Archives pour la catégorie Culture

« L’Amour, le Désir et le Vin » par Omar Khayyâm.

Trois des plus beaux maux de notre société, de notre culture, de notre patrimoine « terrestre » réunis en un seul titre ? Oui c’est possible, ça existe, et ce n’est pas un pastiche d’Amour, Gloire et Beauté.

C’est un ouvrage. Un ouvrage qui a titillé ma curiosité un beau soir d’hiver alors que je passais devant la bibliothèque de maman. Il a toujours été là mais je n’ai jamais voulu le voir. Le désir et le vin, le titre me saute à la gueule. (C’est une réédition de 2008 qui ajoute « L’amour » au titre). Avec un trait de pinceau en couverture. Oui, les textes sont accompagnés de calligraphies sublimant quelques vers. C’est alors qu’un Moi enfant, jeune et naïf, a pris le livre et s’est enfermé dans sa chambre. Puis c’est un Moi adolescent qui a littéralement dévoré les 60 quatrains du chef d’œuvre et en a admiré ses calligraphies parfumées de vin. Et enfin, c’est un Moi adulte, mature et ivre, bref, c’est un homme éclairé par la lumière rosé dudit vin qui a refermé le bouquin. Moi, n’ayant pour Dieu que la picole, j’ai vu en Omar Khayyam un prophète.

« L’amant, l’ivrogne iront en enfer à la fin…

C’est ce qu’on dit, mais qui croira ce propos vain ?

Si l’enfer accueillait et l’amant et l’ivrogne,

Le paradis serait aussi nu que ma main. »

« L’astronome qui ne croyait pas au ciel »

Le voilà défini dans la préface des Rubayat par le poète français André Velter.

Né Hakim Omar à Nischapur, dans l’actuel Iran, en 1048 où il meurt en 1131. Il fut surtout un grand astronome et un grand mathématicien mais néanmoins doublé d’un philosophe et d’un des plus grands poètes persans. Une qualité qui sera révélée au grand jour seulement après sa mort. À noter, pour la petite histoire, qu’il eut pour compagnon d’étude Abdoul Kassem, devenu vizir du sultan Malik Shah sous le nom de Nissan El-Mok le Grand, et Hasan Ibn al Sabbah connu pour avoir fondé la secte et l’empire des Ismaélites, plus connu sous le nom d’Assassins (ou « Haschischin » qui signifie « mangeurs de chanvre », on reste dans une forme d’ivresse.) Il est principalement connu pour sa réforme du calendrier perse (qui serait, selon les dires, plus précis que le calendrier grégorien datant du XVIème siècle). Les 365 ou 366 jours et 12 mois pour une année, et bien ça serait lui. J’ai ouï dire qu’il n’avait pas trente ans qu’il fut déjà considéré comme un incomparable savant, à la réputation proverbiale.

Les quatrains de cet ouvrage L’amour, le désir et le vin regroupent une partie des quatrains qui composent son œuvre pas bigrement plus grande (une totalité de 144 quatrains), qui sont regroupés dans le Rubayat. Comme le nom de l’ouvrage l’indique, sont regroupés ici les quatrains ayant un penchant pour l’amour, le désir et le vin. « Rubayat » ou « roubaïyat » signifierait « quatrains », selon la traduction. Avec la spécificité que les deux premiers vers riment ensemble avec le dernier, le troisième étant libre.

Curieusement, la popularité d’Omar en Occident est due principalement à ses quatrains, dont aucun ne fut connu de son vivant. Sans doute les a-t-il écrits sur un coin de table, afin de faire faire une pause à son cerveau entre deux travaux astronomiques. Seul Dionysos le sait. Dans ses quatrains, il nous chante la vie, le désir, les femmes et surtout le vin. C’est souvent très beau, et parfois même drôle.

« Je boirais tant de vin ! Quand on m’enterrera

Son parfum dans le sol encor s’imprégnera

Et si quelque buveur vient marcher sur ma tombe,

Il s’en enivrera ! »

Du vin contre le divin

La parole prêchée par le poète n’est pas trop en accord avec le Coran. De plus, il ne se gêne pas de gentiment titiller l’autorité ou le clergé musulman. Il critique surtout leur hypocrisie. Nous sommes dans une Perse islamisée, éloignée du zoroastrisme (culte de Zarathoustra) où l’esprit du bien et du mal existent en chacun de nous. Dans sa Perse contemporaine il a perçu le règne des bigots et des fanatiques, loin de l’idée de l’Homme libre qu’il se fait. Il n’en fait qu’à sa tête, mais il le fait poétiquement bien. Il clame que Dieu est seulement une hypothèse, il dénonce l’imposition d’une religion. Il nous pousse à profiter de la vie, un verre à la main, vu qu’à la fin on sera tous égaux dans la mort. Il était probablement croyant, mais croyant en la vie. Et il était bien conscient, il me semble, du caractère éphémère et de la vanité de toutes choses, ce qui l’a probablement amené à devenir une forme d’épicurien et à prôner l’amour de l’instant face à l’immensité du questionnement. Sa libre pensée fut donc condamnée, mais cela a permis sa postérité. Ses diffamateurs ayant, après sa mort, utilisé des citations de ses quatrains pour le contredire. À savoir qu’il y a eu beaucoup d’imitateurs, n’ayant pas son talent. Ce fut donc un grand travail de déterminer les 144 quatrains qui seraient officiellement signés de la main d’Omar Khayyâm.

