Mikheil Saakachvili, destin d’un homme controversé.

Mikheil Saakachvili, homme politique géorgien puis ukrainien, fait beaucoup parler de lui depuis quelques mois en raison de sa forte opposition au pouvoir du président ukrainien Petro Porochenko. Retour sur la montée d’un homme déterminé, et sur les raisons de sa médiatisation.

Sa montée au pouvoir en Géorgie

Saakachvili a été ministre en 2000. Suite à des désaccords avec le gouvernement concernant ses réformes dans des secteurs corrompus, il démissionne. Cet homme a toujours critiqué de manière forte la corruption établie dans le pays. Il fonde donc le Mouvement National Uni (MNU) en 2001, parti de centre-droit, et est élu président de l’Assemblée de Tbilissi (capitale de la Géorgie) l’année suivante. En janvier 2004, il est élu président de la Géorgie. Peu après, le MNU et les Démocrates unis fusionnent pour former le groupe politique Mouvement national-Démocrates. La politique de Saakachvili est libérale et vise la lutte contre la corruption mais aussi l’aide sociale envers les plus démunis. Il veut également une ouverture sur l’Occident pour son pays en voulant faire entrer la Géorgie au sein de l’OTAN, tout en gardant de bonnes relations avec la Russie. Les réformes de Saakachvili sont critiquées mais sa lutte contre la corruption a fait de son pays un exemple à suivre, selon les observateurs internationaux. Il a d’ailleurs été réélu président de Géorgie en 2008 et quitta le pouvoir en 2013.

La crise politique de 2007 et ses conséquences

Sa côte de popularité, extrêmement forte au début de son premier mandat, s’est dégradée au fil du temps. En 2007, de violentes manifestations ont eu lieues dans la capitale géorgienne, menant à l’instauration de l’état d’urgence pour quinze jours par le gouvernement. Les manifestants réclamaient la démission de Saakachvili, lui reprochant l’échec de sa politique pro-occidentale et d’être un « menteur » qui « a trahi les attentes du peuple ». Ces manifestants ont été violemment dispersés par la police, à coups de matraque et canons à eau, menant 109 personnes à l’hospitalisation selon le ministère de la Santé.

Des diplomates russes ont été expulsés, accusés d’alimenter le chaos qui régnait alors dans la ville. Le Premier ministre de l’époque, Zourab Nogaïdeli, parla même de « tentative de coup d’Etat » par l’opposition. Par conséquent, Saakachvili resta au pouvoir et il fut même réélu après, mais sa popularité fut très altérée. Par la suite, il essuya de nombreuses critiques concernant ses décisions diplomatiques et son langage parfois agressif.

Son rôle politique en Ukraine aux côtés de Porochenko

A la fin de son deuxième mandat, il quitte la Géorgie en raison des poursuites judiciaires dont il faisait objet, suite aux répressions des manifestations de 2007. Il s’exile donc aux États-Unis.

En 2015, le président ukrainien Petro Porochenko lui accorde la nationalité ukrainienne. Il est alors déchu de la nationalité géorgienne, son pays d’origine n’accordant pas la double nationalité. Peu après, il est nommé gouverneur de la région d’Odessa, où il est missionné de faire de cette région une vitrine des réformes ukrainiennes, un exemple à suivre, avec en toile de fond la lutte contre la corruption. Cette nomination n’était pas sans déplaire au président russe Vladimir Poutine, véritable opposant de la politique de Saakachvili.

Saakachvili, désormais opposant du président ukrainien

En 2016, Saakachvili démissionne de son poste, dénonçant la corruption forte et omniprésente. Il critique aussi le président ukrainien et en devient l’un des principaux opposants. Il va alors fonder le Mouvement des nouvelles forces l’année suivante, parti politique qui inquiète fortement l’exécutif en raison de sa popularité croissante. En juillet 2017, Porochenko va lui retirer sa nationalité ukrainienne implorant des « irrégularités » dans son dossier de naturalisation. Saakachvili voit cela comme une « vengeance des oligarques proches de Porochenko » et une manière de « se débarrasser de lui ». Désormais apatride, il se réfugie en Pologne où il déclare vouloir revenir en Ukraine prochainement.

Son retour en Ukraine et ses arrestations

Le 10 septembre 2017, il entre, avec la compagnie de nombreux partisans, dans le pays de manière illégale en forçant un poste-frontière. Il rejoint alors la ville de Lviv dont le maire, Andriy Sadovyi, est également un opposant du président ukrainien, puis il revient à Kiev. Avec son parti, il organise des manifestations anti-Porochenko et anti-corruption. Il redevient la cible du pouvoir et est accusé de vouloir faire un coup d’État, ce qu’il nie. En décembre, il échappe à une tentative d’arrestation grâce à l’intervention de ses partisans, offrant une humiliation sévère aux autorités. Trois jours plus tard, il a été arrêté et placé dans un centre de détention provisoire mais en est libéré peu après. Face à toutes ces pressions, Saakachvili n’a pourtant jamais voulu quitter l’Ukraine. Il déclara même qu’il était prêt à « donner sa vie pour l’Ukraine ». Mais le 12 février 2018, alors qu’il était dans un restaurant de la capitale, des hommes encagoulés et armés l’ont arrêté. La vidéo, violente, a suscité de nombreuses critiques envers le pouvoir, entachant la réputation de Porochenko.

A la suite de cet événement, il est extradé vers la Pologne où il critique vivement son arrestation qu’il décrit comme « un enlèvement ». Il part ensuite aux Pays Bas, pays d’origine de son épouse Sandra Roelofs. Selon son avocat, il souhaiterait y rester mais il est toujours déterminé à poursuivre sa lutte, son combat contre la corruption. De plus, Saakachvili s’est vu interdire l’entrée en Ukraine pour trois ans mais il a déclaré qu’il n’attendrait pas aussi longtemps pour s’y rendre.

La mobilisation freinée par la personnalité de l’ancien dirigeant

Après son expulsion en février dernier, des milliers de manifestants sont descendus dans les rues de Kiev afin d’appeler à la démission de Porochenko. La « marche nationale pour le futur », organisée par Saakachvili, invite ses partisans à mener son combat sans sa présence physique. Depuis les vacances luxueuses de Porochenko et du procureur général Iouri Loutsenko alors que la population ukrainienne est l’une des plus pauvres d’Europe, les critiques s’intensifient. Saakachvili pourrait profiter de cette tendance pour revenir dans la vie politique ukrainienne mais sa personnalité jugée instable et imprévisible gêne un mouvement massif de soutien envers l’ancien gouverneur. Ses idées et son combat sont extrêmement populaires, mais son caractère l’est beaucoup moins.

Ainsi, Saakachvili n’a pas fini de faire parler de lui, avec sa détermination pour mener son combat contre la corruption. Ses détracteurs sont très nombreux, tout comme ses partisans. Saakachvili est donc un homme qui n’a pas fini de faire l’actualité.

Lefebvre Anaïs