Ap.D Politics : Antoine Sillani, membre des Jeunes Républicains.

Ap.D Politics est un projet mené par trois rédacteurs et rédactrices d’Ap.D Connaissances, dans le but de sensibiliser la jeunesse à la politique à travers un large panel d’interviews et de rencontres de militants de différents partis et mouvements politiques, notamment des organisations de jeunesse.

Ancien étudiant en communication à l’EFAP de Lille, actuel collaborateur de cabinet dans la ville de Marcq-en-Barœul, Délégué National des Jeunes Républicains et coordinateur des Jeunes LR du Nord-Pas-de-Calais, Antoine Sillani nous parle de son engagement chez les Jeunes Républicains, branche de la jeunesse du parti politique Les Républicains.

-Pourriez-vous nous définir le parti politique auquel vous appartenez ?

« J’appartiens aux jeunes Républicains, qui est la branche jeune des Républicains. Contrairement aux socialistes, les jeunes Républicains ne sont pas indépendants, nous sommes rattachés aux Républicains, nous ne sommes pas autonomes. Les jeunes Républicains accueillent tous les moins de 30 ans. Les Républicains est un parti qui est quand même assez jeune, parce que c’est la suite de l’UMP qui était lui-même la suite du RPR. Même si l’on est un parti jeune, nous avons une histoire importante issue principalement du Général De Gaulle, qui est le premier pilier de la droite. J’appartiens donc à ce mouvement gaulliste, avec ses hauts et ses bas. »

–Quelles sont les valeurs que vous défendez en priorité dans ce parti politique ?

« Il y a une valeur qui me touche énormément, c’est le travail. Je suis vraiment quelqu’un qui a envie de le défendre car je pense que le travail, dans une vie, c’est important. Le travail, c’est également la méritocratie et la réussite, c’est être utile dans une société. C’est cette valeur que je veux défendre. Je veux défendre ceux qui travaillent, aider ceux qui n’en n’ont pas à en obtenir. C’est une des valeurs pour laquelle je me bats énormément. La deuxième valeur que je défends énormément, et c’est personnel, c’est la justice. C’est pour moi le juste dans le sens large du terme. J’ai horreur de l’injustice en règle générale et je pense que si je fais de la politique c’est pour me battre pour le juste parce que dans la vie, on voit des situations injustes, on voit des gens qui subissent des sorts qu’ils ne méritent pas. Je suis à droite car je considère que c’est la formation politique qui défend le plus ces valeurs de travail et surtout celle de justice, qui est très importante pour moi. »

-Comment s’organise le fonctionnement interne de ce parti politique ?

« On a un fonctionnement assez classique, peut être trop même. C’est une organisation nationale, puis départementale et ensuite par circonscription. Il faut revoir ce système car aujourd’hui, avec la loi sur le non-cumul des mandats, il n’y aura plus de barons locaux donc il faut une organisation plus communale. Il y a aussi des responsables thématiques à l’échelle nationale et départementale, et la branche jeune qui est rattachée à tout ça, qui est un copier/coller de l’organisation au niveau national. Chez les jeunes, il y a une direction nationale à laquelle j’appartiens, une direction départementale et une par circonscription. »

-Quels sont les moyens utilisés dans le but de vous visibiliser au maximum, et notamment auprès des jeunes ?

« Aujourd’hui on utilise, surtout dans la région Hauts-de-France et dans le Nord, le numérique et les réseaux sociaux. C’est un problème de la droite, et c’est là où Emmanuel Macron a été meilleur que nous, il faut l’admettre, avec l’utilisation des outils digitaux. Et aujourd’hui, moi je suis persuadé qu’un post Facebook a plus d’utilité qu’un tract distribué. Je suis dans cette optique de modernisation de la droite. Certains sont dans une autre optique en me disant « Non il faut que tu ailles coller, tracter… ». Je ne suis pas certain de l’utilité aujourd’hui de ces outils alors que l’on a Facebook, Twitter, Instagram, les mails. Pour moi aujourd’hui c’est cela la clé, en tout cas chez les jeunes. Cependant, chez les plus anciens, on reste attaché au format de la petite enveloppe, du tract. Donc pour les jeunes, c’est vraiment les réseaux sociaux. Aller tracter aujourd’hui, c’est même considérer être agressif plutôt qu’utile avec les gens. »

-Comment êtes-vous entrés en politique ?

