Économie réelle VS économie irréelle : où va-t-on ?

Si la post-vérité est sur le point de triompher, si les faits alternatifs supplantent l’évidence, si les sondages se trompent, et si l’économie semble être de plus en plus abstrait, c’est peut-être, tout simplement, parce que la relation de la société avec le réel a changé. Un des cas les plus démonstratifs est celui de l’économie et de l’argent qui tend à se dématérialiser, supprimant ainsi le rapport direct avec la monnaie qui est pourtant essentiel.
En soi, il s’agit de la simple continuité du combat entre le matérialisme et l’immatériel dont chaque société doit se confronter. De nos jours, cela se retrouve accéléré de manière exponentielle avec le numérique et le progrès technologique. Pour le meilleur ou pour le pire.

« Science sans conscience n’est que ruine de l’Homme » Rabelais.

Et le pire va peut-être arriver plus vite que prévu. Il est même peut être en train d’arriver. L’argent liquide, dans quelques années, ne sera plus. C’est la volonté de certains États et de la finance.  Pour certains, cela va permettre de sécuriser les interactions entre acteurs économique. Pour d’autres, cela signe la fin du rapport entre l’économie et la chose politique, au profit d’un contrôle sans partage de l’économie par les banques.

Une-Eco-et-entreprise
Dossier  » vers la fin de l’argent liquide » publié par le monde le 25 avril 2016

Cette question fait son chemin dans les hautes sphères de la finance. Mais pourquoi une telle mesure? Et surtout pourquoi ce sujet est-il si peut discuté dans le débat public.
Depuis des décennies notre argent n’a eu de cesse de se transformer, de bouger, modifiant ainsi notre économie, et notre rapport à l’argent. Nous sommes passé d’une économie réel à une économie en partie irréelle.

  • L’économie réelle est l’activité économique concrète que produit un acteur économique (citoyen, entreprise etc), produisant et consommant réellement des biens et des services. L’économie réelle peut se visualiser dans la vie de tous les jours. C’est une économie palpable où l’argent circule entre les différents acteurs économiques.
  • L’économie irréelle quant à elle, est une économie qui va plus se baser sur la notion de l’usure. C’est la dématérialisation de l’économie.

Cependant, à l’heure où les monnaies virtuelles semblent avoir la cote, nous pouvons nous dire que cela est plutôt une bonne mesure qui peut permettre plus de sécurité et mettre à bas les différentes complications et exigences que la monnaie engendre. D’ailleurs, nous pouvons constater que la monnaie virtuelle se développe déjà par le biais du Bitcoins, Ripple  et autres monnaies.
Cependant, nous n’avons pas le recul nécessaire pour analyser l’impact futur de ces monnaies qui mettent à mal nos systèmes d’échanges traditionnels. Et comme une évolution en entraîne une autre, pour le meilleur ou pour le pire, les États, et surtout les banques, souhaitent supprimer totalement la monnaie réelle pour entrer dans une économie entièrement basée sur de la monnaie virtuelle qui serait théoriquement émise par les banques centrales. Celles-ci mettent en avant la sécurité que cela permettrait : plus de braquages, plus de vols, l’État pourrait actionner des taux négatifs pour relancer l’économie et cela ferait également beaucoup d’économie de ne plus battre monnaie. Cependant, plusieurs questions se posent. Tout d’abord, une question de liberté d’achat et d’action qui ne serait plus présente avec de l’argent numérique, qui est automatiquement tracée. Ensuite vient la question du tout numérique, à l’heure où des problèmes éthiques en matière de préservation de nos données personnelles se posent. De plus, une économie virtuelle engendre souvent une économie de dette. En effet, une économie irréelle est par essence spéculative, basée sur l’usure. Une économie déconnectée de la réalité favorisant l’écart de richesse et les vagues déflationnistes, du fait de l’excédent de monnaie créé et de la perte de valeur de cette dernière.

