Bayti : une maison pour les enfants des rues du Maroc.

L’ONG Bayti, « ma maison » en arabe, au coeur d’un quartier populaire, est synonyme de nouvelle vie pour des enfants en situation très précaire.

J’aimerais en parler avec les mots les plus nobles et les plus justes. Avec des mots à la hauteur de ces bénévoles incroyables. À la hauteur de leur cause.

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Que fait Bayti ?

Depuis sa création en 1995 par Najat M’Jid, l’Organisation Non Gouvernementale marocaine Bayti offre aux enfants des rues de Casablanca, d’Essaouira et Kenitra, un accueil, un point de repère, et un peu de chaleur.

La fondation recueille ainsi l’enfance délaissée du Maroc et est venue en aide à près de 20 000 enfants en un peu plus de 20 ans.

Ces enfants, on les appelle enfants des rues. Plus de 7000 dans les rues de Casablanca, qui se sont parfois drogués, violentés, et que les éducateurs de Bayti arrachent à la rue, alors qu’ils fuient une situation familiale difficile et pensent trouver dans la rue la liberté. Les éducateurs sortent ainsi de la rue des mineurs en conflit avec la loi, non accompagnés, parfois victimes d’exploitation économique et sexuelle.

Le centre accueille ces enfants violent au quotidien, leur offre un toit, les nourrit, les scolarise et les prépare à la réinsertion. Une réinsertion sociale, scolaire, professionnelle, et familiale.

Ces enfants des rues, coupés de leurs parents, l’ONG les accompagne, eux et leur famille. Des familles où seule la mère est prête à rétablir le lien. Les éducateurs de l’association aident ces mères pour qu’à terme, elles puissent reprendre en charge leurs enfants. Un travail sur le long terme donc, que Hassan El Kadiri, l’un des fondateurs, constate effectuer principalement avec les mères : « depuis des années on a constaté que c’est toujours la maman qui prend en charge l’enfant, qui ne lâche pas le morceau, qui s’accroche, qui aide ses enfants, bien qu’elle soit dépassée par les évènements, malgré la dépression, le fait qu’elle n’ait pas de qualification professionnelle et qu’elle soit exclue de la société », affirme-t-il. En moyenne, 12% des enfants Bayti réintègrent leurs familles avec un projet de vie élaboré et un suivi régulier.

Mais les familles manquent souvent de ressources, de capacités à comprendre l’importance de l’éducation et à revendiquer leurs droits auprès de l’Etat.

Quant au gouvernement, que fait-il pour ces enfants oubliés ?

Le Maroc, mauvais élève en matière de droit de l’enfance  

Si déjà près de 30 000 enfants ont investi les rues du Maroc, ce nombre ne cesse d’augmenter et l’amélioration de la situation devrait être lente et fastidieuse.

Le fléau est facilement identifiable : aujourd’hui, 65% de la population marocaine vit sous le seuil de pauvreté. Ainsi, la pauvreté et le chômage, qui touchent de nombreuses familles, et le manque de soins et d’affection reçus par certains enfants sont autant de facteurs qui poussent ces jeunes dans la rue. Des enfants qui ne vont plus à l’école, passent leurs journées dehors pour tenter de gagner quelques dirhams et pouvoir ainsi s’acheter la « colle de l’oubli ».

 

Pour sortir de la rue, ces enfants ne peuvent quasiment compter que sur les associations et les ONG. Le gouvernement n’investit que trop peu dans l’enfance pour voir la situation se corriger.

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Mais les ONG disposent de très faibles moyens, et se reposent essentiellement sur les bénévoles et les quelques salariés, qui se serrent la ceinture et dévouent leur vie à la cause. C’est le cas de Jaafar, Asmaa, Hassan, et d’autres. D’autres sourires solaires, à Bayti, à Essaouria et ailleurs, qui tentent tant bien que mal de redonner espoirs à ces jeunes enfants.


Une fois là-bas, on comprend vite, après trois nuits passées à même le sol dans les locaux de Bayti, que les moyens manquent. Mais les sourires, eux, sont sans faille. Ils sont permanents, chaleureux et confiant.  