« Je suis originaire d’un petit village à côté de Maubeuge dans la Flandre-Aviesnois, un territoire en difficulté avec un fort taux de chômage, et donc sur Maubeuge, beaucoup de choses ne me plaisaient pas. J’ai donc eu envie de m’engager, mais je ne savais pas quel parti politique choisir. J’étais un peu centre-droit, je me cherchais un peu. C’est suite à des rencontres que j’ai décidé de m’engager. Dans mon village, il y avait un débat autour de l’ADSL, et une députée s’est battue pour l’obtenir. J’ai décidé de lui envoyer un message pour la remercier et elle m’a directement appelé. J’avais déjà des valeurs de centre et de droite mais cet appel m’a boosté. A 16 ans, avoir une députée qui vous appelle c’est comme avoir le sentiment d’être le « Roi du monde » d’autant plus que notre appel avait été repris dans la presse. J’ai donc eu envie de rejoindre le parti. La deuxième chose est que je viens d’une famille avec un père chauffeur livreur aujourd’hui à la retraite, et une mère fonctionnaire, responsable d’enseignement professionnel dans des lycées. Un homme est apparu dans le paysage politique, il cassait les caricatures en montrant une image contraire d’un parti politique qui ne parle qu’aux riches. Cet homme, c’est Nicolas Sarkozy. Il représente une part importante de mon engagement, il m’a donné envie de rejoindre la politique et le parti de l’UMP. »

-Votre ligne idéologique est-elle toujours restée la même ou a-t-elle connu des changements (et a-t-elle vocation à changer) ?

« Je pense que dans la vie on évolue. Quand on est lycéen, nous n’avons pas les mêmes préoccupations que lorsque l’on est étudiant, que l’on travaille ou que l’on fonde une famille. Dans la vie, les choses que l’on voit en travaillant nous font changer. Pour exemple, j’aurai pu il y a quelques années avoir un discours sur l’immigration et sur les réfugiés politiques un peu plus dur qu’aujourd’hui. Dans mon travail, j’ai eu l’occasion de rencontrer des réfugiés syriens, des gens menacés, pourchassés par le pouvoir de Bachar El Assad, des journalistes, des médecins qui risquaient leur vie en restant en Syrie. J’ai donc un regard différent là-dessus. Je pense que dans la vie, on change. Mes valeurs n’ont pas changé, et elles ne changeront jamais. Mes valeurs comme le travail, la justice ou l’humanisme ; je me considère très largement comme humaniste car pour moi la place de l’Homme dans une société est importante ; ces valeurs resteront les mêmes. J’ai toujours condamné les extrêmes mais c’est vrai que sur certains sujets, j’ai été amené à évoluer, j’ai été confronté à une réalité et aussi par des rencontres. On évolue tous dans la vie et celui qui vous dit « j’ai les mêmes idées à 16 ans comme à 50 ans », c’est un menteur. J’évolue un petit peu, j’ai aussi des caricatures qui sont tombées mais derrière mes valeurs sont en grande partie restées les mêmes. »

-Pour quelles raisons avez-vous adhéré à ce parti en particulier ?

« Du moment où j’ai adhéré aux Républicains, j’étais aux Jeunes Républicains. Les raisons sont à la fois ma rencontre avec la députée et l’entrée de Nicolas Sarkozy dans le paysage politique. C’était leur parti politique donc c’est pour cela que j’ai décidé d’aller dans ce parti là et pas un autre. J’ai retrouvé des gens qui partageaient mes valeurs. Peut-être qu’à l’époque, si j’avais rencontré quelqu’un de l’UDI, j’aurais rejoint l’UDI. C’est vraiment des rencontres personnelles, des circonstances et la campagne de 2007 de Nicolas Sarkozy. »

–Quels sont les sujets qui vous semblent les plus prioritaires dans la conjoncture politique actuelle ?

« Il faut que la droite, comme tous les partis, puisse parler de tout. L’économie, le chômage, les jeunes. La jeunesse est quand même d’une grande importance. Je regrette qu’aujourd’hui il n’y ait même pas de ministère de la jeunesse. La sécurité, l’immigration, la défense sont des sujets indispensables. Ce sont des sujets impératifs. Mais a contrario, il y a des sujets sur lesquels on ne parle pas assez, comme l’écologie, le développement durable. Je veux que l’on parle plus de ces sujets là car ils nous concernent tous, et le problème de ces sujets c’est que l’on tombe très rapidement dans l’idéologie. J’ai eu l’occasion de parler avec Jean Louis Borloo lors d’un grenelle. Il a une très grande connaissance du sujet et il a réussi à le dépolitiser. L’écologie n’est ni de droite, ni de gauche ; l’avenir de nos enfants n’est ni de droite, ni de gauche. C’est le seul qui a réussi à ne pas tomber dans les caricatures. Et il y a un autre sujet pour lequel Emmanuel Macron a donné de l’espoir en 2017 en inspirant à de nouvelles méthodes politiques. Il a évoqué un changement dans la démocratie avec une meilleure proximité entre élus et citoyens. Et aujourd’hui, on ne voit rien de tout ça donc je pense que les partis politiques doivent se ressaisir du sujet parce que la crise démocratique n’est pas terminée. On peut aujourd’hui penser l’inverse mais il suffit d’aller sur le terrain, dans la rue, pour voir que les gens continuent d’ignorer la politique, ils ont toujours envie de voter beaucoup pour les extrêmes. Les partis politiques et le gouvernement doivent prendre en main ce sujet et dire « comment fait-on pour remettre de la proximité dans la démocratie ? Comment faire évoluer la démocratie participative ? Comment fait-on pour la développer ? ». Il y a quelques semaines encore, à Marcq-en-Barœul, il y avait les journées nationales de l’association « Décider ensemble » avec 800 experts de la démocratie participative. Ils se sont réunis de toute la France, et c’était passionnant de voir des idées émerger, des villes qui mettent en place des choses formidables. Je regrette de ne pas avoir vu de membre du gouvernement, ni beaucoup de maires et d’élus, ce qui est dommage. Donc j’ai envie qu’on se saisisse de ce sujet parce qu’un grand pays, c’est un pays qui a une démocratie. Quand on regarde le monde, les pays en guerre sont des pays n’ayant pas de démocratie. La démocratie représente le pilier de la République et moi je trouve qu’elle est en crise alors qu’en 2017, il y avait un discours encourageant prononcé par Emmanuel Macron. Aujourd’hui, on ne constate rien. Je veux que tous les partis politiques, quelque soit la couleur politique, prennent le sujet en main pour qu’il redevienne un sujet prioritaire. »

