États-Unis et Talibans : un conflit qui perdure

À l’occasion du tragique anniversaire des attentats survenus le 11 septembre 2001 à New York et au Pentagone, il convient de s’attarder sur les relations bilatérales entre les deux camps. L’histoire belliqueuse qui lie les États-Unis et les Talibans depuis de nombreuses années ne donne aucune perspective de désescalade des tensions. Pourtant, le processus de paix enclenché à Doha en 2018 laissait entrevoir une issue rimant avec détente. Les thématiques politiques et stratégiques cristallisent les rivalités, que ce soit entre les deux parties ou même parmi les Républicains. Pour prendre la mesure des récents événements, retour sur les causes historiques de discorde qui expliquent cet imbroglio.

Les Talibans, un mouvement fondamentaliste né au cœur de la Guerre Froide

Le contexte géopolitique a été un facteur proéminent dans la formation des Talibans. Pour bien le comprendre, il faut remonter en 1979. Cette année-là, l’Afghanistan est le théâtre de dissensions entre les deux superpuissances américaines et soviétiques. Le régime de Kaboul s’avère être communiste et constitue un allié rattachable au bloc de l’Est. Du côté des États-Unis, ces derniers sont évidemment hostiles au pouvoir en place dans la continuité de la doctrine Truman. Il s’agit d’endiguer le communisme. De ce fait, ils soutiennent les rebelles moudjahidines djihadistes pour contrecarrer les plans soviétiques et maintenir leur emprise au Moyen-Orient. Ainsi, l’URSS envahit l’Afghanistan le 25 décembre 1979. Cet événement marque le prologue d’une guerre qui ne s’achèvera que dix ans plus tard, en 1989.

C’est dans ce climat mouvementé que se forment des mouvements de pensées dans les universités théologiques musulmanes pakistanaises appelées les madrasas. Parmi les étudiants afghans, certains adhèrent au parti islamique Pakistanais Jamat-e Ulema-e Islam. La doctrine liée à la réislamisation des mœurs est omniprésente sur fond de ressentiment envers l’Occident. En effet, une partie de la population ne trouvait pas son compte, que ce soit par rapport à l’URSS ou aux américains. Le mode de pensée taliban exclue d’abord la sphère politique de ses préoccupations en se cantonnant aux sujets de la vie quotidienne.

Les années 1990-2000, un tournant politique


Dès 1994, les Talibans reçoivent le soutien du gouvernement Pakistanais étant donné leur proximité idéologique. Par conséquent, ils deviennent une entité politique à part entière et reçoivent notamment des fonds du gouvernement voisin. Forts de cette ascension, ils prennent le contrôle de Kaboul en 1996 et assoient indubitablement leur autorité sur un pays qui ne peut que constater leur ascension. De plus, les liens étroits et officieux qu’entretenait Oussama Ben Laden avec l’organisation posaient problème dans la mesure où il affirmait ostensiblement son hostilité au pays de l’Oncle Sam. L’ingérence des Talibans avec Al-Qaïda entrait alors au cœur des préoccupations américaines qui ont durci leur politique dans cette région. Les attentats visant l’ambassade américaine en Tanzanie et au Kenya en 1998 et surtout le drame du World Trade Center poussent les États-Unis à intervenir au Moyen-Orient dès 2001 sous le mandat de Georges W. Bush pour combattre le terrorisme Islamique. Les Talibans étant visés dans cette lutte inscrite dans la politique étrangère américaine, les relations bilatérales entrent définitivement dans l’ère du conflit au rythme des bombardements et autres opérations militaires.

Une volonté de trouver un accord de paix

Depuis janvier 2018, un processus de paix a été lancé entre les deux parties. En effet, en janvier 2018 à Doha, Américains et Talibans se sont mis d’accord sur un plan de paix afin de sortir de l’impasse afghane, dix-huit ans après avoir tenté de chasser les talibans et Al-Qaida du territoire au lendemain des attentats du 11 septembre. Dans ce processus, les États-Unis devaient consentir un retrait progressif de leurs 14 000 soldats en contrepartie d’un engagement des Talibans à empêcher des groupes djihadistes comme Al-Qaida d’utiliser le territoire afghan pour planifier des attentats à travers le monde. Ces derniers devaient également participer à des pourparlers de réconciliation inter-afghans. La signature devait avoir lieu à Camp David un lieu hautement symbolique pour la diplomatie américaine et à une date historique : autour du 11 septembre. L’émissaire américain Zalmay Khalilzad, annonçait même être proche d’un accord de principe.

Mais les récents attentats orchestrés à Kaboul (10 morts) et partout ailleurs dans le pays par les Talibans, ont amené le président américain à rompre toutes négociations avec l’organisation qu’il juge « incapable de négocier en vue d’un accord définitif ». Ces violences n’ont jamais cessé d’augmenter durant ces 10 mois de négociations et les Talibans ont toujours rejeté un cessez-le-feu avec le gouvernement du président afghan Ashraf Ghani. Ces derniers refusent également que les États-Unis maintiennent quelques milliers d’hommes sur le terrain pour la lutte anti-terroriste. De quoi rendre incertaine une issue qui semblait pourtant favorable à une sortie pacifique.

Des négociations au point mort ?

« J’ai décommandé cette réunion et annulé le processus de paix » a martelé Donald Trump lundi 9 septembre en raison des récents attentats survenus à Kaboul qui ont fait dix morts, dont un soldat américain. Ces attaques revendiquées par les Talibans rendent évidemment fragile les futurs accords qui devaient être signés à Camp David. D’autant plus que les Talibans n’ont pas tardé à réagir à propos de cette décision à coup de menaces virulentes : « Nous avions deux façons d’en finir avec l’occupation de l’Afghanistan, celle du djihad et des combats, et celle des pourparlers et des négociations. Si Trump veut arrêter les discussions, nous emprunterons le premier chemin et ils le regretteront bientôt » a menacé un porte-parole des Talibans, Zabihullah Mujahid. Avant que les Talibans ne renchérissent : « l’Amérique souffrira plus que tout autre, sa crédibilité sera entamée…ses pertes humaines et financières vont augmenter… »

Le porte-parole des Talibans, Mohammad Abbas Stanikzai

Même si le président américain a annoncé que les négociations étaient « terminées pour de bon », il est plausible que Washington revienne à la table des négociations pour mettre un terme à un conflit vieux de plus de 18 ans.

Le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, croit lui aussi à la reprise des pourparlers à condition que les insurgés « changent d’attitude » et « confirment les engagements qu’ils avaient pris ».

Milan Busignies et Adrien Chapiron