Les services secrets en Russie depuis la Première guerre mondiale.

Machiavel a écrit : «   On ne doit jamais laisser se produire un désordre pour éviter une guerre ; car on ne l’évite jamais, on la retarde à son désavantage ». Ainsi les services secrets n’ont cessé de mener à mal nos imaginations, allant jusqu’à nourrir des théories complotistes quand leur but premier est d’éviter une guerre. La raison d’État et le secret-défense étant leur carburant, si on parle de services de renseignement c’est bien parce que comme l’a dit Francis Bacon : « Le savoir c’est le pouvoir ».

Indissociables de la stratégie militaire, les services secrets ont opéré en Égypte pharaonique, à l’ère de la Chine des Han ou encore à la période des Vikings. Mais nous nous établirons en Russie au début du XXe siècle.

L’essor industriel en Russie au XIXe siècle fait apparaître le prolétariat ouvrier. La lutte des classes fera dès lors rage. Le 25 octobre 1917, la révolution crie victoire et les bolcheviks prennent le pouvoir via un coup d’État. Afin de conserver les acquis de la révolution les services secrets, – supervisés par le N.K.V.D (Narodnyï Kommissariat Vnoutrennykh Diel : Commissariat du peuple aux affaires intérieures) – se voient attribuer une place de choix. C’est alors la Vétchéka (Vserossiïskaïa Tcherzvytchaïnaïa Kommissia) plus connue sous le nom de Tchéka, (que l’on peut traduire par Commission extraordinaire pour combattre la contre-révolution, le sabotage et les manquements au service) qui s’assure du maintien des bolcheviks au pouvoir dès 1917. Confiée à Félix Dzerjinski, la Tchéka est le fruit de la volonté de « déclencher la terreur rouge ». Il s’agit en premier lieu d’éliminer « l’ennemi de l’intérieur » et de lutter contre toute forme de menace étrangère. Elle opère non loin des fronts et devient source de dénonciation d’abus à l’époque. C’est pourquoi au neuvième congrès du Parti Communiste d’Union Soviétique il est décidé de réorganiser la Tchéka dans le but de limiter ses avantages.

Naît alors la Guépéou, (Glavnoïe polititcheskoïe oupravlenie : Direction politique principale) le 7 février 1922. La Guépéou est rattachée au N.K.V.D et contient un organisme distinct, l’Oguépéou soit la Direction politique d’État unifiée. L’Oguépéou, tout comme la Tchéka a un but avant tout défensif, et coordonne les activités de la Guépéou. Toujours dirigée par Dzerjinski, la Guépéou devient un instrument de surveillance sans précédent puisqu’elle recueille toutes les informations concernant les déviations possibles des membres du parti et les remet à la police politique. La Guépéou avait notamment le pouvoir d’enfermer dans des camps de concentration tous les individus « socialement dangereux ». Elle est notamment à l’origine d’un système de désinformation des agents étrangers. Seulement son système de chiffrage est un échec car trop facile à déchiffrer pour les Occidentaux. À la mort de Dzerjinski, son adjoint V. R. Menjinski reprend la direction. C’est donc sous Menjinski que la Guépéou se verra chargée par exemple de transformer le typhus en arme de guerre. Elle va non seulement récupérer les avantages de la Tchéka mais elle les agrandit avec les purges. Elle est absorbée par le N.K.V.D en 1934.

Dès lors le N.K.V.D se ramifie et doit se charger de la surveillance des entreprises, des établissements publics, des organisations du parti et donne son assentiment pour qu’un parti politique tierce devienne permanent. Sous sa direction les purges vont se poursuivre avec une intensité croissante. Les purges seront à l’origine de procès politiques, d’arrestations, d’interrogatoires, de déportations, et d’exécutions sans jugement. Et cela pendant que le régime élargit son réseau d’agents implantés à l’étranger en s’appuyant sur des partis communistes locaux et des représentants diplomatiques.