-Pour vous, que signifie être jeune en politique ?

« Je n’aime pas tous ces discours dans lesquels on entend dire qu’il faut des jeunes, il faut changer les visages etc.… le jeunisme est une bêtise, on ne peut pas mettre un jeune pour mettre un jeune, on ne choisit pas les gens en fonction de leur âge mais plutôt en fonction de leurs compétences. Et moi, durant les dernières élections législatives, j’ai vu des parlementaires perdre à leur élection alors que ce sont des personnes très compétentes. Se baser sur le jeunisme pour voter, ce n’est pas une bonne logique. Il y a des jeunes qui ont été élus et qui sont très compétent mais mettre des jeunes pour pouvoir dire que l’on introduit des jeunes en politique, je trouve que c’est d’une stupidité totale et je pense que lorsqu’un élu est bon, alors il faut le garder. Voter contre car il est âgé, voter pour car il est jeune, est une logique stupide. On a pu le voir d’un côté avec les députés LREM qui ont eu des comportements un peu bizarres et de l’autre, dans les formations politiques historiques où il y a quelques cumulards. Il faut un équilibre entre les deux. Aujourd’hui, on tombe toujours dans un extrême ou dans l’autre, soit on doit cumuler tous les mandats, soit on doit virer tout le monde. Je crois en l’entre-deux, je crois dans les gens compétents. A la question « être jeune en politique c’est quoi », je vais répondre qu’elle n’est pas primordiale. Etre jeune en politique suppose deux choses : être jeune physiquement ou cela désigne quelqu’un qui vient d’arriver en politique ? Je n’ai pas envie que l’on juge quelqu’un en fonction de l’âge, je veux que l’on choisisse les personnes en fonction des compétences. Je ne suis pas sûr que quelqu’un de 23 ans puisse gérer la Mairie de Lille par exemple ou encore la Métropole Européenne de Lille à 25 ans, sachant qu’il faut gérer plus d’un milliard de budget. Il faut arrêter les caricatures sur ce sujet. »

-Quel message pour la jeunesse ?

« Ce n’est pas à la jeunesse à qui je veux passer un message, c’est aux partis politiques. Je prends le problème à l’envers lorsque l’on me dit que les jeunes ne s’engagent plus. Si les jeunes ne s’intéressent pas à la politique, c’est parce que le problème est dans la politique. J’ai 27 ans, je suis militant depuis 10 ans, je connais par cœur le mouvement des Républicains, le microcosme politique de la Métropole européenne de Lille et le problème est qu’aujourd’hui, on n’arrive pas à attirer les jeunes. Mélenchon a un petit peu réussi ce défi pendant la présidentielle. Marine Le Pen aussi a réussi pendant les régionales. Ce sont les extrêmes qui réussissent. Pourquoi ? Parce que les partis politiques traditionnels ne parlent plus aux jeunes. J’ai envie de dire aux partis politiques, quelle que soit leur couleur : réveillez-vous. Il faut arrêter de croire que cela va se faire naturellement. La crise démocratique est loin d’être finie, et il faut que sur les méthodes, les Hommes politiques se réveillent. Beaucoup d’élus se réveillent mais il faut que les partis politiques le fassent aussi. Par contre, je pense que quelqu’un comme Xavier Bertrand à la région (Hauts-de-France), sa façon d’être président de région et dans les méthodes qu’il utilise, prouve qu’il a tout à fait compris ce défi à relever. C’est déjà un bon point dans les Hauts-de-France, plus belle région du monde. »

Interview réalisée le 23 Mars à Lille.

Sarrosquy Aurélien, Ozdemir Biken, Gilot Claudie

 

JR

Pour en savoir plus et/ou adhérer :