Europe Interview Politique

Entretien avec Nicole Fontaine, ancienne Présidente du Parlement Européen.

A l’occasion de la journée de l’Europe se tenant le 9 mai, un rédacteur de l’équipe Ap.D Connaissances a pu s’entretenir avec Mme Fontaine.

32153743_801946773325620_402387961179537408_n
Source : Institut Jean Lecanuet

Nicole Fontaine, femme politique française et européenne est née en 1942. Juriste de formation, elle deviendra Députée au Parlement Européen avant d’en être élue Présidente. Seulement deux femmes ont pu siéger à la tête du Parlement Européen depuis sa création ; Simone Veil, première Présidente, et Nicole Fontaine.

Quelque temps avant le référendum sur le Brexit elle publie un ouvrage intitulé « Brexit une chance ? Repenser l’Europe ».

C’est donc un grand honneur pour moi de pouvoir m’entretenir avec Nicole Fontaine sur ses engagements et sa vision de l’Europe. Je tiens tout particulièrement à la remercier.

 

 

Madame Fontaine, d’où vous vient votre passion pour la politique ?

« Mon parcours n’a pas débuté dans la politique, mais par un engagement associatif. Docteur en droit d’Etat, j’ai été sollicitée pour être directrice du service juridique du secrétariat général de l’enseignement catholique durant la période de mise en place des contrats entre l’Etat et l’enseignement catholique. Plus tard l’Episcopat (ensemble des évêques : ndlr) m’a proposé d’être secrétaire adjointe de l’enseignement catholique ; ce que j’ai accepté. L’engagement politique ne m’était d’ailleurs ainsi pas autorisé. Puis en 1984, Jean Lecanuet ( célèbre homme politique français, arrivé 3ème du premier tour de l’élection présidentielle de 1965 ) m’a proposé d’être sur la liste que menait Simone Veil pour les élections au Parlement Européen. »

 

 

Depuis quand remonte votre passion et vos engagements en faveur de l’idée Européenne ?

« A cet engagement au Parlement Européen, à cette première campagne que j’ai menée aux côtés d’une femme extraordinaire : Simone Veil. J’avais déjà des convictions européennes très fortes au secrétariat général de l’enseignement catholique où l’on préparait professeurs et jeunes à l’Europe, à ce que serait leur univers sans frontières.

Bien évidemment une fois arrivée au Parlement j’ai trouvé tout cela passionnant, mais nous n’avions pas beaucoup de pouvoir à cette époque. Je me suis donc investie dans des rapports et initiatives pouvant être directement opérationnels, comme le programme Erasmus. Tout cela en dépit du faible pouvoir législatif européen. »

 

 

Lorsque vous étiez présidente du Parlement Européen, avez-vous rencontré des situations plus complexes à gérer que celles que peut rencontrer un simple Etat ?

« Je pense que l’on peut avoir de merveilleuses relations avec des collègues des autres pays ; solidarité se mêlant avec forte complémentarité  rendant les choses plus faciles. Dès le départ il y avait 30% de femmes députées ; du jamais vu dans les Assemblées nationales des pays composant l’Union. On vivait avec nos cultures en cherchant à se comprendre et à bâtir une Europe harmonisée. »

 

 

Au regard de la montée des populismes (de gauche et de droite) dans les différents pays d’Europe, pensez-vous que l’Union Européenne soit en danger ?

« Elle l’était sensiblement avant le Brexit, mais depuis les choses changent et évoluent. Les responsables ont pris conscience de leurs erreurs, celles qui avaient détourné les citoyens de l’Union Européenne et ont compris qu’il fallait prendre un nouveau départ.

Deux autres évènements ont beaucoup aidé. L’élection de Donald Trump d’abord qui a fait comprendre aux pays européens que pour leurs défenses il valait mieux rester unis.

Puis ensuite l’élection d’Emmanuel Macron ; on n’avait jamais vu un Président de la République Française prendre ses fonctions sous l’hymne européen. Tous les sondages montrent que les citoyens sont beaucoup plus européens qu’on ne le croit.

 

Je reviens au mouvement populiste ; qu’est-ce que les mouvements populistes ? C’est l’alliance des laissés pour compte, ceux qui ont le sentiment qu’on leur a imposé les choses sans leur demander leur avis, que tout ça ne leur a rien apporté. Nous devons agir en répondant enfin aux attentes des citoyens, en adoptant des textes efficaces sur l’Europe sociale où peu de choses ont été faites »

 

 

Selon vous le Brexit une fois mis en place sera t’il suivi par d’autre pays ?

« Non c’est fini, si tentation il avait dû y avoir, elle se serait produite tout de suite après. Il y avait un risque, tout le monde était stupéfait. Pas moi puisque j’ai fait un livre : « Brexit une chance ? Repenser l’Europe ». C’est aussi la chance de repenser l’Europe. »

 

 

La montée des indépendantismes régionaux comme la Catalogne, ou encore la Corse pour parler de la France, peut-elle conduire l’Europe dans une impasse politique ?

