Donald Trump et les transformations de la scène internationale.

Le 19 décembre 2016, Donald Trump devenait le 45e président des États-Unis d’Amérique, après une campagne tumultueuse et rythmée par d’innombrables polémiques. Son personnage provocateur n’a pas fait l’unanimité : le candidat républicain représente un espoir pour les uns, un cauchemar pour les autres. Le président au caractère imprévisible a non seulement bouleversé la politique des États-Unis après certaines de ses décisions, mais il a également perturbé l’équilibre international par son culot et son manque de tact. En effet, après seulement un an à la présidence de la première puissance mondiale, Trump a multiplié les désaccords avec d’autres chefs politiques à travers le monde. En négligeant les attentes de ces derniers, Trump a plus ou moins dégradé les relations internationales que ses prédécesseurs ont eu tant de mal à façonner. Quels ont été les différents conflits entre Trump et le monde cette année ?

« I will build the Wall ! »

La « Tortilla Border », frontière séparant les États-Unis du Mexique, est une des plus longues frontières du monde et elle nourrit bien des polémiques depuis l’élection du président américain. Douze millions de mexicains vivent illégalement aux États Unis, ce qui déplait fortement à Mr Trump. En effet, se confrontant à un fort taux de chômage dans leur pays, de nombreux mexicains rêvent de franchir la frontière afin de connaître bonheur et prospérité, en trouvant un travail et de meilleures opportunités dans le pays du célèbre « American dream ».

Donald Trump, se montrant comme un véritable protecteur de sa nation, réduit le Mexique à un pays dangereux, où la criminalité, l’insécurité et les agressions sont omniprésentes. Le pays représente une véritable menace sociale et économique pour le milliardaire, qui affirme que les citoyens américains se voient non seulement voler des emplois par les citoyens du pays voisin, mais ils sont en plus menacés par la violence et l’illégalité mexicaine. Le président américain a donc annoncé l’expulsion massive de clandestins. De plus, Trump ne cesse de montrer son mépris envers le Mexique à travers son outil préféré : Twitter. En effet, le président exprime ses opinions à travers des tweets virulents et n’épargne personne, surtout pas le Mexique.

25 janvier 2017 : Le président Donald Trump signe un décret présidentiel dans le but de construire un mur le long de la frontière séparant les États-Unis du Mexique. Le financement de ce « mur de la honte », surnommé ainsi par les mexicains, doit être remboursé par le chef d’État mexicain lui-même, Enrique Peña Nieto : « Le Mexique paiera d’une façon ou d’une autre », déclara Trump. De plus, le chef d’État américain souhaite renégocier l’Accord de Libre-échange Nord-Américain, en vigueur depuis 1992 : « Nous allons faire un nouvel accord commercial avec le Mexique parce que nous nous faisons tabasser », prolifère-t-il.

Tous ces propos et ces décisions ont bien évidemment choqué le monde entier et ont provoqué une véritable querelle diplomatique entre les deux pays, notamment après le refus du président mexicain de financer le mur. Ce dernier a même décliné une invitation à Washington, voyant les dires et les actes du milliardaire comme une véritable marque d’irrespect et d’humiliation. Une chose est sûre, les relations entre les deux pays sont plus que tendues, après bien des années de stabilité et de rapprochement.

Trump et l’Europe : je t’aime moi non plus :

11 janvier 2017 : à moins d’une semaine de sa prise de fonction à la Maison Blanche, Trump se livre dans deux interviews pour des journaux européens : le Times, quotidien britannique ainsi que le Bild quotidien allemand. Les révélations fusent et surprennent bien des lecteurs lorsqu’ils apprennent les pensées du président américain. En effet, dans ces interviews, Trump critique vivement la politique de la chancelière allemande, Angela Merkel, à l’égard des migrants. Selon lui, l’ouverture des frontières aux réfugiés syriens a joué un rôle dans l’attentat qui s’est produit à Berlin le 19 décembre 2016. Il ne prend même pas la peine de différencier les réfugiés des migrants, qu’il qualifie d’« illégaux ». De plus, il affirme que l’Allemagne a l’ascendant sur l’Europe. Les positions du président américain n’enchantent guère la chancelière, et leurs relations se dégradèrent davantage lorsque Trump refusa de lui serrer la main le 17 mars 2017.

D’autres éléments de l’interview laissent le reste du monde sans voix : Trump se prononce en faveur du Brexit, il envisage même l’éclatement futur de l’Union Européenne et exprime d’une voix assurée que bien d’autres pays devraient et vont le quitter. En effet, le républicain témoigne de son indifférence envers l’UE : « Cela m’est parfaitement égal que les Européens soient unis ou non ». Cette déclaration marque une véritable rupture avec ses prédécesseurs, qui ont toujours soutenu cette Union en faveur de la paix.