Il met en évidence l’absurdité de l’existence, qui est un questionnement familier aujourd’hui. Mais pas il y a 1000 ans, car c’était la religion qui contrôlait les interrogations philosophiques. Omar Khayyâm prône un véritable art de vivre. Celui-ci témoigne d’une lucidité vis-à-vis de son époque. Un peu pessimiste mais il s’efforce de rester optimiste. Peut-être fataliste, mais inévitablement déçu. Il est là. Il prend du recul. Il regarde le monde. Il se divertit devant l’absurdité du monde. Puis il déverse ses vers, un verre à la main.

« Si, de cet univers j’étais le Dieu puissant,

Comme je l’enverrais tout entier au néant

Et le rebâtirais, afin que l’homme libre

Y puisse de bonheur trouver tout son content ! »

1859, première traduction en anglais, par Edward Fitzgerald. Traduction considérée comme l’un des chefs-d’œuvre de la littérature anglo-saxonne, c’est bien. Mais aseptisée pour plaire au bon goût de nos cousins grands bretons de l’époque, c’est moins bien. Aujourd’hui, on a accès à de véritables traductions qui mettent à jour l’âpreté, la franchise et l’impertinence du bonhomme. À noter l’incroyable travail de traduction pour transformer les Rubayat originaux et les faire rimer. (Félicitations notamment à Claude Anet et au duo Maxime Féri Farzaneh et Jean Malaplate)

Et comme je le disais il y a quelques paragraphes, l’ouvrage que j’ai ouvert était tout peinturluré. Un vers de chaque quatrain était mis en image, mis en calligraphie si je puis dire. C’est l’œuvre de Lassaâd Métoui, un calligraphe d’origine tunisienne. Ces calligraphies au parfum viticole amplifient la puissance de l’œuvre de Khayyâm.

umar_khayam1_by_prem123

Voici donc une foi à consommer sans modération, et au diable la crise de foie. Mille ans avant Coluche, on clamait déjà en Perse que le pinard devrait être obligatoire. Voilà qui donnerait envie de se murger sans scrupule jusqu’au crépuscule, dans une grande messe rouge en hommage à notre seigneur tout puissant Dionysos. Khayyâm étant diantrement plus dionysiaque que Nietzsche. Celui qui, de son vivant, était considéré comme un libertin et un ivrogne deviendrait presque un prophète. Alors qu’il ne les aimait pas, les prophètes.

Et encore on ne sait pas le goût du vin de l’époque. Qu’aurait-il dit de nos jours, face à une telle perfection atteinte dans la production, la qualité et la préservation du vin ?

Un appel à la boisson, certes. Un appel à une légère ivresse, oui. Mais une ivresse positive, une ivresse légère qui rend jouasse et aiguise les sens. Un appel à boire, sans déboires. Rien ne sert d’être ivre de bonne heure si ce n’est pas de joie. Il ne faut pas non plus voir en tous les pochards les plus fidèles ouailles de Dionysos, sacrifiant leur vie dans une bacchanale géante.

En résumé, voici une ode à la vie qui fait du bien dans le monde d’aujourd’hui qui se prend bien trop au sérieux. Des quatrains qu’il faut observer, faire tourner, humer, déguster, savourer, et ne surtout pas recracher. Puis s’en resservir. Ad Vitam Eternam.

« La force qui me reste est due à l’échanson,

Ce qui me reste aussi de décentes façons.

Du vin d’hier je sais qu’il me reste une coupe,

Mais le temps qui me reste à vivre, qu’en sait-on ? »

David Axel

POUR ALLER PLUS LOIN :

https://www.youtube.com/watch?v=yoT2a4HzSN0 : Émission « Une vie, Une oeuvre » de France Culture sur Omar Khayyâm.

https://www.youtube.com/watch?v=60tl2caq0po : Mise en scène de Tony Gatlif en hommage à Omar Khayyâm pour l’ouverture du 18ème festival de Fès des musiques sacrées du monde.

https://omarkhayyamrubaiyat.wordpress.com : Blog sur Omar Khayyâm et son Rubaiyat.

OUVRAGES :

L’Amour, le Désir et le Vin Omar Khayyâm et Lassaâd Métoui.

Rubayat Omar Khayyâm.

Les chants d’Omar Khayyâm Sadegh Hedayat. Edition critique par un autre grand poète perse.

Les nouveaux défis de Sebastião Salgado.

Le 6 décembre dernier, Sebastião Salgado a fait son entrée à l’Académie des Beaux-Arts, après avoir été élu le 13 avril 2016 au siège auparavant occupé par Lucien Clergue. Le franco-brésilien, photographe-star, est récompensé une nouvelle fois pour son colossal travail photographique commencé au début des années 1970. Ses photos marquent les esprits et sont largement reprises et diffusées. Pourtant, ce n’est pas la photographie qui l’amène à voyager et à découvrir des situations qu’il n’imaginait pas.

Après des études d’économie à l’Université de Sao Paulo, Sebastião Salgado trouve un poste au ministère brésilien des Finances. Il décide alors de poursuivre ses études aux États-Unis, puis en France. Il part s’installer à Londres en 1971 pour travailler au sein de l’Organisation internationale du café, où il est chargé du dossier de la diversification des plantations de café en Afrique. C’est au cours de ses voyages qu’il décide de témoigner, à travers la photographie, des difficultés que rencontrent les populations locales.

