Frida Kahlo : militante historique du féminisme.

Dans une société patriarcale où les inégalités femmes/hommes persistent, il est important de parler des pionnières du féminisme, qui ont lutté pour l’émancipation et les droits des femmes. La talentueuse Frida Kahlo, artiste peintre mexicaine, fait partie de celles qui ont fait de la cause des femmes une affaire personnelle. Elle s’est imposée comme vraie figure du féminisme, voulant défendre « cette masse silencieuse et soumise », affirmait-elle. Son caractère intrépide, son œuvre saisissante et peu commune ainsi que son anticonformisme ont fait d’elle la véritable légende mondiale qu’elle est aujourd’hui. La belle mexicaine au corps déchiré et au cœur brisé, la « fille de la Révolution [mexicaine] », comme elle aimait s’appeler, à fait trembler le monde depuis le Mexique. Retour sur cette femme forte et indépendante, à la vie si tragique.

Une existence dramatique : ce qui ne tue pas rend plus fort…

Frida Kahlo a prétendu être née en 1910, date symbolisant le début de la révolution mexicaine, alors qu’elle est en réalité née en 1907, dans la banlieue de Mexico. Elle passa son enfance et la majeure partie de sa vie dans la « Casa de Azul » (maison bleue en espagnol), qui est aujourd’hui un musée en son hommage et qui cache entre ses murs les nombreuses œuvres et objets personnels de cette dernière.

Très tôt, Frida Kahlo a du surmonter des épreuves compliquées. En effet, seulement âgée de 6 ans, elle est victime de la poliomyélite, maladie infectieuse pouvant être auteure de paralysies. Bientôt, sa jambe droite se déforme et cesse de grandir. Ces anomalies physiques lui coûtent alors de nombreuses moqueries auprès de ses camarades de classe, qui la surnomme « l’estropiée ». Cet épisode, bien que sombre, l’aide à prendre en maturité et elle apprit à se servir de cette faiblesse comme une véritable force.

Dès son jeune âge, la mexicaine décide qu’elle ne veut pas suivre le même parcours que les autres femmes de son pays, dicté par la misogynie. Frida rêve de voyages, d’indépendance et de liberté. Elle souhaite étudier, connaître l’amour, le plaisir et le bonheur. A 16 ans, elle s’intéresse déjà à la politique et ne songe absolument pas à s’embarquer dans la même lignée que son père, Wilhem Kahlo, grand peintre et photographe d’origine allemande. L’art lui est alors totalement étranger.

L’accident : un tournant dans sa vie….

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Frida Kahlo est jeune, belle et promise à un grand avenir. Elle fera de brillantes études et sera une femme, une vraie. Mais à 18 ans, c’est le coup de grâce : un tournant dans sa vie d’adolescente. En rentrant de ses cours, elle prend le bus. Le conducteur perd le contrôle de l’engin et sort de la route. C’est alors qu’il percute un tramway. Le résultat est catastrophique : de nombreuses personnes trouvent la mort dans cet accident. Frida, elle, ne meurt pas, mais sort de cet incident avec de graves séquelles : la barre du bus la transperce. L’abdomen perforé, la jambe fracturée, le pied cassé, le bassin, les côtes et la colonne vertébrale brisés : son corps mutilé de toute part est un véritable carnage. Elle doit rester à l’hôpital plusieurs mois, enfermée dans un corset en plâtre. Le vagin également touché, elle apprendra des années plus tard qu’elle ne pourra avoir d’enfant.

Seule sa force mentale l’aidera à surmonter ce traumatisme et ces immenses douleurs physiques et morales. Elle décide alors de lutter contre elle-même, contre son propre corps. Pour cela, elle se réfugie dans la peinture, dépose sur ses toiles les choses telles qu’elle les voit. A travers ses autoportraits, elle se focalise sur elle-même et fait de sa personne le propre sujet de son art. La peinture l’aide à remonter la pente et à oublier la souffrance qui l’envahit.

L’année 1928 marque le début de son engagement politique : elle entre dans le parti communiste mexicain. Elle veut changer les choses, renverser les codes sociaux et réduire les inégalités : « Je veux faire partie de la révolution pour transformer le monde en un monde sans classes, où les classes oppressées vivent dans de meilleures conditions. ». La « fille de la révolution » se lance alors dans une lutte pour les droits des femmes, contre le machisme ambiant que l’on peut retrouver au Mexique et partout ailleurs à cette époque. L’homme est considéré comme le dominant, alors que la femme est réduite au simple rôle de ménagère. Ces inégalités insupportent Frida Kahlo, qui refuse de se soumettre à ces stéréotypes dégradants.

