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George Sand , de Musset à Chopin en passant par la République.

Si l’on devait décrire rapidement George Sand, on pourrait dire que c’était une femme au nom d’homme, aux habits d’homme, mais à l’âme profondément féminine. George Sand tend de plus à plus à tomber dans l’oublier. Les œuvres qu’elle nous a laissé sont surtout des romans qu’elle a écrit pour vivre et dans lesquels sa prose est brimée par les codes de l’époque. Ses yeux profondément noirs et sa chevelure d’ébène en font une femme mystérieuse et séduisante. George est connue à travers les noms de ses célèbres amants et non pour elle-même. On la voit parfois comme la jeune femme au caractère affirmé qui est partie avec Musset à Venise pour en revenir accompagnée d’un autre homme, mais aussi comme la maitresse calme et épanouie de Chopin pendant près de dix ans. Rarement souligne-t-on l’engagement politique de George Sand et, bien sûr, jamais on ne dit non plus que « la Bonne Dame de Nohant » était sèche et dure avec ses domestiques.

Retour sur cette femme aux idéaux amoureux introuvables dont Flaubert disait à Tourgueniev : « il fallait la connaître comme je l’ai connue pour savoir tout ce qu’il y avait de féminin dans ce grand homme, l’immensité de tendresse qui se trouvait dans ce génie ».

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George Sand par Auguste Charpentier (1838)

George Sand, de son vrai nom Amandine-Aurore-Lucile Dupin, naît à Paris le 1er juillet 1804. Ses parents sont d’origine sociale différente et la jeune Aurore ne passe que les quatre premières années de sa vie avec sa mère, Sophie Delaborde.

Sophie est la fille d’un maître oiselier et rencontre le père d’Aurore, Maurice Dupin, à Milan. Malgré l’opposition de la famille aristocratique Dupin de Francueil, les deux jeunes gens se marient par amour et Aurore nait quelques mois plus tard.

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Dessin représentant Sophie Delaborde, la mère d’Aurore.

Le père d’Aurore, Maurice Dupin, est officier dans l’armée napoléonienne. Son métier l’éloigne régulièrement de sa fille. En 1808, il meurt d’une chute de cheval à peine âgé de 30 ans. L’éducation de la petite fille est alors prise en charge par sa grand-mère paternelle, Madame Marie-Aurore Dupin de Francueil, qu’elle rejoint à Nohant.

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Peinture anonyme représentant Maurice Dupin, le père d’Aurore.

La grand-mère d’Aurore est la fille naturelle du maréchal de Saxe (1696-1750) et d’une comédienne, Marie Rainteau. Elle a bénéficié de l’éducation du couvent de St-Cyr créé par Mme de Maintenon, l’épouse morganatique de Louis XIV, pour les jeunes filles pauvres de l’aristocratie. Son fils Maurice nait en 1778 de son mariage avec Louis Claude Dupin de Francueil. En 1793, pour échapper à la Terreur, elle achète le château de Nohant, au sud du Berry. Elle ne peut s’y rendre que plus tard, après avoir passé un an de captivité au couvent des augustines anglaises, transformé en prison révolutionnaire.

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Marie-Aurore de Saxe, grand-mère paternelle d’Aurore, avec son fils Maurice.

A Nohant, Aurore a une enfance heureuse. Petite, elle court les champs avec des petits paysans, s’habille en garçon pour monter à cheval. Elle passe deux ans (1818-1820) au couvent des augustines anglaises à Paris, au milieu de jeunes filles de l’aristocratie.

A la mort de sa grand-mère en 1821, Aurore quitte Nohant pour Paris. Dans la capitale, elle retrouve sa mère avec laquelle elle doit vivre. Cette dernière se montre autoritaire et Aurore envisage le mariage pour échapper à cette oppressante tutelle.

A 18 ans, elle se marie avec le baron Casimir Dudevant, alors âgé de 27 ans. C’est un ami de la famille et le mariage est rapidement conclu. Le couple vit heureux entre Nohant et Paris. En 1823, nait Maurice suivi de Solange en 1828. Aurore se révèle très maternelle et le sera toute sa vie, que ce soit avec ses enfants, petits-enfants, ses amis et ses amants. C’est une femme d’action et cette vie de famille l’ennuie rapidement. Casimir décide alors de la divertir en l’emmenant dans les Pyrénées. Pendant l’excursion, Aurore tombe amoureuse d’Aurélien de Sèze, un magistrat bordelais. Alors que l’escapade dans les Pyrénées avait pour but de ressouder le couple, le voyage marque la fin de l’harmonie des époux Dudevant. En décembre 1830, Aurore annonce à Casimir qu’elle part vivre à Paris six mois par an. Il lui verse une pension et prend soin de Nohant et des enfants. Pendant ce temps, Aurore part rejoindre Jules Sandeau, son nouvel amant qu’elle a rencontré pendant le soulèvement des Trois Glorieuses les 27, 28 et 29 juillet 1830 contre Charles X.