Il intègre l’agence Sygma en 1974, après avoir publié son premier reportage sur la sécheresse au Sahel. C’est le début d’une reconnaissance internationale, qui franchie un nouveau seuil lorsqu’il commence à travailler avec Médecins sans frontières à partir de 1986 à la publication de son premier livre : Sahel : l’homme en détresse. C’est notamment par ses publications qu’il se fait connaître du grand public. Ses livres sont l’aboutissement de projets de très grande ampleur, qui s’étalent parfois sur plusieurs années. À travers ses images, il ambitionne de transmettre les réalités parfois très dures qu’il rencontre au cours de ses périples.

salgado 1.jpg

Les migrations, les déplacements de populations, le travail déshumanisant de certaines populations sont ses sujets principaux jusque dans les années 2000. Alors qu’il est profondément marqué, tant moralement que physiquement, par son travail sur le génocide rwandais dans les années 90 – il se met à cracher du sang, sans pour autant être atteint d’une quelconque maladie – il décide peu à peu de se tourner vers un sujet qui lui tient depuis longtemps à cœur.

Nommé représentant spécial de l’UNICEF en 2001, il commence, parallèlement à ses missions, un projet qui mettra presque dix ans à voir le jour. Genesis, publié en 2013, est un ouvrage rassemblant des photos de faune, de flore et de paysages, comme un hommage à la nature et aux communautés humaines traditionnelles. Cette focalisation du travail de Salgado sur de nouveaux thèmes, moins centrés sur les hommes, se fait au moment où plusieurs voix s’élèvent pour dénoncer une soi-disant primauté accordée à la forme dans le travail du photographe.

Sebastiao_Salgado_Genesis_Madagascar_arbres

Son style caractéristique – l’homme au centre du cadre, noir et blanc avec beaucoup de grain pour la technique – et son statut de « star » font s’interroger certains sur l’utilisation de sujets aussi difficiles pour faire de belles photographies. Pourtant l’utilisation du noir et blanc, plus que pour styliser ses photographies, permet à Salgado de « mieux représenter la dignité des personnes ». Ainsi, les différentes nuances de gris restituent toute la richesse des couleurs sans pour autant focaliser l’attention du lecteur.

Quand il rentre au Brésil dans sa ferme familiale, Sebastião est marqué par l’érosion des terres, autrefois luxuriantes, et le changement du climat local. Avec Lélia Salgado, sa femme qui l’a toujours suivi notamment dans l’édition de ses livres, il se lance dans le projet de reboiser le domaine, dans le Minas Gerais. En 1998, ils créent l’ONG « Instituto Terra » afin de lever des fonds à cette fin, mais aussi pour mettre au point des programmes de sensibilisation et d’éducation à la protection de l’environnement. Aujourd’hui, plus de 3 millions d’arbres ont été replantés, entre autres, sur la ferme familiale, depuis transformée en parc national. Celle-ci avait petit à petit été transformée en immense parcelle agricole, au même titre que toutes les petites exploitations familiales environnantes. Pourtant, cet immense terrain perdait au fil des années toute fertilité : les ruisseaux s’asséchaient et les espèces animales pourtant protégées disparaissaient. Depuis, les arbres ont été replantés et la faune et la flore locale sont revenues.

Fort de cette expérience réussie, le nouveau projet titanesque de Salgado est de replanter les parcelles, autrefois recouvertes de forêts, autour de toutes les sources d’eau de la vallée du Doce, entre les états du Minas Gerais et de l’Espìrito Santo. Cette vallée, « qui fait la taille du Portugal » estime-t-il sur France Inter le 8 décembre dernier, nécessitera la plantation de plus de 150 millions d’arbres dans les 30 prochaines années, pour que le projet soit mené à bien.

salgado_genesis_fo_image014_05767_1502191456_id_891831

Au Brésil, un des pays les plus touché par la déforestation, l’érosion des terres « a aussi un impact dévastateur sur les conditions de vie des populations rurales locales » peut-on lire sur le site de Instituo Terra. En favorisant le ruissellement des eaux de pluie et en rendant les terres impropres à l’agriculture, la déforestation condamne les habitants à déménager et à changer de mode de vie. Plus que l’enjeu écologique, c’est peut-être bien un projet humanitaire et social dans lequel se lance encore une fois Sebastião Salgado.

Gérardin Gabriel

A voir, Le sel de la Terre, le passionnant documentaire de Wim Wenders sur la vie de Sebastião Salgado, réalisé en 2014 et récompensé à Cannes dans la catégorie Un certain regard.

« Une plume à admirer, un visage à décrire : la Beat Generation »

La fumée s’échappe doucement de sa bouche béante, son regard ne se fixe plus derrière lui, il regarde au loin en pensant à toutes ces promesses qui l’attendent. Ici, il ne lui reste plus rien. Il ne reste que misère, peur, conformisme et suffisance, le tout dans une atmosphère bienséante. Le moteur allumé, son choix est fait, il ne reviendra plus jamais. Dans un dernier regard vers son enfance, il mit ses lunettes noires, embrassa la jolie muse assise sur le siège passager, et démarra le moteur de sa vieille Cadillac. Peu après, le bruit sourd de la Cadillac s’éloigne, ne masquant plus le terrible silence de la ville qu’ils venaient de quitter.

