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Environnement : qu’a-t-on à espérer des prochaines échéances onusiennes ?

Le lundi 13 novembre 2017, alors que les Nations Unies organisaient la 23ième COP à Bonn (Allemagne), un rapport alarmiste, si ce n’est fataliste, était publié dans la revue « Bioscience ». Ce manifeste, signé par 15 364 scientifiques, n’est pas flatteur pour l’humanité et souligne plus encore l’urgence de la situation. L’organisation de la COP 23 de Bonn est donc l’occasion de revenir sur les principales échéances environnementales à venir.

Une prise de conscience au ralenti ?

Du 6 au 17 novembre 2017, dans un certain anonymat médiatique au regard de la COP 21 organisée deux ans plus tôt à Paris, s’est tenue la 23ième « Conference of the Parties ». Cette COP 23, onusienne à souhait, était l’occasion de réaffirmer les accords de Paris. Plus encore, en cet « événement » subsistait l’espoir d’aboutir à de réelles propositions de textes. Espoir éphémère. Le Ministère de l’Environnement français lui-même, pourtant grand artisan de cette « révolution climatique » engendrée par la COP 21 de Paris, n’hésitait pas à révéler que « des décisions déterminantes [n’étaient] pas à attendre cette année ». La situation n’a-t-elle pourtant jamais été aussi pressante ? Au regard des derniers rapports environnementaux publiés par la communauté scientifique, ne serait-il pas justement le temps de donner un sens à ces rendez-vous « onusiens aux innombrables acronymes propres à donner la migraine » comme le soulignait sarcastiquement le journal Libération ?

«  Il est temps que l’homme se fixe à lui-même son but. Il est temps que l’homme plante le germe de sa plus haute espérance ». Ces paroles de Nietzsche résonnent encore plus fort dans nos têtes, alors que 15 364 scientifiques ont rappelé à cette même humanité la fragilité de sa pérennité sur Terre. Ces mêmes biologistes, physiciens, astronomes, chimistes et autres spécialistes du climat originaires de 184 pays, sont héritiers des 1 700 scientifiques qui avaient alors déjà mis en garde dès 1992. C’est cette fois-ci par le biais d’une tribune publiée lundi 13 novembre q²ue ces hommes de sciences ont cherché à retenir l’attention de tous quant à la destruction rapide du monde naturel et le danger de voir l’humanité pousser « les écosystèmes au-delà de leurs capacités à entretenir le tissu de la vie ».

C’est la raison pour laquelle, à ce jour, 169 pays représentant près de 90% des émissions de gaz à effet de serre ont ratifié l’Accord de Paris. L’objectif principal était alors de limiter le réchauffement climatique en dessous de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels, et dans l’idéal à 1,5°C. Seulement, sans aucune politique climatique à la hauteur des enjeux, le réchauffement pourrait atteindre jusqu’à 4,8°C d’ici la fin du siècle. Autrement dit une catastrophe sans précédent. 2°C qui menaceraient directement 400 millions d’hommes et femmes, soit la population vivant à moins d’1 mètre au-dessus du niveau des mers. Le réchauffement climatique, accélérant la fonte des glaces, engendrerait ainsi une élévation des eaux et donc la destruction de millions d’habitats. Un habitat qui ne concerne pas seulement l’homme mais aussi une biodiversité riche et si fragile. C’est 30% de la biodiversité mondiale qui est mise en péril par l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre. Le réchauffement climatique priverait près d’un tiers des espèces peuplant la planète d’un environnement adapté à leur survie.

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 Tout n’est pas à jeter !

Le constat est alarmant, il est vrai, mais la multiplication des rencontres mondiales liées à l’environnement suggère un certain positivisme. Malgré la lenteur des progrès, tout n’est pas à jeter. La COP 23 de Bonn est à souligner comme le premier rendez-vous sur le climat présidé par un petit Etat insulaire, les Îles Fidji, région du monde pacifique ô combien menacée par la montée des eaux. Cette rencontre, réunissant près de 19 000 participants, exprime avant tout la volonté d’avancer dans l’élaboration des règles d’applications de l’Accord de Paris en vue de leur adoption fin 2018, au mieux. C’est aussi l’une des premières COP sous l’ère Donald Trump, président des Etats-Unis, qui a affirmé son désir de sortir des accords de Paris. Mais contrairement à ce qui pouvait être craint, les Etats-Unis n’ont pas entravé les discussions de cette COP 23. Bien évidemment, certaines tâches d’ombres subsistent : ainsi sur la question des financements aux pays en développement[1], la position des américains reste la même, comme elle pouvait d’ailleurs déjà l’être sous l’ère Obama. Une position non sans intérêt pour d’autres pays riches, partageant la même réticence à octroyer davantage de fonds aux pays du « Sud », et profitant de l’aura américaine pour se cacher derrière l’ogre capitaliste.

