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Imploding the Mirage, The Killers au sommet de sa créativité

Imploding the Mirage ou la renaissance de The Killers. En cette fin de mois d’août, le groupe américain a sorti son sixième album aux sonorités très 80’s et aux textes très Brandon Flowers. Une création remplie de sons tous plus intenses les uns que les autres et qui donnent envie d’être écoutés en live, en plein milieu d’un stade de 80 000 personnes reprenant en choeur. The Killers tout simplement. 

A l’heure où j’écris, nous en sommes au jour 3 de l’existence du nouvel et sixième album de The Killers. Au moment où vous lirez ces lignes, j’en serai vraisemblablement à des dizaines et des dizaines d’écoutes de cette claque inattendue. Inattendue car Wonderful Wonderful sorti en 2017 n’avait pas du tout été capté par mes radars et qu’il était passé comme un mail dans mes spams. Je regrette de ne pas avoir eu plus à répondre à cet album si personnel pour Brandon Flowers. Hélas, on sentait un groupe tentant de se raccrocher à un glorieux passé que l’on ne retrouvait que passablement dans Rut. Si bien que Have All The Songs Been Written ressemblait à une sorte de testament de The Killers. Steven Hyden a, pour Uproxx, parfaitement retranscrit ce sentiment ambivalent, celui d’assister à la fin de course d’un groupe légendaire avant de le voir renaître en 2020. Imploding the Mirage représente tout ce qu’il y a de meilleur dans The Killers, ce qui a fait son succès et construit son héritage. 

Tout a commencé avec Caution, sorti en plein confinement. La parution de ce nouvel album, prévue fin avril, avait été reportée. Pourtant, ce premier single tapait déjà fort avec une intro toujours lente et énigmatique avant une montée en puissance par un couplet puis l’explosion du refrain. Un rythme simple mais qui caractérise tellement The Killers et que l’on apercevait trop rarement dans le précédent travail du groupe. En termes de paroles, Brandon Flowers reprend une nouvelle fois le thème du départ et l’envie d’escapade et d’évasion dont il parle tant, lui le natif de Vegas, en plein milieu du désert, mais cette fois-ci par rapport à l’histoire de Tana Brooke Mundkowsky, sa femme. À vrai dire, les paroles sont toujours à prendre dans un sens double avec The Killers, à comprendre à travers l’expérience personnelle du chanteur et à se réapproprier à travers notre propre vécu. Caution renverrait donc à notre désir de créer, à l’hésitation qui accompagne toute tentative de création et aux regrets que cette hésitation peut amener (Cause it’s some kinda sin / To live your whole life / On a might’ve been). Caution a tout de suite éveillé de l’espoir en moi, celui de retrouver un groupe que j’ai tant aimé, avec la collaboration incroyable de Lindsey Buckingham de Fleetwood Mac à la guitare. 

J’étais trop jeune lorsque Hot Fuss a balayé le monde musical en 2004, apportant l’hymne d’une génération à laquelle je n’appartiens pas, Mr. Brightside. The Killers a pénétré dans mon existence en 2009 avec Human, un classique parmi les classiques de ce groupe dont les lignes Are we human / or are we dancer? restent gravées à jamais. Human se présente comme la plus The Killers des chansons de The Killers, un son intemporel où Brandon Flowers tente de se libérer de ses chaînes et de trouver une liberté à la fois loin des codes sociaux et des sphères d’influence. Il s’inscrit directement dans la lignée d’All These Things That I’ve Done, sorti dans Hot Fuss, et qui m’a accompagné toute la précédente décennie. Lui, le mormon fidèle, questionne sa foi et notamment son parcours religieux. Il se place alors en mormon indépendant, souhaitant respecter les convictions d’autrui sans les convertir. I’ve got soul / But I’m not a soldier sont des paroles iconiques, sans doute les plus mythiques de Brandon Flowers. Ce questionnement suit chaque album de The Killers et nous oblige à remettre en question chacun de nos choix. On retrouve facilement dans ces bilans la même urgence qui caractérise les envies d’échappée remplissant les textes de Flowers. 

Le troisième single de Imploding the Mirage, après Fire in Bone, ne déroge pas à la règle. À mes yeux, My Own Soul’s Warning mène l’album et, en tant que premier son de celui-ci, remplit parfaitement sa mission tout en servant de guide aux chansons le suivant. Il rime avec perfection et chef-d’oeuvre, sans aucun doute l’une des meilleures créations de The Killers. Une intro douce amenant crescendo la mélodie parfaite faisant office de fil rouge. Deux couplets et un pré refrain avant l’explosion. Littéralement une explosion. Qui procure tellement de plaisir. The Killers est bien revenu parmi nous, oui, comme un retour aux sources, sans Dave Keuning, le guitariste légendaire du groupe qu’il a cofondé avec Brandon Flowers. Seul Ronnie Vannucci Jr, le batteur original, accompagne ce dernier comme membre permanent. On peut donc se dire que le résultat s’avère plus que convaincant. Le refrain de My Own Soul’s Warning vous gifle sans vous laisser vous en remettre. But man I thought I could fly / And when I hit the ground / It made a messed up sound. Non seulement les sonorités renvoient aisément à The Killers, ne nous perdant pas, mais ces trois lignes s’engagent tellement dans la pensée interrogatrice du leader du groupe que l’on s’en retrouve réconforté. Brandon Flowers se serait-il donc brûlé les ailes durant la dernière décennie ? Sa quête d’indépendance d’All These Things That I’ve Done et Human s’achève-t-elle ? Autant de questions qui montent et qui ne cessent d’alimenter les interprétations devant les multiples métaphores utilisées depuis ses débuts par Flowers. Ne reste que le regard sur soi et sur ses achèvements, ce bilan automatique de ses actions crié dans un refrain gargantuesque, ce hurlement de douleur pour se faire pardonner, le leader de The Killers affichant sa vulnérabilité et redéfinissant sa foi. 

La suite de l’album paru le vendredi 21 août, dont Dying Breed sorti en single quelques jours avant, suit le rythme sans difficulté. My God rappelle le plus le côté très religieux présent chez Flowers mais, contrairement à My Own Soul’s Warning, le retour vers Dieu ne se fait pas à genoux et présente la maxime “l’erreur est humaine” comme étendard de ses lyrics. Le pardon vient plutôt du Père, acceptant les fautes commises par des êtres portant sur leurs épaules les pressions de l’amour qu’il leur voue et de la peur de se tromper, le tout dans un refrain tout aussi parfait partagé avec l’autrice, compositrice et interprète Weyes Blood. On retrouve également une collaboration dans Lightning Fields avec la participation de l’excellente k.d. lang. Chaque son de Imploding the Mirage, dixième et dernier titre éponyme de l’album également, renferme une explosion de sonorités étincelante dont la plus triste reste tout de même When the Dreams Run Dry, sorte de réveil douloureux où l’individu se rend compte de sa finitude et de sa mortalité, à l’instar de celui qui s’écrase sur le sol après avoir cru pouvoir voler dans le refrain de My Own Soul’s Warning mais avec une gravité supérieure, comme si chaque album de The Killers possédait une chanson testament, comme si chaque album pouvait être le dernier. Pas très surprenant quand on sait Brandon Flowers très superstitieux. 

Sans en dévoiler trop sur cet album, pour laisser une quelconque once de surprise à la personne qui me lira et qui tentera de s’aventurer alors dans la sixième élaboration de The Killers, celle-ci permet au groupe de se rattacher à la sécurité des débuts, des origines, au réconfort de la genèse. Il y a du déjà-vu mais avec une note nouvelle et fraîche. Imploding the Mirage embrasse la perfectibilité de l’être avec tendresse, chantant sur l’amour, la vulnérabilité, la foi mais aussi sur la linéarité de la vie et les erreurs qui jalonne parfois son chemin, rassurant sur le fait que celles-ci ne représentent pas des fatalités qui nous empêcheraient de revenir sur ce chemin. On the road again, à l’instar de The Killers, gardant Vegas en ligne de mire, comme pour se rappeler où leurs pieds pourront se poser au cas où, de retour dans la poussière du Nevada, poussés par un questionnement existentiel permanent qui ne fait pas oublier d’où l’on vient tout en nous aidant à aller vers un mieux. Imploding the Mirage fait partie de ces albums qui ne me quitteront jamais, à coup sûr. Il vient frapper au bon moment, alors que la crise du Coronavirus remet en question de nombreuses certitudes. Sans pour autant moraliser, The Killers préfère offrir un road-feel-good-album qui procure un sentiment sécurisant de compréhension et l’irrésistible sensation que nous allons vieillir avec ce groupe unique que l’on n’entend nulle part ailleurs. À travers son talent de parolier, Brandon Flowers s’adresse à nous et ses textes nous parlent. C’était ma réponse à lui. 

Nicolas Mudry 

Syd Barett, le génie oublié du Rock

Lorsqu’on évoque la grande période du Rock psychédélique et la décennie 1960, on a tendance à oublier le nom de Syd Barrett. Les années passant ont occulté la notoriété de celui qui fut pourtant une des grandes figures Rock de son époque. Membre fondateur de Pink Floyd, artiste en marge du système, compositeur de talent, figure libertaire, poète maudit ? Syd Barrett, c’est un peu tout cela à la fois et c’est ce que nous allons voir ici.