La question de l’économie réelle ou irréelle repose donc sur un véritable débat et enjeu de société : voulons-nous une économie qui serait encore plus contrôlée par les banques, centralisée par la Banque Mondiale, mais qui, en même temps, permettrait de résoudre de nombreux problèmes de vols et de braquages ? La crise de 2008, qui était d’abord privée car elle concernait les banques puis qui s’est ensuite transformée en crise publique pour sauver ces dernières, n’est qu’un triste et minime exemple de la spéculation et d’une économie basée sur la dette. Un triste exemple, bien plus complexe bien sûr, mais qui interroge sur un tel système économique.
Mais évolution oblige, l’argent irréel semble devoir remplacer l’agent réel, gage de souveraineté.

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D’où vient la monnaie ?

Par qui la monnaie, cœur de nos sociétés et de nos économies, est-elle créée ?
Bien avant nos banques et nos institutions, les sociétés passées ont dû inventer l’instrument monétaire pour faciliter les échanges marchands. Le troc fut pendant longtemps le moyen permettant les échanges, avant de se faire remplacer par « la monnaie de marchandise ». Cette monnaie marchande était au début du bétail, des denrées alimentaires ou des céréales. Par la suite, les métaux plus ou moins rares firent leurs apparitions jusqu’à la monnaie de crédit (monnaie fiduciaire).

Avançons donc jusqu’à l’apparition de la monnaie en métaux précieux, qui permet de comprendre l’importance de battre monnaie et d’un contrôle de la monnaie par une autorité X. Colbert, un des principaux ministres de Louis XIV au XVII siècle, comprend l’importance des métaux lourds dans l’économie d’un monde en plein décloisonnement. Il met en place une politique économique interventionniste nommée le « Colbertisme » et il développe également des principes comme le bullionisme. Cette politique économique est une des causes de la guerre de Hollande.

L’apparition de monnaie papier date du XVI siècle, par le biais de négociants de Londres et de Stockholm qui transportaient les marchandises aux quatre coins du monde. Les transactions se réglaient en or ou en argent. Il était cependant risqué de posséder ces métaux précieux car les océans étaient peuplés par la république des Pirates. Alors les marchands commencèrent à confier leurs métaux précieux aux orfèvres. En échange, ceux-ci donnaient un reçu, une sorte de certificat de dépôt nominatif permettant à son propriétaire de récupérer l’argent quand il le souhaitait. Les boutiques des orfèvres devinrent alors des coffres-forts bien gardés et les dépôts nominatifs des certificats de dettes donnèrent naissance aux échanges par certificat et donc à la monnaie papier.
Cela engendra la naissance des banques. Les orfèvres eurent l’idée de prêter les métaux précieux gardés dans leur coffre à d’autres marchands, par le biais de certificats papiers. Quand les marchands remboursaient leur dette, ils rendaient les certificats et versaient un intérêt aux orfèvres en métal précieux. Les orfèvres imprimèrent alors bien plus de certificats qu’il n’y avait de métaux précieux disponibles dans leurs coffres (multiplication des intérêts). Cependant, à cette époque, l’État était maître de sa propre monnaie malgré les spéculations des orfèvres. L’État émettait la monnaie, et le cours légal de la monnaie était inscrit dans la loi.
Ce n’est qu’au XVII siècle, en Grande-Bretagne, que le pouvoir de création monétaire a été progressivement conquis par de riches financiers. En Angleterre et aux États-Unis, ces familles de financiers ont tenté maintes fois de remplacer la création monétaire des États. Le principe est simple : la monnaie de l’État est émise au regard d’une dette et cette dette permet au créancier de toucher des intérêts. Le but est donc de se substituer à la création monétaire publique.

Aujourd’hui, l’État renonce à battre monnaie car il a fini par emprunter à une banque dite centrale. Il doit emprunter en permanence pour rembourser les emprunts en cours ou bien augmenter les impôts pour capter la monnaie en circulation. L’Etat, en renonçant à son droit de battre monnaie, a perdu le contrôle de l’économie de son pays et donc de sa souveraineté. L’économie irréelle est une forme d’attaque de la finance sur la propre souveraineté économique des Etats. Par la naissance des banques centrales privées, la dette des Etats a globalement augmenté. Rothschild fut le premier à obtenir le privilège de battre monnaie de l’Etat anglais, puis il a ensuite été suivi par le reste du monde.

