Albert Einstein, père fondateur de la bombe atomique : déconstruction du mythe.

Albert Einstein, symbole universel de la science, est connu comme étant le père de la bombe atomique. Sa découverte E=MC2 a certes ouvert la voie aux travaux sur l’énergie nucléaire, mais qu’en est-il de son implication réelle dans la création de cette arme ?

Si aujourd’hui on ne présente plus Einstein tant sa renommée a dépassé les frontières du monde scientifique, il est nécessaire de faire un retour en arrière pour comprendre la richesse du personnage.

LES DESSOUS DE LA FORMULE E=MC2

Albert Einstein accède à la célébrité le 6 novembre 1919, le jour où l’astronome et physicien Arthur Eddington annonce la confirmation empirique de la théorie de la relativité. La formule E=MC2 est ainsi issue de la théorie sur la relativité restreinte (1905). Celle-ci indique que l’énergie contenue dans un corps est égale à la masse de ce corps multipliée par la vitesse de la lumière au carré. C’est la mise en avant de l’équivalence entre l’énergie et la masse.

On peut lire l’équation dans les deux sens : par la lecture de droite à gauche découle le fait que la masse d’un corps devient de l’énergie. C’est cette possibilité qui est exploitée par la création d’énergie nucléaire.

Ainsi, il est généralement admis que ce sont les découvertes d’Einstein qui ont amené à la construction de la bombe nucléaire. Cependant, cette affirmation est fausse, ou du moins à nuancer. Etienne Klein, physicien au CEA, affirme que E=MC2 n’est pas la bombe atomique, et que cette invention ne doit rien à la relativité. Elle doit tout à la découverte, par hasard en décembre 1938, de la fission. La formule d’Einstein joue dans la bombe tout comme elle joue dans la chute d’un crayon par exemple. La bombe atomique n’est donc pas une conséquence de E=MC2.

L’INFLUENCE DE LA SECONDE GUERRE MONDIALE

Einstein peut être rendu responsable de la bombe atomique dans le sens où il a écrit au président américain Franklin Roosevelt afin de le presser de devancer l’Allemagne nazie dans la fabrication de la bombe atomique. En effet, Leo Szilard, physicien hongro-américain ayant travaillé avec Einstein dans les années 20, fait la découverte en 1933 du principe atomique de réaction en chaine. Ce phénomène physique libère de l’énergie nucléaire pouvant engendrer d’énormes explosions. C’est ainsi qu’il prend peur, convaincu que les scientifiques nazis peuvent s’emparer de cette découverte pour créer une nouvelle arme, et prévient son désormais célèbre ancien co-chercheur.

La peur d’une arme nucléaire dans les mains de Hitler pousse Roosevelt à prendre très au sérieux la lettre du 2 août 1939 – signée par Einstein et dont le brouillon fut écrit par Szilard. « Certains aspects de la situation qui est apparue me semblent demander une attention, et si nécessaire, une action rapide de la part de l’Administration». Ainsi, le 21 octobre 1939, deux mois après avoir reçu la lettre et après l’invasion de la Pologne par Hitler, le Comité consultatif pour l’uranium est créé. Ce comité sera le précurseur du Projet Manhattan, projet secret de recherches qui a permis aux Etats-Unis de se doter de la bombe A. C’est avec la participation du Royaume-Uni ainsi que du Canada et 2 milliards de dollars américains plus tard que les bombes atomiques qui servirent pour le bombardement de Hiroshima et Nagasaki en août 1945 furent mises au point.

 

EINSTEIN, PACIFISTE CONVAINCU

Ainsi, son rôle dans la création de la bombe atomique s’arrête là. Il n’a en effet pas participé au projet Manhattan en raison d’un dossier du FBI de 1400 pages relatant la « radicalité » d’Einstein, qui critiquait le racisme et la guerre, entre autre.

Cependant, cet engagement politique le placera dans la croyance populaire comme un des pères de la bombe atomique. Preuve de la force de l’association Einstein/bombe, une couverture du magasine TIME en 1946 : l’image du scientifique à côté d’un champignon atomique annoté de E=MC2. Sa prise de conscience et ses mises en garde contre les dangers de l’atome seront pourtant oubliées par l’Histoire.

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Photographe Ernest Hamlin Baker

Pendant des années et ce jusqu’à sa mort – à Princeton en 1955 à la suite d’une rupture d’anévrisme – il milite pour un désarmement atomique mondial. Il prévient l’humanité des risques de la prolifération nucléaire au moyen de manifestes. Un des plus connus est le manifeste Russell–Einstein publié le 9 juillet 1955 à Londres. Signé quelques jours avant la mort d’Einstein, cet appel à la raison en pleine guerre froide de 11 scientifiques et intellectuels a pour but d’inciter les dirigeants du monde à rechercher des solutions pacifiques. « Remember your humanity, and forget the rest ».

 De fait, le physicien Hans Rudolf Ott, ancien professeur à l’Ecole polytechnique de Zurich, rappelle qu’« à part signer la lettre, il n’a pourtant pas fait grand chose ». De plus, le fait de dire que les travaux de Einstein aboutissent naturellement à la bombe atomique est « une énorme approximation » selon Alexandre Moatti, historien des sciences.

Fervent défenseur de la paix, Albert Einstein est ainsi perçu à tort comme l’initiateur d’une arme destructrice.

Volle Chloé