Roger Keith Barrett est né le 6 janvier 1946 à Cambridge, en Angleterre. Avant de se démarquer par son univers singulier, il grandit comme la plupart des adolescents britanniques de cette époque. Après avoir côtoyé un pensionnat aux règles strictes, il cherche à s’échapper de cet univers austère et trouve un refuge privilégié dans la musique. Comme les autres garçons de son âge, Roger se passionne pour le Rock’n Roll et se procure rapidement une guitare électrique, afin d’improviser ses propres compositions. Au début des années 60, le rock anglais est alors en gestation et ne ressemble en rien à ce qu’il sera ensuite. Des groupes phares comme les Beatles, les Kinks ou les Rolling Stones commencent toutefois à émerger. Mais pour le moment, la musique n’est pas la priorité du jeune Barrett. D’un tempérament littéraire et pratiquant le dessin, il s’inscrit en école d’art.
A l’université, celui qui commence à se prénommer « Syd » fricote toutefois avec des amis d’enfance devenus musiciens de Rock, comme David Gilmour et Roger Waters. Ce dernier a fondé un groupe du nom de Sigma 6, et ne tarde pas à entraîner Syd dans l’aventure. Waters est conquis par les talents d’écriture et de composition de son ami, et lui laisse une place prépondérante au sein de sa formation. En 1965, Syd Barrett crée ainsi un nouveau nom pour le groupe, en hommage à deux musiciens de blues qu’il adore : Pink Floyd. Le groupe se met rapidement au travail et effectue ses premiers concerts. La scène musicale est alors effervescente à Londres, et un basculement culturel d’ampleur semble s’annoncer. La musique, jusqu’alors terne et marquée par l’après-guerre, prend de la couleur au contact de cette nouvelle génération des « baby-boomers ». La technologie bouleverse la conception même de la musique, et l’arrivée d’un certain nombre de drogues sur le marché contribue à libérer les esprits et à précipiter les élans créatifs. Parmi elles, un composé chimique puissant qu’on appelle LSD. Cette drogue est décrite comme hallucinogène et provoquant des visions extraordinaires en déverrouillant de nouveaux champs de conscience. Les Pink Floyd ne font pas exception à la règle et comme tant d’autres groupes de cette époque, prennent goût au LSD.

Davantage que ses camarades, Syd Barrett est bouleversé par cette drogue. Passionné par la littérature, d’un caractère mélancolique et rêveur, il utilise l’acide pour s’évader où bon lui semble et fouiller les tréfonds de son esprit. Il y décèle très vite un potentiel artistique hors normes et consomme des doses de plus en plus fortes. Sous l’impulsion de Barrett qui prend de plus en plus des postures de leader, le groupe change radicalement son style et passe de reprises de blues et rock’n’roll à un jeu beaucoup plus expérimental et marqué par des improvisations planantes. A la même période sort l’album « Revolver » des Beatles, que Syd dévore de bout en bout. Véritables icônes de la jeunesse des sixties, les Fab Four ont eux aussi incorporé le LSD dans leur musique, qui prend des allures de plus en plus psychédéliques et élaborées. On parle désormais d’un choc générationnel ; en une poignée d’années, les mentalités et la société ont changé du tout au tout. Et bien sûr, Syd et ses camarades veulent en être.

Le groupe Pink Floyd devient très populaire au cours de l’année 1966, grâce à ses concerts lors desquels les musiciens développent un style psychédélique et expérimental. Les prestations intenses et
stroboscopiques menées par Barrett (alors chanteur et guitariste principal du groupe) sont de plus en plus remarquées. En pleine croisade psychédélique, le groupe signe un contrat en fin d’année et part enregistrer son premier album aux studios Abbey Road, où, à la même période, les Beatles composent le célèbre « Sgt pepper’s lonely hearts club band ». Dans cette phase d’explosion créative et de bouleversements sociétaux, Syd se sent véritablement pousser des ailes. En quelques mois, les Pink Floyd achèvent ainsi leur premier album The Piper at the gates of dawn, où l’intégralité des titres sont écrits et composés par Barrett. Avec les singles Arnold Layne et See Emily Play qu’il lâche en éclaireur au printemps 1967, le groupe affirme sa position d’outsider dans l’industrie. Dans la droite lignée de ces singles, l’album se révèle être une bizarrerie psychédélique sans précédents. Visiblement débridé par ses prises de LSD, Syd couche son imaginaire sur vinyle et livre un véritable chef d’œuvre. Très bien balancé entre ouvertures Pop et pistes expérimentales où le groupe récrée l’ambiance envoûtante de ses concerts, le disque est d’une liberté sans nom. On sent alors définitivement les portes s’ouvrir pour Barrett et ses compères, seulement…

Après l’ascension, la chute


Dès le milieu de l’année 1967, Syd commence à donner des signes de fatigue auquel ses amis ne prêtent pas vraiment attention. Dans ce moment de grande effervescence, chacun a conscience de rentrer dans l’histoire et l’introversion naturelle du chanteur n’incite pas les autres membres à s’inquiéter outre mesure.
Pourtant, la situation va vite empirer. De nombreux témoins (parmi lesquels Jimi Hendrix, dont les Pink Floyd ont assuré les premières parties) ont vu alors Syd s’enfoncer dans une consommation quasi-quotidienne de LSD, et lui ont parfois conseillé de ralentir. En effet, le chanteur montre alors les premiers symptômes de ce qui semble être un énorme craquage nerveux. Sous pression constante de la part de son groupe et des producteurs qui lui demandent de composer de nouveaux titres, devant assurer de nombreuses prestations face à un public grandissant, Syd ne supporte pas tout ce stress et part toujours plus loin dans l’acide. Il semble être de plus en plus déconnecté de la réalité, s’enferme chez lui des jours durant et lors de certains concerts, reste complètement immobile pendant toute la prestation, ne jouant qu’un seul accord de façon machinale. A l’automne 1967, Roger Waters est sérieusement préoccupé par le comportement erratique de son ami, et comprend qu’il y a urgence. Comptant toujours sur son talent d’écrivain-compositeur, il tente de le reléguer au studio le temps qu’il se remette sur pied, et engage David Gilmour comme nouveau guitariste pour le remplacer, tandis qu’il assure le chant lors des concerts. L’état mental de Syd s’est alors considérablement dégradé, la faute à une absorption trop fréquente de LSD, et à des doses trop fortes. L’air absent et le regard vide, il sera déclaré schizophrène des années plus tard. Pour
l’heure, il continue de composer dans l’ombre de Pink Floyd, et tourne une dernière vidéo promotionnelle avec le groupe pour le single Jugband Blues, extrait du futur deuxième album. Sur le clip, l’ancien leader apparaît à l’écart, présent sans l’être vraiment, l’esprit déjà ailleurs. Sans que personne ne se doute de grand chose, l’acide l’a démoli.

« Le monde est une illusion. Mais c’est une illusion que nous devons prendre au sérieux, car elle est réelle dans les limites de son extension. Nous devons trouver une façon d’être dans ce monde tout en n’y étant pas »

Aldous Huxley, auteur britannique qui a contribué à populariser les drogues hallucinogènes

En avril 1968, Roger Waters prend finalement la meilleure décision possible, à savoir exclure Syd Barrett du groupe. Sous sa direction qu’il retrouve après l’hégémonie créative de Barrett, le projet Pink Floyd prend une autre voie musicale. Progressivement, le groupe se détourne du psychédélisme pour s’initier au rock progressif et montrer la voie à une nouvelle vague de musiciens au début des années 1970. Syd fera quant à lui partie des brûlés vifs, de ces étoiles filantes qui auront traversé cette période du Summer of love et du Flower power. Aux côtés de Jimi Hendrix, Jim Morrison ou Janis Joplin, il a toute sa place en ayant offert au Rock une contribution de premier plan, qui a permis de faire avancer la musique populaire vers de nouveaux territoires. En vérité, des changements phénoménaux se sont produits lors de ces années, et il fut alors difficile pour les artistes d’en réchapper sans y perdre quelques plumes. L’époque était intense, sans demi-mesure, et l’on était bien moins informé sur les hallucinogènes et leurs dangers qu’aujourd’hui. Pour toujours, Syd Barrett fera partie de ces défricheurs de la musique Rock et nous lui devons un hommage pour cela.

Pendant un temps, Syd n’abandonnera pas ses ambitions Rock, et profitera de sa liberté retrouvée pour composer deux albums solo en 1970. Mais toujours fragile psychologiquement et terrorisé par la scène, ne trouvant pas son public car trop étrange, il sera contraint d’arrêter. Se retirant dès lors dans son appartement puis chez sa mère, il ne se consacrera plus qu’à la peinture et au jardinage et décédera d’un cancer du pancréas en 2006, à l’âge de 60 ans. The dream is over.

Romain Bonhomme-Lacour

Ci-joint quelques compositions parmi les plus marquantes de Syd pour Pink Floyd :
https://www.youtube.com/watch?v=H3DGpINHX5Q (Arnold Layne)
https://www.youtube.com/watch?v=f35gUESUFvU (Lucifer Sam)
https://www.youtube.com/watch?v=FX-G7Tpjx5U (Pow R. Toc. H.)
https://www.youtube.com/watch?v=2PoLaX4IA_0 (Bike)

R.I.P. Syd Barrett

Michael Jackson et le clip vidéo

Ce qui est assez fou quand on y pense, c’est qu’on puisse dire encore en 2019 que les meilleurs clips jamais réalisés soient ceux de Michael Jackson. Tout aussi dingue, le fait qu’on puisse limiter son œuvre à la musique et à la danse. Oui, bien entendu, MJ fut un danseur et performeur excellent, qui révolutionna la façon de faire de l’entertainment et inspira énormément notre époque et industrie musicale actuelle, sur de nombreux tableaux. En revanche, ce qu’on semble oublier de plus en plus, c’est que la marque de fabrique de l’artiste était aussi visuelle, et que le cinéma y jouait un rôle fort.  Michael Jackson n’est pas qu’un danseur et chanteur, c’est aussi et surtout un cinéphile, qui collabora tout au long de sa fructueuse carrière avec de véritables stars ; Steven Spielberg, Martin Scorsese, David Fincher, Spike Lee, David Lynch, George Lucas, John Landis, John Singleton

Tous ces réalisateurs de renom ont travaillé au moins une fois avec le Roi de la Pop, ce qui n’a jamais été réitéré par personne d’autre depuis. Juste phénoménal, mais ce qui l’est encore plus c’est le contenu qui est sorti de ces collaborations ; malgré quelques inévitables incidents et rendez-vous manqués (l’amitié au départ solide entre Jackson et Spielberg ne se solda que par un album faisant office de bande-son pour E.T. en 1982, retiré depuis longtemps des circuits de vente et devenu un objet rare, puis leur relation s’effrita lentement jusqu’à ce que le cinéaste refuse de donner le rôle principal de son film Hook à la star, scellant ainsi son échec de devenir un acteur), la fusion de l’univers de Michael Jackson avec le milieu du cinéma a donné de jolis faits d’armes, ce qui n’a fait qu’enrichir un peu plus sa discographie d’exception et le couronne encore aujourd’hui au sommet de l’innovation et de la production culturelle. All Hail the King.

« Billie Jean » (album Thriller, réalisé en 1983).

