Lyon, ville historique.

image2
Avec son passé riche, Lyon, ville historique dont son patrimoine est marqué par toutes les époques que la ville a traversées et continue encore aujourd’hui d’innover pour laisser son empreinte dans l’histoire du XXIème siècle.

La ville de Lyon est fondée sur la colline de Fourvière en 43 avant J.-C. par le sénateur romain Lucius Munatius Plancus. Bien que des peuples gaulois vivaient sur le site, cette date marque l’appropriation du territoire par Rome, puisque Lyon devient ainsi une colonie romaine qui la relie administrativement à la République finissante romaine (l’Empire commence en  27 av. J.-C.). Sous l’Antiquité, Lyon était appelée Lugdunum. « Lug » faisait référence au Dieu Lug, un dieu gaulois, ou bien au mot « Leug » qui signifie « lumière » en gaulois. « Dunum » voulait dire « colline » ou « citadelle » au sens naturel du terme. Comme aujourd’hui, Lyon était caractérisée par la confluence du Rhône (Rhodanus) et de la Saône (Arar), et par la présence de deux collines : Croix-Rousse (Condate à l’époque, qui signifie « Confluence ») et Fourvière. La presqu’île (dite « Canabae » qui veut dire « baraquements » en raison des ateliers présents sur cet espace) était quant à elle moins étendue que maintenant et on estime qu’elle s’arrêtait à l’actuel quartier de Perrache.

image1-2
Plan de Lyon sous l’Antiquité.

Ces lieux de vie nous ont livré des témoignages inestimables. A Fourvière, on a retrouvé de nombreux « militaria », soit des objets militaires qui témoignent de rassemblements de l’armée. Sur la colline de Croix-Rousse, on a retrouvé des vestiges du Sanctuaire du Culte Impérial, aussi appelé l’Autel Fédéral des Trois Gaules qui vouait un culte sacré à l’Empereur romain puisque, sous l’Antiquité, le religieux et le politique ne faisaient qu’un. Sur la presqu’île, des fouilles ont permis de découvrir de superbes mosaïques aujourd’hui conservées au musée gallo-romain de la ville de Lyon.

Ce qui reste dans le paysage urbain de Lyon n’est sans doute même pas la moitié de ce qu’il y avait sous l’Antiquité. Les éléments frappants du passé antique restent les théâtres romains sur la colline de Fourvière et l’Amphithéâtre des Trois Gaules sur la colline de Croix-Rousse. C’est dans cet amphithéâtre qu’a eu lieu l’exécution des martyrs chrétiens en 177 dont la jeune Sainte Blandine et le premier évêque de Lyon, Saint Pothin. Le paysage lyonnais est marqué de nombreuses églises et chapelles célébrant ces nombreux martyrs. Ainsi, une église Sainte-Blandine se trouve dans le 2ème arrondissement et une autre vouée à Saint-Pothin dans le 6ème.

Lyon est souvent appelée la « Capitale des Gaules », autant à tort qu’à raison. En latin, le mot « caput » signifie « tête » et pour nous une capitale est un lieu qui centralise les pouvoirs. Cependant, Lyon n’avait aucun pouvoir décisionnel, lequel était situé à Rome. Lyon était une excellente base arrière pour la conquête de la Germanie et l’Empereur Auguste y a quelquefois résidé. De plus, de Lyon part le réseau Agrippa : un réseau de routes qui dessert l’ensemble de la Gaule avec les quatre voies principales que sont la voie d’Aquitaine (vers l’Océan Atlantique), la voie de Narbonne (vers le sud et la Méditerranée), la voie du Rhin (vers le nord et la Germanie) et la voie de « l’Océan » (vers la Manche et l’île de Bretagne). Aussi, il est incontestable que Lyon avait un rôle important dans l’implantation de l’Empire à l’Ouest des Alpes, mais appeler la ville la « Capitale des Gaules » semble être un abus de langage pour lui donner un statut qu’elle n’a jamais eu mais qui la glorifie à l’image de sa position de carrefour.

Lyon se développe économiquement grâce aux foires de Lyon, dès le milieu du XVème siècle. Ces foires, qui exemptent les marchands de taxes sur leurs produits, permettent d’attirer de nombreux artisans qui viennent présenter leurs marchandises à Lyon plusieurs fois l’an. Lyon devient ainsi un centre économique et certaines familles importantes viennent s’y installer. Ainsi, au milieu du XVème siècle, la famille italienne Guadagni s’installe à Lyon après avoir quitté Florence et prend le nom de Gadagne. Le quartier du Vieux Lyon dans lequel elle s’installe prend des allures italiennes par l’architecture et les maisons banquières. Philibert Delorme (XVIème siècle), architecte français, voyage en Italie pendant trois ans et revient la tête pleine d’idées nouvelles… et italiennes ! Le quartier du Vieux Lyon lui doit ainsi la Galerie Philibert Delorme, rue juiverie, classée au patrimoine historique. La galerie dite aussi de « l’Hôtel de Bullioud » a pour vocation de relier deux bâtiments et Philibert Delorme, pour ne pas empiéter sur l’espace de la cour intérieure, a réalisé une galerie sur trompes, soit une portion tronquée de voûte qui crée comme une niche, sous l’une desquelles on a disposé un puits. Le travail de Delorme est tellement apprécié que s’ouvrent à lui des commandes des rois François Ier et de son fils, Henri II.