Un autre point souligne l’éloignement progressif entre la première puissance mondiale et l’Europe : Trump affirme que les États-Unis assument près de 70% des dépenses militaires de l’OTAN, pendant que les autres pays membres de l’organisation ne respectent pas leurs engagements financiers. Trump trouve cela « injuste » et voit sa confiance envers les pays de l’OTAN décroitre. De plus, le président américain qualifie l’OTAN d’« obsolète » et prononce un discours à tendance isolationniste.

Cependant, en avril 2017, Trump revient sur ses propos : L’OTAN n’a plus rien d’obsolète, et il qualifie l’organisation de « rempart pour la paix internationale ». Le président américain fait ainsi volte-face et change une nouvelle fois d’avis sur cette organisation militaire.

1er Juin 2017 : du côté écologique, nous avons également pu observer de nombreux désaccords entre les États-Unis et l’Europe. En effet, les accords de Paris, visant à limiter l’augmentation de la température terrestre provoquée par l’activité humaine, ont été au centre de nombreux sujets de polémiques lorsque Trump a annoncé la sortie des États-Unis de ces derniers. Cette décision a suscité une consternation mondiale, dû au fait que l’Accord sur le climat était signé par la quasi-totalité des pays du globe. Cette décision est jugée « irresponsable » par la scène internationale, et Emmanuel Macron affirme que Trump a une « responsabilité » quant à la préservation de la planète.

Le président Donald Trump, après avoir été indécis et méprisant à l’égard de l’Europe, semble vouloir renforcer les relations avec le continent. Ce rapport, bien qu’ambigüe, est sujet à bien des réflexions à travers le monde. À tout moment, le milliardaire pourrait changer d’avis et une fois de plus tourner le dos à son plus vieil allié.

« Rocket man » vs « Twitter man » :

Septembre 2017 : La Corée du Nord est à son sixième essai nucléaire et a effectué de nombreux tirs de missiles.

19 septembre 2017 : Donald Trump fait un discours devant l’Assemblée Générale de l’ONU, et menace de « détruire totalement » la dictature communiste si elle ne renonce pas définitivement à ses essais et tirs. Il ne s’arrête pas là, car il qualifie également Kim Jong-un de « Rocket man » ou encore de « fou » en « mission suicide ». Ces propos ont consterné le leader coréen, qui réplique aussitôt à ces insultes : « Je vais assurément et définitivement dompter par le feu ce radiateur américain mentalement déséquilibré », assure-t-il. Ces déclarations marquent le début d’une guerre verbale sans merci entre les deux chefs d’État, connus pour leur impulsivité et leur manque de tact. Les deux têtes d’affiche de la scène internationale ne peuvent se résoudre à laisser leur adversaire gagner et ne comptent pas en rester là. Tout les oppose, mais pas leur caractère abusif et leur envie de contrôle. Tous deux se menacent à travers différents médias, et le président 2.0 a encore une fois décidé de tweeter pour mettre en garde son opposant, oubliant toutes les convenances et optant pour le rapport de force. Pour le leader communiste, les propos de Trump représentent « la plus féroce déclaration de guerre de l’Histoire » et il envisage des « contre-mesures radicales », en réponse aux États-Unis et menace d’un éventuel essai de bombe hydrogène dans le Pacifique « d’une puissance sans précédent ». Trump a, quant à lui, exprimé son accord avec les sanctions adressées aux sociétés qui financent les échanges avec la Corée du Nord : « Les institutions étrangères sont maintenant averties qu’elles doivent choisir entre faire des affaires avec les États-Unis ou avec la Corée du Nord ».

Vont-ils passer d’une bataille incontrôlable où seuls les mots sont utilisés comme armes, à une véritable guerre où tous les coups sont permis, laissant des dégâts catastrophiques ?

Washington, Moscou et Pékin : climat de guerre froide ?

19 décembre 2017 : diffusion du rapport sur la nouvelle stratégie de sécurité nationale de la première puissance mondiale. Selon le président américain, Moscou et Pékin veulent accroitre leurs forces armées et contrôler toutes informations les concernant, afin de réprimer leur population et étendre leur influence. Les deux pays sont qualifiés de « puissances rivales » qui cherchent à « saper la sécurité et la prospérité des États-Unis ». La Chine est accusée de vouloir éclipser les États Unis en Asie. De plus, dans ce rapport, Trump affirme que « le leadership américain est indispensable ». Ces déclarations ont irrité la Russie, qui qualifie ce document d’« impérialiste ». « [Le Kremlin] ne peut accepter que l’on traite le pays comme une menace », exprime Dimitri Peskov, porte-parole du Kremlin. Xi Jinping, l’homme d’État chinois a lui dénoncé la « mentalité de guerre froide » de Donald Trump. Le ministère chinois des Affaires étrangères a appelé à « arrêter de déformer (…) les intérêts stratégiques » de son pays.