 

Des orphelinats, oui, mais beaucoup ne sont pas à la hauteur de la cause qu’ils défendent. Les violences dans certains orphelinats, tout le monde les connait, on sait où les trouver, et pourtant tout le monde les ignore. Il faut dire que les droits de l’enfance sont si faiblement portés et si peu défendus que faire fermer un orphelinat, bien que très défaillant, serait une nouvelle catastrophe pour ces enfants. D’autant plus que le nombre d’enfants à prendre en charge est trop élevé par rapport à celui des infrastructures et du personnel qualifié affecté à la cause.

Ces enfants, laissés-pour-compte de la société marocaine, ont souvent perdu toute confiance envers les adultes, et la relation de confiance est donc parfois très difficile à établir avec les acteurs sociaux-éducatifs.

 

La réinsertion scolaire, quant à elle, est d’autant plus difficile que le taux d’abandon dans le primaire est l’un des plus élevés du monde arabe. La déperdition scolaire concerne plus de 200 000 enfants par an dans le primaire et plus de 130 000 au collège. La qualité de l’éducation reste donc un défi essentiel à relever.

 

Si l’Unicef relate les faits dans de précis rapports, une éducatrice de Bayti Casablanca nous explique que le consensus occidental général sur le développement et la situation du Maroc, comme pays avancé, n’aide pas à l’implication de l’Occident dans la lutte des droits de l’enfance marocaine. On ne se préoccupe plus de ce qu’il s’y trame, d’autres en ont plus besoin. Malheureusement la misère n’a pas d’échelle et ne se mesure pas.

Mais si ces enfants ont besoin d’être pris en charge, ils ont aussi besoin d’être entendus, par les médias internationaux, mais surtout nationaux.  

 

Une voix mise en sourdine

 

Les enfants et les jeunes se sentent ignorés par les médias marocains. En dehors de quelques produits de divertissement, on constate l’absence d’émissions et de supports médiatiques qui leurs seraient spécialement dédiés et qui leur donneraient la parole.

Ces médias restent presque exclusivement liés à l’événementiel, à la polémique et au sensationnel. Et les règles éthiques à l’égard des enfants (droit à l’image, au respect de la vie privée, etc…) sont rarement respectées au Maroc.

 

Si comme toute ONG, Bayti est sollicitée par les médias internationaux, pour des reportages, les membres de l’organisation s’accordent tous à consacrer peu de temps aux médias. Ils se méfient grandement de ceux qui leur rendraient visite dans l’unique but de diffuser un misérabilisme bien occidental, plutôt que réellement tenter d’offrir à ces enfants une jolie parenthèse.

Ces médias viennent souvent pour comprendre et pouvoir conter l’histoire de ces enfants. Or, à Bayti le passé compte, certes, mais il ne se raconte pas.

 

image3-2Bayti, un avenir à construire

À Bayti, on ne parle pas au passé, on ne conjugue qu’au futur.

Les médias veulent souvent conter des histoires, et pour cela ils doivent connaître le lourd passé de ces enfants des rues. Mais les membres de l’association pensent que l’avenir doit être privilégié.

Ce passé est rarement évoqué une fois à Bayti. On y apprend à en faire une force, et à consacrer notre énergie au futur.

Les éducateurs tentent de remettre ces jeunes sur le chemin de l’emploi, et les aident à construire un projet de vie. Ces dernières années, 41% des enfants ont réintégré l’école et 15% ont été formés à différents métiers.

Une fois les petits de Bayti devenus grands, en parallèle de leurs études ou leur métier, les jeunes aident les éducateurs, et s’occupent de leurs petits frères et sœurs de cœur.

Et chaque année, ce sont des dizaines d’associations du monde entier qui viennent offrir aux enfants une douce parenthèse (avec des activités, des jeux, des spectacles) à un quotidien monotone. Comme une touche de couleur dans un tableau bien sombre.

Tous ces bénévoles et salariés sont des héros modernes, héros de l’ombre, qui chaque jour donnent un peu plus d’eux-mêmes à ces enfants, leurs redonnent leurs droits, et leur sourire.

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Comment aider Bayti

Faire des dons, parrainer un enfant, devenir bénévole… 

Site internet : http://www.association-bayti.ma

Page Facebook : https://www.facebook.com/baytiofficiel/

 

Collet Mathilde