Billie Jean est le premier titre de l’album le plus vendu de tous les temps à avoir été doté d’un clip vidéo, ce qui veut dire qu’il avait une grande importance aux yeux de Michael Jackson. Le jeune chanteur et son producteur de l’époque Quincy Jones ne s’étaient pas trompés sur l’énorme potentiel du single, qu’ils s’empressèrent de clipper en ayant la volonté ferme de faire quelque chose de différent, et de marquer les esprits. En effet, la vidéo musicale au début des années 80 était encore dans sa phase embryonnaire, les clips se contentaient généralement d’être des spots publicitaires et rampes de lancement pour les artistes à la TV, sans réelle ambition artistique car ceux-ci se contentaient généralement de chanter et danser devant un fond vert. Après qu’il ait directement fait les frais de ce système pour son premier album Off the Wall, Jackson veut le transcender et aller plus loin ; ce qu’il va exactement faire sur le clip de Billie Jean, qui est une vraie démonstration de force pour l’époque. Le réalisateur Steve Barron va être chargé de le mettre en images et le résultat final est juste bluffant (même si ça a légèrement vieilli, certains décors faisant un peu carton-pâte).

La trame narrative montrant un paparazzi avide de scandales en train de traquer la jeune star, les dalles de la rue s’illuminant sur son passage, les ralentis et coupures sur les scènes de danse, les femmes sur le panneau publicitaire prenant vie… Un moment de magie hors du temps, et un clip qui est resté l’un des plus connus de MJ.

« Thriller » (album Thriller, réalisé en 1983).

Après les succès populaires de Billie Jean et Beat It, Michael Jackson n’en reste toujours pas là et cherche encore et toujours à pousser le médium vidéo plus loin qu’il ne l’était avant. Dans une optique de pur divertissement culturel, il va s’associer en fin d’année 1983 à John Landis, qui est un de ses réalisateurs favoris puisqu’on lui doit la comédie horrifique du Loup-Garou de Londres, et mettre ainsi sur pied le clip de Thriller. Inspiré fortement par Le Loup-Garou de Londres, Jackson ne veut cette fois-ci pas un « simple » clip vidéo mais un véritable court-métrage axé horreur, avec de vrais acteurs et figurants, des scénettes à part, des dialogues, du suspense… et beaucoup de morts-vivants.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que dans le contexte de l’Amérique conservatrice et regannienne de 1983, Thriller est, mine de rien, un projet assez fou. Bénéficiant déjà d’une audience énorme grâce au succès de son album et à ses précédents clips, Michael Jackson s’engage à livrer un vrai court-métrage d’horreur (même si ça reste relativement familial) sur les écrans cathodiques du monde entier ! Évidemment, le résultat final se passe de commentaire tant ce clip vidéo fait depuis partie intégrante de la Pop culture, de la superbe veste en cuir et tenue rouge intégrale de Michael Jackson aux réactions d’effroi de sa compagne jouée par Ola Ray, en passant par les chorégraphies des zombies et le célèbre regard face caméra à la fin de la vidéo, magnifiée par les éclats de rire de Vincent Price… Culte, tout simplement.

« Bad » (album Bad, réalisé en 1987).

Pour la chanson-titre de son troisième album, Michael Jackson veut une fois de plus faire gros. Ainsi, il va se rapprocher toujours plus d’une identité visuelle et cinématographique, en faisant cette fois appel à Martin Scorsese pour diriger son nouveau court-métrage. Car il est important de le noter, à partir de ce moment MJ ne considère plus faire des clips mais des short films, ce qui montre la hauteur de ses ambitions à l’époque. Scorsese, alors au top de sa forme et de sa carrière, lui prépare avec Bad un authentique bout de cinéma, qu’on pourrait placer dans l’œuvre du réalisateur tant elle reprend finalement les thématiques qui lui sont chères ; à savoir la chronique de la pauvreté et de la misère urbaine, de la criminalité et des vices qui gangrènent l’homme moderne. Plus très étonnant que dans le clip de Bad, qui est si à part dans l’œuvre de Michael Jackson, on retrouve à l’image ces quartiers déshérités du Bronx, luisant de crasse et contaminés par la délinquance, dans lesquels va rentrer le jeune étudiant Darryl, joué par MJ, une fois son année au pensionnat terminée.

Très vite, le jeune intello est abordé par ses anciens amis d’enfance, une bande de petits voyous dont le leader charismatique est incarné par Wesley Snipes, future star d’Hollywood qui apparaissait pour la première fois à l’écran. Toute la première partie du clip, qui fait figurer un noir et blanc maussade, est entièrement scénarisée et portée par le jeu des acteurs, ce qui favorise encore plus l’immersion dans Thriller. Elle s’achève subitement lorsque Darryl, pris à part par ses ex-amis qui l’accusent de s’être travesti et de les avoir trahis, décide de leur montrer qu’il peut aussi jouer à  leur jeu et être « mauvais ».

S’ensuit alors une métamorphose éclair et une terrible chorégraphie dans une station abandonnée du métro new-yorkais, menée à la barre par un Michael Jackson enragé et aux mouvements provocateurs. Le clip délivre finalement son message de moralité, tu dois savoir te défendre face à l’adversité, assumer tes choix d’homme et garder la tête haute, tout en esquivant les pièges de la vie de criminel qui ne te mèneront nulle part. A la fin de la vidéo, le caïd du groupe montre finalement un signe de respect à son ami et à la voie qu’il a choisie en lui serrant la main, et en partant dignement. Grand moment, grand clip.

« They Don’t Care About Us », Prison Version (album History, réalisé en 1996).

Le clip de They Don’t Care About Us, un des premiers singles de l’album HIStory avec Scream (dont la vidéo est juste hors-du-commun, mais je ne peux pas vous parler de tout non plus, j’y passerai des heures), est très particulier pour plusieurs raisons. D’abord, il n’y a pas un clip vidéo mais deux, la version originale étant la Prison Version que je vais vous présenter, jugée si violente par les grandes chaînes musicales américaines qu’elle fut interdite de passage avant les heures tardives, tant et si bien que MJ et son équipe durent faire une seconde version plus légère, intitulée Brazil Version et tournée dans les favelas de Rio. Cette version révisée est bien jolie mais n’a plus un grand intérêt en tant que tel, elle perd l’onde de choc et le retentissement politique de la vidéo originale.

C’est là qu’on arrive au deuxième point intéressant de They Don’t Care About Us, les deux clips sont réalisés par Spike Lee qui est alors dans sa période de grâce, puisqu’il a sorti le chef d’œuvre Do the Right Thing, qui montrait la dureté de la vie dans les ghettos et dénonçait le mépris de l’Amérique blanche envers la communauté afro-américaine, en étant porté par une bande-son de Public Enemy, puis le grand biopic Malcolm X avec Denzel Washington.

Fort de sa réputation de cinéaste indépendant, engagé et intransigeant, Spike Lee va mettre les bouchées doubles pour le clip de son ami. On ne peut qu’imaginer les sueurs froides qu’ont dû ressentir les responsables des chaînes de télévision américaines lorsqu’on leur a remis cette vidéo coup-de-poing, attendue en grandes pompes comme toutes celles de Michael Jackson et prête à être divulguée aux petites têtes blondes à heure de grande audience. En effet, la version Prison montre à un moment une salle de cantine maussade, dans laquelle les prisonniers afro-américains sont menés par MJ et finissent par taper du poing sur la table, avant de se rebeller et de tout saccager. Une autre scène dévoile le Roi de la Pop enfermé seul dans une cellule, tapissée d’écrans qui retransmettent sans arrêt des images brutales, de guerres, d’émeutes urbaines et de violences racistes ; on peut notamment y voir l’enregistrement du passage à tabac de Rodney King par des policiers blancs, ou des extraits de discours de Martin Luther King qui fut lui aussi assassiné par des Blancs intégristes, en 1968. Puissant, prenant le pari de bousculer les mœurs et l’hypocrisie de l’Amérique blanche quant à la question du racisme institutionnel, They Don’t Care About Us est depuis rentré dans les mémoires.

« Stranger in Moscow » (album History, réalisé en 1996).

Pour ce cinquième et dernier clip de la liste, faisons un peu plus soft. Pour moi, Stranger in Moscow est une des plus belles chansons de Michael Jackson bien qu’elle soit loin d’être la plus connue. C’est un de ses plus beaux titres car le chanteur s’y met à nu et y dévoile ses états d’âme comme rarement il l’a fait avant, il faut dire qu’il traverse alors une période très difficile depuis qu’ont débarqué les premières accusations de pédophilie à son encontre, en 1993. Acculé de tous les côtés par les tabloïds et la presse à sensation de l’époque, voyant sa réputation d’artiste flancher (malgré le soutien de beaucoup de ses proches et surtout de ses fans), souffrant des aléas de la vie d’une superstar, incompris par l’opinion publique bien-pensante qui voit en lui une sorte d’alien et invente des théories du complot à son sujet, Jackson se sent abandonné et le dos au mur.

C’est dans ce contexte assez sombre qu’il va écrire Stranger in Moscow, une ballade mélancolique dont le spleen et la portée restent intacts aujourd’hui. Pour accompagner le morceau qui est tout en puissance et en envolées progressives, le photographe Nick Brandt est sélectionné, ce qui explique le grain très propre de l’image, comme une photographie qui serait en mouvement. Cette impression est accentuée par le choix du noir et blanc, qui va comme un gant au ton triste de la musique, et par des ralentis constants dans les actions des personnages, ce qui permet de figer le moment dans le temps. Sobre, le clip n’en reste pas moins sublimé par le jeu des acteurs et l’émotion forte qui se dégage du tout, avec un climax final montrant le cri de rage de Michael Jackson sous la pluie battante.

Intime et renversant, Stranger in Moscow est décidément une perle précieuse. On ne pouvait pas mieux conclure cet article.

Romain Bonhomme-Lacour

Krilino, le rappeur lillois en ascension

Le 15 mars 2019, c’est la date de sortie de son double album Métamorphose composé de 24 titres, dans lequel nous retrouverons des sons qui ont déjà dépassé les 2 millions de vues sur Youtube, comme « En direct d’Alger ».