 

L’essor économique du Vieux Lyon, véritable plaque tournante européenne grâce à sa position stratégique entre les Alpes et la Méditerranée, est conforté au début du XVIIème siècle avec la construction de la « Loge des Changes » qui permet les échanges monétaires. Le monument est rapidement agrandi après avoir été jugé trop petit, encore une preuve de l’importance économique de Lyon. Le Temple de Change a ensuite été réutilisé par la communauté protestante puis est devenu l’un des temples protestants lyonnais les plus influents.

image6
Temple de Change situé dans le Quartier Vieux Lyon sur la Place du Change

Sa localisation géographique a donné à Lyon toute son importance. De nombreux rois y ont séjourné notamment lorsqu’ils faisaient affaire avec des Italiens. Ainsi, François Ier fait de Lyon sa ville de départ et de repli pendant les guerres d’Italie. Lyon, alors habitée par environ 70 000 habitants, fait figure de capitale politique et militaire. Henri II offre une spectaculaire entrée triomphante à son épouse Catherine de Médicis en 1548, laquelle témoigne de l’apogée de la ville de Lyon. En effet, les entrées solennelles étaient une façon pour les notables et l’élite urbaine de faire une démonstration de richesses. Plus tard, Henri IV épouse Marie de Médicis à Lyon : la Florentine est la nièce d’un des plus gros créanciers du roi de France. Son mariage permet d’effacer la dette du royaume grâce à l’importante dote qu’elle apporte. Le mariage a lieu le 17 décembre 1600 et la ville a été entièrement nettoyée et décorée pour l’occasion.

image7
Mention du mariage d’Henri IV et de Marie de Médicis, 17 décembre 1600, dans le registre des mariages et sépultures de la paroisse Sainte-Croix.

Sous Louis XIV, grâce à sa politique mercantiliste (soit un repli économique des finances du royaume : l’objectif est d’exporter des produits de luxe à très haute valeur ajoutée pour renflouer les caisses de l’Etat), Colbert développe la ville de Lyon qui devient progressivement une place incontournable de la soie en Europe, notamment grâce à sa Grande Fabrique de Soie. Aujourd’hui, la figure de Louis XIV est encore présente sur la place Bellecour où s’élève une grande statue équestre du monarque. Elle est installée en 1713 et est fondue à la Révolution Française pour permettre la construction de canons. Celle qui est visible aujourd’hui date de 1815 et est inscrite au patrimoine mondial des monuments historiques depuis 2015. Notons qu’en 1715, la « place Bellecour » est renommée « Place Royale » avant d’être ensuite appelée « Place Louis-le-Grand » en hommage à Louis XIV.

image18
La statue de Louis XIV sur la Place Bellecour, avec en arrière-plan la basilique de Fourvière.

Le XIXème siècle est un siècle de révolutions et de révoltes auquel Lyon n’échappe pas. En 1831, la révolte des Canuts, les tisserands de la soie, éclate à Lyon. Le quartier de la Croix-Rousse s’embrase par deux fois, en 1831 et en 1834. A la fin de l’année 1831, les Canuts demandent au Préfet du Rhône de fixer un tarif qui leur permet de limiter la concurrence malhonnête en établissant un prix minimal par salaire. Une grande partie des fabricants, ceux pour qui travaillent les Canuts, sont contre ce tarif, ce qui provoque le soulèvement de leurs ouvriers. La révolte des Canuts est considérée comme l’une des premières révoltes ouvrières en France. L’armée royale composée de 26 000 soldats réprime la révolte de 1831, tandis que la deuxième de 1834 est réprimée au canon.

image15
Le quartier Croix-Rousse aujourd’hui, bâti sur la colline du même nom.