On-The-Road-Quotes-on-the-road-movie-30725713-500-334

La Beat Generation est un mouvement littéraire et artistique né dans les années 1950 aux Etats-Unis. On doit se terme à un célèbre écrivain nommé Jack Kerouac, qui utilise ce néologisme pour décrire la pensée de ses amis, ainsi que la sienne. Si l’on décortique la formation de ce terme, on y trouve deux mots : « beats », qui provient de l’argot américain et qui signifie « fatigué », « cassé », et le mot « generation » dont je ne vous ferais pas l’affront d’expliquer. Dans un premier temps, on peut décrire ce mouvement comme résultant de la crise financière des années 30 et de la seconde guerre mondiale. En effet, la crise financière de 1929 avait donné naissance à un style littéraire « enragé » et « brutal », qui décrivait la fin du mythe américain, la vie des « Hobo » ainsi que la dureté de la société des années 30. En effet, des écrivains comme John Fante ou John Steinbeck, héritiers d’auteurs de gauche américains, ont permis la naissance du mouvement de la « Beat Generation » en représentant une sorte de mythe pour ces auteurs « cassés ».

hobo.jpg

Cependant, Kerouac donnait également une autre signification à ce terme. Pour lui, ce nom évoquait la « béatitude » du mouvement, cette rage de liberté qui coulait dans les veines de chaque personne se référant à ce genre artistique. Ce terme était aussi la promesse de danser des heures sur un son jazzy rien qu’en lisant un chapitre.

Bien que la « beat generation » soit un mouvement littéraire, c’était également et avant tout un idéal de vie, une conception exacerbée de la vie. L’histoire d’un groupe d’ami avides d’anticonformisme, avides de révolte face à une société américaine prônant la consommation, la guerre et qui, à leurs yeux, n’était qu’une Némésis absurde.
En 1957, Kerouac provoque l’engouement pour ce mouvement avec le livre « Sur la route« . Je vous propose donc de plonger un peu plus dans cet univers pour en comprendre les tenants et les aboutissants. Prenons la route vers la Beat Generation.

expo_route_main

Les origines de la « Beat Generation » :

Outre l’influence des écrivains de gauche que nous avons pu voir précédemment, ce mouvement trouve naissance dans l’après-guerre, marqué par le début de la guerre froide et du maccarthysme.

La Beat generation se forme avant tout autour de trois auteurs : Jack Kerouac, Allen Ginsberg et Willian S.Burroughs, qui se sont rencontrés à l’université de Columbia et à New York. Kerouac vit de petits boulots après avoir quitté l’université de Colombia, où il avait été admis grâce à une bourse et à ses talents de footballeur. Ginsberg est étudiant, il écrit dans de nombreuses revues littéraires mais se fait renvoyer de Colombia. Burroughs, quant à lui, vit à New York après avoir quitté l’Autriche où il a fait des études de médecine. Ensemble, ils découvrent les clubs de jazz, explorent les milieux interlopes de la ville, fréquentent les communautés d’artistes et sont animés du désir de devenir écrivains. Ils sont liés par un même amour de la littérature, se font découvrir des auteurs qui les fascinent, se découvrent une passion commune pour William Blake (1757-1827) et ses visions fantasmagoriques. Ils tombent amoureux des poètes anglais romantiques, tels que Keats, Shelley et Byron. Ils s’échangent leurs propres écrits et se soutiennent, s’inspirent des poètes français, comme Rimbaud, Verlaine mais aussi Baudelaire pour ses odes aux paradis artificiels et ses poèmes sur Paris. Burroughs et Ginsberg admirent Lautréamont et Apollinaire, discutent de Dostoïevski. Kerouac lit Proust en français, il écrit même quelques textes dans cette langue.

kerouac-ginsberg-burroughs-stitch-1024x533
Kerouac, Ginsberg, Burroughs

Au fur et à mesure que le mouvement grandit, d’autres auteurs vont venir se greffer, à l’image de Neal Cassady ou Lucian Carr.

« I saw the best minds of my generation destroyed by madness, starving hysterical naked,
dragging themselves through the negro streets at dawn looking for an angry fix,
angel headed hipsters burning for the ancient heavenly connection to the starry dynamo in the machinery of night,
who poverty and tatters and hollow-eyed and high sat up smoking in the supernatural darkness of cold-water flats floating across the tops of cities contemplating jazz »

L’influence de la « Beat Generation »

Dans le cinéma, on retrouve moultes mythes appartenant aux mouvements de la « Beat Generation« . Après avoir fait trembler les librairies, la génération perdue de la Beat Generation prend vie sur les grands écrans. Il faut dire que Kerouac, Ginsberg et Burroughs –poètes illuminés à la soif de vivre– sont de vrais personnages cinématographiques. Ainsi, ils inspirent directement Marlon Brando dans « L’Equipée sauvage » de Laszlo Benedek et James Dean dans « La fureur de vivre » de Nicholas Ray.
La Beat Generation, en mettant sous forme de récits les virées initiatiques, invente un genre dont le cinéma va pleinement s’inspirer pour créer le road movie. On fait alors la connaissance d’un nouveau style de héros, le vagabond désirant s’émanciper d’une société perverse. Ainsi, « Easy Rider » de Dennis Hopper, « Paris Texas » de WinWenders ou encore « Into the Wild » de Sean Penn sont des modèles du genre.Les années 1990 et 2000 ont été très beat dans l’industrie cinématographique. En effet, bon nombre de réalisateurs et d’actrices (comme Kristen Stewart) sont nés avec un livre de la Beat Generation entre les mains. On retrouve alors les plus célèbres œuvres de ce mouvement au cinéma comme « Le Festin nu » de William S.Burroughs qui se trouve librement adapté par David Cronenberg en 1991. L’œuvre majeur d’Allen Ginsberg« The Howl » se trouve également adaptée au cinéma par Rob Epstein et Jeffrey Friedman. Quant au plus célèbre livre de la Beat « Sur la route » se trouve adapté par Walter Salles avec Kristen Stewart.

