Culture Littérature

« Une plume à admirer, un visage à décrire : la Beat Generation »

La fumée s’échappe doucement de sa bouche béante, son regard ne se fixe plus derrière lui, il regarde au loin en pensant à toutes ces promesses qui l’attendent. Ici, il ne lui reste plus rien. Il ne reste que misère, peur, conformisme et suffisance, le tout dans une atmosphère bienséante. Le moteur allumé, son choix est fait, il ne reviendra plus jamais. Dans un dernier regard vers son enfance, il mit ses lunettes noires, embrassa la jolie muse assise sur le siège passager, et démarra le moteur de sa vieille Cadillac. Peu après, le bruit sourd de la Cadillac s’éloigne, ne masquant plus le terrible silence de la ville qu’ils venaient de quitter.

On-The-Road-Quotes-on-the-road-movie-30725713-500-334

La Beat Generation est un mouvement littéraire et artistique né dans les années 1950 aux Etats-Unis. On doit se terme à un célèbre écrivain nommé Jack Kerouac, qui utilise ce néologisme pour décrire la pensée de ses amis, ainsi que la sienne. Si l’on décortique la formation de ce terme, on y trouve deux mots : « beats », qui provient de l’argot américain et qui signifie « fatigué », « cassé », et le mot « generation » dont je ne vous ferais pas l’affront d’expliquer. Dans un premier temps, on peut décrire ce mouvement comme résultant de la crise financière des années 30 et de la seconde guerre mondiale. En effet, la crise financière de 1929 avait donné naissance à un style littéraire « enragé » et « brutal », qui décrivait la fin du mythe américain, la vie des « Hobo » ainsi que la dureté de la société des années 30. En effet, des écrivains comme John Fante ou John Steinbeck, héritiers d’auteurs de gauche américains, ont permis la naissance du mouvement de la « Beat Generation » en représentant une sorte de mythe pour ces auteurs « cassés ».

hobo.jpg

Cependant, Kerouac donnait également une autre signification à ce terme. Pour lui, ce nom évoquait la « béatitude » du mouvement, cette rage de liberté qui coulait dans les veines de chaque personne se référant à ce genre artistique. Ce terme était aussi la promesse de danser des heures sur un son jazzy rien qu’en lisant un chapitre.

Bien que la « beat generation » soit un mouvement littéraire, c’était également et avant tout un idéal de vie, une conception exacerbée de la vie. L’histoire d’un groupe d’ami avides d’anticonformisme, avides de révolte face à une société américaine prônant la consommation, la guerre et qui, à leurs yeux, n’était qu’une Némésis absurde.
En 1957, Kerouac provoque l’engouement pour ce mouvement avec le livre « Sur la route« . Je vous propose donc de plonger un peu plus dans cet univers pour en comprendre les tenants et les aboutissants. Prenons la route vers la Beat Generation.

expo_route_main

Les origines de la « Beat Generation » :

Outre l’influence des écrivains de gauche que nous avons pu voir précédemment, ce mouvement trouve naissance dans l’après-guerre, marqué par le début de la guerre froide et du maccarthysme.

La Beat generation se forme avant tout autour de trois auteurs : Jack Kerouac, Allen Ginsberg et Willian S.Burroughs, qui se sont rencontrés à l’université de Columbia et à New York. Kerouac vit de petits boulots après avoir quitté l’université de Colombia, où il avait été admis grâce à une bourse et à ses talents de footballeur. Ginsberg est étudiant, il écrit dans de nombreuses revues littéraires mais se fait renvoyer de Colombia. Burroughs, quant à lui, vit à New York après avoir quitté l’Autriche où il a fait des études de médecine. Ensemble, ils découvrent les clubs de jazz, explorent les milieux interlopes de la ville, fréquentent les communautés d’artistes et sont animés du désir de devenir écrivains. Ils sont liés par un même amour de la littérature, se font découvrir des auteurs qui les fascinent, se découvrent une passion commune pour William Blake (1757-1827) et ses visions fantasmagoriques. Ils tombent amoureux des poètes anglais romantiques, tels que Keats, Shelley et Byron. Ils s’échangent leurs propres écrits et se soutiennent, s’inspirent des poètes français, comme Rimbaud, Verlaine mais aussi Baudelaire pour ses odes aux paradis artificiels et ses poèmes sur Paris. Burroughs et Ginsberg admirent Lautréamont et Apollinaire, discutent de Dostoïevski. Kerouac lit Proust en français, il écrit même quelques textes dans cette langue.

kerouac-ginsberg-burroughs-stitch-1024x533
Kerouac, Ginsberg, Burroughs

Au fur et à mesure que le mouvement grandit, d’autres auteurs vont venir se greffer, à l’image de Neal Cassady ou Lucian Carr.