Entre 1831 et 1832, elle prend progressivement le nom de George Sand. En effet, elle retourne à Paris où elle doit gagner sa vie car la pension que Casimir lui verse est insuffisante. Grâce à des amis, elle entre dans l’univers fermé de la littérature. Elle rend visite au directeur du Figaro, Henri de Latouche, qui accepte de la former au « métier d’écrire ». Après s’être heurtée à la misogynie des directeurs de revues, Aurore décide de s’habiller en homme et de changer son nom en le masculinisant. Elle forme, avec Sandeau, une « association littéraire ». Ils écrivent leur premier roman à 4 mains, Rose et Blanche, et le signent du nom de Sandeau abrégé en « J. Sand ».

En mai 1832 est publié le premier roman qu’elle écrit seule, Indiana, et qu’elle signe « G. Sand ». Le succès est immédiat, et elle devient vite un écrivain reconnu et salué par la critique.

Lors d’un diner en juin 1833, George rencontre Alfred de Musset. Leur attirance est réciproque, mais elle s’exprime d’abord à travers la littérature. Finalement, Alfred se déclare et les deux amants partent pour Venise en 1833. A Venise, George tombe malade, et alors qu’elle est alitée, Musset court les cabarets et les filles de mauvaise vie. Comme pour se venger, George devient la maitresse du médecin qui est venue la soigner, Pietro Pagello. Musset quitte Venise le premier et, plus tard, George rentre également à Paris, accompagnée du médecin. Une fois revenue dans la capitale, elle retombe dans les bras du poète et Pagello rentre seul en Italie.

En 1834, Musset publie sa pièce de théâtre « On ne badine pas avec l’amour » dont certains passages sont des extraits de lettres que George lui a écrites. Bien des années plus tard, George aussi raconte. En 1859, elle publie le roman « Elle et lui », qui raconte à travers 650 pages la passion qu’elle a vécue avec Musset en la romançant.

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« George Sand à l’éventail »,
Dessin réalisé par Alfred de Musset lors de leur voyage à Venise en 1833.

George sort brisée de sa rupture avec Musset. Elle rentre à Nohant mais vivre avec Casimir s’avère compliqué. Elle trouve son réconfort dans l’écriture et se divertit avec de nouveaux amis, qui sont Liszt et Marie d’Agoult. En 1836, Liszt présente George à Frédéric Chopin. La fragilité et le talent du pianiste polonaise la séduisent, bien que sa santé soit fragile. Chopin reste réservé car il l’estime « trop » célèbre. Ils se croisent à de nombreuses reprises dans différents cercles. George est prudente et s’informe, auprès d’amis à l’instar du peintre Delacroix que les deux fréquentent, des sentiments de Chopin. Finalement, George et Chopin deviennent amants et partent pour Majorque avec Solange et Maurice car l’hiver français est trop rigoureux pour le tuberculeux qu’est Chopin. Pour George Sand commence une deuxième vie conjugale qui dure plus de 8 ans. Les années de vie commune représentent l’apogée de la production artistique de Chopin durant lesquelles il crée, à Nohant, les Préludes, plusieurs Nocturnes et Sonates, une Fantaisie, une Polonaise et une Mazurka. George et Chopin rompent en 1847 et le pianiste meurt deux ans après, en 1849.

Il ne reste aujourd’hui presque rien des échanges des deux amants après que leur correspondance ait été détruite. Il ne reste que les lettres envoyées à des tiers. Par ailleurs, Delacroix avait réalisé un tableau des deux artistes qui les représentait, lui jouant du piano, elle se tenant derrière lui pour le regarder jouer. Le tableau est coupé en deux, créant ainsi un portrait de George aujourd’hui conservé à Copenhague et un de Chopin conservé au Louvre de Paris.