Mais qui est ce rappeur ? Originaire de Lille, plus précisément de Lille-Sud, ce jeune franco- algérien a beaucoup « charbonné », c’est-à-dire travailler pour en arriver là. En effet, il a passé beaucoup de temps au studio. A cela, s’ajoute l’amour qu’il porte pour la musique, sans oublier son talent, et sa persévérance.

Pourquoi le blaz’ de « Krilino » ? Au quartier, on l’a toujours appelé Krilin, petit clin d’oeil au personnage de Dragon Ball

La révélation du rap lui est venue grâce à une personne importante dans sa vie, Yassine, dont il parle dans son titre Dingue : « Il faisait du slam. Moi j’aimais dire ce que je pense, m’exprimer ! »
Cet ami, aujourd’hui décédé, embarque Krilino dans les ateliers du CDI en 4ème. C’est à ce moment précis que Krilino commence le rap.

Dans son album, vous trouverez plusieurs ambiances possibles. Des morceaux plutôt club comme Maillé ou Soirée menté, ou bien des sons qui sont plus chantés comme Suis refait ou El Sombrero.

Le chemin qu’il trace, il le fait pour lui mais aussi pour les autres. Derrière lui, un public qui ne cesse de grandir. Il a pour ambition de ramener un disque d’or à son quartier, Lille-Sud et ses proches disparus : « Si Yassine, Sabri et les autres me regardent de là-haut, je veux qu’ils soient fiers du chemin accompli et de celui à venir, je veux qu’ils soient fiers de ma métamorphose »

Retrouvez Krilino sur les réseaux sociaux :
Chaîne YouTube : https://www.youtube.com/channel/UClwMziCt3oxYwS2slzAobfw Page Facebook : https://www.facebook.com/krilinoff/
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Kerrouche Mehdi

Kiddy Smile : nouvelle icône House et LGBT française

On se souvient de la prestation du DJ et producteur à l’Élysée pour la fête de la musique en juin dernier. Une prestation qui avait réveillé une droite consternée.

Sur son t-shirt, Kiddy Smile affirmait fièrement : « Fils d’immigrés, noir et pédé ».

Nouveau visage de la House music, Kiddy Smile s’impose aussi comme nouvelle icône noire et LGBT. Sans doute LA révélation de l’année.

Kiddy Smile, alias Pierre Edouard Hanffou, nous ferait presque perdre nos repères. Entre house, pop, hip-hop, et gospel, on ne sait pas trop dans quelle case (musicale) ranger ce grand jeune homme. Au final, ce n’est peut-être pas plus mal. Ces cases nous embarrassent. Nombreux journalistes musicaux se retrouvent sans doute là très embêtés… Zut alors.

Mais si le style singulier de Kiddy nous déstabilise une micro-seconde, sa voix soul et ses hymnes électro fédérateurs nous rassurent vite.

Il faut dire que l’ancien enfant de chœur sait faire le show, et réussit la parfaite alliance entre la House, la mode et la danse.

Mais attention, pas n’importe quelle danse, puisqu’il est le nouveau prince du Voguing. Né à New York dans les années 1970, au sein de clubs gay réservés aux Noirs et aux Latinos, le Voguing reprend des mouvements et des poses de mannequins des magazines, comme Vogue.

D’ordinaire, ce style se danse dans les clubs et les Ballrooms de Harlem. Kiddy Smile a décidé, dans le clip de Let a Bitch Know, de l’importer là où il est né, dans les banlieues. Drôle de mariage. Ou quand le Voguing devient un acte politique.

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Crédits Photos : André & François

Look excentrique, mais minutieusement soigné, Kiddy Smile ne sort jamais sans sa troupe de performers.

Résolument dansant et positif, l’album de Kiddy Smile aborde avec légèreté, mais profondeur, des messages forts et nécessaires.

Son album de 14 titres sorti en août dernier, nous fait danser, mais pas que.

Dans son premier titre « House of Gold », il affirme son militantisme. Racisme, homophobie : Kiddy Smile balaye les clichés et veut rassembler.

Dans son single Be Honest, il revient à ses origines d’enfants de chœur, statut qu’il a vite troqué contre celui de nouveau chef de file de la House Music française. Une House mêlée à un gospel pétillant et entêtant sur le thème du coming out.

Le titre éponyme One Trick Pony, évoque quant à lui la déception en amitié.

Finement taillé pour le dancefloor, l’album aborde aussi des thèmes plus légers, comme dans Dickmatized, ou l’obsession pour le pénis, ou les délicieuses paroles trash assumées dans Slap My B*utt : « Slap my butt and call me slutty, no, I don’t really give a fuck / I really really really need your touch, I really really really want to fuck ».

C’est aussi des titres plus planants, doux, presque romantiques, comme Summer Rain.

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Bref, un petit bijou qui parvient désormais jusqu’aux oreilles ravies des américains.

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Kiddy Smile, c’est de la musique, mais c’est aussi politique.

Ce pied de nez au gouvernement Macron et à sa loi Asile et immigration en juin, lui a permis de se faire connaître plus largement. Voir des artistes comme Kiddy sur le devant de la scène est une bonne nouvelle puisque cette année, l’association SOS Homophobie a recensé une hausse de 15% des violences physiques homophobes. Alors Kiddy Smile est sans doute l’artiste dont on a besoin en ce moment. Un artiste engagé et engageant, ça fait du bien.

Ce qui nous plaît chez Kiddy, au-delà de sa musique, c’est ce qu’il représente. Un artiste français décomplexé, qui fait tomber les barrières, secoue, met de la chaleur dans les cœurs et porte haut et fort des messages de paix, d’égalité, de vivre ensemble.

Mathilde Collet

[INTERVIEW] Yudimah, rappeur au contact de son public : « Je fais du rap pour rencontrer des gens, c’est con mais je suis là pour ça »

La scène bordelaise aussi peu connue soit-elle, est bien présente et elle a du talent. C’est ce que nous prouve Yudimah. Ce jeune artiste bordelais s’est déjà fait remarquer en faisant la première partie de Kalash à Bordeaux en octobre 2016, puis celle de MHD à Biarritz en novembre 2016. Deux ans plus tard, son nouvel album voit le jour ; il nous en parle. Une rencontre à l’image de ce que cherche à générer Yudimah, un cocktail de sentiments et d’échanges avec ceux qui l’écoutent, un texte qui bouge, qui fait réfléchir, une musique qui parle et qui veut faire parler.

Tout d’abord, merci de nous consacrer cette interview. Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Yudimah, 24 ans, artiste hip-hop bordelais, je viens de sortir un nouvel album qui s’appelle « Energy ». Je pense que dans ce cadre-là, c’est la base.

  • Parle-nous un petit peu de ton parcours, d’où tu viens, de ce qui fait ce que tu es aujourd’hui ?
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Pour commencer, à la base moi je fais de la danse et c’est à l’âge de 13/14 ans, que j’ai découvert la poésie dans un premier temps. J’ai grandi très influencé dans le Mickael Jackson, le RNB, la musique noire américaine et c’est pour ça qu’après avoir découvert la poésie, je me suis mis à tester le rap. Je m’exprimais déjà à travers la poésie mais le rap était plus naturel, et ayant grandi dans le hip-hop, la somme des deux… Je disais souvent que le rap, c’est danser avec les mots. J’ai fait du rap pendant un moment, puis je me suis mis à faire des instrus, m’enregistrer et j’ai « appris » la musique plus en profondeur.

  • Il me semble que tu te produisais sous un autre « nom », Leizy BK avant, en référence à ton « asso » si je ne me trompe pas ?

Oui j’avais un autre nom, et c’est sous ce nom que j’ai créé l’association « Butterfly King », qui avait pour but de faire de la musique et de la vendre afin de récolter des fonds pour des causes qui me tenaient à cœur. Et justement, la première cause sur laquelle je me suis attardé est une cause liée à qui je suis, les enfants soldats au Congo. Moi je suis né en France et je suis franco-congolais. Ma mère est congolaise et est arrivée en France quand elle avait trente ans pour se faire soigner et c’est là qu’elle a rencontré mon père… et me voilà !

  • Tu restes assez proche de tes origines du coup ? par le biais de l’associatif ?

Oui, mais pas que. Pour moi, ça a fait sens à un moment de faire quelque chose pour une patrie que je n’ai jamais vue mais qui fait que je suis ce que je suis. Surtout que j’ai découvert ce qui se passait là-bas assez tard, je n’en avais jamais entendu parler et le jour où j’ai vraiment appris tout ça, c’est en regardant un reportage sur les enfants soldats et tout ce qui se passait au Congo. Et à ce moment-là, je me suis dit que j’avais de la chance, j’aurais pu naître là-bas. Je suis le seul de mes 5 frères et sœurs à ne pas être né là-bas. J’ai eu vraiment beaucoup de chance et quand je l’ai conscientisé, je n’ai eu qu’une seule envie, c’est aider ceux qui n’ont pas eu cette chance.

  • Donc par le biais de « Butterfly King ». J’imagine que tu n’es pas tout seul dans ce projet ?

Ben si… (rires). En fait, j’ai été tout seul, puis j’ai eu une personne qui m’a aidée à un moment, puis finalement je me suis retrouvé tout seul. Après la sortie de l’album, j’ai vendu 150 exemplaires et j’ai pu faire entre 500 et 600€ de gains que j’ai donnés afin de rénover un dispensaire (il en fallait 12 000€…). Puis, je me suis concentré sur ma carrière parce que le noyau de ce projet, tout mon pouvoir pour cette cause que je veux aider, il réside dans ma carrière.

  • Et du coup que pourrais-tu faire pour le futur de cette association ? Quelles sont tes idées ?

Dans un premier temps, j’ai créé « Energy » qui pour le moment n’est que sur les plateformes digitales mais j’ai pour projet de faire des CD pour la cause. Sinon, je m’étais lancé à faire des interventions pour informer les gens parce que je me rends compte que très peu de gens savent ce qu’il se passe réellement. Après, c’est vrai que maintenant, on voit des youtubeurs qui parlent un peu de la cause, etc mais c’est très récent finalement et je pense qu’aujourd’hui encore il y a un manque d’informations donc pourquoi pas à l’avenir continuer à faire des interventions.

