A quoi ça sert l’art ?

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La trahison des images, René Magritte

 

Beaucoup d’entre vous verront sûrement une pipe dans ce tableau. Eh bien détrompez-vous ! René Magritte, peintre belge ayant longuement travaillé sur la trahison des images, a souhaité démontrer à travers cette fameuse pipe qu’il ne s’agissait pas d’une pipe mais uniquement de sa représentation et l’action de la pensée du peintre sur cette représentation. C’est ce qu’est l’art : la représentation des choses et ce qu’en pense le peintre.

Mais… A quoi ça sert, l’art ?

L’art sert évidemment à marquer l’histoire, à laisser une trace, non pas des évènements mais surtout de la pensée de ceux vivant l’époque dont il est question.

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Portrait de René Descartes

Retour à vos cours de philosophie. Le fameux « Cogito ergo sum » soit « je pense donc je suis » de Descartes nous fait comprendre que l’homme est doté d’une conscience, à l’inverse des animaux. C’est parce que nous sommes des êtres capables de réflexion que nous sommes humains. Spinoza, lui, disait que nous avons tous un conatus, une identité qui nous est propre. Comme le cheval galope, l’humain pense. Il est essentiel de s’interroger, de réfléchir sur un sujet ou un autre afin de s’épanouir en tant qu’Homme.

L’art, c’est une praxis. Au même titre que la philosophie, ce sont des activités qui ne produisent aucune valeur ajoutée et qui n’ont aucun but mis à part « le perfectionnement de l’agent » comme le disait Aristote. C’est une activité qui permet ce travail de réflexion. En ce sens, un tableau ne peut être considéré comme une simple décoration. Il ne s’agit pas de le trouver « beau » ou « moche », mais il implique un travail de réflexion et une visualisation mentale particulière.

 

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Photographie de Serge Gainsbourg

Bien sûr, l’art ne parle pas à tout le monde. Serge Gainsbourg, lors de son altercation avec Guy Béart, a donné une classification des arts qu’il a scindé en deux catégories : les arts mineurs et les arts majeurs. Selon lui, les arts majeurs correspondent à ceux que seuls les initiés peuvent comprendre : la peinture, la poésie, l’architecture, le classique. Les arts mineurs sont ceux qui parlent à tout le monde, comme la chanson. Il est certes difficile de comprendre tout le travail de dur labeur qu’il y a derrière la construction d’une cathédrale si nous ne sommes pas architecte, pourtant rien ne nous empêche d’en apprécier sa grandeur et de la contempler longuement. Il en est de même pour la peinture.

Voici une vulgaire méthodologie afin d’analyser une œuvre d’art. 3 questions se posent :

Quoi ? Comment ? Pourquoi ?

  • Le Quoi : de quoi s’agit-il ? Qu’est-ce que le peintre nous représente ? Qu’est-ce que nous voyons à distance lointaine ?

  • Le Comment : comment cela nous est représenté ? Quelles techniques ? Quelles couleurs ? Quels matériaux ? Quels mouvements ? Qu’est-ce que nous voyons de très près ? Quels sentiments sont suscités ?

  • Le Pourquoi : A distance moyenne, il s’agit du moment où l’œuvre fait miroir sur nous. Soit nous sommes déjà touchés et nous arrivons à nous évader en imaginant le avant/après la scène qui nous est présentée, on se remémore des souvenirs, des moments vécus, et on réfléchit sur un sujet en particulier. Soit l’œuvre ne fait pas écho sur nous et nous devons nous interroger davantage, notamment à travers la vie de l’artiste. Pourquoi l’artiste a-t-il représenté cela ? Que se passait-il dans sa vie à ce moment-là ? Dans quel contexte l’a-t-il réalisé ? Quel était le courant de pensée de l’époque ?

Oyez oyez les réticents à l’art. Si nous ne comprenez pas les œuvres abstraites, voici un exemple succinct d’un tableau de Mondrian, « Composition en rouge, jaune, bleu ».

 

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Composition en rouge, jaune, bleu
  1. On voit des carrés, des rectangles, des lignes. C’est très linéaire, droit (les formes ne jaillissent pas dans tous les sens). Il y a les trois couleurs primaires (magenta, jaune, cyan) et les 2 valeurs (noir et blanc).
  2. C’est une huile sur toile. La toile mesure 400x400cm, elle est carrée. La peinture est très lisse. Les mouvements sont parfaitement exécutés, c’est très agréable à regarder.
  3. Selon la vie de l’artiste (qui nous est généralement renseignée pendant une exposition), on apprend que Mondrian fait partie du courant du néoplasticisme et qu’il peint un « idéal abstrait » et une « essentialisation du monde ». On comprend l’essentiel avec ces couleurs primaires, ainsi que l’idéal à travers ces formes parfaitement droites. Pour Mondrian, lignes et aplats de couleurs n’existent pas en soi, en tant qu’entités fixes, mais les unes par rapport aux autres. On peut refléter cette idée sur nous et se dire que nous n’existons en tant qu’humains que les uns par rapport aux autres. Cette idée a d’ailleurs été traitée dans le film l’Enfant Sauvage, enfant élevé non pas en société mais dans la nature avec des animaux.

Nous avons tous un conatus. Pour certain c’est l’art. Pour d’autre, la littérature, le cinéma, la poésie. Et le vôtre ?

Metry Sephora