Aussi, alors que l’organisation par la Maison blanche, dans la même semaine, d’une conférence provocatrice sur la nécessité du « charbon propre » et du nucléaire dans la transition écologique laissait présager le pire, il semblerait que tout ne soit pas à jeter dans leur investissement énergétique. En effet, Judith Garber, cheffe de file de la délégation états-unienne lors de la conférence, annonçait que « les Etats-Unis [allaient] continuer à être un leader dans l’innovation et les énergies propres » et comprenait « la nécessité de transformer [leurs] systèmes énergétiques ». Les Etats-Unis réaffirment ainsi leur volonté de « rester engagés avec [leurs] nombreux partenaires […] ici, dans la Convention des Nations Unies et ailleurs ».

Une autre relative bonne nouvelle, et que l’on pouvait craindre, est l’annonce de la Banque Centrale norvégienne. Cette dernière a recommandé au fond souverain du pays, (le plus doté au monde avec près d’un million de millions de dollars d’actifs), de se désinvestir progressivement des énergies fossiles. Le fond souverain norvégien a dès lors fait savoir qu’il procéderait à cela dans les mois à venir. Cela marque une avancée majeure pour la Norvège, pays dont l’économie repose largement sur l’exploration de pétrole et de gaz et qui ne compte pas, pour l’instant, diminuer sa production.

Enfin, comment ne pas souligner le lancement, la même journée, d’une alliance pour la sortie du charbon par le Royaume-Uni et le Canada, à laquelle s’ajoutent 25 membres dont la France, l’Italie, les Pays-Bas et les îles Fidji. Notons tout de même que les pays concernés par cette alliance possèdent déjà une part très faible de charbon dans leur production énergétique nationale.

Un nouvel espoir : l’acteur non-étatique, principal fer de lance de cette « nouvelle gouvernance ». 

Bertrand Piccard

Bertrand Piccard annonçant la création de l’Alliance Mondiale pour les Solutions Efficientes lors de la COP 22. (CRÉDIT PHOTO: UNFCCC)

Ce qui émane de cette nouvelle conférence est une fois encore le poids grandissant des acteurs non-gouvernementaux, autrement dit non-étatiques. Par cela, nous faisons référence aux collectivités, entreprises, ONG. Et si le gouvernement américain s’est différencié par son bond en arrière dans la lutte climatique, bon nombre d’ONG et autres entreprises américaines sont venues présenter leurs projets, actions et, par leurs biais, demander davantage d’ambition dans cette lutte commune qu’est le changement climatique.

Un des exemples les plus porteurs d’espoir provient quant à lui de l’Alliance Mondiale pour les Solutions Efficientes. Alliance lancée dès 2016, à la suite de la COP 22 de Marrakech, par Bertrand Piccard, créateur du projet Solar Impulse[2]. L’objectif de cette alliance mondiale est de « promouvoir des solutions permettant d’atteindre les objectifs en matière de santé et d’environnement, afin d’améliorer la qualité de vie sur Terre et de combler le fossé entre écologie et économie », explique alors son fondateur. La COP 23 a été l’occasion pour l’ADEME de rejoindre officiellement cette alliance. L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), établissement public français sous la tutelle conjointe du Ministère de la Transition écologique et solidaire et du Ministère de l’Enseignement supérieur de la Recherche et de l’Innovation, participe à la mise en œuvre des politiques publiques dans les domaines de l’environnement, de l’énergie et du développement durable. C’est donc un nouvel élément de poids qui vient s’ajouter à ce projet fédérateur. En effet, outre l’ADEME, l’Alliance compte près de 500 start-up, entreprises, institutions et autres organisations qui participent à produire, exploiter et soutenir l’utilisation de technologies vertes, ou du moins propres. L’implication de l’ADEME n’est pas anodine. Elle accompagne déjà de nombreux projets innovants français dans le cadre des Investissements d’avenir. Le Club ADEME International, apporte, quant à lui, une expertise accrue en termes de connaissance et de promotion des filières de technologies propres en France et à l’international à l’Alliance. L’ADEME a également pour objectif d’identifier et de mobiliser de nouvelles éco-entreprises françaises susceptibles de venir grossir les rangs de l’Alliance.

L’objectif de ces nouveaux acteurs est de participer plus encore à ce processus de « nouvelle gouvernance ». Cette dernière s’exprime, entre autres, par la mise en place d’une gestion plus intégrée, faisant appel à une multitude d’acteurs non-gouvernementaux concernés directement par l’objet en question, à savoir ici la question énergétique et environnementale. Cette « nouvelle gouvernance » n’est pas nouvelle, et fut notamment une réussite dès les années 1970 dans la préservation des eaux des Grands Lacs nord-américains. Ici, le principe majeur de l’Alliance Mondiale pour les Solutions Efficiente est « de fédérer les principaux acteurs mondiaux du secteur des technologies propres afin de créer des synergies, de promouvoir des solutions à la fois propres et rentables et de les présenter aux gouvernements ».

Ainsi, ce « nouveau-gouvernant » s’est lancé un défi de taille. L’Alliance s’est en effet fixée comme objectif de sélectionner 1 000 solutions économiquement rentables d’ici fin 2018, et de les présenter devant les institutions et gouvernements, à l’occasion d’une seconde assemblée générale à la COP 24 qui aura lieu en Pologne en 2018.

