Call me by your name, l’histoire d’amour nommée aux Oscars.

A travers cet article, j’ai décidé de vous parler d’amour pour ce mois de février placé sous le signe de Cupidon, grâce à un film que j’ai eu la chance de voir avant sa sortie en salle, le 28 février.

Été 1983. Elio Perlman (Thimothée Chalamet), 17 ans, passe ses vacances dans la villa du XVIIème siècle que possède sa famille en Italie, à jouer de la musique classique, à lire et à flirter avec son amie Marzia (Esther Garrel). Son père (Micheal Sthulbarg), éminent professeur spécialiste de la culture gréco-romaine, et sa mère (Amira Casar), traductrice, lui ont donné une excellente éducation, et il est proche d’eux. Sa sophistication et ses talents intellectuels font d’Elio un jeune homme mûr pour son âge, mais il conserve aussi une certaine innocence, en particulier pour ce qui touche à l’amour. Un jour, Oliver (Armie Hammer), séduisant américain qui prépare son doctorat, vient travailler auprès du père d’Elio. Elio et Oliver vont bientôt découvrir l’éveil du désir, au cours d’un été ensoleillé dans la campagne italienne qui changera leur vie à jamais.

Un film salué par la critique

Call me by your name a été réalisé par l’italien Luca Guadagnino, d’après le roman d’André Aciman, Plus tard ou jamais (en français), véritable roman culte dans le monde anglo-saxon. Ce film est le dernier volet de la trilogie du désir du réalisateur, après Amore et A bigger splash.

Tant sur le plan du scénario que sur celui des acteurs et de la musique, le casting est très bien choisi. Les critiques saluent le film, et les Oscars le nomine dans quatre catégories. En effet, le film est nommé dans la catégorie « Meilleur film », mais également dans la catégorie « Meilleur scénario » signé par James Ivory. Les acteurs sont justes et humains, à commencer par la jeune révélation de 22 ans, Timothée Chalamet qui vole la vedette à l’acteur confirmé Armie Hammer. Le jeune acteur est même nommé dans la catégorie « Meilleur acteur » par les Oscars, plus jeune nommé depuis près de 90 ans. Micheal Sthulbarg, Amira Casar et Esther Garrel participent également à la sublimation de ce filmLes musiques du film, principalement celles de Sufjan Stevens, sont simplement apothéotiques et tiennent une place importante, tant dans les paroles qui narrent la relation entre les protagonistes que dans la mélodie qui reflète cet amour. Mystery of love est la bande originale du film, et elle évoque dès le début des premières notes la nostalgie qui pourrait nous rappeler notre premier amour, notre premier chagrin d’amour. Cette chanson est également nommée aux Oscars dans la catégorie « Meilleur son original »..

L’approche de la caméra, propre à Luca Guadagnino, est séduisante. Ce film fut tourné en 35 mm avec un seul objectif : laisser la place à la lumière naturelle de la campagne italienne plutôt qu’à quelconque artificialité. Tout au long du film la caméra désire les acteurs, et le cinéaste n’hésite pas à filmer la peau, le corps pour laisser place à la sensualité de cet amour qui passe aussi par la découverte des corps.

Une véritable célébration de l’amour

Ce film est une histoire d’amour singulière. Ce n’est pas une histoire « d’amour gay » comme le majestueux Brokeback Mountain, mais seulement une histoire d’amour comme tout le monde a déjà pu en vivre une.

On assiste aux prémices de la naissance de cette histoire entre un adolescent et un adulte. Et étonnamment, ce n’est pas le plus expérimenté qui ose faire le premier pas. L’histoire n’est pas niaise comme les premiers moments d’une relation, mais basée sur la sensualité et l’érotisme. Nous ne sommes pas dans un film caricatural sur l’amour qui fait pleurer dans les chaumières.

Dans ce long-métrage, on dépasse la question du genre, il s’agit d’une connexion simple et amoureuse de deux êtres. Le réalisateur entremêle l’italien, le français, l’anglais et l’allemand, il profite de ce qu’il a à sa disposition pour apporter un plus au livre, qui ne mélange que l’italien et l’anglais. En effet, l’acteur Timothée Chalamet est franco-américain et l’actrice Amira Casar parle couramment plusieurs langues.

L’histoire se situe à Créma, en Lombardie, dans une campagne italienne où la maison de famille tient une place importante dans le film, tout comme les rivières et les arbres fruitiers.
On assiste à une idylle où l’amour est libre. Le temps semble s’être arrêté, rien ne peut empêcher leur relation amoureuse.