Mais la Beat generation a aussi influencé la musique. En effet, si les beats étaient des grands amateurs de jazz et notamment de Charlie Parker, la Beat Generation est naturellement associée au rock, autre forme artistique de rébellion. Bob Dylan confessa que le livre « Sur la route » était sa Bible. Il n’a jamais rencontré Kerouac mais il était très ami avec Allen Ginsberg. John Lennon était aussi un fan de la Beat Generation et le leader révéla même que le choix de « Beatles » venait en partie du mot « Beat » ( même si « Beatles » signifie « scarabées » en anglais). Cependant, l’influence de la Beat Generation trouve son paroxysme durant la période hippie, avec la chanson mythique « Lucy in the Sky with Diamonds » faisant référence à William S.Burroughs.
Jim Morrison alla plus loin en avouant que « le seul intérêt de créer un groupe était de devenir un beat. »

On retrouve la Beat Generation dans un dernier domaine, qui est des plus étonnants, celui de la mode. Et le Hipster 2.0 n’a qu’à bien se tenir.
Si Jack Kerouac n’appréciait pas le terme « Beatnik » (terme insultant issu du maccarthysme), il aurait certainement approuvé celui d’« Hipster ». A l’origine, un hipster n’était pas ce jeune urbain féru de mode rétro et de courants alternatifs souhaitant être hype, mais un homme amateur de jazz, de drogues et d’amour libre. La parfaite définition du beat, en fait.
Avec sa chemise de bucheron négligemment sorti de son jean délavé, la cigarette à la main et ses cheveux hirsutes, le beat n’est pas sans rappeler le hipster version 2010 donc. Pourtant Jack Kerouac se désintéressait de la mode. C’est à peine s’il ne fut pas consterné quand son roman « Sur la route » permit à la marque Levi’s de vendre des millions de jeans. Si son œuvre libérait les esprits, son look libérait les corps. Kerouac n’aimait peut-être pas la mode, mais cela ne l’empêchait pas d’avoir un certain style.

De nos jours, si ce mouvement n’est plus et tend à être oublié, on retrouve son influence au fil des décennies. Précurseur de la libération sexuelle, symbole emblématique de la contre-culture, il n’y aurait pas eu d’hippies s’il n’y avait pas de « Beats » et les textes d’Allen Ginsberg, comme il n’y aurait peut-être pas eu de road movie.

« Les fous, les marginaux, les rebelles, les anticonformistes, les dissidents…tous ceux qui voient les choses différemment, qui ne respectent pas les règles. Vous pouvez les admirer ou les désapprouver, les glorifier ou les dénigrer. Mais vous ne pouvez pas les ignorer. Car ils changent les choses. Ils inventent, ils imaginent, ils explorent. Ils créent, ils inspirent. Ils font avancer l’humanité. Là où certains ne voient que folie, nous voyons du génie. Car seuls ceux qui sont assez fous pour penser qu’ils peuvent changer le monde y parviennent. » Kerouac

kerouac

Teychon Baptiste

Contre-culture en RDA : la jeunesse anti-système

La musique, la mode, le skateboard contre-système, est-ce possible en RDA ?

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et la division de l’Allemagne entre la République Fédérale d’Allemagne et la République Démocratique allemande, se revendiquant de « démocratie populaire », on constate deux oppositions entre deux régimes : un démocratique et un autoritaire. En RFA comme en RDA, le système communiste a été vivement contesté, les habitants de l’Est « votant avec leurs pieds » pour rejoindre l’Ouest.

La contre-culture musicale : le punk

Aux États-Unis comme en Angleterre, le mouvement punk atteint son apogée à la fin des années 70 avec des groupes mythiques tels que les Ramones, avec leur album « Rocket to Russia » sorti en 1977, ou encore les Sex Pistols, avec « Never Mind the Bollocks, Here’s the Sex Pistols » sorti la même année.

Les Sex Pistols marquent entièrement cet anti-système, avec des titres protestataires comme God Save The Queen et Anarchy in the U.K où la société civile britannique, ses institutions, son ordre social, sa morale générale et la décence commune sont vivement critiqués.

sexpistols1177_d165a-9a_1977_gruen_webuseonly.jpg

Cette rébellion contre le gouvernement et la société capitaliste, qu’on remarque également dans le titre Money de l’album « The Dark Side of The Moon » des Pink Floyd, est omniprésente dans le punk-rock. Dans un monde globalisé où les échanges entre les pays sont quotidiens, la culture punk-rock est étendue à tous les pays, comme en France avec Ludwig von 88, les Bérurier Noir ou encore Gogol Premier mais également en RDA avec la célèbre Nina Hagen, de son vrai nom Catharina Hagen.

Elle est née à Berlin-Est le 11 mars 1955. A la suite du divorce de ses parents, sa mère rencontre le poète dissident Wolf Biermann. Pour Biermann il faut lutter de l’intérieur et il refuse de quitter l’Est. Après un concert à Cologne en 1976, et sous la pression de la Stasi (service de police, d’espionnage et de renseignement), il ne peut retourner à l’Est et il est déchu de sa nationalité. Cet épisode de la vie de Nina Hagen lui fait connaitre le punk en Angleterre, lors d’un voyage. De retour en Allemagne de l’Ouest avec un groupe, le Nina Hagen Band, elle sort son premier album « Nina Hagen Band » en 1978. Un album détonateur, provoquant, avec des styles variés tels que le rock, le reggae et le punk. Certains morceaux ont énormément fait polémiques, du fait de leurs prises positions diverses telles que l’avortement ou encore du fait des paroles choquante, à connotations sexuelles, dans Pank.

