Le Maroc, modèle d’une gestion exemplaire de la crise sanitaire ?

Le 5 mai, à 10h, le ministère marocain de la santé a annoncé 100 nouveaux cas de contaminations Covid-19, portant le nombre total de malades confirmés à 5153… Le royaume pleure ses 180 morts tandis que notre France déplore, de son côté, plus de 131 000 cas confirmés et 25 200 décès recensés à cette même date.AP. D Connaissances vous propose aujourd’hui de découvrir le modèle de gestion de cette épidémie par le Maroc.

Si le Maroc a déclaré l’état d’urgence sanitaire et le confinement obligatoire le vendredi 20 mars à 18 heures (soit 5 jours après la France), afin de contenir la propagation du Covid-19, le pays semble se démarquer des autres territoires touchés par le Coronavirus.  Car le Royaume ne s’est visiblement jamais laissé dépasser par la crise sanitaire.  Et il impressionne, à l’international, mais aussi ses propres citoyens.  Le pays aurait eu le temps de se préparer, d’observer ses voisins malades, tels que la France ou avant elle, l’Italie. 

Rappelons que le Maroc n’étant pas membre de l’Union Européenne, fermer ses frontières et contrôler des vols en provenance, ou à destination de ces territoires durement touchés, lui est possible voire facile (moins de 10 aéroports internationaux et un seul port d’entrée pour les passagers). A ce sujet, le site marocain d’informations Yabiladi (qui tire ses sources du ministère marocain des Affaires étrangères) nous apprend qu’au 3 mai, on recensait 387 Marocains morts à l’étranger des suites de la maladie à Coronavirus, contre 174 décès enregistrés sur le territoire national… Adaptation, stratégies, et organisation : quels facteurs ont permis cette incroyable résistance du Royaume chérifien ? 

D’un point de vue économique, le pays a mis en place un fond exceptionnel de 10 milliards de Dirhams (soit presque 1 milliard d’euros) : fond financé par des entreprises privées, des particuliers, mais aussi par le souverain Mohammed VI lui-même. C’est notamment grâce à ce fond que le Royaume a été capable de proposer des masques bon marché à ses citoyens. Le port du masque est obligatoire depuis le 7 avril : et chaque jour, près de 7 millions de masques sont produits dans le pays. Les entreprises ont transformé leurs activités pour subvenir aux besoins nationaux. Vendus à des prix très bas, parfois même inférieurs à 1 dirham, (soit 1 centime d’euro), les masques sont disponibles aussi bien dans les épiceries de quartier, dans les grandes surfaces et les pharmacies. 

Le Maroc a aussi été l’un des premiers à tester les effets sur les cas confirmés, de la chloroquine qui fait débat en France. En avril, le pays a en effet décidé de généraliser la molécule de chloroquine comme traitement du Coronavirus, en l’associant à un antibiotique. En France, le professeur Raoult, célèbre infectiologue, est l’un des rares à prôner l’efficacité du traitement des patients atteints du Covid-19 par les molécules de chloroquine et azithromycine, et ce, dès l’apparition des premiers symptômes du virus.  Peut-être est-ce donc la composition des traitements qui joue sur l’importante différence des statistiques de mortalité entre le territoire marocain et les autres pays touchés (sans oublier les expatriés marocains) ? Bonne initiative, produit miracle ou danger liquide ? Précisons que si la chloroquine semble prouver de son efficacité dans certains cas, l’effet secondaire le plus marquant à son utilisation est la bradycardie (rythme cardiaque très lent). Une de nos sources, travaillant en réanimation dans un hôpital français, précise qu’à Lille par exemple, la chloroquine est utilisée dans certains protocoles, mais est encore soumise à des essais cliniques. Son efficacité n’a pas été prouvée scientifiquement.

Au Maroc toujours, des hangars militaires ont été transformés en hôpitaux de campagne. Les hôpitaux militaires ont eux-mêmes étés réquisitionnés. L’armée s’est préparée  à un éventuel afflux massif de patients. On observe une réelle réorganisation au sein des hôpitaux marocains, mais pas uniquement : Le Dr Chafik El Kettani, anesthésiste-réanimateur, expliquait au micro de LCI qu’une fois les patients guéris cliniquement, ils avaient le choix de rester jusqu’à leur guérison biologique, ou de rejoindre des structures “tampon” .  Celles-ci, principalement des hôtels, ont été mises en place pour faciliter le flux de patients, et veiller au mieux à leur bien-être : en effet, les enceintes tampon sont désinfectées plusieurs fois par jour et les patients reçoivent la visite de médecins garantissant le suivi de leur rémission.

Au-delà du simple apport purement technique et sanitaire que ces structures permettent (le désengorgement des hôpitaux notamment), elles constituent une zone de transit et d’accompagnement pour les malades, avant leur retour chez eux. D’un point de vue social, là encore, le royaume a su brillamment s’adapter : dès le début, confinement strict et couvre-feu ont été imposés par le gouvernement. Et il faut bien avouer que les images de rues (totalement) vides de différentes villes marocaines suscitent une certaine admiration quant au civisme des citoyens marocains. Il faut dire qu’un individu déambulant sans attestation valable n’est pas simplement puni d’une amende, mais risque une mise en garde à vue immédiate.

Le domaine de l’éducation n’a pas été mis de côté dans la gestion de la crise : des cours à distance s’organisent et l’on peut même remarquer une prise en compte des inégalités entre les élèves, puisque certains cours sont même diffusés sur une chaîne publique de télévision.

L’épidémie semble épargner les campagnes, mais la gestion apparemment exemplaire de cette crise sanitaire accentue d’autres inégalités dans les villes marocaines les plus touchées : notamment la situation critique des plus fragiles, réel problème dans les quartiers populaires. Alors, les associations s’activent : des paniers alimentaires sont distribués à domicile. Le gouvernement quant à lui, verse une pension de 1000 dirhams environ (soit une centaine d’euros) aux travailleurs non déclarés.

Selon le Prince Moulay Hicham, politologue, les citoyens peuvent être reconnaissants quant à la gestion de “la crise sanitaire, des mesures de confinement, de la quarantaine, des fonds, et des ressources”. Certes, le Prince n’est peut-être pas totalement objectif, puisqu’il est le cousin germain du Roi, mais on doit reconnaître que le Maroc semble effectivement avoir su faire face aux défis sanitaires, économiques et sociaux liés à la pandémie du Coronavirus,  chiffres à l’appui.

Si le Maroc redoute désormais un été sans touristes, ce pays du Maghreb a su imposer son savoir-être et son savoir-faire, suscitant l’admiration des grandes puissances qui préfèrent danser dans les rues, faire du kayak, boire de la javel* ou attendre l’immunité collective. 

Khalid Ait Taleb, ministre de la Santé, a pourtant appelé les marocains à la vigilance, car il affirme que ‘l’épidémie pourrait redoubler d’intensité’.

Clara Bousquet

*Boire de la javel est fortement déconseillé par la rédaction d’APD Connaissances