Cette relation va naître dès le premier contact physique, lors d’un match de volley, mais également par des promenades à vélo, des baignades dans les rivières et tout ce qui va rythmer les vacances d’été.

call me

C’est une amitié qui dépasse l’amitié, un amour difficile à avouer. Des paroles de la mère du jeune adolescent vont désamorcer la situation. Elle cite une œuvre française en disant « is it better to speak or to die ? » pour évoquer un amour. Cette phrase va ainsi raisonner dans la tête du personnage d’Elio, qui va même en parler à Oliver pour essayer de faire la première approche. Malgré des signes, des gestes et des regards qui ne trompent pas, il faut du temps pour que cet amour se déclare et s’exprime. Chacun des deux futurs amants flirtent en même temps avec des filles, cachant ainsi leur réel désir.

Elio se révèle audacieux et courageux, que ça soit dans sa vie ou avec ses amis et sa famille. Oliver va le rendre vulnérable face à cet amour naissant, sa fragilité va prendre le dessus, mais il va également lui rappeler son inexpérience amoureuse, voire sexuelle, qu’il va essayer d’apprivoiser avec un instinct exploratif dans une scène fruitée mémorable.

Une communication propre aux deux amants

La communication entre les deux amants leur est complètement propre. Il est vrai que leur amour met du temps à se déclarer. Il est transposé à l’écran comme un jeu, entre rejet puis envie de l’autre, ils se repoussent, se frustrent, se retrouvent et finissent par se quitter sur un quai de gare, sans un mot, seuls leurs yeux leur permettant de communiquer en transpirant d’amour.
Ils ont, tout le long du film, du mal à communiquer. Ils s’envoient des mots quand il y a une rupture de communication orale entre eux, et développent ainsi un propre échange. Nous faisons ainsi face à une relation miroir entre les deux personnages, illustrée par la croix de David mais également par les mots d’Oliver « Call me by your name and I call you by mine ». On oscille entre le dit, le non-dit, les sous-entendus, des silences, qui rythment toute la relation.

Ce film démontre également que celui qui a du courage dans une histoire d’amour n’est pas forcément celui qui détient le plus d’expérience. Cela se vérifie par le fait que l’étudiant américain qui arrive n’est pas à sa place, contrairement à Elio qui est plus confiant car il est chez lui. Pourtant, Oliver essaie de se cacher derrière une image, en voulant se montrant sûr de lui.
A l’inverse, cette confiance en soi ne se vérifie pas dans ses relations, où il a beaucoup moins d’expérience qu’Oliver. Pourtant, c’est le plus jeune qui va le pousser à l’action.

L’adieu à son premier amour

Dire au revoir à son premier amour dans une vie est quelque chose de relativement difficile, et c’est cela que va montrer Luca Guadadigno. Elio et Oliver savent très bien que leur relation n’aboutira pas et sera seulement le fruit d’un bel été, d’une saison. Lorsqu’ils se quittent, après avoir passé quelques jours ensemble à jouir de cet amour, aucune larme ne sort. Ils savent chacun ce que ressent l’autre, mais la fierté de ne pas pleurer prend le dessus. Ce n’est que plus tard que le jeune adolescent va se rendre compte de la perte de son amour.

Un monologue de Micheal Sthulbarg (le père d’Elio) vient sublimer cette histoire. Ce discours devrait raisonner longtemps sur le sujet « comment souffrir et comment tomber amoureux sans peine ». Cette confession d’un père à son fils est faite avec une réelle beauté et humilité.

Le clap de fin est simplement sublime, avec une scène magistrale où Elio se livre face aux flammes et aux braises qui se consument comme son histoire d’amour. Les larmes dans ses yeux, reflet de son premier chagrin d’amour, nous rappellent à tous notre propre premier chagrin, sur les mots de la chanson « Visions of Gideon ».

C’est une histoire d’amour attendrissante. Comme le réalisateur l’a dit à propos de son film, « c’est une boîte de chocolat dans laquelle on pioche des gourmandises ». Alors soyez gourmands, et piochez des chocolats !

Dans nos salles le 28 février.
Fin du suspense pour les Oscars le 4 mars prochain.

https://www.youtube.com/watch?v=-pkhSA1YF40 (lien de la BO)

Pour aller plus loin,

Littérature :

« Plus tard ou jamais », de André Aciman, réédité depuis le film sous le titre « Appelle-moi par ton nom »

Musique :

Sufjan Stevens

Maury Laurène