TRIBUNE : les droits homosexuels, ou lorsque tenir la main de la personne de son choix est un combat.

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@crédits photo Laurence Rasti pour M le magazine du Monde

En 2018, dans encore 72 pays du monde, l’homosexualité est considérée comme un crime. En tête d’affiche, j’ai nommé la Tchétchénie, qui ne se donne même pas la peine de cacher, ou même de nuancer, son homophobie. Les discours antigay du président tchétchène, Ramzan Kadyrov font froid dans le dos et me rappellent l’idéologie d’un certain nazi notoire : « il faut se débarrasser des gays pour purifier le sang tchéchène ». Le fossé est énorme entre les pays prêts à tuer pour le simple fait d’aimer une personne de même sexe et ceux autorisant le mariage homosexuel. L’ouverture d’esprit et la tolérance semblent malheureusement être des concepts abstraits dans de nombreux pays.

Voici un petit aperçu de la situation des homosexuels dans le monde.

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Afrique, Europe de l’Est, Asie… Ces continents font partie de ceux où admettre un penchant pour une personne de même sexe se transforme en opération suicide. La norme hétérosexuelle oppressante, voire omnipotente, cause de fait la mort ou l’emprisonnement de nombreuses personnes.

En Afrique, 33 pays criminalisent encore l’homosexualité. Le Sénégal, par exemple, considère « ça » comme un crime contre la société, voire une malédiction. Et c’est tout à fait légal. Le code pénal sénégalais, aux termes de l’article 319 du Code pénal adopté le 21 juillet 1965, condamne d’une peine d’emprisonnement – allant de 1 à 5 ans –  et d’une amende – de 150 à 1500 euros – « quiconque aura commis un acte impudique ou contre nature avec un individu de son sexe ». Je m’abstiendrai de commentaires sur le terme « contre nature » car celui-ci constitue une autre tribune à lui seul… Ailleurs, c’est-à-dire dans 20 pays, l’homosexualité n’est pas criminalisée, ce qui ne veut pas dire qu’elle est acceptée par la société. Attention aux châtiments corporels et autres lynchages si vous venez à être repéré comme étant gay, ou plutôt comme étant une « perversion importée de l’Occident »… Cependant, certains états se montrent plus tolérants comme l’Afrique du Sud, qui est d’ailleurs le seul pays africain à reconnaître des droits aux homosexuels : l’adoption en 2002 et le mariage en 2006. Le pays accueille également une marche des fiertés depuis 1990.

 

En Europe de l’Est, l’époque du communisme où homosexuel était égal à malade ou criminel a laissé des traces. Petite parenthèse : je considère la Russie comme faisant partie de l’Europe de l’Est même si certains géographes la définissent à la croisée des chemins entre l’Europe et l’Asie. En Russie donc, même si l’homosexualité est juridiquement légale (elle est dépénalisée en 1993), cela reste dangereux de s’afficher en tant que tel. Les « cancres » des droits homosexuels sont cependant la Pologne ou encore la Tchétchénie. D’un autre côté, la Hongrie, la République Tchèque et l’Estonie autorisent les unions civiles. Mais attention à notre regard occidentalo-centré, l’Europe de l’Est n’est pas un bloc monolithique… Il y a des nuances dans l’intolérance. L’homosexualité n’est pas criminalisée mais garde depuis des années sa position de « sujet tabou ».

De fait, la Pologne voit l’homosexualité comme une maladie contagieuse. Par exemple, en 2007, un curieux débat agite l’opinion polonaise : le dessin animé les Télétubbies est accusé de propagande homosexuelle. Je vous laisse 2 secondes pour apprécier l’absurdité de cette phrase… Ewa Sovinska, membre de la Ligue des familles polonaises – parti politique d’extrême droite – s’est en effet inquiétée du fait que Tinky-Winky (le garçon violet pour les non-initiés) porte un sac à main. Elle y voit la preuve irréfutable d’« un message homosexuel caché ». Cet exemple peut paraître anecdotique ou ridicule mais est représentatif du climat polonais. Et le PIS – Droit et Justice, un parti ultra conservateur – au pouvoir actuellement – continue son chemin sur la route de l’homophobie.