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On distingue trois principaux types de monnaie :

  • Monnaie marchande : Une monnaie de marchandise est une marchandise employée comme source de monnaie. Elle a la valeur de sa réalité physique, d’usage. Par exemple, un sac de pommes de terre à une valeur d’usage alors que l’or ou l’argent ont une valeur liée à la rareté.
  • Monnaie de crédit : C’est une reconnaissance de dette employée pour compenser des échanges.
  • Monnaie fiduciaire : Contrairement à la monnaie marchande, la monnaie fiduciaire est une monnaie qui n’a pas de valeur intrinsèque. Par exemple, une pièce de monnaie dont la valeur du métal est bien inférieure à son pouvoir d’achat. Le terme fiduciaire vient du latin « fiducia » qui veut dire  » confiance ». C’est souvent la loi qui désigne cette monnaie comme moyen de paiement et toute personne est obligée de l’accepter comme moyen de paiement. En gros, les monnaies d’État comme l’euro, le dollar ou le rouble sont fiduciaires.

De la nécessité de la monnaie

  • La monnaie centrale est la monnaie de l’Etat, créée par la Banque Centrale au nom du peuple.
  • La monnaie secondaire est créée par des banques privées lorsqu’elles octroient des crédits.

Il faut avoir à l’esprit que la monnaie secondaire (unités de compte / monnaie de crédit / monnaie de banque) représente 90% à 95% de la masse monétaire en circulation. L’essentielle de notre monnaie est donc virtuelle et gérée par des groupes privés dont le but est de faire du profit, comme toute entreprise privée, au contraire des entreprises publiques.
Les banques privées, dites commerciales, ont cependant besoin de la monnaie centrale pour la donner à leurs clients car elles n’ont pas le droit de la fabriquer par elles-mêmes. Pour emprunter à la Banque Centrale, elles y déposent des actifs financiers admissibles comme des obligations d’Etat ou divers titres de créance que la Banque Centrale monétise. La monétisation est le processus de création d’unités de compte en échange actif qu’est généralement une créance. La monétisation est le privilège des banques. Cela permet alors de créer alors une économie où la quasi-totalité de la monnaie en circulation est une monnaie de crédit créée par les banques commerciales privées. Cette déviance de l’économie libérale engendre de terribles catastrophes : s’il n’y a pas assez de crédits accordés par les banques (donc de création monétaire secondaire) au regard de la monnaie détruite lors du remboursement des crédits, alors la monnaie tend à disparaître et une grave crise économique peut apparaître.
Dans ce système, l’Etat est dépendant de la fameuse croissance car il a cédé le droit régalien de battre monnaie à des institutions privées. Les banques privées créent de l’activité économique et garantissent alors une demande de crédit perpétuelle qui permet de compenser la destruction monétaire. L’Etat prélève alors l’impôt sur l’ensemble des échanges dans la monnaie en circulation. Or un crédit est un pari sur des revenus futures…Ce système en boucle fermée assure aux banques une rente perpétuelle formée par les intérêts qu’elles perçoivent. L’ensemble des Nations est obligé de vivre dans un régime de croissance, sans quoi la demande de crédit baisse et l’économie se retrouve en panne, avec les conséquences sociales que l’on connaît. C’est ce qui se passe depuis 2008, quand la crise financière a provoqué une baisse des crédits, induisant ainsi une baisse de la progression de la masse monétaire qui a engendré une crise économique, crise qui a rendu de nombreuses personnes insolvables. Selon l’économiste Mauris Allais, prix Nobel de l’économie en 1998, il était impossible de laisser les banques faire faillite car nos moyens de paiement auraient alors disparus, laissant les pouvoirs publics face au chaos social. Les Etats étaient les seuls à pouvoir être en mesure de venir en aide aux banques. Les nationaliser aurait été une solution vertueuse, permettant de mettre de l’ordre dans leurs pratiques. Mais malheureusement, le lobbying du secteur bancaire a écarté cette possibilité, retournant alors cette dette privée en dette publique. Les Etats se ont eux-mêmes endettés pour sauver les banques, en faisant un assouplissement quantitatif (les Banques Centrales monétisent un tas d’actifs détenus par les banques pour augmenter leurs liquidités et relancer le crédit).

