Une République d’Andalousie pour demain ?

Le 1er octobre 2017, un référendum sur l’indépendance se déroulait en Catalogne, référendum reconnu légitimement par celle-ci et jugé illégitime par les autorités espagnoles. Il ouvrait cependant la brèche indépendantiste. À l’heure où les velléités indépendantistes et nationalistes se font ressentir en Espagne, et surtout en Catalogne et au Pays Basque, ce ne sont pas les seules régions à rêver d’indépendance ou d’autonomie. Ainsi, dans un futur proche, aura-t-on une République d’Andalousie ? L’indépendantisme andalou n’est pas un effet de mode surfant sur les tentatives catalane et basque. Il puise son origine au XIXème siècle, et bien qu’il fût oublié durant la République, la période franquiste et sous la monarchie, il fait son retour sur le devant de la scène depuis le début des années 2010. Un retour certes marginal et timide, mais avec une idéologie claire et développée et avec des figures commençant à se faire connaitre dans le monde politique et syndical espagnole.

Blas Infante, père fondateur de l’idéologie indépendantiste

L’idée de Nation andalouse est incarnée historiquement par un homme, Blas Infante, durant les XIXème et XXème siècles. Blas Infante Pérez, communément appelé Blas Infante, est né en 1885 et est décédé en 1936. Il est un idéologue connu pour sa théorie appelée « l’andalousisme historique ». Il est l’une des légendes de la volonté indépendantiste andalouse et en 1986, le Parlement andalou le proclame « Père de la Patrie Andalouse » pour célébrer le 50ème anniversaire de sa mort. En le nommant ainsi, le Parlement de la région d’Andalousie fait renaître les thèses indépendantistes, mais de manière marginale, en particulier dans les campagnes et chez les anciennes générations. Pour former et rédiger ses thèses concernant l’idéal andalou, Blas Infante s’inspire de l’économiste américain Henry George et de son ouvrage Progress and poverty.

Mais pour élaborer son idéal andalou, Infante dresse les atouts et inconvénients dont disposent l’Andalousie. Il veut tout d’abord mettre en place la redistribution de la terre, mais il veut aussi orienter l’économie andalouse vers l’agriculture. Dans l’espoir de propager sa volonté indépendantiste, Infante s’appuie sur des entrepreneurs, artistes ou autres intellectuels. Il s’est heurté à de nombreuses réticences, mais il ne s’est pas résigné à abandonner pour autant. À l’instar du Pays-Basque et de la Catalogne, Blas Infante décide de créer un foyer, une base indépendantiste solide au sein de l’Andalousie. Il œuvre à cela en réalisant de multiples conférences et il s’appuie également sur les organisations ouvrières.

Mais pour mener sa lutte, Blas Infante devait s’appuyer sur un jeu politique en sa faveur. Cependant, celui-ci est minoritaire. De nos jours encore, le jeu politique en faveur d’une République andalouse est minoritaire.

Les idées nationalistes

Les idées nationalistes se propagent de deux façons : d’une part par les forces politiques, et d’autre part par les domaines régissant la société.

Au niveau politique, les partis en faveur de l’indépendance sont minoritaires. On retrouve le Partido Andalucista, le Parti Socialista de Andalucia ou encore Nacion Andaluza. Mais parmi ces partis, aucun ne siège au sein de l’Assemblée de la région d’Andalousie. Pour autant, malgré l’absence de force politique forte, les indépendantistes disposent d’un hymne et d’un drapeau similaire à celui de la région.

L’idéologie indépendantiste s’appuie sur des résultats économiques, dans le but de créer un sentiment d’indépendance. Tout d’abord en montrant qu’en dehors de Madrid et Barcelone, l’Andalousie est la 3ème région d’Espagne en termes de Produit Intérieur Brut (PIB), avec 148 468 millions d’euros, ce qui en fait une force. Elle est aussi la troisième en nombre d’entreprise, avec plus de 558 000 établissements, et enfin la quatrième région du pays en matière d’exportations. Mais sa dette déstabilise les arguments économiques. Enfin, c’est au niveau culturel que les indépendantistes tentent de faire émerger des velléités séparatistes. La culture andalouse ne se résume pas qu’à l’élevage des taureaux, des corridas et du flamenco. C’est également une histoire, avec l’art andalou où l’on retrouve les architectures de l’Alhambra, la mosquée de Cordoue et autres cathédrales, traces d’une région ayant connu le califat puis la puissance catholique. C’est à partir du Moyen-Âge que les premières cartes de l’Andalousie que nous connaissons actuellement voient le jour.

Mais de nos jours, l’art et l’histoire ne sont pas des moteurs puissants pour faire émerger l’indépendantisme chez les jeunes.

En 2018 et dans un futur proche, quel avenir ?

En 2018, parler d’une Andalousie indépendante peut paraître impromptu. Mais pourtant, l’indépendantisme a de nouveau le vent en poupe.

Depuis 2016, c’est au niveau syndicaliste que les idées indépendantistes progressent, avec un nouveau leader au sein du syndicat Andalous SAT. Il s’agit d’Oscar Reina, pour qui l’indépendantisme andalou permettrait de faciliter et d’assurer un développement économique et social du territoire. Il prend d’ailleurs appui sur les nationalistes basques et catalans, qui pour lui ont la même finalité. Même si l’indépendantisme est l’un des multiples courant idéologique du syndicat, il est cependant présent dans les statuts de l’organisation, lui conférant ainsi une place importante. Oscar Reina se définit comme républicain de gauche et souverainiste andalou. Bien que l’indépendantisme andalou ait encore du chemin à faire avant d’être aussi politisé que celui de la Catalogne, Oscar Reina affirme que « bientôt l’Andalousie sera libre aussi, le vrai souverainisme andalou doit libérer et transformer l’Andalousie, nous sommes nationalistes pour être internationalistes, parce qu’un travailleur est le même partout ». Le syndicat SAT s’occupe certes de la défense des travailleurs, mais pour autant il met en exergue quelques idées politiques. Par exemple, celle de renforcer la démocratie directe au niveau local pour contribuer à répondre aux aspirations du peuple et œuvrer en faveur d’une indépendance future. Le syndicat créé en 2007 à l’Université de Séville revendique environ 25 000 adhérents. Avant d’être syndicaliste militant, Oscar Reina était conseiller municipal. À bientôt 30 ans, il doit sa conscience politique à ses parents. Condamné judiciairement pour des occupations de propriétés et autres faits divers, selon lui le seul objectif de ses actions était la défense du bien social de l’Andalousie, tout comme Blas Infante le souhaitait.

L’indépendantisme andalou est essentiellement un indépendantisme cherchant l’internationalisme. Mais aujourd’hui, avec un contexte politique tendu en Espagne, la Catalogne ayant tenu un référendum d’indépendance et le Pays Basque commençant à son tour à se faire entendre, assistons-nous à la transformation politique du royaume d’Espagne ? Dans un futur proche, l’Espagne sera-t-elle toujours un État unifié ? Deviendra-t-elle un État fédéral ou bien l’Espagne sera-t-elle dépossédée d’une partie de son territoire ?

 

Renart Hugo