvenir du ciel, qui illustre ce qui semble être un rêve, mais il y a de l’ambiguïté à cet égard – est-ce que c’est vraiment un rêve, ou, comme le suggère le titre, un souvenir ? En tout cas, il dépeint une espèce de vision, une tentative de connexion entre le petit garçon et les anges qu’il voit. On observe une représentation céleste du ciel, tout en teinte de bleu et de rose, que l’on juxtapose au paysage en dessous, soupçonné d’être celui de La Mulatière, à côté de Lyon. Même quand il veut dépeindre le monde des cieux, la ville natale de Janmot n’est jamais loin. 

Et c’est exactement cela qui fait l’École de Lyon, qui la distingue d’autres mouvements : leurs peintures sont liées inextricablement à la ville. Qu’il s’agisse de leurs représentations du paysage de la région ou de leurs dessins à fleurs qui inspiraient les motifs de la soie des canuts, il est toujours possible voir leur influence – si on regarde assez longtemps. 

Jenny Frost

Pour aller plus loin… 

Louis Janmot : Le Poème de l’âme – Musée de Beaux-Arts de Lyon https://www.mba-lyon.fr/sites/mba/files/content/medias/documents/2019-12/fiche_focus_janmot_bd.pdf 

Connaissez-vous les peintres de l’École de Lyon ? https://petitpaume.com/article/peintres-lyonnais#:~:text=%C2%AB%20L’Ecole%20de%20Lyon%20%C2%BB,la%20r%C3%A9appropriation%20de%20ses%20th%C3%A8mes
 La soie lyonnaise https://www.patrimoine-lyon.org/traditions-lyonnaises/la-soie