Initialement, le N.K.V.D était un service d’État chargé du maintien de l’ordre public et de « combattre le crime ». Mais en 1934 il succède à la Guépéou. Année durant laquelle le Goulag devient une direction administrative des structures pénitentiaires des différentes républiques soviétiques. Après les échecs du chiffrage de la Tchéka le N.K.V.D met au point un système de « chiffrage à usage unique ». Et c’est en 1937 que la torture est institutionnalisée au sein de l’organisation.

Le N.K.V.D et le Goulag sont difficilement dissociables des purges qui ont permis à Staline d’avoir un pouvoir absolu. Bien plus qu’un moyen d’éviter la guerre, ils illustrent la continuité d’un système de renseignement au service d’une idéologie et d’un seul homme.

En 1941, le N.K.V.D voit apparaître un homologue cette fois commissariat du peuple, le N.K.G.B (Narodnyï kommissariat gosoudarstvennoï bezopastnosti : Commissariat du peuple à la sécurité d’État). Ce dernier devient le M.V.D en 1946 (Ministère des Affaires intérieures) faisant des commissaires du peuple des ministres. La même année apparaît le M.G.B, (Ministère à la Sécurité gouvernementale), la police qui a précédé le K.G.B jusqu’en 1954.  

C’est donc en 1954 qu’est créé le fameux K.G.B, Comité de Sécurité d’État. Considéré comme « l’épée et le bouclier » du Parti communiste et de la révolution bolchévique, le K.G.B a su infiltrer les services de renseignements étrangers. Acteur majeur de la Guerre froide, cet organisme a notamment porté les « Cinq de Cambridge », des étudiants recrutés par le N.K.V.D dans les années 30. Victorieux de l’obtention d’informations sur le bâtiment du Projet Manhattan, le K.G.B a opéré sur son territoire avec l’intimidation et des meurtres d’opposants politiques, et à l’extérieur en récupérant des technologies occidentales et en infiltrant le gouvernement de Willy Brandt en Allemagne de l’Est. Pour maintenir le régime le K.G.B a supervisé les médias, le sport et même l’Église. Rien n’était inaccessible pour protéger les résidents du Kremlin. Mais il a décliné avec des révélations sur ses opérations et une baisse d’efficacité durant les années 60. Son président le général Vladimir Krioutchkov, en utilisant des ressources internes dans le but de renverser Mikhaïl Gorbatchev lors du putsch de Moscou, a été arrêté le 22 août 1991. Vladim Bakatine, général nommé après Krioutchkov a dû se charger de la dissolution du K.G.B qui a eu lieu le 4 décembre 1991.

C’est le F.S.B qui lui a succédé. En charge des affaires intérieures, de la sécurité intérieure, du contre-espionnage et de la lutte contre les crimes, le trafic de drogue et le terrorisme, le F.S.B est habilité à intervenir sur les territoires des anciennes républiques soviétiques. Suite à l’adoption de lois sur le terrorisme, le F.S.B peut d’ailleurs agir sur l’ensemble du globe sur ordre du Président. La puissante organisation possède des troupes armées comme les Spetsnaz. De nombreuses informations, comme le budget du F.S.B ou son nombre d’employés, demeurent un secret d’État. Dans les Héritiers du KGB, enquête sur les nouveaux Boyards, les journalistes Andreï Soldatov et Irina Borogan, décrivent une organisation qui, pour eux, est plus dangereuse que le K.G.B. L’enquête met en lumière la mainmise inédite du F.S.B sur la politique avec le département « M » qui contrôle plusieurs ministères comme le Ministère de l’Intérieur. Contrairement au K.G.B qui surveillait tous les citoyens le F.S.B lui se concentre sur les groupements humanitaires, religieux ou associatifs. La mobilisation collective étant le point commun entre chaque groupement. Dernièrement un ancien agent double du F.S.B a fait couler de l’encre. En effet, Sergueï Skripal était un agent infiltré pour le Royaume-Uni et les derniers évènements peuvent témoigner des pratiques du F.S.B.

 

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Affiche faite par la Tchéka
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Blason du KGB

Etoundi Mathilde