Passons sur la purge antigay de la Tchétchénie orchestrée par les autorités et ayant été portée à notre attention en 2017 – cette chasse aux sorcières étant présente sans aucun doute depuis bien plus longtemps. Concentrons nous plutôt sur les aspects positifs pour terminer ce paragraphe sur l’Europe de l’Est. L’Ukraine s’est récemment montrée bonne élève. Le pays a organisé sa première Gay Pride en 2013. Et en 2017, à l’occasion de la victoire ukrainienne à l’Eurovision et malgré une forte contestation, le pays a repeint un monument aux couleurs de l’arc-en-ciel : ainsi l’Arche de la diversité, anciennement monument de l’Arc-en-ciel, située à Kiev et érigée en  1954 pour célébrer l’amitié entre le peuple ukrainien et le peuple russe, s’est vue transformée en symbole de la fierté homosexuelle mais aussi et surtout en symbole de la diversité au sens large du terme.

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Quant au Proche et Moyen Orient, où seulement 3 pays (Israël, la Jordanie et la Turquie) légalisent l’homosexualité, être gay est réellement une question de vie ou de mort car passible de la peine capitale ou de prison. En Iran par exemple, les hommes peuvent être punis par la peine de mort et les femmes par la flagellation. A l’opposé de ces sociétés conservatrices, souffrant d’une profonde incompréhension entrainant de fait – dans un processus psychologique bien évidement rationnel – de nombreuses violences, il y a Tel Aviv, soit la « métropole gay-friendly » et sa parade LGBT qui rassemble plus de 100 000 participants et est connue dans le monde entier.

Du côté de l’Extrême-Orient, aucun pays ne reconnaît l’union civile ou le mariage mais l’homosexualité est globalement légalisée. En Chine, ce n’est plus pénalisé depuis 1997. Par exemple, les personnes LGBT sont autorisées dans l’armée mais il reste très dur de s’afficher comme tel : la plupart des homosexuels vivent dans l’anonymat et/ou le mensonge d’un mariage hétéronormé pour suivre la tradition et sauver « l’honneur de la famille ». En effet, selon une étude de 2012 du professeur Zhang Beichuan, de l’université de Qingdao, environ 80% des homosexuels chinois se marient avec une femme par crainte des répercussions d’un coming-out.

Heureusement, le tableau n’est pas complètement noir. L’Europe de l’Ouest et certains pays d’Amérique relèvent un peu le niveau avec une nette progression des droits homosexuels ces dernières années.

Au sein de l’Union européenne, l’homosexualité est légale dans tous les Etats membres. 14 pays européens reconnaissent le mariage homosexuel. Les Pays-Bas sont les premiers à comprendre l’importance de ce sujet de société en 2001 et le dernier pays en date est l’Allemagne en 2017. Pour rappel, la France l’a autorisé en 2013. Cependant, si dans les textes, les progrès sont indiscutables, les mentalités sont quant à elles encore quelque peu cloisonnées : souvenez-vous des débats sur le « mariage pour tous » sous Hollande…

Au Canada, le mariage entre deux personnes de même sexe est légalisé en 2005. L’Amérique du nord traîne jusqu’en 2015, année durant laquelle la Cour suprême institutionnalise enfin le mariage homosexuel, désormais autorisé dans tous les Etats. Quant à l’Amérique latine, seulement quatre pays l’autorisent : l’Argentine en 2010, l’Uruguay et le Brésil en 2013 et la Colombie en 2016.

Ce résumé est très – très – synthétique car il est impossible de relater la difficulté d’être homosexuel / homosexuelle dans chaque pays du monde. Le but de cette tribune est d’avoir un aperçu global de l’homophobie et de ses conséquences. L’accès au mariage, point de cristallisation selon moi de l’avancée de la reconnaissance, n’est évidemment pas l’unique droit pour lequel il faut se battre.

Embrasser celui ou celle que l’on aime ne devrait pas être un combat politique.

Ce combat diffère évidemment d’intensité et de difficulté selon les pays, que l’on soit en Russie ou en Allemagne, la bataille ne sera pas la même mais elle reste une constante.

En France, en 2017, le rapport de SOS homophobie fait état de 1650 témoignages. Près de 5% de plus que l’année passée. Est-ce une libéralisation de la parole ou une réelle hausse de l’homophobie ? Dans tous les cas, force est de constater que dévier de la « norme » est à ses risques et périls. Tous les intolérants n’en viennent pas aux mains mais un simple mot peut faire autant de dégâts qu’un poing.  Je vais terminer en citant le président de SOS homophobie, Joël Deumier : « La haine est souvent due à un manque d’informations. On craint ce que l’on ne connaît pas ». Donc stoppons cette homophobie inutile, ouvrons les yeux des enfants et des adultes et arrêtons de devoir nous battre pour quelque chose d’aussi évident que l’acceptation d’autrui.

Chloé Volle