Le XIXème siècle façonne une ville moderne. Le maire de Lyon et préfet du Rhône, Claude-Marius Vaïsse, est à Lyon ce qu’Hausmann a été à Paris. Lyon devient une ville propre où les soucis hygiéniques sont mis en avant par la municipalité : le Rhône et la Saône sont endigués et on aménage des promenades à l’image du célèbre Parc de la Tête d’Or au nord de Lyon où les Lyonnais peuvent venir oublier le bruit urbain et retrouver le calme de la campagne à l’intérieur même de la ville. De plus, les quartiers se différencient avec un regroupement de la bourgeoisie dans le quartier des Brotteaux et dans les nouveaux quartiers de Montplaisir et de Sans-Souci, tandis que les immigrés des campagnes françaises et d’Italie s’installent à Guillotière. La ville se dote aussi d’activités essentielles à son nouveau statut moderne : il  faut qu’elle reste économiquement active. C’est ainsi le début des Grands Magasins, des banques telles que le Crédit Lyonnais. En 1856 est également édifié le Palais du Commerce.  

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Lyon devient également un centre culturel, notamment grâce à l’invention du cinématographe par les deux frères Lumière, Louis et Auguste. En 1895 est tourné le premier film de l’histoire, Sortie d’usine. Aujourd’hui, la rue où il a été tourné s’appelle Rue du premier film. Les frères Lumière ont breveté plus de 170 inventions essentiellement dans le domaine de la photographie. Les deux frères envoient les premiers reporters de l’histoire à travers les pays du monde entier pour y filmer de petites scènes. Ainsi, nous avons aujourd’hui un témoignage cinématographique du couronnement du tsar Nicolas II datant de 1896 mais aussi des scènes de vie d’indigènes brésiliens.

 

Au fil des promenades lyonnaises, on ne peut s’empêcher de remarquer que certains noms reviennent souvent dans la toponymie de la ville à l’instar de Tony Garnier (1869-1948) qui a donné son nom à une avenue, à un parking et à l’une des salles de spectacle les plus connues de Lyon : la Halle Tony Garnier. Grand architecte de la première moitié du XXème siècle, Tony Garnier fait de brillantes études à l’école nationale des Beaux-Arts de Paris puis de Lyon. En 1899, il obtient le plus prestigieux prix d’architecture en France : le Prix de Rome. Ce prix lui permet de séjourner pendant quatre ans (1899-1903) à Rome, ville des éternels vestiges antiques. Là-bas, il réfléchit à une modernisation de l’architecture industrielle.  Dès 1905, la ville de Lyon lui commande plusieurs projets et Tony Garnier ne cesse de construire dans la ville aux deux collines. On lui doit notamment la salle qui porte aujourd’hui son nom, la Halle Tony Garnier, mais aussi le stade de Gerland (ouvert en 1920 et inscrit aux monuments historiques en 1967) et l’hôpital Edouard Herriot (qui a ensuite développé le quartier et où s’est implanté l’école de médecine de Lyon). Ainsi, après les travaux commandités par le préfet Vaïsse, Lyon entre dans la modernité du XXème siècle grâce aux constructions uniques de Tony Garnier. Lyon continue son cheminement et ses domaines de prédilection ne cesse de s’agrandir au cours des décennies.

Aujourd’hui, Lyon a une renommée mondiale pour sa gastronomie (notamment grâce aux restaurants de cuisine traditionnelle lyonnaise, les « bouchons lyonnais »), ainsi que l’un des plus grands chefs français récemment décédé  le 20 janvier 2018, Paul Bocuse. Patriote convaincu dès 18 ans puisqu’il s’engage dans l’Armée française de la Libération du Général de Gaulle, Paul Bocuse n’a eu de cesse de promouvoir la cuisine française et sa notoriété lui a permis de la faire connaitre au monde entier. Il laisse derrière lui deux restaurants gastronomiques dans les hauteurs lyonnaises dont L’Auberge du Pont de Collonges, son premier restaurant, mais aussi divers brasseries à Lyon, une à Tokyo et une à Nagoya au Japon ainsi qu’une au parc Walt Disney en Floride. Paul Bocuse était de ceux qui prônaient une démocratisation de la cuisine et qui luttaient contre la « mal-bouffe ». On lui doit aussi plusieurs Ouest Express, une enseigne de restauration rapide où l’on peut se voir servir des hamburgers plus élaborés que les chaines fast-food connues mondialement, mais aussi des salades, des pâtes et des desserts, le tout cuisiné à base de produits frais.

image21
L’Auberge du Pont de Collonges à Collonges-au-Mont-d’Or dans les hauteurs de Lyon.

Lyon n’a pas fini de nous impressionner. Après plus de 21 siècles d’existence, sa renommée n’a pas faibli. Place économique, militaire, politique, culturelle, la célèbre ville des Lumières a énormément à offrir de par son histoire, ses traditions et sa vie universitaire dont les recherches d’aujourd’hui promettent à la ville la notoriété de demain. Lyon est, à l’image d’Istanbul ou de Barcelone, une ville historique.

 

Ludivine Pascual