« I saw the best minds of my generation destroyed by madness, starving hysterical naked,
dragging themselves through the negro streets at dawn looking for an angry fix,
angel headed hipsters burning for the ancient heavenly connection to the starry dynamo in the machinery of night,
who poverty and tatters and hollow-eyed and high sat up smoking in the supernatural darkness of cold-water flats floating across the tops of cities contemplating jazz »

L’influence de la « Beat Generation »

Dans le cinéma, on retrouve moultes mythes appartenant aux mouvements de la « Beat Generation« . Après avoir fait trembler les librairies, la génération perdue de la Beat Generation prend vie sur les grands écrans. Il faut dire que Kerouac, Ginsberg et Burroughs –poètes illuminés à la soif de vivre– sont de vrais personnages cinématographiques. Ainsi, ils inspirent directement Marlon Brando dans « L’Equipée sauvage » de Laszlo Benedek et James Dean dans « La fureur de vivre » de Nicholas Ray.
La Beat Generation, en mettant sous forme de récits les virées initiatiques, invente un genre dont le cinéma va pleinement s’inspirer pour créer le road movie. On fait alors la connaissance d’un nouveau style de héros, le vagabond désirant s’émanciper d’une société perverse. Ainsi, « Easy Rider » de Dennis Hopper, « Paris Texas » de WinWenders ou encore « Into the Wild » de Sean Penn sont des modèles du genre.Les années 1990 et 2000 ont été très beat dans l’industrie cinématographique. En effet, bon nombre de réalisateurs et d’actrices (comme Kristen Stewart) sont nés avec un livre de la Beat Generation entre les mains. On retrouve alors les plus célèbres œuvres de ce mouvement au cinéma comme « Le Festin nu » de William S.Burroughs qui se trouve librement adapté par David Cronenberg en 1991. L’œuvre majeur d’Allen Ginsberg« The Howl » se trouve également adaptée au cinéma par Rob Epstein et Jeffrey Friedman. Quant au plus célèbre livre de la Beat « Sur la route » se trouve adapté par Walter Salles avec Kristen Stewart.

Mais la Beat generation a aussi influencé la musique. En effet, si les beats étaient des grands amateurs de jazz et notamment de Charlie Parker, la Beat Generation est naturellement associée au rock, autre forme artistique de rébellion. Bob Dylan confessa que le livre « Sur la route » était sa Bible. Il n’a jamais rencontré Kerouac mais il était très ami avec Allen Ginsberg. John Lennon était aussi un fan de la Beat Generation et le leader révéla même que le choix de « Beatles » venait en partie du mot « Beat » ( même si « Beatles » signifie « scarabées » en anglais). Cependant, l’influence de la Beat Generation trouve son paroxysme durant la période hippie, avec la chanson mythique « Lucy in the Sky with Diamonds » faisant référence à William S.Burroughs.
Jim Morrison alla plus loin en avouant que « le seul intérêt de créer un groupe était de devenir un beat. »

On retrouve la Beat Generation dans un dernier domaine, qui est des plus étonnants, celui de la mode. Et le Hipster 2.0 n’a qu’à bien se tenir.
Si Jack Kerouac n’appréciait pas le terme « Beatnik » (terme insultant issu du maccarthysme), il aurait certainement approuvé celui d’« Hipster ». A l’origine, un hipster n’était pas ce jeune urbain féru de mode rétro et de courants alternatifs souhaitant être hype, mais un homme amateur de jazz, de drogues et d’amour libre. La parfaite définition du beat, en fait.
Avec sa chemise de bucheron négligemment sorti de son jean délavé, la cigarette à la main et ses cheveux hirsutes, le beat n’est pas sans rappeler le hipster version 2010 donc. Pourtant Jack Kerouac se désintéressait de la mode. C’est à peine s’il ne fut pas consterné quand son roman « Sur la route » permit à la marque Levi’s de vendre des millions de jeans. Si son œuvre libérait les esprits, son look libérait les corps. Kerouac n’aimait peut-être pas la mode, mais cela ne l’empêchait pas d’avoir un certain style.

De nos jours, si ce mouvement n’est plus et tend à être oublié, on retrouve son influence au fil des décennies. Précurseur de la libération sexuelle, symbole emblématique de la contre-culture, il n’y aurait pas eu d’hippies s’il n’y avait pas de « Beats » et les textes d’Allen Ginsberg, comme il n’y aurait peut-être pas eu de road movie.

« Les fous, les marginaux, les rebelles, les anticonformistes, les dissidents…tous ceux qui voient les choses différemment, qui ne respectent pas les règles. Vous pouvez les admirer ou les désapprouver, les glorifier ou les dénigrer. Mais vous ne pouvez pas les ignorer. Car ils changent les choses. Ils inventent, ils imaginent, ils explorent. Ils créent, ils inspirent. Ils font avancer l’humanité. Là où certains ne voient que folie, nous voyons du génie. Car seuls ceux qui sont assez fous pour penser qu’ils peuvent changer le monde y parviennent. » Kerouac

kerouac

Teychon Baptiste

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s