Culture Histoire

Pocahontas : la légende indienne ou caucasienne ?

En 1995, les studios Disney ont sorti un chef d’œuvre nommé Pocahontas : la légende indienne. Il met en scène une princesse amérindienne qui fait face aux débuts de la colonisation anglaise en Amérique du nord. Ce film est un message de paix et d’amour entre deux peuples, qui ne se connaissent pas mais qui se haïssent. On pourrait aussi lire dans le fond un message écologique, la jeune fille d’une vingtaine d’années voulant protéger sa terre et les esprits qui veillent sur les humains. Aujourd’hui encore, beaucoup d’américains réclament des liens généalogiques avec cette princesse considérée comme héroïne. Mais est-ce une représentation fidèle de la réalité que les nouvelles générations ont de cette jeune fille ? Est-elle vraiment la protectrice de son peuple et de ses terres, luttant contre son père et les anglais qui ont décidé de s’entretuer ? Retour sur ce mythe participant à la fondation des Etats-Unis.

L’identité falsifiée de Pocahontas

Pocahontas, née Matoaka (signifiant plume de neige), et plus tard appelée Amonute (nom religieux), est née vers l’année 1595 dans le village de Werowocomoco, en actuelle Virginie. Elle a acquis le surnom de Pocahontas lors de son enfance, celui-ci se référant à une personne espiègle, maligne. Son père est Wahunsenacah, chef de la tribu Powhatan dont le territoire, appelé Tsenacomoco, couvrait toutes les côtes de Virginie. Les Powhatans étaient un groupe appartenant aux Algonquins, dont les derniers survivants résident au Canada. Ils avaient pour coutume d’éloigner la mère à la naissance de l’enfant : la mère de Matoaka mourut quelques temps après. Cependant, elle n’était pas fille unique et on lui compte un peu plus de vingt frères et sœurs, dont Nantaquas, Matachanna ou Tatacope. De plus, la dénomination de « princesse » est erronée. Si la majorité comprend Pocahontas comme princesse car fille du chef, les peuples amérindiens n’avaient pas une conception telle qu’ont les peuples de l’Ancien Monde, marquée par le système patriarcal. Dans les sociétés natives d’Amérique du nord, seuls les héritiers du territoire étaient privilégiés, les autres ne bénéficiaient d’aucun traitement de faveur, comme les princes ou les princesses d’Europe par exemple. Toujours selon la tradition algonquine, les enfants sont nus jusqu’à la puberté. En hiver et à partir de l’adolescence, les hommes et les femmes s’habillaient avec des vêtements faits de cuir et de fourrure.
En 1607, les anglais débarquent en Virginie sur les terres du chef Powhatan : Pocahontas a entre dix et onze ans lorsqu’elle rencontre John Smith.

La vie avec les anglais

John Smith est représenté comme un grand et beau jeune homme. Mais c’est grâce à sa version réelle de vingt-huit ans, petit et barbu, portant des pantalons bouffants et des cols ondulés que l’on doit une description détaillée des Powhatans et de Pocahontas. Celle-ci ne rencontre pas John Smith par hasard dans la forêt, mais après que celui-ci fut capturé par Opchanacanough, un frère du chef, et amené auprès de Wahunsecah. Les relations entre les natifs et les colons n’étaient pas souvent hostiles, ce qui permettait à Matoaka d’aller jouer au fort construit par les anglais, voire de leur apporter de la nourriture. Ce n’est que plus tard, en 1610, que la guerre commence réellement après l’extension du territoire britannique. John Smith était reparti pour la Grande-Bretagne suite à une blessure par balles. La jeune fille a alors treize ou quatorze ans, et a été fiancée à Kocoum. Le chef Powhatan, durant la guerre, a mis sa fille à l’abri chez les Patawomecs, un peuple voisin, afin qu’elle ne risque pas sa vie à aller jouer chez les anglais. Cependant ce peuple remet Matoaka aux colons, qui la retiennent comme captive pendant un an. Elle reçut une éducation chrétienne et appris l’anglais. Il a été assuré qu’elle n’a pas été molestée : en effet, les anglais retenaient l’adolescente dans le but de conclure un accord de paix après la remise de celle-ci à son père. Son fiancé Kocoum meurt en 1613 après un affrontement avec les colons. À sa libération, Amonute était l’interlocutrice des deux peuples et, pour témoigner son attachement aux anglais, elle se convertit au christianisme en prenant le nom de Rebecca.