Nina_Hagen_Band.jpg

C’est en 1979 que sort le deuxième album de son groupe, « Unbehagen » (que l’on peut traduire par « mal à l’aise »), avant sa dissolution. Ces deux albums l’ont propulsée sur la scène internationale.

Le Style Punk : influencé par l’Angleterre

Cet exemple en est un parmi d’autres, de nombreux artistes allemands ont influencé la jeunesse allemande et surtout la jeunesse en RDA. Les adolescents se regroupent dans des caves pour jouer de la musique. Cette culture underground complexe rassemble les jeunes en manque de repères, des jeunes voulant s’émanciper de cette société communiste autoritaire. Ils cherchent à avoir leur propre style, avec des cheveux de toutes les couleurs ou encore les fameuses Doc Martens.

PUNK1.jpg

Ils étaient facilement donc reconnaissables par leur style. Le gouvernement va alors organiser des ratonnades pour contrer et effacer ces personnages anti-système.

Dès 1981 la Stasi fait un rapport intéressant : le mouvement a 1 000 membres actifs et 10 000 sympathisants. La répression anti-punk atteint son apogée en 1982 et en 1983, car 250 punks sont classés comme criminels à Berlin et interdits d’entrées dans les cinémas ou restaurants. On essaie de les exclure de toute vie sociale. L’année suivante, les membres de Namenlos, les « sans noms », sont condamnés de 12 à 18 mois de prison.

La Stasi étant partout, le mouvement punk cherche refuge dans le pays, dans les églises, et ce lieu inattendu a accueilli cette culture. Reiner Eppelman a créé ce refuge du fait de son opposition au régime depuis son emprisonnement.

En 1979, il met en place les « messes-blues » où les jeunes se réunissent, chantent, lisent et débattent sur la vie politique du pays.C’est en 1986 que le gouvernement interdit ces rassemblements, en mettant en avant la diminution des bonnes relations entre l’Église et l’État.

Le skateboard : un sport contestataire et anti-système

Le documentaire de Marten Persiel sorti en 2012 « This Ain’t California » montre, à l’aide d’images d’archives, cette discipline née au États-Unis à la fin des années 50. Elle est synonyme de liberté dans un régime autoritaire extrêmement bétonné.

La place « Alexanderplatz » était, dans les années 1980, le lieu des mouvements contestataires où des jeunes passaient des journées à rider. Ce sport a démarré dans la capitale puis a progressivement atteint les villages de RDA et, comme nous le constatons, le reste du monde.

La Stasi va également se questionner sur ces jeunes et elle va les espionner dès 1985. Ce documentaire montre assez paradoxalement la vie de jeunes, sans cesse espionnés essayant simplement d’être libre en faisant la fête, en consommant de la drogue et vivant d’amour.

This-Aint-California-photo.jpg

Ainsi, durant la guerre froide le skate et sa mentalité, mêlé à la musique contestataire et le style punk, tentent de sauter le mur.

Wyckaert Théo

Mention particulière pour une actrice qui passe le bac.

Une lycéenne qui passe son temps entre cours et plateaux de cinéma, c’est assez surprenant. Portrait d’une étudiante au parcours atypique.

Voir une jeune femme de 17 ans dans un téléfilm réunissant 5 millions de téléspectateurs, cela peut paraître déroutant. Ça l’est d’autant plus lorsqu’elle répond à une demande d’interview en disant « je travaille pour un tournage demain, je te dis si je suis prête à 18h ».

Une voix toujours enjouée, un sourire permanent… Elle cherche ses mots mais réussit toujours à trouver des explications justes. Telle est Maira Schmitt quand on lui pose des questions sur sa toute nouvelle carrière d’actrice.

Une lycéenne comme les autres à un détail près. Lequel me diriez-vous ? Evidemment, en terminale, tout étudiant se prépare à passer le bac. C’est bien le cas de Maira. Mais en ce moment, elle a davantage la tête à apprendre des scénarios de films plutôt qu’à réviser des fiches d’économie.  Cette situation inquièterait plus d’un parent, et ce fut d’ailleurs le cas des siens pendant longtemps.  Son père travaille dans le cinéma et l’a mise en garde face à la féroce concurrence bien connue de ce milieu. Mais pour une personne pugnace et un brin0455001.jpg-c_215_290_x-f_jpg-q_x-xxyxx têtue, ce n’était pas cela qui allait l’arrêter.

C’est au 7ème art, qu’elle consacre le plus de temps.

Parisienne d’origine, c’est dans la capitale qu’elle a commencé le théâtre. Des cours, puis un stage au prestigieux Cours Florent. Cette passion pour les planches la suivra jusqu’à Montpellier, où elle vit actuellement. Lorsqu’on lui demande ce qu’elle préfère dans ses cours de théâtre, Maira répond avec dérision que ce sont les exercices techniques alors qu’« en vérité ce sont les exercices chiants ». Mais aujourd’hui c’est au 7ème art, qu’elle consacre le plus de temps.

Des premières vidéos filmées par son père dans le jardin familial à un rôle dans un téléfilm pour Tf1, il y a eu du chemin parcouru. Pourtant, tout semble aller très vite. Quelques castings, une inscription dans une agence de comédiens et c’est parti ! L’heureuse élue parmi une trentaine de candidates. Un premier grand rôle dans « Mention particulière », qu’elle semble éminemment fière d’avoir porté aux côtés d’acteurs renommés comme Bruno Salomone. Un premier jour de tournage un peu compliqué mais la bienveillance de l’équipe l’a emporté sur le stress.

