Roland Garros : derrière un tournoi, un rassemblement de la bourgeoisie.

Du 27 mai au 10 juin 2018 a lieu la 117ème édition du tournois de tennis le plus attendu de l’année avec les autres tournois du Grand Chelem – c’est à dire l’Open d’Australie, Wimbledon et l’US Open. Lors de cet événement diffusé massivement, on remarque une homogénéisation dans les tribunes. Il est important de constater ce phénomène en retraçant l’histoire de ce tournoi puis en analysant la structure sociale du monde de ce sport. Toutefois, il ne faut pas oublier une volonté de démocratisation de ce sport depuis les années 70.

L’histoire de Roland Garros

Roland Garros est un tournoi de tennis sur terre battue, auparavant Championnat de France, créé en 1891 et renommé en 1925.
Lors de sa première édition, le tournoi était joué sur des terrains en herbe, il se disputait sur une journée où seulement cinq joueurs étaient présents. Etant en forte concurrence avec le tournoi de Wimbledon, il est décidé en 1912 de faire des championnats du monde sur terre battue, comme le souhaitait Diane Williams.
Au début du XXème siècle, on assiste à une évolution avec la mise en place du double mixte en 1902, puis en 1907 celui du double dame. L’apparition des dames lors de ce tournoi est visible à partir de 1897, où Adine Masson remporte les trois premières éditions.
Après la Première Guerre mondiale, le tournoi reprend en 1920 et Suzanne Lenglen remporte le tournoi quatre fois de suite, pour ensuite le remporter en 1925 et 1926.
Les Quatre Mousquetaires ont remporté la Coupe Davis en 1927, et Porte d’Auteuil fut créé le Stade Roland-Garros pour la revanche. Emile Lesieur, président du Stade français et camarade d’HEC de Roland Garros choisit ce nom car il était licencié au Stade français, mort jeune durant la Première Guerre mondiale, il s’agissait d’un aviateur qui a traversé la mer Méditerranée.

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Durant la Seconde Guerre mondiale le stade Roland-Garros est utilisé par les autorités pour devenir un camp pour étrangers indésirables.
Après la guerre, il y a eu des dominations de pays sur le tournoi durant les années 50, les américains étant très présents puis les australiens.
À partir de 1968, le tournoi devient open, autrement dit ouvert à tous : aux amateurs comme aux professionnels.
Arrive les années 70 avec les joueurs suédois comme Bjön Borg. Entre 1974 et 1989, les suédois ont remporté neuf tournois sur seize organisés. Durant cette période, Chris Evert domine le tableau féminin.

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Depuis les années 90-2000 ont peut constater l’émergence de nouveau champions tel que Andre Agassi mais aussi Rafael Nadal, Roger Federer ou encore Novak Djokovic. Pour les femmes, on a l’apparition de Steffi Graf, Mary Pierce ou encore Justine Henin mais aussi Serena Williams et Maria Sharapova.

Homogénéisation des spectateurs

Tout d’abord, pour expliquer ce postulat, il est important de faire un constat : le tennis est plutôt réservé aux classes sociales aisées, les classes populaires étant moins sensibles aux sports individuels. Il est souvent mis en avant une corrélation entre pratique d’un sport et condition sociale. Les sports tels que le tennis sont pratiqués par les catégories sociales supérieures et les plus diplômées. Selon une étude réalisée en Ile-de-france en 2006-2007, 28% des licenciés avaient un diplôme inférieur au bac tant dis que 36% avaient un diplôme de Bac à Bac+4 et 29% un niveau Bac +5. En étudiant par CSP: 1% sont ouvriers contre 30% de cadres supérieurs.
Pour montrer cela de façon visuel prenons « L’espace des sports dans la société française en référence à « l’espace des positions sociales » (1989-1995) » par C. Pociello dans Les cultures sportives en 1995.