  • Est-ce que cet engagement se retrouve dans tes musiques ? J’ai pu souvent lire que tu étais un rappeur « engagé » dans ce que tu proposes ?
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Oui et non… Je fais attention avec ce qui est « rappeur engagé » ou non, parce que pour moi, ça appartient aux autres. Chacun n’a pas la même représentation de ce qu’est un rappeur engagé et comme je n’ai pas envie de devoir répondre aux attentes, moi je dis juste que je vais faire mon truc. À ce propos, là je dirais que je suis engagé dans le domaine plutôt de l’humain, je m’adresse à des gens, je ne suis pas là à faire de la politique ! Je traite plus des problèmes d’humanité, de la confiance en soi, de la motivation, d’où le titre « Energy ». J’ai envie de tendre vers le mieux, d’inspirer à bouger, vraiment ma musique, c’est « Venez on va plus loin, on devient meilleur » !

  • Comment définirais-tu ta musique ? Quelles sont tes principales inspirations ?

Pour les artistes, c’est dur ça comme question !… C’est dur de définir un style, tu peux demander aux autres mais à moi tu ne peux pas vraiment. Moi, j’écoute vraiment de tout, du rock, du rap, du RNB, de la pop… Je reste hip-hop mais aujourd’hui, c’est un ensemble de sous genre comme une espèce de cockpit et il y a tout dedans… donc je peux seulement te dire, j’ai le style Yudimah ! (rires)

  • Justement tu composes à la fois en français et en anglais, pourquoi ce choix ? As-tu une préférence ?

On me pose beaucoup cette question… L’anglais, ce n’est pas ma langue maternelle…

  • Mais tu le parles super bien, on dirait que c’est presque inné chez toi !

C’est gentil mais c’est pour le kiffe. Je rappais en français mais je n’ai pas grandi dans le rap français alors du coup, j’ai essayé juste pour m’amuser en anglais et puis finalement, on me disait que c’était bien, alors j’ai continué mais j’avais un accent « pété » au début ! Puis j’ai appris tout seul, moi j’étais le gars quand il y avait des leçons d’anglais, je recopiais 500 fois le vocabulaire, je mémorisais les mots, je regardais des interviews pendant des heures, on me disait de regarder des séries. Mais moi ce n’était pas mon monde, je voulais en savoir plus sur le monde de la musique, j’ai dû regarder toutes les interviews de Kanye West et celle de Jay-Z aussi entre autres ! Et je m’entraînais encore et encore…

  • Que penses-tu de la scène musicale bordelaise, notamment rap/hip-hop ?
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C’est vrai que la scène du rap bordelaise a du mal à émerger, pourtant il y a des talents ! Mais je pense qu’il y a différents facteurs. Il y a peut-être un manque d’encouragements au début. Je me suis posé la question : « est-ce que ce n’est pas le public ? ». Aujourd’hui, je change d’avis et je me dis que la personne qui va conquérir le cœur bordelais n’est pas encore arrivée… Mais c’est vrai que Paris, c’est la capitale et ici à Bordeaux, on n’a pas de gros labels, ni de gros médias. Mais par exemple, prenons Marseille, ce n’est pas la capitale mais il y a quelques trucs qui sont sortis, on a un œil sur Marseille, et pas sur Bordeaux … enfin ça reste mon avis.

  • Et justement as-tu des projets sur Paris pour te développer un peu plus ?

Pas vraiment, à vrai dire ce qui m’intéresse c’est Bordeaux, je suis vraiment attaché à Bordeaux ! Moi je cherche une vraie connexion avec les gens, je cherche d’abord à rencontrer mon public, je fais du rap pour rencontrer les gens. C’est con mais je suis là pour ça, pour partager avec les gens comme je l’ai dit sur ma page, quand l’album est sorti : « n’hésitez pas à venir, à partager vos sentiments, vos souvenirs, à discuter… ». Limite, j’aimerais organiser un débat avec tout le monde ! C’est vraiment pour ça que je le fais, déclencher des conversations et du partage parce que pour moi, c’est ça la musique à la base. Après si ça s’agrandit oui, pourquoi pas, mais je ne suis pas focalisé sur ça.

  • Sur ce dernier album as-tu eu déjà quelques retours dessus ? Il y a un ou des morceau(x) qui te tiennent tout particulièrement à cœur ?

Oui j’ai eu des retours, très positifs pour moi et j’en suis assez surpris. Pour ce qui est du morceau – je ne pense pas que ce soit le préféré des gens, mais c’est le mien en tout cas – c’est « Promesse », parce que c’est moi qui l’ai produit déjà et parce que ce que je dis dedans c’est très personnel. C’est le plus personnel.

  • Justement c’est toi qui écris tout, qui produis tout ce que tu fais ?

C’est moi qui écris tout oui, mais sur l’album, il y a d’autres producteurs (trois ou quatre) et moi-même.

  • As-tu d’autres projets, de concert notamment prochainement ?

Absolument pas ! Je suis pour le moment en plein démarche, l’album vient de sortir, je n’ai pas de rendez-vous pour le moment mais, restez connectés sur les réseaux sociaux parce que ça va arriver, très vite !

  • Qu’est-ce qu’on pourrait te souhaiter de mieux pour l’avenir ?

De rester moi-même, de rester authentique !

  • Et pour finir, un mot pour les jeunes qui veulent percer dans la musique ? un conseil ?

Il faut être fort. Parce qu’il faut se débarrasser de tout ce qui est inutile : si tu veux vraiment faire de la musique « tu ne peux pas jouer à la « Play » », enfin c’est mon fonctionnement… Mais il faut être fort et croire en ton truc parce que les autres ne vont pas forcément te comprendre, et surtout ne jamais chercher à plaire aux autres ou à un public. À partir du moment où tu fais quelque chose qui raisonne avec toi, ça va forcément raisonner avec les autres, sinon ça sera éphémère, et il n’y aura pas de meilleure connexion. Tandis que si tu fais quelque chose avec le cœur, même si c’est 2 personnes qui l’ont reçu et pas 10 000, ces deux personnes ne t’oublieront pas. 

Vous l’avez donc compris, Yudimah est un passionné, un compositeur, un interprète, qui veut avant tout partager, que ce soit à travers ses textes, ses causes et une manière de concevoir la musique qui lui tient à cœur. Un peu de fraîcheur, d’ « Energy » sur une scène hip-hop bordelaise qui ne réussit pas toujours à se démarquer.

Pour mieux comprendre ce que cherche à exprimer Yudimah, quoi de mieux que d’aller écouter, apprécier et partager son dernier album, disponible sur toutes les plateformes de téléchargement.

Pour ressentir plus encore l’univers de Yudimah, une interview filmée sera prochainement disponible sur la chaîne YouTube d’Ap. D. Connaissances.

Pour écouter son dernier album :

https://fanlink.to/ene (lien spotify, deezer, youtube, amazon, applemusic, soundcloud)

Sa page Facebook :

https://www.facebook.com/yudimahBK/

(N’hésitez pas à lui donner vos retours, il sera très réactif)

Mahina VIGNON et Rémi MOQUILLON

Interview de Danakil : « Essayez de faire mieux que vos aînés »

Introduction :

Je me souviens encore de mon premier festival, je devais avoir 16 ans et j’y allais exprès pour voir Danakil se produire sur scène. J’étais comme un fou. Les premiers jours loin des parents, des jours qui riment avec liberté, simplicité et amitié. J’y étais allé avec un ami de longue date, nos yeux brillaient d’excitation tandis que notre train nous emmenait sur le lieu de notre périple. Après ce festival, s’ensuivirent des dizaines de concerts de Danakil dans les petites salles de mon département comme au milieu des plus grandes foules semblables à « Nuit debout ». Et cette histoire, ce début d’histoire, c’est un peu le mythe qui fait notre génération, car Danakil, ce nom si poétique et doux, résonne comme un hymne à la vie pour une partie de ma génération. Leurs chansons nous ont bercées, sous leur rythmique nous nous sommes déhanchés et à chaque nouvel album, nous prenions de l’âge et de la maturité avec eux. Mais Danakil, c’est aussi le symbole de l’échange entre les générations, ce n’est pas seulement le désert qui isole les individus, c’est aussi l’oasis qui permet de créer un lien musical. Ça, je l’ai compris le jour où j’ai reçu un texto de mes parents me disant qu’ils avaient rencontré Danakil à Berlin et qu’ils avaient été invités le soir même pour assister à leur concert le soir de la fête de la musique. Aujourd’hui j’ai 24 ans, et avoir pu faire l’interview de Balik, le chanteur emblématique de Danakil, me replonge dans une douce mélodie nostalgique, et en le voyant arrivé au loin, je me suis dit « ça fait drôle d’être ici 8 ans plus tard et de voir le chemin parcouru ».

Question 1 :

Bonjour Balik, encore merci d’avoir accepté notre interview ! Notre première question porte sur le festival des Campulsations, pourquoi être venu ici ? C’était un signe important pour vous ?

Balik :

C’est une première pour nous aux Campulsations et c’est tout naturellement que nous avons accepté de venir puis, je ne vois pas pourquoi on refuserait un concert (rires). Tu sais, c’est un univers étudiant, c’est gratuit et ça se passe à Bordeaux en plus donc tout est réuni pour qu’on vienne jouer ici. Bordeaux, c’est un peu le centre de notre activité et de notre label. Les 3/4 du groupe sont installés ici et c’est donc une superbe opportunité de faire un événement avec beaucoup de monde et gratuitement surtout car plus grand chose n’est gratuit de nos jours. Puis, ça donne la possibilité de faire quelque chose de plus mélangé et pas seulement pour ceux qui peuvent mettre 20 euros dans une place, donc pour toutes les raisons du monde, on a accepté d’être ici ce soir et c’est un grand plaisir d’être là.

Question 2 :

Vous avez fait la France, le Canada, l’Afrique, un peu l’Allemagne… Vous avez d’autres pays en perspective ?

Balik :

En fait, ce n’est pas tellement comme ça qu’on résonne. Nous, le cœur de notre activité, c’est la Francophonie : la France, la Belgique, la Suisse, le Canada, le Sénégal, la Gambie, Djibouti… On a joué aussi aux Etats-Unis, donc pas forcément un pays francophone mais c’est vrai que lorsqu’on sort un album, on reste ouvert à toutes les propositions de tournées. Par exemple, on a joué en Pologne, en République Tchèque ou dans des pays où tu as des communautés françaises. Puis la musique, c’est une forme de langue universelle donc on ne se ferme aucune porte. Chaque expérience et voyage nous enrichissent. En fait, tu grandis toujours devant l’étendue des possibles.