Les accusations et propos à l’encontre de Moscou et Pékin montrent un réel contraste avec le comportement récent de Trump, qui visait à instaurer un climat de confiance entre les trois pays. Le président alterne entre cordialité et hostilité, ce qui agace vivement la Chine et la Russie.

Trump et le monde arabe :

30 janvier 2017 : Trump signe un décret interdisant l’accès au territoire américain à huit pays, afin de prévenir les risques d’attentats terroristes. Ces huit pays sont :

– La Libye, le Yémen et la Syrie : les ressortissants de ces pays « à risques », du fait de la présence de différents groupes djihadistes sur leurs sols, ne peuvent disposer d’un visa touristique et ne peuvent s’installer sur le territoire américain.

– L’Iran : ces restrictions s’appliquent de la même façon pour les citoyens iraniens, la seule différence étant que seuls les étudiants du pays peuvent disposer d’un visa, après un examen du demandeur.

– La Somalie : les ressortissants somaliens peuvent demander un visa commercial ou touristique, après un examen et un interrogatoire mais la résidence permanente sur le sol américain leur est interdite.

25 Septembre 2017 : trois pays ont été ajouté à ce décret :

– Le Venezuela : ces restrictions visent plus particulièrement les membres du gouvernement et les personnes proches du pouvoir dans le pays.

– Le Tchad : les ressortissants ne peuvent demander de visa touristique et ont pour interdiction de s’installer sur le sol américain.

– La Corée du Nord : cette restriction est plus symbolique, étant donné que les ressortissants du pays ne peuvent quitter leur pays.

Le Soudan sort de cette liste noire après sa « bonne coopération », selon le président américain.

Cette liste a été vivement dénoncée à travers le monde, et plus particulièrement la liste originale, ne comportant uniquement des pays musulmans. Donald Trump a été accusé de « racisme antimusulmans » après la révélation de son décret et a bouleversé l’équilibre international. L’extension récente de la liste avec l’ajout du Tchad, du Venezuela et de la Corée du Nord a été également très mal perçue. L’ajout de deux pays qui ne sont pas de majorité musulmane permet à Trump de prouver que son décret migratoire ne vise pas particulièrement les pays musulmans. Cette action ne change néanmoins rien à la vision que le monde a à l’égard de cette liste.

6 décembre 2017 : Donald Trump reconnaît Jérusalem comme la capitale d’Israël.

Cette décision récente a défrayé la chronique et a entrainé le président américain dans bien des complications. Cette déclaration a scandalisé et a été vivement critiquée par le monde oriental et occidental. L’annonce historique du président des États-Unis marque une réelle rupture avec ses prédécesseurs, tous ayant choisis de ne pas prendre de décision aussi radicale à propos de ce sujet si complexe.

Le chef du Hamas, Ismaïl Haniyeh, a appelé à une nouvelle intifada pour « contrer la politique sioniste soutenue par les États-Unis », quelques jours après cette annonce fracassante. Le premier ministre israélien a, quant à lui, exprimé sa « reconnaissance historique ».

21 décembre 2017 : à l’Assemblée Générale de l’ONU, 128 voix sur 193 sont en faveur d’une résolution réaffirmant que le statut final de Jérusalem ne peut être définit par Israël et la Palestine uniquement, conformément aux résolutions de l’ONU. Parmi ces 128 pays condamnant la décision de Trump, dix font partis de ceux qui reçoivent le plus d’argent des États-Unis. Ainsi, le président américain ne manque pas de rappeler l’importance de l’aide américaine dans le monde, en laissant entendre qu’il pourrait mettre fin à celle accordée à ceux qui s’opposeraient à sa décision. Ces propos ont provoqué la colère du ministre des affaires étrangères turc qui affirme qu’ «  il est immoral de penser que les votes des États membres sont à vendre. »

Nikki Haley, ambassadrice américaine à l’ONU, met en garde : « Ce vote va modifier la façon dont les américains considèrent l’ONU et la façon dont nous considérons les pays manquant de respect à l’ONU. Ce vote restera dans nos mémoires. »

Autant dire que cette polémique a eu des conséquences sans précédents dans le processus de paix, et provoque une véritable rupture dans le monde diplomatique américain et international sur la question israélo-palestinienne.

Donald Trump, personnage atypique et impulsif, a totalement bouleversé la scène internationale par ses révélations, ses choix et son manque de diplomatie. En un an de mandat, le président a montré ses positions, allant même souvent jusqu’au rapport de force avec les autres chefs d’État internationaux. Véritable ami des réseaux sociaux, le président américain n’a pas hésité à exprimer ses pensées dans des tweets plus provocateurs les uns que les autres. Une chose est sûre, le milliardaire au tempérament ravageur n’a pas laissé le monde international sans égratignures cette année.

Rachati Imane