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Bienvenue dans le monde magique de la civilisation du crédit, où la politique n’a pratiquement plus aucun pouvoir ni aucun rôle dans l’économie.

« Donnez-moi le droit d’émettre et de contrôler l’argent d’une Nation, et alors peu m’importe qui fait ses lois » Mayer Amschel Rothschild.

Monnaie, monnaie, monnaie.

En janviers 2016, nos monnaies ont généré en moyenne 4 840 milliards de dollars de transactions par jour. Soit deux fois le PIB de la France pour la seule année de 2015. Et oui, la spéculation, ça rapporte. Battre monnaie est un enjeu de pouvoir. Et ce pouvoir, aujourd’hui, se retrouve dans les mains des Banques Centrales comme la banque de France, qui créent la monnaie souveraine. A côté, les banques privées comme BNP Paribas, créent la monnaie secondaire (comme nous l’avons vu précédemment), qui représente 90% des liquidités en circulation.

Mais comment cela se traduit-il dans la réalité ? Concrètement, pour un dépôt de 100 euros sur un compte, votre banque peut créer un crédit de 80 euros pour un autre client. Et comme ces 80 euros tout frais arrivent sur un autre compte, la banque peut faire un nouveau prêt de 60 euros et ainsi de suite. Grâce à ce système, les banques peuvent générer plus de 200 euros de liquidités avec seulement un dépôt de 100 euros. Notre argent réel, celui qui se trouve au fond de nos poches et de nos sacs n’est qu’en réalité une marée de dettes.

marchés boursiers, ces liquidités deviennent des objets de spéculations. L’exemple le plus emblématique est celui de George Soros, 19ème fortune mondiale. Le 16 septembre 1992, il parie sur une baisse de la livre sterling et en emprunte 6.5 milliards, pour ensuite les échanger contre des marks et des francs beaucoup plus stables. Rapidement, d’autres spéculateurs lui emboitent le pas. Résultat, le lendemain, la Grande-Bretagne se retrouve face à cette attaque et concède 15% de dévaluation. George Soros empoche alors 1.5 milliard de dollars, un coup qui coûte 3.4 milliards de livres au trésor britannique et qui entraine, dans la foulée, une dévaluation des autres monnaies européennes. Nous avons donc un bel exemple de perversion du libéralisme et de l’écart des richesses qui ruine les peuples. Et également un bel exemple de mœurs égoïstes et avides.

On nous dit souvent que les crises sont des événements rares. Cependant, avec 96 crises bancaires et 176 crises monétaires depuis 1970, cela est-il vraiment un caractère imprévisible ou une caractéristique du système libérale capitaliste… ?

également un pouvoir permettant d’assoir les politiques souhaitées par les grands groupes. De plus, les dettes sont souvent des armes impérialistes qu’utilisent les Etats-Unis dans les pays émergeants. L’esclavage moderne se retrouve dans l’esclavage monétaire.

vages d’une économie financière, spéculative, basée sur une société de dette montrent ses conséquences, les politiques et les différentes banques privées souhaitent détruire l’argent réel pour généraliser et arriver à 100 % de l’économie irréelle et spéculative. Une telle chose rendrait alors toutes alternatives d’échanges et de monnaies impossibles. Et donc le bien commun obsolète.

Une chose est sûr, la fin de la monnaie sera un sujet dont en entendra parler dans les prochaines campagnes politiques.

 

« En économie comme dans la nature, la diversité des monnaies est peut-être le secret de l’équilibre. »

Sources :

http://www.capital.fr/economie-politique/comment-fonctionne-la-creation-monetaire-847130

http://www.reuters.com/article/markets-forex-volumes/daily-fx-volumes-hit-5-3-tln-in-jan-after-snb-removes-franc-cap-idUSL5N0VS3PD2015021

https://fr.scribd.com/document/79475280/2012-01-25-1804-USBEK-RICA#fullscreen:on

http://www.telegraph.co.uk/finance/2773265/Billionaire-who-broke-the-Bank-of-England.html

https://www.theguardian.com/money/2011/sep/23/local-currencies-german-chiemgauer

http://www.cercledesvolontaires.fr/2016/07/02/monnaie-et-souverainete/

Teychon Baptiste