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Question 3 :

Pouvez-vous nous parler de votre dernier album ?

Balik :

Alors, il date de deux ans maintenant, on a passé deux ans de tournées dessus, c’était super ! On voit le public évoluer au fur et à mesure du temps et de l’évolution de l’album. C’est un album qui nous ressemble et qui ressemble à la période durant laquelle on l’a sorti. On en est vraiment contents.

Question 4 :

On retrouve beaucoup d’influence dub dans votre évolution, tu penses que c’est l’avenir du reggae de se rapprocher de la dub ?

Balik :

Je ne sais pas. Pour moi, la musique est toujours en évolution et en mutation. Ce sont des périodes, des cycles en fait. Il y a toujours des crossovers entre les différentes influences, cultures, à l’image de la société des hommes. En fait, la musique, c’est pareil. Elle évolue avec les modes les générations qui apportent chacun leurs intérêts et leur vision. De toute façon, l’avenir de la musique c’est de se nourrir de la musique et de proposer différentes choses avec le temps et peut-être que dans les générations futures, ça se mélangera avec d’autres courants et d’autres techniques d’ingénieur son.

Question 5 :

Quand vous parlez de votre identité, peux-tu nous en dire plus ?

Balik :

Je ne sais pas si j’ai une réponse claire. Je ne me pose pas la question de qui je veux être tous les jours. C’est un peu comme la société des hommes ; mon identité évolue par le biais de l’expérience, de la vie qui me fait changer. A 20 ans, tu as tes repères des 20 premières années et puis entre 20 et 30, tu reconstruis des sentiments. Tu as des réactions sur ces dix années-là qui viennent se mélanger au reste et faire de toi la personne que tu es à 30 ans donc l’identité, c’est se nourrir de la vie, des expériences, des voyages, des amours, des échecs comme des succès. Ensuite l’identité du groupe, c’est ce collectif-là, Danakil, qui est là depuis 20 ans. Nous, ce qui est sûr, c’est que la base de notre groupe, son identité, et bien c’est le collectif : être là mutuellement les uns pour les autres. On est sur scène tout le temps et parfois, on ne va pas tous très bien au même moment et c’est ça l’intérêt d’une famille. Finalement, on se rattrape tous, on s’équilibre et 20 ans après, on a toujours ce plaisir d’être sur scène ensemble. Donc pour moi, c’est comme ça que je vois les choses mais je ne me pose pas pour autant la question tous les jours mais voilà, l’expérience, de toute façon, cristallise les personnes qu’on sera demain.

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Question 6 :

Quel est votre regard aujourd’hui sur votre parcours ?

Balik :

On a de la chance déjà de pouvoir être là, d’être intermittents du spectacle mine de rien. C’est une vraie chance en France car ça permet après deux ans de tournée, de prendre le temps sur le prochain album et de ne pas aller trop vite, de ne pas faire de la musique au rabais comme on dit. C’est vrai qu’en France, culturellement, on reste privilégié même si le budget public a tendance à rogner un peu sur les subventions culturelles, à fermer des salles. On le regrette beaucoup ça et on le dit. Mais ça reste un pays où on peut s’exprimer et faire des choses. Regarde-nous ; on a commencé dans des bars, des petites salles. Comme beaucoup de personnes, on a commencé simplement et sans vraiment d’ambition démesurée. En fait, on voulait juste kiffer notre passion et se retrouver. Et tout cela, ça donne de l’expérience et des étapes et rien n’est venu trop vite et c’est ça qui est important dans notre avancée ; ça a permis de garder nos repères. C’est le plus décisif je pense ; ça a été long car il n’y a pas eu de relais médiatique mais ça nous a permis d’avoir cet équilibre et cette construction où tu galères. C’est important de galérer je pense, ça te construit. Ce n’est pas forcément une bonne chose d’avoir tout, tout de suite, avoir accès à tout sans effort et sans échec. Pour l’équilibre d’un groupe comme d’une personne, ce n’est pas bénéfique.

Question 7 :

Danakil, c’est le nom d’un désert en Ethiopie, vous pouvez nous en dire plus ?

Balik :

Lorsqu’on a dû chercher un nom pour le groupe, on a trouvé ce nom dans l’encyclopédie et on s’est dit qu’on le changerait peut-être et aujourd’hui, et bien c’est nous, c’est notre identité. L’Ethiopie tu sais, c’est un symbole fort dans la culture reggae, c’est la terre sacrée, donc tout ça nous semblait cohérent à l’époque et toujours aujourd’hui. Et d’ailleurs, en 2011-2012, on a joué aux portes du désert de Danakil. C’était une expérience très spéciale et vraiment enrichissante autant pour les habitants que pour nous.

Question 8 :

C’était important pour vous d’être à Nuit debout ? Et qu’avez-vous pensé en voyant un début d’unité ?

Balik :

Oui, bien sûr, comme pour tous les gens qui étaient là-bas et comme je dis dans la chanson, il faut se focaliser sur cette unité, et sur le pourquoi il y a eu autant de monde dehors pendant autant de temps. Il y a eu un ras-le-bol collectif, un moment de trop plein et c’est ça qu’il fallait analyser, c’est ce début de printemps qui était important de creuser. Cette chanson qu’on a faite, c’était ce qu’on avait compris du mouvement et on avait la volonté de faire une petite photographie de ce moment unique dans le temps. Puis, Nuit debout, c’est un peu notre mouvement aussi, je veux dire par là que notre musique milite dans ce sens depuis le début donc pour nous, c’était logique d’y être, c’était important de prendre part à cette manifestation populaire.

Question 9 :

Justement, qu’avez-vous pensé des élections présidentielles françaises qui ont suivi ?

Balik :

Comme beaucoup de personnes, je me suis vachement détaché en fait, j’ai eu beaucoup de désillusions sur la politique comme le dit la chanson du « 32 mars ». On a un sentiment de lassitude, d’impuissance et surtout, j’ai l’impression que le monde politique est trop éloigné du nôtre pour qu’on puisse réellement si rattacher. Alors oui, le paysage politique a explosé et les gros partis politiques se sont effondrés mais à quoi bon ? Je ne sais pas si c’est un bien ou un mal mais finalement, rien n’a réellement changé si ce n’est le nom sur les étiquettes. Ce sont les mêmes têtes et les mêmes personnes qui étaient au gouvernement avant ou qui étaient conseillers de l’ombre. Les cartes sont un peu rabattues mais on a remis les mêmes en fait, les mêmes idées, donc j’ai du mal à me raccrocher à la politique aujourd’hui et je mets plus ma confiance dans le milieu associatif, comme la fondation Abbé Pierre et les Restos du Cœur. Alors ce n’est pas de la grande politique mais lorsque je suis ces mouvements, j’ai l’impression de voir de vraies choses, des choses concrètes. Par exemple, quand je vois le cas de l’Aquarius et cette grande hypocrisie où tout le monde se renvoient la balle et où on nous explique droit dans les yeux que la loi ne peut accueillir des bateaux illégaux… Honnêtement, j’ai du mal à entendre ça et la politique n’a plus grand intérêt à mes yeux. C’est triste, ne serait-ce que pendant la dernière campagne, j’étais persuadé qu’il fallait voter et je commence à douter même de ça maintenant car ça devient tellement pitoyable que je ne sais même plus à qui donner une voix. Je préfère donc prendre du recul et m’investir dans le tissu associatif, j’ai l’impression de plus exister, de vraiment aider et d’avoir un impact directement.

Question 10 :

L’urgence écologique pour vous, ça représente quoi ?

Balik :

J’essaie de ne pas être trop pessimiste, mais je me force un peu car ce n’est pas la priorité si on regarde les politiques encore une fois quoi qu’ils en disent. On est dans un système qui va à l’inverse des priorités écologiques ; moi je ne crois pas au capitalisme écologique tel qu’il est présenté par les politiques soi-disant modernes, c’est une aberration. On ne peut pas être dans une logique capitaliste d’enrichissement et de croissance perpétuelle et en même temps aller dans le sens écologique, je crois que fondamentalement ça ne va pas ensemble. Donc moi, je croirai dans la volonté politique et écologique lorsqu’on aura vraiment marqué le pas du capitalisme et trouvé un autre intérêt que la croissance. En soi, la croissance indéfinie, ça n’a pas de sens. Dans un monde fini et déterminé, on ne peut pas croître et exploiter indéfiniment sans conséquences. Pour l’instant, le discours écologique politique, ce n’est que de la façade car on est toujours dans le même schéma de consommation, de marchandisations, de production qui détruit les ressources de la terre. Si ce n’est pas maintenant qu’on agit, on ne le fera jamais, on vit à crédit, on le sait et personne ne réagit, donc on essaye à notre échelle de vivre simplement et d’en parler dans nos chansons. Et puis, tous ces lanceurs d’alerte qui se retrouvent en prison pour avoir dénoncé cela ou autre chose, ça montre que la société est malade. Donc pour moi, au point de vue politique, il n’y a aucune volonté d’aller de l’avant et de changer.

Question 11 :

Un dernier mot pour la jeunesse et les générations futures ?

Balik :

Faites de votre mieux, essayez de faire mieux que vos aînés. Il y a des choses bien chez vos aînés et des choses moins bien. J’espère que les prochains sauront faire la part des choses et justement les classes politiques qui seront à la tête de tous les pays du monde dans 20-30 ans, et bien aujourd’hui, c’est vous et les générations suivantes qui ont aujourd’hui 10-15 ans, donc c’est aujourd’hui qu’ils se sensibilisent pour le jour où ils arriveront à avoir des responsabilités. Donc oui, faites de votre mieux pour avancer et faire avancer votre société dans le bon sens.

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TEYCHON Baptiste

Brav, le rappeur caravagiste des sans-voix.