« c’est l’accomplissement d’un rêve et d’un projet de longue date, mais ce n’est que le début »

Ce premier rôle c’est surtout une rencontre qui l’a particulièrement touché. Cette rencontre c’est Marie, une actrice atteinte de trisomie 21 qui tient le rôle principal et dont elle joue la sœur dans le film.

Une expérience de tournage qui l’amènera au festival du téléfilm de la Rochelle. Les premières interviews, un premier contact avec le public… une reconnaissance qui semble un peu la surprendre.

Un « changement incroyable » qui a bouleversé son quotidien

Choisir entre le théâtre et le cinéma ? « les deux sont complémentaires, dans le théâtre il y a une relation avec le public qui est unique, au cinéma je peux davantage juger ma prestation »

Malgré « ce changement incroyable » qui a bouleversé son quotidien de lycéenne, elle admet ressentir une certaine fatigue. Ces expériences confirment le rêve qu’elle a en tête depuis maintenant plusieurs années.

Son inspiration, elle la puise dans les films mais aussi dans la société : « l ‘autre jour j’étais dans le train et en face de moi il y avait une fille. Je me suis dit que c’était exactement comme cela que je devais jouer mon personnage ». Ce personnage, c’est celui d’un film autre actuellement en tournage.

 Et comme si elle n’avait pas un programme assez chargé, Maira a également d’autres passions : le cheval mais aussi la danse. Mais loin d’être dupe, Maira pense commencer des études de psychologies l’année prochaine, « afin d’avoir une base à côté du cinéma ».

Sa famille l’encourage dans sa progression et espère le meilleur pour elle. C’est évidemment ce que nous lui souhaitons en suivant les pas des grandes actrices qu’elle admire comme Adèle Exarchopoulos ou Léa Seydoux.

Vulliet Margaux

Le Japon, influence culturelle sur l’Europe.

À compter de son ouverture au monde au milieu du XIXème siècle, le Japon fascine l’Occident ; c’est l’art, notamment les ukiyo-e, qui crée et répand le mouvement du japonisme. Après la réouverture des ports japonais pour commercer avec l’Occident en 1854, des cargaisons de bric-à-brac oriental commencèrent à affluer en France. Des artistes reconnus montraient dès lors leur affinité avec l’art japonais. Monet s’en ai d’ailleurs inspiré et a décidé de reconstruire son jardin, Giverny, d’un pont japonais.

              claude-monet-giverny-pont-japonais-jcl.jpg
Le Pont Japonais de l’Etang aux Nymphéas de Claude Monet à Giverny

On raconte que James Whistler a découvert des estampes japonaises dans un salon de thé chinois, près de London Bridge et que Claude Monet les a trouvées pour la première fois imprimées sur un papier d’emballage dans un magasin d’épices, en Hollande.

L’influence du Japon sur l’art européen était très différente de l’influence d’autres formes d’art oriental des périodes antérieures. Les pièces d’art antérieures de Chine et d’autres pays étaient considérées comme une sorte de fantaisie pour les collectionneurs, n’ayant aucun impact réel sur les artistes européens de l’époque. En outre, le Japon a été isolé pendant des siècles et l’apparition de cet art a provoqué une nouvelle vague d’excitation, les artistes ont donc essayé de comprendre ce qui rendait l’art japonais si unique. Le terme Japonisme a été inventé par le journaliste et critique d’art français Philippe Burty dans un article publié en 1876 pour décrire le fort intérêt pour les œuvres d’art et les objets de décoration japonais.

Trois grands créateurs d’estampes, Hokusai, Hiroshige ou encore Utamaro sont les artistes japonais qui ont beaucoup influencé les artistes européens. Ils n’avaient cependant pas connu gloire pour leurs travaux au Japon jusqu’à ce que leurs œuvres soient découvertes par les européens car les élites japonaises de l’époque considéraient leur peinture comme beaucoup trop légère, voire simpliste. Sur son lit de mort, en 1849, Hokusai avait prédit « Encore cinq ans de plus et je serais devenu un grand artiste », ce qui se réalisa. Nous pouvons ainsi considérer que le japonisme a été le mouvement qui a sauvé les ukiyo-e. Ce sont les touristes et les collectionneurs européens qui ont présenté les ukiyo-e en Europe, dont la première exposition eut lieu à Paris en 1867. L’exposition a suscité beaucoup d’intérêt et a permis aux produits japonais de devenir élégants et à la mode. Des magasins vendant des impressions sur bois japonaises, des kimonos, des éventails et des antiquités sont apparus à Paris. A partir de 1892, le Musée du Louvre attribue au japonisme une place importante dans ses collections. Nous pouvons voir l’influence d’Hokusai auprès de Gauguin, Van Gogh ou encore Claude Monet. Hiroshige a majoritairement influencé les peintres impressionnistes. Son style se retrouve dans l’Art Nouveau, apparu à la fin du XIXè siècle. Japonaiserie : pruniers en fleurs de Van Gogh est un bel exemple de l’influence japonaise, ou encore Le Pont Ōhashi et Atake sous une averse soudaine comme nous le voyons ci-dessous.

