Repenser les espaces de circulation urbains : pour une fin des feux de circulation en ville

Avant de traiter ce sujet, il est important de mettre en avant le fait que depuis quelques mois il y a un accroissement d’une vision écologique et sécuritaire de l’aménagement urbain. En effet certaines villes comme Lille, Grenoble, Lorient ou encore Rennes limitent à 30km/h la circulation. On constate également une volonté de privilégier le vélo avec des pistes cyclables ou encore des voies exclusivement piétonnes. D’une certaine manière, beaucoup de citoyens pensent qu’il y a un manque de courage en politique, et mettent en avant une forme d’hypocrisie générale en matière de politique publique urbaine. Toutefois il est intéressant de constater que les feux de circulation et rouler en basse vitesse émettent plus de particules fines. 

Les feux de circulation: une révolution de la circulation urbaine 

Les feux de circulation ont vu le jour au États-Unis durant la 1ère Guerre Mondiale. ils sont arrivés en France dès 1920 grâce à Léon Foenquinos puis se sont installés en 1923. Cette création remplace le « processus informel concession mutuelles qui avaient régulé les rapports entre les usagers de l’espace publique » selon James C. Scott. Auparavant ce processus informel a été intériorisé et a permis aux usagers de s’auto-responsabiliser. La révolution des feux pour éviter les accidents créent un sentiment inconscient de non-jugement et de crainte d’être déviant de la part des citoyens. Ainsi, toujours selon James C. Scott « l’ordre juridique électronique » devient alors dominant dans notre société. 


L’importance d’une critique de l’ordre électronique : le cas de la ville de Drachten aux Pays-Bas 

En effet dans la ville de Drachten, une question a été posée en 1999 qui est primordiale pour comprendre l’importance de la critique des feux de circulation ; «Qu’adviendrait-il s’il n’y avait pas cet ordre électronique à l’intersection et que les automobilistes et les piétons étaient forcés d’exercer leur jugement indépendant? ». Le résultat de la consultation suite à cette question montre une volonté des pouvoirs publics et des citoyens de retirer les feux de circulation aux États-Unis mais également dans certains pays européens comme le montre David Millward dans un article en 2013 intitulé « Is this the End of the Road for Traffic Lights ». Cette manière d’aménager les espaces de circulation urbaine permet de développer une auto-responsabilisation et un jugement indépendant des citoyens. 

Solution moins radicale : le concept « d’espace partagé » par Hans Monderman

Hans Monderman est un ingénieur de la circulation qui a suggéré la fin des feux de circulation. Il a conceptualisé la notion « d’espace partagé », il a remarqué que lorsqu’une panne électrique a lieu, la circulation était plus fluide qu’à la normale. Il a alors tenté une expérience en retirant les feux de circulation de l’espace le plus partagé avec un rond-point, une piste cyclable et une voie piétonnière de Drachten, environ 22 000 voitures y passent quotidiennement. On a constaté que le retrait ; le nombre d’accident est tombé à deux comparé à 36 observés aux cours des quatre années précédentes. Mais également la circulation est plus rapide car les conducteurs sont plus vigilants comme lorsqu’il y a une priorité à droite ou encore un ‘céder le passage’. On remarque que les feux créent de la frustration, souvent des personnes klaxonnent alors que le feu vient tout juste de passer vert. Cette frustration amène automatiquement de l’agressivité, de l’angoisse et du stress. Tant dis que le retrait a permis d’observer qu’il y a moins de bouchons et d’agressivité. 

Pour appuyer son propos H. Monderman compare cette situation a des patineurs qui adaptent leur mouvement aux autres patineurs. On peut aussi le comparer aux personnes qui sont dans des skateparks où une fluidité et une bienveillance entre les utilisateurs du « spot » se font de manière automatique. 

Ainsi, le concept de Monderman peut refléter une vision anarchiste car il repose sur l’intelligence, le bon sens et l’autonomie des individus. Les règles en général au sein de l’espace de circulation créent des situations pour les usagers comme les accélérations, traverser au feu rouge en courant. Cette façon d’être critique permet de prendre du recul et d’avoir conscience de l’individu au sein de l’espace routier. 

La ville future peut-être envisagée comme adoptant ce modèle ou en étant plus radicale et interdire les voitures dans les centres-villes. Toutefois on remarque que cette nouvelle philosophie du « ce qui est peu sûr est plus sûr » est beaucoup discuté dans des congrès mais également adulé par les citoyens hollandais qui sont pour une « verkeersbordvrij » (Libres de signalisation routière). 


Wyckaert Theo