La monarchie a-t-elle un sens aujourd’hui ?

En 1793, la tête de Louis XVI est tranchée. C’est le début d’une autre alternative politique, la République. Et si aujourd’hui, Alliance Royale matraque que « 17% des Français verraient bien la fonction présidentielle occupée par un roi », vivre sous une monarchie paraîtrait, pour bon nombre d’entre nous, une évolution rétrograde. La monarchie reste pourtant en vigueur dans bon nombre de pays. Est-ce un régime politique obsolète pour le XXIème siècle ?

Un coût important

De ce point de vue, la couronne britannique fait office de mauvaise élève. Ses dépenses ont effectivement augmenté de 11 % entre 2010 et 2015. La famille royale a effectué 63 voyages en 2014, pour un coût minimum de 10 000 livres chacun. Un aspect encore plus problématique est que ce coût entraîne des tensions entre les pays du Commonwealth, certains estimant mettre plus la main à la poche que d’autres. Selon une étude menée en 2016 par S. Punwasi, le coût annuel par habitant pour maintenir la monarchie est de $US1,10 au Canada, $US2,44 en Nouvelle Zélande, $US1,04 au Royaume-Uni et $US0,76 en Australie.  Des écarts jugés injustifiés étant donné que la Reine a sa résidence principale au Royaume-Uni, mais que l’entretien de Buckingham est assuré par l’ensemble du Commonwealth.

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La reine Elizabeth II, une reine qui coûte trop cher au peuple ?

Des scandales entachant la royauté

2012. La chasse à l’éléphant du monarque espagnol Juan Carlos, alors en vacances au Botswana, passe très mal auprès de ses sujets. Dans un contexte de crise économique sévère, s’adonner à un loisir chiffré à 37 000 euros a engendré des critiques compréhensibles envers un souverain qui semble déconnecté des réalités. C’est un peu le « S’ils n’ont pas de pain, qu’ils mangent de la brioche » des temps modernes.

Un peu plus récemment, en février 2015, Swiss Leaks révèle que le roi marocain Mohammed VI possède un compte bancaire où reposent environ 8 millions d’euros, chez HSBC à Genève. Un comble quand on sait que les marocains résidant au Maroc n’ont pas le droit de détenir de compte à l’étranger, et que les autorités insistent sur le « patriotisme économique » en accordant des amnisties en cas de rapatriement de fonds marocains placés à l’étranger.

Un rôle certain

Si les monarques constitutionnels conservent l’essentiel du pouvoir – ce qui est le cas au Maroc et à Monaco – en monarchie parlementaire, le souverain n’a pas vocation à s’occuper des affaires de l’Etat. Pourtant, son rôle n’est pas uniquement cérémonial. Ainsi, chaque semaine, le monarque britannique et le Premier Ministre ont un entretien sans témoin ni enregistrement. Moment idéal pour la Reine, qui a su donner son avis sur la politique, faire infléchir certaines positions voire apposer son veto, comme en 1999 concernant les frappes militaires en Irak.

D’une façon plus générale, le monarque parlementaire incarne la stabilité et l’unité d’un régime, ce qui est très frappant en Belgique où les divisions entre wallons et flamands sont prégnantes.

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Philippe de Belgique, garant de la stabilité au sein de son peuple.

Un soft-power indéniable

La monarchie contribue grandement au soft-power du pays concerné, autrement dit sa capacité d’influence et de persuasion. Alors que David Cameron venait renégocier les termes de l’adhésion de la Grande Bretagne à l’Union Européenne avec Angela Merkel pour essayer d’éviter le Brexit, la présence de la Reine sur place a été jugée nécessaire. Selon le Financial Times, « les officiels britanniques [espéraient] que la présence émolliente de la reine [renforcerait] la bonne volonté » de la chancelière envers le Premier ministre.

Le mariage de Kate et William en 2011 a aussi contribué à ce soft-power. L’évènement a été suivi sur les télévisions du monde entier (9 millions de Français l’ont regardé selon Médiamétrie) et a rapporté de juteux bénéfices au pays, que ce soit par la forte hausse du tourisme (600 000 visiteurs supplémentaires) ou grâce à la vente de produits dérivés.

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Dans le monde, 39 pays vivent sous une monarchie constitutionnelle (couleur rouge), dont 11 en Europe.

Alors oui, bien que critiquable, la monarchie reste un régime qui a un sens. En outre, il s’agit de balayer un peu devant notre porte car Charles de Gaulle avait pensé la Vème République comme une « monarchie républicaine » avec, entre autres, un président arbitre qui dispose de pouvoirs étendus et de l’onction populaire grâce au suffrage universel direct.

Moynat Justine