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Il est très important de noter que le fait de faire du Tennis a également un coût. Pour pouvoir être licencié, le coût peut avoisiner les 200€ sans compter les équipements très onéreux (environ 100 euro pour une bonne raquette puis 100 à 150 pour des baskets). Ensuite, pour pouvoir faire de la compétition, il y a également un coût d’une dizaine d’euro par petit tournois, il faut également pouvoir être mobile, payer l’entraineur pour pouvoir être reconnu sur le circuit.
Ce constat très intéressant est une image amplifiée par ses règles, ses codes qui peuvent être très ennuyeux. Pour Anne-Marie Waser, dans Sociologie du Tennis: genèse d’une crise (1960-1990) paru en 1995, c’est un sport qui ne peut être exercé que dans un lieu souvent privé et non pas dans la rue comme le football ou le basket, créant ainsi une rupture avec les personnes qui n’ont pas les moyens. De plus les arbitres de tennis, en exerçant leur rôle, perpétuent la tradition élitiste digne d’un moment à la bibliothèque par le silence dans les tribunes, vu comme étant un code de politesse.
Pour aller plus loin, le couple de sociologue Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot dans Sociologie de la bourgeoisie ont analysé les sports considérés comme bourgeois. Ils montrent avec l’auteure Monique de Saint Martin en 1998 que le tennis est une activité qui permet de réunir les bourgeois et les aristocrates entre eux, il y a un phénomène d’entre-soi où après les tournois de tennis, des soirées, des dîners ont lieu.

Pour revenir sur le tournoi de Roland Garros, le fait de parler de « tournoi » ramène à l’aristocratie et aux événements mondains qui permettent aux sociétés de recevoir dans des loges privatisées.
Dans les clubs de tennis il y a également un tri pour créer un phénomène d’entre-soi, comme le révèle le Monde Magazine avec le tennis de la Croix Catelan à Paris car pour y aller il fallait payer un droit d’entrée de 6600 euros plus 1600 d’euros de cotisation annuelle. Pour en faire partie, il faut être parrainé par 2 parrains et il y a deux ans d’attente.
Ainsi, Roland Garros rassemble de nombreux adeptes du tennis de France, d’élites, de stars. On peut le voir par leur tenues ; dans les matchs de football ou basket, les supporters portent le maillot du club entre autre, alors qu’au tennis le public est souvent vêtu avec des chapeaux rappelant le parapluie, des lunettes de soleil, des chemises, des mocassins, faisant un dress code incontournable du tournoi.

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Mais aussi des spectateurs considérés comme des futurs élites françaises, comme les élèves de l’École polytechnique.

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Les sponsors jouent également un rôle ; entre les banques, les marques de montre puis le salaire exorbitant des joueurs lors de ce tournois.

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(source: graphseo bourse)

Pour finir sur le fait que ce tournoi est un rassemblement de la bourgeoisie il est important de mettre en avant que ce tournoi est mal vu si la classe politique y assiste, il y aura tout de suite des réactions, comme nous l’avons vu pour les Balkany, Dominique Strauss-Kahn ou encore Manuel Valls, ancien Premier ministre, qui était venu assister à la finale masculine de Roland-Garros entre Stan Wawrinka et Novak Djokovic. Cela a fait polémique car il a utilisé son jet privé pour y aller.
Ainsi, les présidents évitent d’y aller, et seul Valéry Giscard d’Estaing est venu assister au tournoi en 1974. Autrement, aucun président -même Mitterrand ancien joueur de tennis ou encore Nicolas Sarkozy connu comme passionné par le sport -n’y assiste. Il est intéressant d’observer que les présidents, censés représenter la majorité des souverains, évitent ce tournoi et préfèrent aller voir des matchs de football au Parc des Princes.

Un sport élitiste voulant se démocratiser

En premier lieu, nous remarquons qu’en termes de licenciés, le tennis est le deuxième sport le plus pratiqué en France après le football, avec 1 125 000 de pratiquants. La volonté de démocratisation de ce sport est possible avec des tarifs moindres voulus par des clubs municipaux, ainsi que par des remises et des aides. Avec l’émergence des enseignes de sport comme Décathlon, Intersport, cela a permis aux joueurs d’acheter leurs équipements moins chers. L’école a une volonté de découvrir également ce sport, même si ces écoles sont rares et préfèrent mettre en avant le tennis de table avant tout.
La démocratisation est également visible par les aides et associations, comme « fête le mur » ou encore « opération Balles jaunes », mais aussi « Les Aces du Cœur », où chaque Ace par joueur remporte 100 euros à l’hôpital universitaire Robert-Debré AP-HP.

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Ainsi, le tennis plait énormément en France car Roland Garros est le troisième événement sportif le plus regardé par les Français, selon un sondage SOFRES. Chaque année, les billets pour Roland Garros augmentent. Sa diffusion reste large même si la pratique est limitée aux catégories sociales favorisées.

Wyckaert Théo

Ap.D Connaissances est un média créé par des étudiants dans le but de vous apporter de multiples connaissances dans des domaines variés.

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