Diego Rivera : relation rythmée par de la passion et des souffrances.

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Elle rencontre peu de temps après Diego Rivera, peintre communiste populaire grâce à son talent pour les fresques que l’on peu trouver à San Francisco par exemple. Frida est impressionnée par son travail, Diego est subjugué par cette femme originale et douée. Ils partagent le même amour pour l’art et pour le communisme. C’est le coup de foudre : ils décident de se marier. La mère de Frida qualifie ce mariage « d’une union entre une colombe et un éléphant », cette idée ne l’enchantant guère.

Les tourtereaux s’aiment passionnément mais, bientôt, les infidélités de Diego compliquent leur relation. Diego séduit sa sœur, collectionne les conquêtes… Mais ces adultères encouragent son épouse à faire de même : étant bisexuelle, elle multiplie les amants et les maîtresses, tels que le révolutionnaire russe Léon Trotski ou encore l’actrice parisienne Joséphine Baker. Malgré ces tromperies malsaines, les amoureux ne peuvent se quitter, la passion les animant étant beaucoup plus forte. En effet, après une période plus que difficile, ils divorcent en 1939 mais ne pouvant se quitter plus longtemps, ils décident de se remarier un an après.

L’impossibilité pour elle d’avoir des enfants à cause de son accident va se rajouter au tas de douleurs psychologiques auxquelles elle doit faire face. Ses fausses couches à répétition vont avoir un effet terrible sur le mental de la jeune mexicaine. Elle sera désespérée, se sentira seule, abandonnée de tous. Cet épisode sera pour elle l’un de plus triste de sa vie, et il faudra beaucoup de temps pour l’accepter et aller de l’avant.

Les années 1950 : la descente aux enfers.

A partir de l’année 1946 son état de santé, qui s’était pourtant stabilisé, s’aggrave progressivement. Ses douleurs deviennent insupportables, et elle doit alors subir de multiples opérations de la colonne vertébrale. Le résultat est déplorable : elle est condamnée à rester pas moins de 9 mois dans son lit d’hôpital. Ne plus pouvoir être la maîtresse de son corps la plonge alors dans une mauvaise passe. Elle continue cependant à peindre, et assiste à l’exposition de son amie photographe Lola Alvarez Bravo, de son lit d’hôpital.

En 1953, elle doit faire face à un nouveau coup dur : l’amputation de sa jambe droite due à la gangrène. Cette opération met fin à ses souffrances physiques, mais ses maux sont présents plus que jamais. Perdre sa jambe la plonge dans une profonde dépression : « On m’a amputé la jambe (…) j’en ai presque perdu la tête. J’ai toujours envie de me suicider. Seul Diego m’en empêche car j’imagine que je pourrai lui manquer (…) Jamais de toute ma vie je n’ai souffert davantage. J’attendrai encore un peu… », se confie-t-elle dans son journal.

De son fauteuil roulant, elle continue de militer pour ce en quoi elle croit. Elle ne cesse de diffuser des messages d’égalité, représente toujours des sujets très tabous (sexe, désir, infertilité…) dans ses peintures. Affaiblie par une pneumonie, Frida Kahlo s’éteint en 1954, mais les derniers mots qu’elle rédige dans son journal éveillent des soupçons auprès de son entourage : « J’espère que la sortie sera joyeuse… et j’espère bien ne jamais revenir ». On pense alors à un suicide, qui lui aurait permis de mettre fin à ses peines.

Elle demeure une femme débordante de vie et un modèle flamboyant de force et d’indépendance, qui lutta pour ses convictions jusqu’à son dernier souffle. Sa dernière peinture en témoigne : elle y inscrit « Viva la vida », parmi les couleurs éclatantes qui illuminent le tableau. C’est un réel paradoxe avec les nuances ternes qui ont coloré son existence. A travers ce message d’optimisme, elle montre que peu importe les difficultés traversées, la vie vaut la peine d’être vécue.

Frida Kahlo : une figure du féminisme.

Tout au long de sa vie, Frida Kahlo à incarné une véritable icône du féminisme, s’opposant à la psychorigidité de la société mexicaine, hermétique à l’émancipation des femmes. Elle construit son mythe seule, avec l’aide de sa forte personnalité et de son caractère intransigeant.