Hiroshige_Van_Gogh_1À gauche : Hiroshige, Pruneraie à Kameido ; à droite : Van Gogh, Japonaiserie : pruniers en fleurs

800px-Hiroshige_Van_Gogh_2.jpg

À gauche : Hiroshige, Le Pont Ōhashi et Atake sous une averse soudaine ; à droite : Van Gogh, Japonaiserie : pont sous la pluie

 Van Gogh va peindre avec des couleurs souvent mélangées et on verra surtout dans les estampes une justification de sa propre utilisation du noir, quasi bannie par les autres peintres impressionnistes.

320px-Shoki2.jpg

« Shōki zu » (Shōki en marche), par Okumura Masanobu

On peut trouver plusieurs différences entre l’ukiyo-e et l’art occidental de la même période. Par exemple, l’impression sur bois a créé une illusion de profondeur qui était pratiquement inexistante dans les œuvres européennes de l’époque. L’art du Japon, en particulier l’estampe ukiyo-e, fut une révélation pour les artistes occidentaux. Une forme d’art japonaise stylisée et narrative qui mettait l’accent sur des contours fluides, un fort sens du design et des formes simplifiées. Ce style d’art distinctif a prospéré au Japon du milieu du XVIIe au milieu du XIXe siècle.

Les européens apprécient généralement la sensation exotique de l’art japonais, même leurs artistes modernes sont souvent recherchés par les consommateurs occidentaux. En ces temps modernes, beaucoup d’européens apprécient la cinématographie japonaise, la musique, et leur forme unique de films d’animation appelés Anime. Malgré cela, on peut se demander combien de personnes qui apprécient les œuvres d’artistes impressionnistes et postimpressionnistes n’ont aucune idée de la façon dont leurs artistes préférés ont été inspirés par l’art d’un pays isolé et inhabituel.

  Ozdemir Biken

Les Occidentaux à la découverte de la beauté orientale.

Au XIXe siècle, de nombreux peintres Occidentaux sont à la recherche de l’exotisme. Et cette fois-ci, il s’agit des magnifiques décors d’Afrique du Nord ainsi que du Moyen-Orient. Parmi ces peintres, nous retrouvons Etienne Dinet, Eugène Delacroix, qui effectua un voyage au Maroc en 1832 dans une mission diplomatique menée par Louis-Philippe, ainsi que Jean-Léon Gérôme qui lui, a effectué plusieurs voyages en Égypte, dont le premier en 1856.

1-MuB6XQlO7X4plvyugm40sw
Jean-Léon Gérôme  – La prière au Caire

1-NoxGeq4z_ZkoXXi8cNUPog
Eugène Delacroix  – Cavalier de la garde du sultan

D’autres peintres orientalistes, méconnus du public ont peint de très beaux tableaux. Nous pouvons citer le peintre américain, Edwin Lord Weeks, né à Boston en 1849. Il fut l’élève de Jean-Léon Gérôme à Paris. Contrairement aux peintres français Eugène Delacroix et son maître, il ira voyager jusqu’en Inde.

640px-Weeks_Edwin_Lord_Royal_Elephant
Edwin Lord Weeks  – Éléphant royal à l’entrée de Jami Masjid

Cette tendance artistique a-t-elle eu une influence sur les sociétés Occidentales?
La réponse est oui. En effet, de nombreux bourgeois et nobles donnèrent réceptions et bals costumés tout en prenant exemple du modèle des cours d’Orient. Certains ont même fait leur portrait tout en essayant de ressembler à un émir.

Est-ce que les tableaux ont été peints directement du lieu d’origine?
La plupart du temps, les peintres orientalistes qui faisaient des voyages en Orient, revenaient en Occident avec de nombreux carnets de croquis. Ainsi, ils se servirent des croquis pour composer leurs peintures une fois de retour dans leur pays d’origine. C’est l’exemple d’Eugène Delacroix, après avoir effectué des croquis lors de son voyage au Maroc, il peignait les tableaux en France à l’aide de ces croquis.

Les Occidentaux n’ont-ils commencé à avoir de l’intérêt pour l’Orient qu’à partir du XIXe siècle?
Bien avant. Au XVIIIe siècle, l’Orient et le goût des voyages sont à la mode. Ainsi, Montesquieu a voulu faire sentir le charme de l’Orient dans son roman, Lettres persanes, publié en 1721. Cette tendance littéraire du XVIIIe siècle faisait partie de l’orientalisme pré-moderne.

Quelles sont les causes historiques de cet intérêt pour l’Orient?
D’une part, l’amélioration des moyens de transport, et notamment l’arrivée du bateau à vapeur qui facilita les allers-retours entre l’Occident et l’Orient. Mais une cause historique majeure donnera un intérêt aux régions orientales. Il s’agit de l’expansion coloniale des puissances européennes dans ces régions. L’un des fondateurs de l’orientalisme, Vivant Denon, qui était le ministre des Arts, a accompagné le général Bonaparte lors de l’expédition d’Égypte entre 1798 et 1801. Bonaparte ne voulait pas mener qu’une campagne militaire, mais une véritable expédition culturelle et scientifique.

Après cet orientalisme qu’on pourrait qualifier de classique, l’orientalisme moderne, qui est le prolongement de l’orientalisme classique, fait son entrée. La création de la villa Abd-el-Tif, qui se situe en Algérie, en sera sa source. En effet, cette villa hébergera de nombreux peintres orientalistes venus de métropole entre 1907 (date de sa création) à 1962 (indépendance de l’Algérie). Aujourd’hui, la plupart des orientalistes sont originaires directement du pays d’origine, et dont souvent du Maroc.

 

Kerrouche Mehdi