 À la recherche du leader perdu. 

La prochaine COP, quant à elle, fait déjà débat. C’est la Pologne, et plus particulièrement la ville de Katowice qui accueillera en 2018 la 24ième conférence onusienne sur le climat. Inquiétude justifiée par la position énergétique du pays hôte. La Pologne penche en effet toujours largement du côté du charbon. Énergie fossile, s’il fallait encore le rappeler, responsable de plus de 40% des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle de la planète. Le gouvernement polonais constitue d’ailleurs un frein quant à l’avancée des démarches vers une énergie européenne plus propre. Ce dernier a vidé la réforme du marché carbone européen de substance, et bloque également depuis plusieurs années la ratification de l’amendement de Doha, destiné à prolonger le protocole de Kyoto. Ainsi, par crainte que les efforts menés depuis deux ans via la signature des Accords de Paris ne soient vains, l’ensemble de corps négociant présent à Bonn s’est mobilisé pour que la présidence fidjienne puisse garder la main sur le dialogue international, en tandem avec la Pologne, vis-à-vis des échéances à venir. 2018 serait donc à placer sous le signe d’une certaine continuité.

Mais c’est sûrement le sommet international « One Planet », organisé le 12 décembre à Paris, qui mobilise le plus les attentes. Organisée conjointement par les Nations Unis, la Banque Mondiale et la France, cette rencontre a pour principal objectif de renforcer la mobilisation des financements pour le climat. C’est armer des Accords de Paris qui jusqu’alors manquent cruellement de moyens. Annoncé par Emmanuel Macron lors du dernier G20, cet événement mondial se déroule sur l’île de Seguin à Boulogne-Billancourt le 12 décembre 2017, avec toujours cette volonté de remobiliser les principaux acteurs de la COP 21. Aussi, la récente mise à l’écart « égocentrique » des Etats-Unis sur la scène mondiale environnementale volontairement prônée par Donald Trump, fait planer une certaine crainte quant au manque de leadership au sein de la cause écologique planétaire. C’est ce que révèle la réaction de Pierre Cannet, responsable de WWF France, déclarant au journal Libération : « Nous espérons que, lors du sommet du 12 décembre organisé par Emmanuel Macron, l’UE saura rehausser ses ambitions en matière de baisse des émissions des gaz à effet de serre et de financements aux pays en développement ». L’Union Européenne, dont beaucoup espéraient qu’elle assume ses responsabilités et prenne la place des Etats-Unis aux côtés de la Chine dans la direction des négociations, a été particulièrement « timide » lors de la COP 23 organisée en Allemagne. À sa décharge, l’ambiguïté créée par la présence d’une délégation européenne, aux côtés de celles représentant chacun des 28 pays membres, complique quelque peu les discussions. Dès lors, il s’agirait de montrer la voie en présentant des projets concrets, d’envergures et transposables. La Chine navigue quant à elle entre deux eaux. Elle s’affirme comme étant un chef de file sérieux et fort dans sa volonté de pousser et mettre en lumière les besoins des pays en développement. Mais pour réellement s’affirmer comme un leader indiscutable « la Chine devra pousser les règles d’application de l’accord de Paris et démontrer son intention d’accroître son ambition climatique au niveau domestique », réclame Li Shuo, de Greenpeace China.

Le navire onusien semble pour l’instant bien fébrile face à cette tempête climatique. Un leader, un capitaine, se doit de sortir du lot pour remobiliser l’équipage. La « nouvelle-gouvernance » mis en place à bord réussit tant bien que mal à maintenir l’embarcation à flot mais pour combien de temps encore.

Moquillon Rémi

[1] Fonds publics et privés que les pays riches ont pris l’engagement de mobiliser chaque année, d’ici à 2020, pour permettre aux pays les plus vulnérables de faire face au réchauffement. Cette promesse avait été faite lors de la conférence de Copenhague en 2009. Selon les chiffres rendus publics par les experts de l’OCDE en 2016, l’addition du public et du privé pourrait atteindre 77 milliards de dollars en 2020 selon l’hypothèse la plus basse… ou 133 milliards selon le scénario le plus optimiste. (Source : Le Monde 07.11.2017).

[2] La Fondation Solar Impulse célèbre entre autre pour avoir mis en service un avion solaire bouclant un périple de près de 40 000 km, sans une goutte de carburant entre 2015 et 2016.

REFERENCES:

http://www.ademe.fr/actualites

http://www.liberation.fr/planete/2017/11/18/climat-s-est-il-passe-quelque-chose-a-la-cop-23-de-bonn_1610881

http://www.lemonde.fr/climat/visuel/2017/11/07/la-cop23-en-dix-chiffres_5211169_1652612.html

http://www.lemonde.fr/planete/article/2017/11/13/le-cri-d-alarme-de-quinze-mille-scientifiques-sur-l-etat-de-la-planete_5214185_3244.html

http://www.novethic.fr/lexique/detail/one-planet-summit.html

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