Souvent maltraité ou qualifié de « sous-culture » par une élite intellectuelle garante de la bonne conscience. Taxé de fausse colère, de colère aveugle ou de culture identitaire. Malmené, ridiculisé et caricaturé dans la société au point d’être méprisé par toute une partie de la population. Le rap se voit doté d’une multitude de mots qui mettent à mal les maux terribles qui regorgent au fond de cet art. Oui, je choisis le mot « art » pour parler du rap et, comme dans toute forme d’art, il existe plusieurs mouvements artistiques, certains nous touchant plus que d’autres. Le rap est multiple, divers, cosmopolite et universel. Il est la représentation en soi de notre société et comme elle, il souffre du manque de connaissance et de recul. Il existe une multitude de rap et de rappeurs, donc les définir serait vain et surtout ridicule et trompeur. Il ne faut pas opposer les différentes familles du rap, tant cet univers artistique est multiple, comptant de nombreuses némésis. Le rap est à la fois multiple et il est un.

J’aime souvent penser, dans mes instants de manichéisme, que le rap peut cependant se définir politiquement de deux façons. D’un côté, il y a un rap qui se rapproche, par certains aspects et par une certaine philosophie, au capitalisme, reprenant les codes de celui-ci. De l’autre versant, il y a un rap qui se veut plus contestataire et transgressif. Un rap qui se veut le relais du « Protest song ». Cependant, comme toute vision du manichéisme, cela est purement subjectif et n’implique qu’une partie de ma vision sur cet art. Et parfois, dans le rap français on trouve des artistes qui me font revenir à mon état nietzschéen, des artistes qui transcendent le fond et la forme pour nous emmener dans leur propre univers poétique, où les mots sont comme des pinceaux s’agitant devant nous pour nous illustrer la beauté des mots dans la noirceur la plus totale.

De nos jours le rap entre enfin dans une autre dimension, étant donné que plusieurs générations ont grandi avec, le faisant alors entrer dans la sphère culturelle de la société, tant dans ses points positifs que dans ses travers. En atteste les très récentes Victoires de la Musique, qui ont consacré le rap par le biais d’Orelsan le faisant ainsi pleinement entrer dans la culture française.

Outre cela, il existe des rappeurs français, ou plutôt des artistes de la contre-culture française, qui vont au-delà du simple rap mais qui font de la littérature, qui enrichissent notre patrimoine littéraire. De tout temps l’écriture a été le vecteur universel des contestations et des avancées intellectuelles, et bien souvent la musique était l’un des dénominateurs communs. J’ai évoqué un peu plus haut le « Protest song » qui, à travers les décennies, a permis de faire bouger les lignes. Quand je pense au Protest song, je pense à Johnny Cleg mais également à ces quelques mots du rappeur Medine.

« J’suis né au siècle de la mort du texte

Quelque part entre les sixties et l’an 2013

Mon premier concert, c’était Johnny Clegg

Dans les bras d’mon père, j’voyais la mort de l’Apartheid »

La musique, c’est tout simplement passer un message par le biais d’une autre forme d’art. La musique est ce que la littérature était au XIXème et XXème siècle, c’est-à-dire la forme d’art ayant le plus d’influence et de répercussion.

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Pour ma part, le rap tient une place particulièrement importante. Il a été l’un des vecteurs de mon initiation, de mon parcours initiatique comme dirait Herman Hess. Le rap m’a emmené vers l’écriture, vers la littérature, la poésie et tant de choses. De ma rencontre tardive avec le rap je retiens un nom, un artiste, celui de Disiz et de son album Extra-lucide. Depuis, tant d’artiste ont nourri ma culture rap et littéraire. Je pense à Lucio Bukowski, Dooz Kawa, Medine, Scylla et tant d’autres. Mais un rappeur incarne pour moi cette fusion entre la littérature, la contestation, la poésie, le rap et l’esprit nietzschéen de la pensée. Il vient de sortir, le 26 février 2018 dernier, son troisième album solo qui se nomme « Nous sommes ».

Mais assez parlé. Je vous propose donc, dans cet article, de découvrir l’artiste BRAV et de rentrer dans son univers à la fois poétique, mélancolique, engagé et amoureux.

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Brav en quelques mots :

Brav est né dans la ville portuaire du Havre le 5 août 1982, et a grandi dans un milieu prolétaire. Ses premiers pas dans le monde du rap se font durant l’année 1996, où il apparait dans le collectif « La Boussole ». Plus tard, dans les années 2000 et rejoint par son ami Tiers Monde, ils créent le groupe « Bouchées Doubles » et en 2003 ils sortent un très bon premier EP « Quand ruines et rimes s’rallient ». Dès cette époque on retrouve la plume et la vision de Brav. L’apogée du groupe se fait quelques années plus tard, en 2006, avec le deuxième album « Apartheid ». Pourtant, le groupe se sépare par la suite pour favoriser les carrières solos des deux artistes. La suite de la carrière de Brav se fait plutôt dans l’ombre, dans la collaboration plutôt que sur le devant de la scène. Il prend part au projet de Medine, de Tiers Monde et écrit également l’un des plus beaux morceaux de rap pour Kery James.

https://www.youtube.com/watch?v=L-OR7UGkCb0

Cependant, une envie le tourmente. Dans l’ombre de ses amis, il écrit jour et nuit des textes mais n’arrive pas à trouver la force pour revenir sur le devant de la scène, comme hanté par une trop grande catharsis. En 2013 il décide de tout plaquer pour partir au Proche Orient. De son voyage il en sortira un très beau livre photo intitulé « La lune sans les étoiles » dont l’argent des ventes est reversé à une association Palestinienne nommée « Nawa for Culture and Arts Association ».

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Ce voyage a un effet quasi mystique pour Brav, et à la façon d’Hermann Hesse dans « Siddhartha », Brav en ressort grandi, apaisé, mystifié. Le résultat est là, car quelques semaines plus tard il annonce sur les réseaux sociaux qu’un album solo est en cours de production. Commence alors tardivement la carrière solo du rappeur. Carrière solo prolifique, singulière et puissante. Et surtout une carrière « ensemble », avec son public comme en atteste son dernier album « Nous sommes ».

https://www.youtube.com/watch?v=2fbZOumYRsk

Miser sur la communication directe, l’écriture brutale et les ecchymoses.

Brav est un artiste aux multiples facettes qui font de lui un artiste puissant et atypique. Avec sa poésie noire semblable à des poésies d’Antonin Artaud, sa plume aiguisée à la John Fante allié au bruit et à la fureur d’un William Faulkner inspirent années après années ses albums solo, de « Sous-France », « Error 404 », et maintenant « Nous Sommes ». Une écriture qui se veut directe, provoquante parfois, satyrique, mais toujours avec le souci de la forme poétique.

Brav a toujours opté pour une communication directe avec son public, presque transparente. Une communication qui, comme ses textes, transpirent la sincérité, la force, la mélancolie, le satyre, le désespoir et l’espoir.

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Brav me fait penser à deux hommes littéraires. Le premier est un écrivain du début du XXème siècle. Il s’agit de John Fante. Comme lui, il décrit avec une magnifique et pudique tristesse le monde qui l’entoure, sans artifices, sans détours, toujours avec une justesse froide et poignante. Mais Brav me fait également penser à un poète russe du nom d’Arséni Tarkovski, le père du célèbre cinéaste Andreï Tarkovski. J’ai récemment lu son recueil de poème « L’avenir seul », et c’était troublant. Troublant de voir comment ce poète russe et Brav semblaient être connecté alors que des décennies et décennies les séparent. Les poèmes sont dans un premier temps surprenant, de par leur forme, nous poussant alors à entrer dans l’écriture de l’auteur. Et de là émerge une tendresse mélancolique, qui est à la fois magnifique et effrayante, nous procurant ainsi une multitude de sensation. Comme un cri qui serait écrit et fait pour durer. Et bien Brav, c’est un peu tout ça à la fois. Brav c’est l’audace de l’écriture, l’imagination de la poésie qui s’échappe de ses textes et de ses images. C’est également la simple « bravoure » racontée à l’échelle d’un homme parlant à l’universalité des Hommes. Parlant à son pays, à son époque, à ces visages sans voix et à ces yeux sans rêves.

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Brav, à la manière des grands écrivains américains de gauche (Jack London, Steinbeck, John Fante…) dépeint les différentes némésis de la société, les différents paroxysmes, les différentes incohérences, toujours avec ce soupçon de mélancolie douce. Toujours avec cette profonde noirceur qui fait émerger la beauté et la lumière des mots. Toujours à la façon d’un peintre caravagiste.

« Nos regards fixés sur nos écrans

Sans pour autant voir la fin venir

On cherche de l’eau dans l’océan

Pendant que coule notre navire

Se sentir seul dans cet ensemble

Au formatage des souvenirs

Il suffirait simplement… »

https://www.youtube.com/watch?v=OKbNVl9Sby4

 

Pour ma part, il est l’un des rappeurs les plus prolifiques et les plus intéressants en ce moment. Il est sans doute l’une des plumes les plus affutées de sa génération, et l’un des esprits du rap les plus poétiquement engagés. Il peint, à la manière des symbolistes et des expressionnistes, le tableau d’une société en perte de sens, où tout se retrouve exacerbé et polarisé. Il décrit ce sentiment qu’éprouve les gens d’être si seul dans un monde si grand, si peuplé, si connecté mais si vide.

« Est-ce logique que même entouré j’ai l’sentiment d’être solo

Il faudrait probablement faire quelques efforts d’intégration

On sait jamais, j’pourrais trouver l’amour au cœur d’ce viol en réunion »

Il n’hésite pas à cracher sa haine, sa catharsis, comme le ferait Boris Vian, à l’aide de sa plume, de sa voix, et de son interprétation.

« Être solitaire c’est parfois salutaire

Peut-être bien que c’est finalement nos cœurs de pierre

Qui allumeront l’espoir »

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Depuis sa ville du Havre qu’il regarde vivre au travers d’une multitude de regards, il pose un constat froid, brutal mais sincère sur la société actuelle. Sur les fractures entre les différentes couches sociales de sa ville, mais qui rapportent toujours à la cassure entre les grandes villes et les campagnes, aux cassures entres les classes sociales et au sein de ces mêmes classes sociales. Malgré ce regard froid et révolté, Brav souhaite ouvrir modestement les consciences. « C’est pas qu’on ne s’entend pas, c’est qu’on ne se connait pas. »

A travers sa noirceur, sa volonté de guérir les blessures des sans-voix se retrouve, pour finir, dans sa représentation scénique. En effet, pour promouvoir ses albums, il a fait plus d’une centaine de concerts en appartements, directement chez les gens. Sans filtres, sans artifices, juste avec ses mots, sa voix et ses blessures. Car oui, Brav rap pour les autres, mais il rap également son amour pour ses propres blessures.