« Je pense que ce sont des problèmes bien plus anciens. L’important c’est d’être restés unis lorsque les catalans ont demandé à l’Union Européenne « Si nous sortons de l’Espagne et que nous faisons une demande d’adhésion est-ce que vous nous accepterez ? », Jean-Claude Juncker ( Président de la Commission Européenne : ndlr) a eu cette réponse propre à lui-même : « Je ne veux pas d’une Europe à 95 ». Ça serait la désintégration totale de l’UE, tout le monde est conscient qu’on ne peut pas ouvrir la boite de Pandore. Mais cela ne peut que ressouder et ressourcer l’Union ».

 

 

La crise migratoire de 2015 est-elle une preuve que l’Union Européenne telle que nous la connaissons actuellement connait ses limites ? En particulier avec la difficile entente entre les pays de l’Est et l’Ouest concernant la politique d’asile.

« Bien sûr mais nous n’avons pas accueilli beaucoup de réfugiés en France. Tout est très confus, par contre, ce qui est vrai c’est que les italiens et les grecs ont abondamment accueillis de personnes.

Ce n’est pas souhaitable d’en faire un vrai clivage Est-Ouest, c’est trop facile. En revanche ce qu’il faut c’est bâtir une politique harmonieuse où tout le monde s’y retrouve, et mettre en place une aide beaucoup plus énergique dans les pays d’où viennent ces pauvres gens. Imposer à des gens d’aller dans tel ou tel pays ou imposer à un pays de prendre tant de gens n’est pas la solution.

La population a été très choquée de voir ces milliers d’immigrés arriver et de voir la façon dont on les a repoussés. » 

 

 

Quelle forme doit adopter l’Union Européenne ? Actuellement on est un peu à cheval entre une organisation internationale et une confédération ?

« Non je viens de vous répondre, ce n’est pas la priorité des priorités de s’attaquer à ça. J’aimais bien la Communauté Européenne, le mot de Communauté était un très bon mot. A Maastricht on a décidé de le remplacer par l’Union Européenne, mais il faut que ça reste un grand projet qui fasse rêver et c’est pourquoi si nous avions continué comme avant à céder aux Britanniques nous étions morts pour le coup. »

 

Les eurosceptiques et europhobes parlent souvent d’Europe de projets mais selon vous la construction européenne et ses réalisations ne forment-elles pas une Europe des projets ? (Ariane, Erasmus, Airbus, Schengen, ESA, etc…)

« Ce sont mêmes plus que des projets, ce sont des réalisations. C’est ce qui a été fait de mieux mais cela ne suffit pas. Le thème de la relance de la croissance suppose des investissements, qu’on s’attèle à un Erasmus pour l’apprentissage. C’est un programme qui a bien réussi alors pourquoi pas pour l’apprentissage. Vous avez tout le volet sécurité, les gens ont peur du terrorisme, qu’est-ce qu’on va faire ? Les gens ont été horrifié de voir qu’un terroriste avait pu traverser 5 pays, il a été arrêté en Italie par hasard. Il y a des failles aux niveaux des Etats, mettons fin a cette guerre des polices. Vous avez aussi le volet protection des frontières avec Frontex, là aussi on a commencé.

Je vous ai parlé de la sécurité, mais il y a aussi tout le volet défense ; pourrait apparaître une volonté commune de la France ainsi que de l’Allemagne de créer une Europe de La Défense »

Faudra t’il encore élargir l’UE à la Turquie et aux pays des Balkans dans un futur projet afin de créer un bloc continental homogène ?

« Sûrement pas : ça serait une erreur. On a déjà fait une erreur en prenant les douze pays de l’Est, non pas qu’ils n’avaient pas vocation à rentrer dans l’UE, mais on a mal préparé leurs entrées. Les citoyens ont eu l’impression qu’on faisait n’importe quoi et ce fut mal perçu. Faire entrer la Turquie n’est plus à l’ordre du jour, même Madame Merkel s’est prononcée à ce sujet, mais ce qui ne veut pas dire qu’il ne faille pas mettre en place des liens très fort. Au sujet des  pays des Balkans, il est bon d’attendre. »

 

 

Pour finir, si vous deviez définir l’aventure européenne en quelques mots que diriez-vous ?

« En l’état actuel c’est trop difficile. On ne sait même pas si les Britanniques vont rester ou partir. Pour le moment on est dans une période transitoire, cette Europe existe, elle a été construite, elle nous a permis d’avoir 50 ans de paix entre pays qui composent l’Union Européenne, elle a fait un marché unique. On a énormément fait pour le consommateur en harmonisant les normes, on a fait avancer l’environnement avec le plan énergie-climat.

Mais rappeler ce qui a été fait de bien ne vous console pas de ce qui n’aura pas été fait de bien dans le domaine qui vous concerne. »

Renart Hugo

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s