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Conversion de Matoaka.

De la fille du chef à la fondatrice des Etats-Unis

Le 5 avril 1614, Rebecca se marie au colon John Rolfe, riche propriétaire d’une plantation de tabac et deux fois veuf. Huit mois plus tard naît Thomas, leur fils. Ce mariage a entraîné la « Paix de Pocahontas » parmi les populations de la Virginie, qui commerçaient et entretenaient des relations amicales. Pour montrer le succès de la colonisation, John Rolfe a décidé d’amener sa femme et quelques autres Powhatan (dont sa sœur Cléopâtre, elle aussi convertie) auprès du roi Jacques. Présentée comme « fille du plus puissant prince de l’Empire Powhatan de Virginie », elle bénéficia d’une grande popularité auprès de l’aristocratie. C’est à cette occasion qu’elle rencontra de nouveau celui qu’elle appelait « père », John Smith, réputé mort de sa blessure. Après avoir séjourné en Angleterre, en 1617, Rebecca et John souhaitent retourner en Virginie mais cette dernière tomba gravement malade. Elle meurt peu après, âgée d’une vingtaine d’années, laissant son mari et son fils derrière elle. Ses funérailles furent célébrées le 21 mars 1617 à Gravesend, dans le Kent. Longtemps après sa mort, c’est sa petite-fille, Jane Rolfe, qui donna naissance à celui qui multiplia les lignées généalogiques : John Bolling (1676-1729) devient père de sept enfants, chacun ayant entre un et neuf enfants. Aujourd’hui, Rebecca est vue comme étant la mère des américains et de nombreuses personnalités la réclament comme ancêtre, aussi bien chez les américains descendants des colons que chez les natifs, notamment les Patawomecs qui affirmaient que Matoaka avait mis au monde la fille de Kocoum chez eux : Kaoke.

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Mariage de Rebecca et John Rolfe.

La fracture entre le fantasme et la réalité

Le mythe de l’espiègle Pocahontas a été repris et reconnu comme entrant dans la conception du « bon sauvage ». Dans l’acceptation générale, Pocahontas est celle qui a sauvé John Smith de la peine de mort (ce qui n’a pas été prouvé), la « sauvage » qui s’intéresse à la culture anglaise, mais aussi la première convertie au christianisme. Un modèle d’intégration est vu à travers cette jeune fille depuis le XIXe siècle, lorsque le nationalisme romantique s’est penché sur les écrits de John Smith. C’est cette vision qui a depuis été relayée, mettant la mère de l’Amérique sur un piédestal et accentuant certains aspects de sa vie, tout en en éclipsant d’autres. C’est dans cette mouvance qu’un siècle plus tard, Disney a sorti deux dessins animés racontant la vie de Pocahontas, en réalité telle que vue par les américains blancs. Si la vie de Matoaka, devenue Rebecca, n’est pas aussi héroïque et extraordinaire qu’elle n’est dépeinte dans les travaux des studios d’animation Disney, le mythe qui en émane a été construit de toute pièce par les blancs et les natifs de Virginie. Quoi qu’il en soit, le mythe de Pocahontas est le mythe fondateur qui rassemble aujourd’hui deux peuples qui, autrefois, s’opposaient au prix de larmes et de sang.

DEBSI-PINEL DE LA ROTE MOREL Augustin-Théodore

 

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