Le Japon, influence culturelle sur l’Europe.

À compter de son ouverture au monde au milieu du XIXème siècle, le Japon fascine l’Occident ; c’est l’art, notamment les ukiyo-e, qui crée et répand le mouvement du japonisme. Après la réouverture des ports japonais pour commercer avec l’Occident en 1854, des cargaisons de bric-à-brac oriental commencèrent à affluer en France. Des artistes reconnus montraient dès lors leur affinité avec l’art japonais. Monet s’en ai d’ailleurs inspiré et a décidé de reconstruire son jardin, Giverny, d’un pont japonais.

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Le Pont Japonais de l’Etang aux Nymphéas de Claude Monet à Giverny

 

On raconte que James Whistler a découvert des estampes japonaises dans un salon de thé chinois, près de London Bridge et que Claude Monet les a trouvées pour la première fois imprimées sur un papier d’emballage dans un magasin d’épices, en Hollande.

L’influence du Japon sur l’art européen était très différente de l’influence d’autres formes d’art oriental des périodes antérieures. Les pièces d’art antérieures de Chine et d’autres pays étaient considérées comme une sorte de fantaisie pour les collectionneurs, n’ayant aucun impact réel sur les artistes européens de l’époque. En outre, le Japon a été isolé pendant des siècles et l’apparition de cet art a provoqué une nouvelle vague d’excitation, les artistes ont donc essayé de comprendre ce qui rendait l’art japonais si unique. Le terme Japonisme a été inventé par le journaliste et critique d’art français Philippe Burty dans un article publié en 1876 pour décrire le fort intérêt pour les œuvres d’art et les objets de décoration japonais.

Trois grands créateurs d’estampes, Hokusai, Hiroshige ou encore Utamaro sont les artistes japonais qui ont beaucoup influencé les artistes européens. Ils n’avaient cependant pas connu gloire pour leurs travaux au Japon jusqu’à ce que leurs œuvres soient découvertes par les européens car les élites japonaises de l’époque considéraient leur peinture comme beaucoup trop légère, voire simpliste. Sur son lit de mort, en 1849, Hokusai avait prédit « Encore cinq ans de plus et je serais devenu un grand artiste », ce qui se réalisa. Nous pouvons ainsi considérer que le japonisme a été le mouvement qui a sauvé les ukiyo-e. Ce sont les touristes et les collectionneurs européens qui ont présenté les ukiyo-e en Europe, dont la première exposition eut lieu à Paris en 1867. L’exposition a suscité beaucoup d’intérêt et a permis aux produits japonais de devenir élégants et à la mode. Des magasins vendant des impressions sur bois japonaises, des kimonos, des éventails et des antiquités sont apparus à Paris. A partir de 1892, le Musée du Louvre attribue au japonisme une place importante dans ses collections. Nous pouvons voir l’influence d’Hokusai auprès de Gauguin, Van Gogh ou encore Claude Monet. Hiroshige a majoritairement influencé les peintres impressionnistes. Son style se retrouve dans l’Art Nouveau, apparu à la fin du XIXè siècle. Japonaiserie : pruniers en fleurs de Van Gogh est un bel exemple de l’influence japonaise, ou encore Le Pont Ōhashi et Atake sous une averse soudaine comme nous le voyons ci-dessous.

Hiroshige_Van_Gogh_1À gauche : Hiroshige, Pruneraie à Kameido ; à droite : Van Gogh, Japonaiserie : pruniers en fleurs

 

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À gauche : Hiroshige, Le Pont Ōhashi et Atake sous une averse soudaine ; à droite : Van Gogh, Japonaiserie : pont sous la pluie

 

 Van Gogh va peindre avec des couleurs souvent mélangées et on verra surtout dans les estampes une justification de sa propre utilisation du noir, quasi bannie par les autres peintres impressionnistes.

 

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« Shōki zu » (Shōki en marche), par Okumura Masanobu

 

On peut trouver plusieurs différences entre l’ukiyo-e et l’art occidental de la même période. Par exemple, l’impression sur bois a créé une illusion de profondeur qui était pratiquement inexistante dans les œuvres européennes de l’époque. L’art du Japon, en particulier l’estampe ukiyo-e, fut une révélation pour les artistes occidentaux. Une forme d’art japonaise stylisée et narrative qui mettait l’accent sur des contours fluides, un fort sens du design et des formes simplifiées. Ce style d’art distinctif a prospéré au Japon du milieu du XVIIe au milieu du XIXe siècle.

Les européens apprécient généralement la sensation exotique de l’art japonais, même leurs artistes modernes sont souvent recherchés par les consommateurs occidentaux. En ces temps modernes, beaucoup d’européens apprécient la cinématographie japonaise, la musique, et leur forme unique de films d’animation appelés Anime. Malgré cela, on peut se demander combien de personnes qui apprécient les œuvres d’artistes impressionnistes et postimpressionnistes n’ont aucune idée de la façon dont leurs artistes préférés ont été inspirés par l’art d’un pays isolé et inhabituel.

 

  Ozdemir Biken