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Le portrait de Chopin conservé à Paris et celui de George à Copenhague.
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Dessin préparatoire du tableau réalisé par Delacroix.
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Tableau réalisé à partir de l’esquisse de Delacroix donnant une idée de ce que pouvait être le tableau final découpé.

On connaît donc surtout George Sand à travers ses amants. Le voyage à Venise avec Musset reste sans doute l’un des événements les plus connus. Bien que George ait eu de nombreux amants, on ne peut lui prêter un comportement volage et inconséquent. A travers ses aventures George cherchait sans doute à trouver l’homme idéal. Elle était amoureuse de l’amour et voulait trouver son incarnation.
Mais George est aussi une femme engagée, ancrée dans son temps et fervente défenseuse de la République dont les fondements peinent à prendre racine en France.

En 1829, François Buloz devient le directeur de la revue qu’il fonde sous le nom de Revue des deux mondes. Au cours de sa vie, il publie de grands auteurs du XIXème, comme Victor Hugo, Balzac, George Sand et bien d’autres. En 1833, George le contact pour qu’il publie Lélia dans sa revue. A la suite d’une collaboration de douze ans, George décide, en 1841, de mettre fin à leur collaboration car elle considère que sa liberté d’expression est brimée. Elle fonde alors la Revue Indépendante dans laquelle elle tient des propos engagés démocratiquement. Elle y publie d’ailleurs ses deux romans dits socialistes que sont Horace et Consuelo. George n’est pas une femme passive du XIXème siècle. Elle s’intéresse aux problèmes sociaux de son temps et écrit sur la propriété, les rapports du capital et du travail et les associations de travailleurs. Elle se crée vite une place parmi les penseurs démocratiques de l’époque et fréquente d’éminents acteurs politiques comme Louis Blanc ou Eugène Cavaignac, mais aussi avec des révolutionnaires étrangers comme Bakounine.

En février 1848, elle accueille les journées révolutionnaires contre Louis-Philippe avec enthousiasme et rédige de nombreux écrits de propagande. Elle conseille d’ailleurs Ledru-Rollin qui est candidat à l’élection présidentielle de 1848 où il est battu par Louis-Napoléon Bonaparte. George supporte mal la défaite de son ami républicain et la dérive conservatrice des élections. Elle part se réfugier dans son havre de paix à Nohant. A partir de 1848, elle devient une cible privilégiée des caricaturistes comme Daumier ou Alcide Lorentz. C’est en effet un genre florissant au milieu du XIXème siècle qui accompagne le rapide développement des journaux.

 

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Caricature de George Sand réalisée en 1842 par Alcide Lorentz.

De retour dans son Berry, elle écrit quelques romans que l’on dit champêtres comme La Mare au diable et La Petite Fadette, et continue en même temps la rédaction de ses Mémoires qui paraitront en 1854-1855 sous le titre Histoire de ma vie.

Après le coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte en 1851 puis son sacre l’année suivante, George Sand entretient une correspondance épistolaire avec l’éditeur républicain et socialiste Pierre-Julies Hetzel. Il publie, à Bruxelles, les œuvres de George ainsi que celles de Balzac et de Victor Hugo puisque la Deuxième République puis le Second Empire musèlent à la fois la presse et les œuvres littéraires.

Son nom a été lié, bien qu’oublié, au siège de Paris de 1870 dans le contexte de la guerre franco-prussienne. Le seul moyen de quitter la ville était alors d’utiliser une montgolfière. Léon Gambetta, alors ministre de l’Intérieur s’échappe ainsi de la capitale à bord du ballon nommé « Armand Barbès » en l’hommage au républicain mort trois mois plus tôt. Un autre ballon porte le nom de « George Sand ».

George s’éteint le 8 juin 1876, à Nohant, entourée de ses enfants et petits-enfants.

Aujourd’hui, George Sand laisse un héritage littéraire déstructuré. Ses romans sont parfois très politisés mais d’autres répondent à la demande populaire de l’époque pour que George puisse vivre ou être éditée.

Son château de Nohant est visitable et tous les ans s’y tiennent des concerts des œuvres de Chopin. En 1999, le film Les Enfants du Siècle de Diane Kurys raconte la relation tourmentée de George et de Musset à Venise. George Sand est en effet souvent connue comme « la maitresse » de Musset ou celle de Chopin, à tort, puisque son engagement politique fait d’elle une importante figure du XIXème siècle et de la République.

 

Pascual Ludivine

 

 

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