« Je me taillade moi-même. Ça fait peur aux gens, le mec qui vient à poil devant toi. Tu vas faire quoi ? Personne ne pourra me faire du mal que je me suis déjà fait. J’aime ce côté oiseau blessé. »

Brav est un de ces artistes complet, humain, sans filtres, qui donnent à leur passion tout l’amour dont un artiste a besoin pour avoir la force de paraître nu devant son public. Pour pouvoir assumer et aimer cette nudité. Brav donne de la bravoure aux mots et un sens aux cicatrices. Sous sa plume, la colère, la tristesse, la rage se transforment en espoir et la sensibilité en courage.

https://www.youtube.com/watch?v=isXmb0fCjgQ

TEYCHON Baptiste

U2 : un groupe, une légende.

Selon le classement basé sur les ventes des billets de concerts, U2 arrive en 1ère place des 20 plus grosses tournées mondiales. Le groupe a effectivement récolté 316 millions de dollars grâce aux 50 dates de « Joshua Tree », tournée organisée pour célébrer les 30 ans de son existence. De plus, le 1er décembre 2017, U2 sortait son 14ème album intitulé Songs of Experience. Grâce à cet album, le groupe atteint pour la 8ème fois la 1ère place du Billboard 200, classement hebdomadaire des meilleures ventes d’albums aux États-Unis (classement établi par le Billboard magazine). U2, c’est aussi 200 millions d’albums vendus, 22 Grammy Awards remportés et des tournées au succès inégalable.

Créé en 1976 à Dublin, le groupe est composé de Bono au chant, The Edge à la guitare, au piano et au chant, Adam Clayton à la basse et Larry Mullen Jr. à la batterie. On compte parmi ses chansons les plus marquantes « Sunday Bloody Sunday », « With or Without You », « Beautiful Day » ou encore « I Still Haven’t Found What I’m Looking For ».

Comment ce groupe d’origine irlandaise est-il parvenu à s’imposer sur la scène musicale internationale et à revendiquer une popularité, une longévité mais aussi un combat humanitaire qui en font un des groupes les plus mythiques des XXème et XXIème siècles ?

Des répétitions dans une cuisine à une répercussion mondiale

Tout commence avec Larry Mullen Junior, jeune adolescent passionné par la batterie. Encouragé par ses parents et professeurs, il décide de former un groupe avec des jeunes de son âge également amateurs de musique. Rejoint par Dick et Dave Evans à la guitare, Adam Clayton à la basse et Paul Hewson au chant, il parvient à former le groupe « Feedback », 1er ersatz de ce que sera U2 plus tard. En 1977, ils gagnent le concours de jeunes talents de leur lycée et changent le nom du groupe en « The Hype » afin de se donner une image plus positive. Le groupe remporte par la suite le concours de jeunes talents organisé par CBS Records en 1978, ce qui leur permet d’obtenir une séance d’enregistrement gratuite dans des studios de Dublin.

C’est à la suite du départ soudain de Dick Evans que le groupe prendra son nom final, U2 (code d’un avion espion américain abattu par l’armée russe pendant la guerre froide), composé désormais de Paul Hewson qui se fait appeler Bono, Adam Clayton, Larry Mullen Junior et Dave Evans, surnommé « The Edge » par Bono. Ils gagnent progressivement en popularité en faisant la tournée des bars de Dublin et Adam, bassiste et manager du groupe, parvient à récolter de nombreux contacts de personnalités renommées du monde de la musique. Cela leur permet d’obtenir leur 1er article de presse dans le magazine irlandais Hot Press dirigé par Bill Graham, qui aidera U2 à trouver leur 1er vrai manager, Paul McGuiness, en 1978. C’est ainsi que débute une série de petits concerts ainsi que l’enregistrement des premières compositions du groupe et en 1979 sort « Three », leur 1er single limité à 1000 exemplaires qui se vendront très rapidement. Néanmoins, les maisons de disques restent relativement sceptiques et les séries de concerts qui suivront à Londres connaîtront un échec désopilant. Leur popularité reste effectivement confinée en Irlande, et surtout à Dublin.

Avec la sortie de leur 2ème single, « Another Day », le manager décide d’organiser une mini-tournée dans toute l’Irlande. Suite au concert de clôture de Dublin au National Boxing Stadium qui a fait salle comble (malgré un certain leurre car le groupe a fait appel à leurs familles et amis afin de combler la moitié des places non vendues), le groupe signe enfin son 1er contrat en maison de disque avec Island Records. Ainsi débute de nombreuses sessions d’enregistrement qui aboutiront à la sortie de leur 1er album, « Boy », en 1980 (élu meilleur album de l’année en 1981) et U2 commencera même une série de petites tournées aux États-Unis, puis en Europe. Cela marque donc le début d’une reconnaissance mondiale pour ce groupe pop/rock, avec la sortie de trois autres albums en 1981, 1983 et 1984, chacun ayant un succès retentissant (ainsi que leur singles) et U2 est élu « groupe des années 80 » par le magazine Rolling Stones en 1985. Cette année marque également un évènement marquant dans leur carrière, à savoir leur participation au Live Aid (concert caritatif organisé pour lutter contre la famine en Ethiopie), où le groupe sera particulièrement remarqué et apprécié au point de tripler les ventes de leur album.

S’ensuit une série de succès qui ne feront qu’accroître leur popularité : leur victoire au concours du meilleur live en 1986 (organisé par le magazine Rolling Stones) et surtout la sortie de leur 5ème album, « The Joshua Tree » en 1987, qui deviendra rapidement l’album le plus vendu au monde et portera le nom de leur tournée couronnée de succès. Un documentaire de cette tournée sera même réalisé et sortira en 1988, en même temps que leur album « Rattle and Hum ». Néanmoins, à la fin de la tournée LoveTown en 1989, le chanteur Bono annonce le retrait médiatique et musical du groupe, sans en préciser davantage.

Ils reviendront pourtant rapidement avec la sortie de l’album « Achtung baby » en 1991. Le retour en force des 4 artistes est marqué par leur volonté de rompre avec ce qu’ils ont pu faire dans le passé, en essayant un genre nouveau, en décalage et engagé, ce qui ne déplaira pas à leurs fans. En 1993, c’est leur album « Zooropa » (très électro) qui marquera encore une fois la notoriété du groupe car il sera élu meilleur groupe de rock au monde, toujours par le magazine Rolling Stones. Bien évidemment chacun de leurs albums est accompagné de tournées battant le record des ventes et qui ne font qu’entériner U2 dans leur reconnaissance mondiale. La décennie 1990 fut donc marquée par la sortie de plusieurs albums et de nombreux singles, en collaboration avec d’autres artistes, et elle sera également révélatrice de l’engagement humanitaire du groupe.

Depuis, et jusqu’à aujourd’hui, U2 ne cesse de sortir de nouveaux albums et d’enchaîner les tournées. Ainsi, les années 2000 et 2010 sont aussi synonymes de succès pour le groupe, dans la continuité de ce qu’ils parviennent à accomplir depuis qu’ils ont acquis une véritable reconnaissance mondiale. Ainsi, même si ce groupe existe depuis près de 40 ans, il parvient à conserver une renommée internationale et un succès qui se fait ressentir à chaque sortie de leurs albums ainsi qu’à la vente éclair de leurs nombreuses places de concerts.

 

Au-delà du groupe : la force de l’engagement humanitaire porté par Bono

À travers plusieurs de ses musiques, U2 dénonce et porte un message engagé. Par exemple, la chanson « Sunday bloody Sunday » dénonce les bouleversements et les conflits politiques en Irlande dans les années 1980 et « Pride » a été écrite en l’honneur de Martin Luther King. De plus, leur participation au Live-Aid témoigne également de leur engagement envers la famine éthiopienne, tout comme leur participation à des concerts contre le Sida en Afrique du Sud au début des années 2000 (aux côtés de Nelson Mandela), ce qui les honorera d’un prix de la part d’Amnesty International.

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Au-delà du groupe, le chanteur Bono fait également preuve d’un fort activisme humanitaire, ne pouvant seulement se contenter de concerts caritatifs ou d’albums dénonciateurs. Ainsi, en puisant sa force dans sa foi chrétienne, c’est tout naturellement qu’en 1999 il prend une place active dans la campagne visant à annuler les dettes des pays du tiers-monde et qu’il créé une association nommée « DATA » (Debt, Aids, Traid in Africa) afin d’informer les individus sur les dettes des pays africains, l’épidémie du sida et les règles du commerce inéquitable. Il porte aussi la cause du sida très à cœur, ce qui le pousse à participer au lancement de RED, une marque labellisée dont les bénéfices sont directement versés au Fonds Mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme.
N’estimant jamais aller suffisamment loin, Bono ira même jusque dénoncer les causes qui le touchent auprès de fortes personnalités telles que Georges W.Bush (ancien président des Etats-Unis), Paul Martin (ex 1er ministre canadien) ou encore Nicolas Sarkozy (ancien président français).  C’est ainsi qu’en 2008, le comité du Prix Nobel lui décerne le prix d’Homme de paix de l’année, et il participera même au sommet mondial du G8 en 2013, toujours dans le but de promouvoir son combat humanitaire.

Néanmoins, le chanteur et le groupe ont été de nombreuses fois critiqués sur leurs démarches, ce qu’ils ont souvent balayé d’un revers de mains. Leur dernier coup dur remonte à l’affaire des « Paradise Papers », car Bono se voit accusé d’être actionnaire d’une entreprise maltaise qui aurait investi dans un centre commercial lituanien. Se disant « écœuré » d’une telle accusation, le chanteur félicite néanmoins la démarche de dénonciation de ces journalistes.

Ainsi, ce groupe est riche d’une histoire pleine de bouleversements, à la fois positifs et négatifs. Le succès continu de leurs albums et tournées témoigne de la place prégnante qu’ils parviennent à conserver parmi les meilleurs groupes de musique du monde. Bien que derrière chaque succès et personnalité médiatique se cache sûrement une histoire sombre, la force de l’engagement humanitaire de Bono et la reconnaissance internationale de leurs musiques font qu’ils réussissent toujours, après 40 ans d’existence, à conserver une place légendaire dans le monde de la musique.

Gilot Claudie