Frida Kahlo était athée dans un Mexique très catholique, et c’est là qu’a commencé son originalité et son opposition aux normes. Elle se revendiquait bisexuelle dans une société attachée aux valeurs d’antan, contre ce qu’elle pouvait qualifier de « déviances ».

La situation politique au Mexique a eu une réelle influence sur son œuvre. En effet de 1910 à 1920, c’est la révolution. Le pays en ressort affaibli à tous les niveaux : économique, social et politique. De 1920 à 1924, la situation critique du Mexique se stabilise, mais les inégalités persistent. Après cette période, c’est le retour à la distinction des genres. Les femmes, qui ont apporté leur contribution pendant cette époque hostile, ayant réussi à s’imposer dans la sphère politique, se voit réduites à leur ancien rôle de ménagère. C’est le retour à l’asservissement, aux tâches domestiques, à l’absence de droits. Elles n’ont pas accès à la vie politique, à l’éducation… Très jeune, Frida Kahlo refuse de se soumettre, et se lance dans une lutte contre les stéréotypes du genre.

Son arme favorite : la peinture. A travers son art, elle a pu sensibiliser, provoquer et s’exprimer librement. Chacune de ses peintures lui permettaient de parler de sujets tabous, dont personne n’osait parler jusqu’alors. Du sexe en passant par l’avortement, les fausses couches ou encore la dépression, ses peintures illustrent les expériences de la vie d’une femme. Elles permettent de mettre une image sur leurs souffrances et les épreuves terribles qu’elles peuvent rencontrer, que les hommes de cette époque avaient tant de mal à comprendre. Frida Kahlo se permettait tout et n’avait aucune limite, elle ira jusqu’à représenter des organes génitaux. Beaucoup critiqueront son œuvre et la verront comme une réelle marque de vulgarité et d’indécence. André Breton, avant-gardiste du surréalisme, déclara alors que « Son art est un ruban autour d’un bombe ».

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Une chose qui nous permettrait de reconnaître la féministe mexicaine parmi mille est son mythique monosourcil et sa petite moustache. Elle ne les cachait pas, au contraire, elle s’en servit pour s’imposer dans ce monde où les femmes sont asservies et victimes de pressions sociales. Elles doivent ressembler à un idéal imposé et pour cela, toute forme de masculinité n’est pas la bienvenue. Frida Kahlo a montré que ses poils n’empêchaient pas sa beauté, elle qui incarnait l’élégance et la féminité. La mexicaine voulait s’affranchir du standard de la femme parfaite, qui doit répondre à de multiples critères. Elle dérangeait, par ses manières anticonformistes. Sur certaines photos de famille, on peut la voir vêtue d’un costume pourtant réservé aux hommes. Diego, sur une de ses peintures, l’a même représentée cigarette à la bouche, bouteille de Tequila à la main. Une femme ayant un faible pour les boissons alcoolisées était plus que mal vue, mais Frida Kahlo aimait ça et ne s’en cachait pas : « Je buvais pour noyer ma peine mais cette garce m’a appris à nager ».

La lutte féministe et son combat en faveur des minorités ne sont pas les seules batailles qu’a entrepris Frida Kahlo. La « mexicanité », l’acceptation de ses racines, de son identité en tant que mexicaine, se rajoutent à cette liste déjà exhaustive. Après ces longues années de révolution et de chaos économique, politique et social au Mexique, il faut reconstruire le pays et faire en sorte que les habitants soient fiers de leurs racines. C’est pourquoi, en 1942 elle devient membre du « Seminario de Cultura Mexicana », organisation créée par le ministre des affaires culturelles. Elle a pour mission d’encourager la diffusion de la culture mexicaine par le biais d’expositions et autres rendez-vous culturels qui représenteraient la tradition du pays.

Frida Kahlo, par son œuvre magistrale et saisissante, son engagement pour la cause des femmes et des minorités, par le courage dont elle a fait preuve durant sa vie semée d’embûches, a aujourd’hui une place encrée parmi les nombreuses femmes qui se sont battues pour l’égalité. Les épreuves douloureuses qu’elle a dû affronter lui ont permis d’avoir les épaules pour braver toutes les difficultés. Ses peintures provocatrices ont été symbole d’ouverture d’esprit et de liberté. Jusqu’à son dernier souffle, Frida Kahlo, en peignant les étapes poignantes de sa vie, a su être la porte parole de toutes ses femmes dont le droit de s’exprimer leur a été enlevé.

Rachati Imane